CHACUN DOIT SE SERVIR DE SA PROPRE RAISON POUR TROU- VER LE VRAI
Ce n'est pas moi, mais M. Dessaulles qui a fait imprimer ces derniers mots en gros caractères. C'est la formule de sa religion actuelle, le rationalisme, et la plus simple logique devait le conduire là.
Il est donc actuellement hors de l'Eglise Catholique. Après lui avoir donné iflusieurs baisers, il l'a enfin trahie et reniée. 11 n'est pas seulement tombé dans If schisme de Doellinger et ses amis, il est rationaliste, et pour la première fois, il a osé publier le dogme unique de sa croyance !
Comment M. Dessaulles en est-il venu là ? Ce sérail une histoire à raconter qui ne manquerait pas d'intérêt» mais qui n'offrirait rien de neuf. Elle rosseniblo à celle de tous les hérétiques. Elle commence par une condamnation de l'ordinaire à laquelle on refuse de se soumettre.
Rome est saisie de l'affaire, et finalement, une congrégation romaine condamne les révoltés, qui ne se soumettent pas davantage. C'est ainsi que la séparation commence et l'orgeuil fait le reste.
Voici maintenant la voie que l'esprit a suivie pour arriver à la séparation. M. Dessaulles a commencé par
pi'ècher la tolérance religieuse et la liberté de conscience. Au nom de la chai-ité, il voulait que tout fut permis, et qu'on laissât à l'erreur ses coudées franches. Suivant sa thèse, il fallait étudier l'erreur pour connaître la vérité, pratiquer le mal pour le mieux «liscerner du bien.
C'est la thèse de trop de gon^pour que je n'en montra pas l'absurdité.
Je suppose que vous êtes berger, et qu'un nombreuxtroupeau a été placé sous vos soins. Tout-à-coup vou^ vous apercevez qa'un loup vient de pénétrer dans la bergerie, et a déjà dévoré une de vos plus belles brebis. Qu'allez-vous faire "^ Le tuer «i vous pouvez ou le chasser immédiatement ? — Non pas s'il vous plait. Connaissez mieux les lois de la tolérance, et les devoirs qu'elles vous imposent. Ce loup a faim, il faut qu'il mange. C'est son droit de vivre, et tous les droits doivent être respectés. Il est d'ailleurs de bonne foi, et ce n'est pas ?-a faute s'il est un peu porto au mal par .sa nature. Snrjgez d'ailleui-s qu'il a reçu une mauvaise éducation, et que depuis des siècles sa l'amille vit de brebis, l^onc, soyez tolérant, et traitez-le avec charité. Prenez >a bonne foi en ccuisidération, et pour n'en pas faire irrévocablement un mauvais sujet, transigez plutôt sur von «Iroits. Par de bons traitements, vous en ferez peutêtre un bon citoyen. Et quelle gloire ce serait pour vous! Si les ancêtres des loups avait été traités «le tette manière, nous n'aurions ])!us que des moutons !
(^uant a la brebis mangée et à celles que le loup pourrait manger* encore, c'est bien triste pour vous, niais cro3'ez-moi, les brebis qui se laissent ainsi manger ne sont j)as de brmne race. Klles avaient un secret attachement ijour le loup, et elle^ auiaient toujour-
l^ORTRAItH ET PASTELS LITTÉRAIRES. 3S9
liiii par lui appurtenir. Une brebis bien née peut vivre avec les loups sans danger.
Tels sont, mon brave berger, les conseils de la toléraTice, et si vous les suivez, vous serez moins prudent el moins sage que ne Fat^té l'éminent évoque do Montréal.
" Fuyez les loups," disait le saint prélat, à son tioupeau. Ne lisez pas les mauvais livres.
" Au contraire, répondait M. DessauUes ; pour con* naître les loups je veux vivre avec eux. Pour savoir ce qui est bon, je veux lire ce qui est mauvais. Pour augmenter l'amour et l'admiration que je dois avoir pour l'Eglise, je veux connaître tout le mal qu'on en dit. Pour être bien sûr qu'Elle est dans le vrai, je veux apprendre toutes les erreurs qu'on lui reprochcw Pour mieux apprécier toutes les beautés du Vrai, je veux juger librement de tous les charmes qu'on ])rète au Faux."
''En un mot, concluait la brebis Oe.ssaulles. je n'ai besoin de personne pour me conduire, et je >ui8 le seul juge de ce qui me convient.
*' Pour parvenir heureusement à l'éternelle bergerie de l'éternel Pasteur, je veux faire le voyage de la vie dans la compagnie des loups."
Aussitôt fait que dit, et M. DessauUes n'a plus voulu abandonner cette chère compagnie. Pistil étonnanf qu'il soit maintenant si éloigné du bei'cail ?
Avec les loups il a pris le pasteur en haine, et lui a juré vengeance. Tous ses écrits sont des explosions de cette haine, et des satisûictions de cette vengeance !
Depuis des années, la tendance générale de toutes ses études, a été de trouver des motifs pour justifier sa révolte, et pour autoriser sa séparation détinitive de l'Eglise. Il a fait collection de toutes les accusations poi'tées contre elle par les incrédules. Il a noté, avoc
lin esprit prévenu et un cœur plein de fiel, les divergences d'opinion qui, à toutes les époques de l'histoire, se sont produites dans une partie du clergé catholique. 11 a compté avec une joie mal déguisée les erreurs dans lesquelles ont pu tomber certains prêtres, certains evéques, et même certains conciliabules, et comme soi» ignorance est à la hauteur de sa mauvaise foi, il en tire argument contre l'Eglise, et nie sa divine autorité.
Ce n'est pas ainsi qu'un vrai savant raisonne. DauN tous les siècles, il y a eu au sein du clergé catholique des misères et des faiblesses, des divergences d'opinion et des erreurs; en un mot le clergé a toujours été composé d'hommes qui n'étaient pas totalement exempts des imperfections humaines, et cependant l'Eglise catho- V\([\\e a conquis le monde et elle poursuit sa marche triomphante dans la plus admirable unité. Ni les hérésies, ni les schismes, si nomlueux qu'ils aient été, n'ont pu rompre cette unité de dix-huit siècles. Donc l'Egli^' est d'institution divine. C'est ainsi qu'il faut conclurt'. quand la logique n'est pas l'esclave <ie la jjassion.
Si M. J)essaulles cherchait sincèrement la vérité il la trouverait jusque dans ces discussions religieuses dont notre pays est témoin, et qui ne sont un scandale que pour les âmes faibles. Il se demanderait si ces évèques (|uil représente comme se faisant la (jmrre no s'accordent pas tous sur les questions dogmatiques, et s'il y a un seul dogme catholique pour l'aftirmation duquel ils ne seraient pas tous prêts à souffrir le martyre; et il serait forcé de répondre : *' Oui tous res évèques, malgré leurs différends et leurs polémiques dans l'application de quelques ])rincipes, croient toutes les vérités définies par l'Kgliso et les Souverains Pontifes, et ils sont lou** d'accoi*d à me condanr.ner.
PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES. 39 ï
Mais M. Dessaulles n'écoute que son amour pour rinslitut-Canadien, son unique enfant, et sa haîne contre les a.iitorité> religieuses qui Tout condamné.
Cet amour et cette haîne sont les raauv^ais conseillers qui l'ont fait entrer dans la voie que nous avons indiquée, et qui l'ont conduit à Terreur et au mensonge. au nom de la tolérance religieuse et de la liberté' d«' conscience.
Lorsque j'ai commencé ce portrait, qui est exclusivenie7it littéraire, je me proposais de rire, et d'amuser un peu le public aux dépens d'un imitateur des grimaces de Voltaire. Mais on comprendra comment j'ai perdu le courage de plaisanter, lorsque j'ai compté tous les outrages prodigués à l'épouse du Christ par cet écrivailleur sans style ni grammaire. Malgré moi, je suis devenu sérieux et le sarcasme s'est glissé sous ma plume.
J'ai démontré par des citations que M. Dessaulles ne sait pas écrire, et j'espère que sur ce point personne n'aura plus aucun doute.
J'ai prouvé qu'en repoussant l'autorité de l'Eglise et on dénigrant ses enseignements, M. Dessaulles en étaiv arrivé logiquement à professer le rationalisme, et j'ai indiqué le chemin qu'il avait suivi pour descendre à ce degré d'incrédulité.
Il ne me reste plus qu'à conclure, en ajoutant que M. Dessaulles ne mérite pas le titre de savant que ses quelques amis voudraient lui décerner.
Peut-on appelei* savant un homme qui ignore l'Kglise ? Certainement non; or l'Kglise est l'institutiofi que M. Dessaulles ignore le plus. Tl connaît ni sa con^- Jitution, ni son histoire.
La preuve qu'il ignore totalement la constitution de l'Eglise, c'est qu'en repoussant les décrets du Concile du Vatican, et en se moquant du dogme de Tlnfaillibilité il se dit encore catholique.
Une autre preuve encore, c'est qu'au nombre de.-> j-aisons qu'il fait valoir contre le dogme de l'Infaillibi lité, il inv 'que le fait que les éuéques de la minorité représentaient une population plus grande que ceux de la majorité.
Ne croirait-on pas que les Pères d'un Concile sont les représentants du peuple, soumis au régime constitutionnel ?
Jusqu'à présent, vous aviez cru sans doute, qu'uîi Concile est une assemblée convoquée par le Pape pour déterminer l'enseignement de Jésus Christ sur une question ? Và\ bien, lecteurs, vous vous trompiez, paraît-il ; un concile est convoqué pour faire connaître l'opinion du peuple ! C'est le peuple qui parle par la bouche (les ovêques. Et dès lors, vous imaginez fticilement quelle autorité pouvait avoir la parole de ])lu- «^iours Pères du Concile qui représentaient des tribus sauvages !
Pauvre M. Dessaulles! Il connaît encore nioins la constitution de l'Eglise que sa syntaxe, et ce n'est pas jHîU dire ! .
" Mais au moins, diront ses amis, il connaît l'Iustoirc. 11 y a trente ans qu'il l'étudié avec une recrudescence d'énergie rare, et il n'a pas étudié autre chose. Il a totalement négligé la littérature et même la grammaire : mais l'histoire de l'Eglise est son domaine, et c'est dan> cette branche qu'il est un vrai savant."
Examinons cette nouvelle prétention des amis du (tamphlétaire, et voyons s'il mérite vraiment, qu'oH l'appelle un historien savant.
PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES. 39o
Qu'est-ce que connaître l'histoire ? Est-ce connaître simplement des faits et des dates? — Evidemment non. Savoir l'histoire de l'Eglise, (c'est particulièrement de celle-là qu'il s'agit) c'est en connaître tous les événements importants et l'enchaînement de leurs causes; c'est avoir sur tous les faits généraux une vue d'ensemble, et être capable de les grouper et d'en faire ressortir les enseignements.
• Or, ce n'est pas là le genre de connaissances que ^1. Dessaulles possède. Ses brochures ne sont pas de l'histoire, mais des compilations sans unité, ni symétrie. Four être historien de cette façon, il suffît d'avoir des livres et une paire de ciseaux.
M. Dessaulles a beaucoup lu, je lui reconnais ce mérite ; mais il a très-mal lu. Il a fait collection d'un grand nombre de petit faits, et de citations, et il a jeté lout cela pèle-mèle dans ses Annuaires et dans sa Oriinde Guerre Ecclésiastique. Il n'a pas su disposer ses récits ni leur donner la clarté, la brièveté et l'ensemble. Lu synthèse de l'histoire est un travail qu'il parait ignorer complètement. Quant à la vérité, j'ai déjà dit le mépris qu'il en sait faire.
Donc les brochures de M.- Dessaulles, jugées à la lumièrew^s préceptes qui doivent guidei- l'historien, démontrent son ignorance en histoire ecclésiastique, comme son st\le prouve une absence complète de littérature.
Un grand penseur de notre temps a dit :
'* L'ignorance a mille formes ; mais en particulier elle en a une. Il y a une méthode qu'elle piéfère. Elle a un goût, une ])rédilection, une tendresse, une passion. C'est la pa.ssion d'associer le christianisme et le passé.''
" Dire que le christianisme a été bon, mais qu'il ne l'est plus; l'unir, dans la pensée de l'homme, aux
r>î>4 PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES.
vieilleries, aux abus, aux préjugés, à tout ce que l'huaia iiité déteste légitimement, voilà le paradijs do l'igno rance."
C'est aussi le paradis de M. Dessaulles. Mais son ignorance est plus profonde encore, puisque dans ])lusieurs pages de ses écrits, il ne semble pas même croire que le Christianisme ait jamais été bon a quelque chose.
Voici comment il apprécie l'influence du clergé t.atholique:
" Les hommes d'études ont pu voir à quel degré do nullité intellectuelle, politique et nationale, et <Vinfériorifi fnonilej les clergés de tous les pays ont réduit les j)euple'' qu'ils ont réussi à contrôler et dominer."
Plus loin il se répète dans les termes suivants :
*• L'on a vu cent fois ce que le clergé sait faire des ])euples qu'il contrôle. Il n'est satisfait de son œuvre, que quand il les a amenés à croupir dans l'ignorance et la superstition."
Ce n'e^t pas tout. Après avoir vilipendé le clergé, il dittame la Papauté d'une manière atroce. Jamais un impie n'a poussé plus loin l'outrage. Il a appelé le gouvernement des Papes '' la négation de tous le»
PRÉCEPTES DE I/ÉVANU1L£, ET DE lOL'TES LK*' NOTIONS DE LA JUSTICE, DU DEVOIR ET DU DROIT."
11 affirme que la Papauté a toujours é\é opposée à toutts ^.•<pèces (le progrès, et il termine le chapitre de ses calomnies par les lignes suivantes, que nous rcpro(iuisons, j>oui* la honte éternelle de leur auteur :
'* Tous les vices couverts sous le manteau de la dévo fion. Les maisons suspectes pleines de madones."
" Mœurs du clergé à l'avenant ! Sigisbées et courti- >ane8 se disputant les princes de l'Eglise, et \&à moine*» -e laisant pourvo3-eurs de libertinage ! "
Laissons de côté la vilenie et la mauvaise foi d'un tel juiçeraent sur la Papauté, et ne considérons que l'ignorance grossière.
Tous les- historiens de quelque renom, même les» impies et les protestants, ont rendu meilleure justice, M l'influence sociale et politique de la Papauté et du clergé catholique. Tous, M. Guizot en tête, ont reconnu que c'est le Christianisme qui a civilisé le monde. Pour parler comme le fait M. Dessaulles, il faut ignorer le preniier mot de l'histoire ecclé siastique, ou fairt profession ouverte de dénigrement et de mensonge. Que l'illustre pamphlétaire choisisse.
Et l'on voudrait faire passer M. JJessaulles pour un savant ! Quelle misère ! M. Dessaulles est un digne fils du XVIlIème siècle. Et c'est depuis cette époque que la vraie science a commencé à décheoir.
C'est à cette date néfaste, que la science a comAencé sa révolte contre Dieu et l'Eglise, et qu'elle a pris la tangente qui conduit à la négation du surnaturel !
Jj Encyclopédie est une rature gigantesque faite par d'imbéciles orgueilleux dans le livre de la vérité.
On me dira : " vous êtes trop sévère, et vous ne tenex pas assz compte du génie." Je vous en demande bien pardon, mais Je crois que c'est ainsi qu'il faut traiter Terreur.
Oui, lecteurs, je vous en conjure au nom de la vérité. ne vous inclinez jamais devant l'erreur, sous le prétexte absurde qu'elle a des représentants illustres. Et quand on vous dit : " M. Dessaulles est dans l'erreur, mais il a tant de talent ! saluez ! "
Non, ne saluez pas. Il n'a pas tant de talent puisqu'il ne sait ni la grammaire, ni la littérature, ni l'histoire, ni autre cho.se ! C'est un énergumène, voilà tout. Et puisqu'il n'a pas su discerner le vrai du faux, aprè.-
396 PORTRAITS ET l'AsTELS LITTÉRAIRE:^,
avoir reçu une éducaliou chrétienne, c'est une intel licence incomplote.
La science et la foi doivent marcher dans l'unité, ci ne peuvent pas se contredire. Le phis petit d'entre tous les savants doit connaître et respecter cette vérité primordiale. Si donc vous êtes un vrai savant, vous devez être convaincu d'une chose : c'est que la science cesse d'être vraie et devient ignorance^ du moment qu'elle se trouve en contradiction avec la foi.
Donc l'homme qui, comme M. Dessaulles, i-enie h» foi pour suivre ce qu'il appelle la science, est un ignorant que l'orgueil aveugle. La science est un océan dont la foi est le i-ivage, et dont TKglise est l'étoile ])olaire. C'est une des gi-andeurs, ^^t l'un des Imidieurs de l'homme de voguer sur cet océan les yeux fixés sur l'étoile. Mais si vous perdez cet astre de vue, vous ii-ez inévftablement vous heurter contre l'écueil. Le rivage, c'est-à-dire la foi. s'éloignera sans cesse et l'océan deviendra un abîme.
Tel a été le sort de M. Dessaulles, et tel est le .sort de tous ceux qui se révoltent conti-e l'autorité ecclésiastique au nom de la i-aison et de la liberté.
Post-Sfripium. — J'avais terminé ce travail, loi-squ'un ami m'a fait tenir une nouvelle brochui-e de M. Dessaulles. en réponse à la cii'culaire de ^Igr. l'Kvéque lie Montréal.
Ce nouveau libelle est encore plus violent que le^ autres; mais il n'est pas ])lus véridique. ni plus habile, ni mieux écrit. Trente deux ])ages de galimatias, c'est vraiment trop long !
Le style est toujours le même, c'est-à-dire incorrect, ditius et embarrassé. Même absence de s\ntaxe. de
disposition et d'ensemble. Même accumulation d'injure.--, de menaces et d'outrages dans des phrases sans tin !
St. Denys a dit : *' A mesure que l'homme s'élève verN '• les cieux, le coup d'oeil qu'il jette sur le monde •' spirituel se simplilie et ses discours s'abrègent."
Cette observation si juste explique pourquoi les phrases de M. Dessaulles sont si longues. A mesure qu'il descend dans les bas-fonds de la libre pensée, ses veux se voilent et ses discours s'allonojent.
Au reste, il se répète toujours, et sa dei-nière production ne contient rien de neuf. Elle nous a fait penser a ces femmes des halles, dont le langage grossier s'attaque a l'honnête homme qui passe, et qui répètent les mêmes injures à satiété, dans l'espoir que le passant leur fera l'honneur d'une réponse!
M. Dessaulles est la poissarde de rinstitut-Canadieu, et il injurie sans cesse le saint cvêque de Montréal qui va son chemin sans lui répondre.
La conclusion de l'écrit n'est pas nouvelle non plus. M. Dessaulles y finit encore par se jeter dans le sein du rationalisme, sa nouvelle religion. Yoici la formule d<* sa croyance:
•' Il y a quelqu'un qui possède et possédera toujours plus d'intelligence, de lumière et de bon sens pratique que tous les rois, ministres, évêques ou Papes : et ce quelqu'un, c'est tout le monde ! ''
•' C'est là qu'est la vraie souveraineté morale, et elle ne saurait être que là, puisque Dieu est nécessairement ]>résent dans l'humanité, qu'il l'a créée perfectible en l'illuminant d'une parcelle de sa propre raison, et à laquelle il se récèle constamment dans la suite des lîges par les génies supérieurs (ju'il fait de temps à autre surgir dans son sein."
Tout le monde ! Voilà le Dieu de M. Bessaulle.- ! Franchement, je serais tenté de lui prcjierer Brahnia, Vichnou ou Tao. Tout le monde ! C'est un dieu un peu mêlé, un peu compliqué, un peu capricieux, un peu... disons le mot, un ])eu bête ! Est-ce pour cela que M. Dessaulles l'a choisi ?
Tout le mondé! Mais entendons-nous; qu'est-ce que tout ^e monde ? Les Chinois, les Tndiçns. les Japonnais, les Tartares, les Patagons, les Nègres, toutes les ti-ibuK sauvage^i, et les grands singes d'Afrique, qui suivant M. A bout sont les ancêtres de l'humanité — est-ce là tout le monde de M. Dessaulles? Dans tous les cas, ils forment l'immense majoi'iié des peuples, et M. Dessaulles qui est Tin parlementaire, doit se soumettre à cette majorité là !
Tout le monde î Mais, M. Dessaulles, embrasser la religion de tout le monde, cela me rend perplexe. Quelle est la religion de tout le monde 1 Vous me direz probablement qu'il fîiut suivre la majorité, vous qui êtes un si grand partisan de la souveraineté du peuple. Maitje vous prie d'observer que c'est le paganisme qui est la religion de l'immense majorité des hommes, et je vou^^ avertis que je ne suis pas du tout disposé à devenir idolâtre.
Tout le .monde ! Tel est donc, suivant M. Dess-.uiles. le nom du qaelquim qui a été constitué dépositaire de la vérité! Mais en Canada, par exemple, qui est tout U monde ? Sont-ce les évèques, les prêtres et la population qui suit leurs enseignements?— Mais non, puisqu'ils sont tous dans Terreur et la superstition. C'est- donc M. Dessaulles qui est tout le monde /
.le vous salue, dépositaire tic l'infaillibilité de tout l-monde / Je ne suis plus étonné de vous entendi'c méj)j'isor Donoso Cortôs, De Maistre, Veuillot et Pie IX ! liront en eflet, de pauvi'cs sires, compai-és au greffier do la
paix de Montréal, verbe de l'infaillible Tout le monde ! Je m'incline devant vous, petit ! Prenez cependant un bon conseil : étudiez la grammaire ! Je ne saurais trop vous le répéter : la gi-a?rt!iiaire... cela sert toujours en ce monde !
Mais ne badinons plus sur des sujets si graves, et constatons la profondeur de votre aberration intellectuelle et morale. Vous croyez donc, brave homme, que la raison humaine est le seul guide à suivre, et que Dieu ne se révèle que par les génies supérieurs qui surgissent de temps à autre ? — Mais alors, vous ne connaissez rien du tout de l'histoire du monde !
Nier la révélation de Dieu à l'homme par I)ieu luimême, c'est nier le fondement de toute l'histoire ; et c'est ignorer en même temps ce que tous les peuples, même les idolâtres, savent et croient fermement ! Les traditions de toute la terre, attestent cette croyance universelle à la révélation divine.
Livrez le monde à la raison et aux génies Sitpérieurs^ et vous verrez ce qu'ils en feront. L'histoire est là pour vous l'apprendre. Où en était l'humanité lors de l.'i venue de Jésus-Christ ?
Dieu s'était pourtant lui-même révélé à l'homme an commencement, et de temps à autre, il lui avait envoyé non pas seulement des génies supérieurs, mais des prophètes et néanmoins le monde entier, votre tout lk monde, m. Dessaulles, était plongé dans l'ignorance et la dégradation.
Voilà ce que devient tout te monde, soumis à la seule autorité de la raison. C'est un pauvre docteur que Tout le monde, et quand vous le placez au-dessus des Papes, vous rayez d'un seul trait toute Vhistoire ecclésiastique— qui n'est que le récit des triomphes constants de la Papauté sur Tout le monde.
400 PORTRAITS ET PAf^TELS LITTÉRAIRES.
Avez- VOUS donc oublié cette lutte gigantesque et merveilleuse que soutint contre Tout lemojide le premier de ces Papes que vous dépréciez aujourd'hui ? Pierre n'était qu'un pauvre pêcheur ii^Dunu, et Tout le monde était riche, puissant, soutenu par des génies supéricvrs et gouverné par un homme dont un signe de tête faisait trembler l'Univers. Pourtant, votre Tout le monde, M. Dessaulles, fut vaincu, et Néron périt misérablement tandis que Pierre devenait immortel.
Et puisque nous en sommes à parler de rimj)uissance de la raison, expliquez-moi donc, M. Dessaulles, pour- <luoi cette déesse n'opère ])as en Asie les mC'me prodiges de civilisation qu'en Europe. Les gi-ands penseur> expliquent cette différence par l'influence du Christianisme en Europe. Mais vous aurez probablement <[uelque autre explication «à offrir. Car vous nous laissez entendre que vous êtes Vun de ces génies supérieure \)i\v lesquels Dieu se révèle aux hommes.
Si vous avez une mission à remplir comme génie supérieur, vous fei'iez mieux de nous le dire franchement et de nous le prouver. Avez-vous eu quelques visions, ou des rapports quelconques avec le inonde invisible? Si oui, hâtez-vous de nous les faire connaître, v'a!" soyez sîir. qu'il n'y a rieti dans vos (cuvres qui révèle le génie supérieur.
Je n'attendrai ])as cette révélation néanmoins, pour répondre au détique vous portez dans votre dernier écrit. Je ne le ferai jkis au nom du vénérable évèque de Montréal (jui n'a })as besoin de défenseur contre vous. Il ne me connaît pas d'ailleurs, et je n'appartiens pas à son diocèsi3.
J'accepterai en mon nom seul, le déti poi-té. inai> ;i certaines conditions très-jusics :
Portraits et pastels litterahies.
lo. Vous abrégerez vos phrases, afin que je puisse vous lire sans trop de fatii^ue.
2o. Vous me prouverez ([ue vous êtes encoi'e catholique. Car si vous ne l'êtes plus, comme je crois l'avoii' établi, toute discussion est inutile, et nous ne pouvons ])lus avoir rien de commun avec vous.
3o. Vous achèverez votre ouvrage en prouvant tous vos avancés, et en citant toutes vos autorité^^. Vous êtes l'accusateur : à vous «l'appuyer tontes vos accusations de preuves, et d'en indiquer toutes les sources. 11 vous arrive très-souvent de dire; tel auteur, tel Pape, tel Saint ont écrit telle chose. Ce n'est pas assez, et je ne veux pas être obligé de feuilleter vingt volumes pour vérifier une citation, vous voudrez bien citer le volume et la page. Vous ferez votre travail et je ferai le mien.
A ces conditions je suis votre homme, et je vous j)i'omets des émotions.
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Date Due
'5ǧ25 2il03