‹ Les Guêpes canadiennes (volume 2)Chapitre 19 sur 20 · M. L. O. DAVID · texte numérisé non relu

M. L. O. DAVID

Il y a, à Parib, au Journal des Débats^ un écrivain qui >i£jne David, et cette signature signifie personne^ c'est-àdire tout le monde. A V Opinion Publique, on a fait mieux encore; c'est le journal lui-même, qui a cette signification. Il est l'opinion de tout le monde, c'est-àdire qu'il n'a ni opinions, ni principes, ni doctrines.

Si M. Mousseau était son seul rédacteur, la gazette aurait au moins une couleur politique. Mais M. David est toujours à ses côtés, tenant dans sa main une éponge en guise de plume, et repassant constamment cotte éponge sur la palette de son collègue.

Lorsque V Opinion Publique parut, son prospectus disait qu'elle serait une revue essentiellement politique (sic). Essentiellement était certainement de trop et jamais programme n'a été rempli d'une manière plus singulière.

Une revue essentiellement politique doit avoir des principes arrêtés, une ligne de conduite ferme, un chef et un drapeau. Oi- VOpinion Publique n'a rien de tout cela. le diapeau de M. Mousseau n'étant pas celui du journal.

Le prospectus disait encore :

'• Nous n'oublierons jamais que le journalisme est un .sacerdoce."

Risum teneatis, amici ; je n'invente rien, et je ne plaisante pas ; vous trouverez cette phrase textuelle dan^ le No. 1 du journal. Il ne faut pas reprocher aux rédacteurs de n'avoir pas tenu cet engagement, qui était audessus de leurs forces. M. Mousseau admettra volontiers, qu'il n'a jamais ou de dispositions pour le sacer-

doce ; et si M. David en eut jadis, il y a longtemps qu'il n'en a plus.

Une autre promesse que M. David n'a pas tenue, est t.-elle qu'il faisait dans son premier article. " Un nou- '^ vel enfant, disait-il, est né au journalisme canadien... " Il grandira et se développera..." Il ne trompait per- .Honne en se présentant avec l'innocence de l'enfant qui vient de naître ; mais son erreur a été de ne pas grandir. Il menace même de prolonger l'enfance, jusqu'à l'âge oii les autres y reviennent, après avoir passé par la virilité.

On ne saurait dire que M. David porte bien son nom. Maison peut aflSrmer qu'il n'a rien de Goliath. Il est petit, fluet, efféminé, et paraît avoir vécu de sirops et de limonade. Sa physionomie est d'ailleurs assez intelligente, et ses traits sont assez jolis, malgré leur expression un peu béate. Il a quelquefois des airs penchés, et le ton amoroso ; mais c'est tout de même, un minois plaisant.

Il a les cheveux bruns, un peu frisés — presque autani que ses phrases qui ne manquent pas de fioritures — den yeux d'un bleu pâle, et un nez de perroquet. Plût au ciel qu'il n'eut pas autre chose de cet oiseau des tropiques !

he joueur de Regnard parle en quelque endroit :

De femmes qui jamais n'ont pu fermer la bouche Et qui sur le prochain vous tirent à cartouche.

M. David a quelque chose de cette nature des commères; Il a toujours la bouche ouverte, et il pérore sui tout; mais il ne tire qu'à poudre, et ce n'est pas lui, qui aurait la malice de vouloir loger dans la cervelle du voisin, un plomb qu'il n'a pas dans la sienne.

Quand il est appelé à faire une lecture, il prend dos Jiirs plus mâles, et une pose plus virile. Mais alors son

:i54 PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES.

tic particulier est de se croire l'industrie faite homme. Illusion étrange, puisque personne n'a moins que lui. des idées pratiques sur l'industi'ie. Mais quand il a fait cet effort pour paraître un homme, il s'affaisse, ci reprend son allure enfantine.

On appelait feu Eric Dorion V Enfant terrible ; M . David devrait s'appeler V Enfant pas terrible. Il avait Jadis, des principes trôs-libéraux ; il lui en reste encore (juelque chose, juste assez pour ne pas rompre avec ses anciens amis, et juste assez peu, pour que le parti conservateur le tolère. Quand il lui arrive de céder encore à sa nature libérale, et de casser un petit carreau de vitre avec un petit caillou de sa petite fronde, on sourit.

Il est d'ailleurs si hon, si doux, si sensible. Malgré ses tendances natiouardes, c'est un agneau, (juc j'estimerais toujours, s'il ne sortait pas de son rôle.

.S'il continue, il aura pas^é dans le monde sans l'aire trop de bruit, mais il aui-a fait encore moins de besogne. Son tort est de se croire né grand homme, et de ne pa** travailler à le devenir. Comme journaliste, il a toujours )>eur qu'on ne lui l'eproche de montrer trop de zèle religieux ; qu'il se tranquilise, il est sous ce rap})ort. d'une modération immodérée.

Il appartient à l'école ni pour ni conti-e, et quand il est obligé de se prononcer entre deux hommes, ou entre deux docti-ines, il déploie des ressources intinies pour (ju'on ne sache pas ce qu'il pense — ce qui fait que se« meilleurs articles sont couleur (rinvisible.

Quelle est la cause de cette hésitation perpétuelle qui dit oui et non, se porte à droite et à gauche, flatte celuici, caresse celui-là, et reste suspendue entre le ziste ei le zeste? — Nous croyons qu'il y a faiblesse naturelle d'esprit, mais aussi, beaucouj) de calcul.

'PORTRAITS ET PAsTELS LITTÉRAIRES. 355

M. David, rejM-ochant à M. F. X. A. Trudel * une aigreur que celui-ci n'a jamais eue, dit ; " Dans un pays ''• comme celui ci, les ménagements et Te^prit do con- " ciliation t^ont nécessaires à celui qui veut parvenir.''

Voilà donc le secret des appréciations, et des critiques î\ l'eau de rose de M. David ! Yoilà le fin mot de sa tnorale î II veut parvenir le jeune homme, et pour cela, dit-il, il faut des ménagements et de la conciliation. Ce motto explique toutes ses complaisances pour certains hommes, et certaines doctrines blâmables. Je comprends maintenant pourquoi, il admire tant M. Buies, Tignoble auteur de La Lanterne, et M. Fréchette, et M. DessauUes, auquel il vient de faire sa cour en me décochant un trait inotî'ensif. 11 tient à conserver des amis partout, dans le camp de l'impiété, comme dans celui de la religion. C'est ainsi qu'il n'a pu trouver un seul mot de l)lâme pour lincrédulité de M. Papineau, dans le ]iortrait qu'il en a lait. Sa conscience pourtant lui criait qu'il fallait en parler, et à force de travail il a réussi à composer cette phrase obscure.

*• Il est en religion ce qu'il est en politique, libre et '• indépendant, défiant de l'autorité, n'accej)tant rien '• sans discussion, et croyant difScilement ce qu'il ne *' comprend pas. Inutile de signaler les Tésuitats de '•' cette indépendance en matières religieu.-os, chacun les " voit et peut les juger."

C'est tout. Saisissez bien, lecteurs, toute l'habileté de ce style ni pour ni contre. Avec cette manière de pai-- 1er, un rationaliste n'est pas un incrédule, ni un impie; c'est un homme libre et indéj^endant.

Hélas ! M. David, croyez-moi, toute cette habileté ne mène à rien. Dire franchement et ouvertement la

• M. Trudel est aujourd'hui sénateur.

vérité vaut toujours mieux, et ceux qui s'imaginent qu'il faut la couvrir d'un voile pour la faire accepter, sont voués à la médiocrité.

Un profond penseur, qui est en même temps un ;rrand écrivain, a fait le porti-ait de Vhomme médiocre. Je le copie pour l'instruction de M. David, qui devra s'y reconnaître comme dans un miroir.

" L'homme médiocre est juste-milieu, sans le savoir. Il l'est par nature, et non par opinion ; jjar caractère, et non par accident... Le trait cai-actéristique, absolument caractéristique de l'homme médiocre, c'est sa déférence pour l'opinion publique. 11 ne parle jamais, il répète toujours .. Il a le plus pi'ofond resj)ecL pour «•eux qui sont connus, n'importe à quel titre, pour ceux qui ont beaucoup imprimé. Il ferait la cour à son ennemi, s'il devenait célèbre.

"L'homme médiocre peut avoir telle ou telle aptitude spéciale ; il peut avoir du talent, mais l'intuition lui est interdite. Il n'a pas la seconde vue; il ne l'aur-i jamais. Il peut apprendre ; il ne peut })as deviner. Il admet quelquefois une idée, mais il ne la suit pas dans ses diverses applications ; et si vous la lui présente/ en termes différents, il ne la reconnaît plus ; il la repousse.

"H admet quelquefois un principe; mais si vous arrivez aux conséquences de ce principe, il vous dira qur vous exagérez.

" Si le mot exagération n'existait pas, l'homme nutliocre l'inventerait.

" L'homme médiocre aime les l'crivains qui ne disent ni oui ni non sur aucune question, qui n'affirment rit-n, qui ménagent toutes les opinions contradictoires.

" 11 trouve insolent, toute affirmation, parce que tout^'. aflirmation exclut la proposition contradictoire. Main

si VOUS êtes un peu ami et un peu ennemi do tonlcK choses, il vous trouvera sage et réservé.

'' Il fait semblant de dire quelque chose et ne dît absolument rien.

" Il reste à l'homme médiocre en activité, en fonction, Une inquiétude : c'est la crainte de se compromettre. Aussi, il exprime quelques pensées volées à M. de la Palisse, avec la réserve, la timidité, la prudence d'un homme qui craint que ses paroles trop hardies, n'ébranlent le monde ! "

Kamassez tout cela, M.David, c'est votre propriété.

De Maistre a dit :

" Je ne sais comment le mauvais choque moins que le médiocre continu."

C'est une observation dont j'ai souvent reconnu la vérité, en lisant les écrits de M. David. Ils n'appartiennent pas au genre mauvais^ mais au médiocre continu. On n'y trouve rien d'original, et presque rien qui soit au-dessus des lieux communs.

Quand il parle industrie, il nous fait l'effet d'un joueur de serinette: il joue toujours le même air, et il semble nroire que cet air là, va sauver le pays.

Quand il parle politique, il est incolore et insaisissable, l Kst-il conservateur? — Sans doute, lisez telle phrase. \ Rst-il nationard ? — Mais oui, lisez la y)hrase suivante. — ; Mais il était partisan de Sir George Cartier? — San« doute, lisez la biographie qu'il en a faite. — Ah ! j'avaip cru qu'il était un de ses adversaires ? — Mais oui, il l'a combattu sur tous les husting de Montréal.

On peut varier ce dialogue et le prolonger indéfiniment, au sujet de toutes les appréciations que M. David a publiées sur les hommes et les choses.

35s PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES.

.]{' me rappelle le compte rendu (ju^il luisait un joui*, d'une polémique importante entre le youveau Monde et M. Cauchon ; on pouvait le résumer comme suit : Le Xouv eau Monde 'àX'MX raison, mais M. Cauchon n'avait pM"- tort ; cependant le Nouveau Monde, tout en ayant i-aison avait eu quelques tortvS, et M. Cauchon, sans avoir tort avait commis quelques fautes; de sorte que l'un avait rai>on au milieu de ses torts, et que l'autre avait des torts au milieu de sa raison ; si bien, que ni l'un ni l'autre n'avaient tort ni raison, et que M. David seul avait raison — si toutefois il n'avait pîus tort — hypothèse dont ii reconnaissait toute la vraisemblance.

Un autre jour, il s'agissait d'une accusation portée par M. Langelier contre M. Gendron, député de Bagot. et qui avait fait quelque bruit en Chambre. M. David exposa d'abord les faits :

• >î. Langelier a accusé M. (rendron, d'avoir si-)U6trait •' un document important qui aurait dû être mis devant •• le comité des chemins de ïkiv. -^[. Gendron fut indigné " et l'atfaire fut portée devant la Chambre, et M. '• Langelier fut soumis aux plus foi-tes censures. Chose •• étrange ! M. Bachand, de (|ui M. Langelier prétend / avoir eu les renseignements «pii font inspiré, a '' déclare <)ue M. (îendron était ineapabie de commeltr<' •' l'acte qu'on lui reproidiait.''

iSuit le jugement que M. David daigna prononcer, atin d'eclaij-er l'opinion publique, t't de faire connaître l'iitin, qui des deux adversaires avait raison :

•' f^uot'quil en soit, nous ne croyons pas que M. Gon. • dron ait commis, au moiîis rnalhonnètement, l'acte qu'on " lui repioche, et nou> ne croyons pas non plus, que M . •' Langelier l'ait accut^é malle ieui<ement de cette faute."

Voila qui s'appelle parler ! et de manière à être com- }uis. Le lecteur a <lû être satisfait, ou bien il est ditticile.

Ainsi, c'est bien simple et bien clair. Ni l'un ni l'autre n'ont tort ni raison. M. Gendron a t-il commis, oui ou non, la soustraction du document ? M. David n'en sait rien, puisqu'il commence en disant : quoiqu'il en soit; mais il cro<ï tout de même, que M. Gendron n'a pas commis, au moins malhonnêtement, l'acte qu'on lui impute. Comment peut-on soustraire honnêtement un document ? C'est au lecteur de deviner. Quant à M. Langelier, qui a accusé M. Gendron d'un acte infamant, et qui l'a injurié sur tous les tons, il n'a pas agi malicieusement. Comment cela ? On n'en sait rien, et le lecteur devra deviner encore. Mais quand M. David croit, il faut i^upposer qu'il a de bonnes raisons pour cela, et croire avec lui. Si vous voulez en savoir plus long, vous êtes un téméraire.

Le Courrier de St. Hyacinthe s'est permis cette témérité ; mais M. David lui a répondu par un second article plus entortillé que le premier, et dont voici la conclusion :

" Cela dit, je prie le Courrier de St. Hyacinthe de croire, " que je ne me générai pas plus à l'avenir que par le " passé, de dire franchement ma façon de penser, à la '' peine d'encourir les colères du Courrier.'^

Voilà qui était fronc et net, et le Courrier a dû être convaincu. C'est bien admirable de pouvoir parler ainsi ; car il faut tant de courage pour dire franchement sa façon de penser, et décider carrément entre deux adversaires, que l'un a raison et que l'autre n'a pas tort!

Je n'insisterai pas sur cette indécision constante de M. David, et je ne citerai, ni le portrait de Mgr. Bourget. où il a pris tant de soin de ne se prononcer sur aucune des questions intéressantes que tout le monde voudrait connaître — ni la biographie de Sir Georire Cartier, qui

est la coiitre-pMi'tie des discours *le M. David dans les élections do 1872.

Ce que j'ai dit suffit pour démontrer, que M. David ne jnanque pas d'habileté à danser sur la corde, qu'unt certaine école tient suspendue entre le vrai et le faux ; et je passe à l'examen de son style.

M. David n'est pas historien, mais portraitiste.

Quand il ])eint, il est généralement élégant, vif et délicat. Il est observateur et groupe assez bien le^ traits principaux, ^fais quand il raconte, il est long, monotone, et ennuyeux. Il omet des faits importants, et tient compte de détails insignifiants, probablement pour plaire à tels membres de la famille qui y jouent un cei'tain rôle.

>rème dans le portrait, il lui arrive assez souvent de manquer de goût. Il abuse surtout des images. Il les entasse, les l'épôte et les mêle.

Ainsi il dira du juge Vallières:

"Sa belle imagination faisait jaillir des étincelles des- ''pensées les plus arides, et les chargeait de paillettes '• ^'or et rf argent, de rayons lumineux." Le lecteur voit la confusion de ces étincelles avec le^ paillettes d'or et d'anjent et les rayons lumineux !

"Sa mémoire était au niveau des autres facultés; '' c'était une mine inépuisable, une source intarissable '' comme son esprit." Mine inépuisable rendait bien l'idée, quel besoin y avait-il d'ajouter, source intarissable ?

"Un esprit tin, brillant, prompt comme l'éclair, qui " s'épanouissait en gerbes de feu, en fusées étincolantes. " et s'échappait de sa forte tète comme la vapeur des "puissantes machines qui la contiennent." Eclair, gerbes de feu ^ fusées, et après, tout ce brio... vapeur ! Quel mélange !

'* Sa conversation était un feu roulant de bons mots. •' d'anecdotes, de reparties, et de plaisanteries que les '' anciens se répètent encore au coin du feu. tout bas, '- quelquefois."

Après cet encombrement de bo7is mots, danccdotes de réparties Qi (\e plaisanteries, on se demande pourquoi les anciens se bornent à les répéter quelquefois et tout bas !

Dans le portrait de Charles Michel de Salaberry, je l'etrouve le même entassement de mots exprimant la même idée :

"Un cœur de lion, une intrépidité à tout oser, à tout braver... Vif, brusque, imj)étueux...r\'dt\xvG de soldat, pleine (Vélan, de vivacité et d'entrain... Sévère, rigoureux, inflexible. . .

Dans les pages les plus brillantes de M. David, il y a de ces taches, qui démontrent l'absence de goût et de tact. J'en pourrais citer des exemples dans presque tous ses, portraits, et spécialement dans celui d'Emma Lajeunesse. Mais le seul fait d'av^oir placé cette actrice, si célèbre qu'elle puisse être, dans sa Galerie Nationale, au milieu de nos grands évêques et de nos hommes d'état les plus illustres, est un manque de tact absolu.

M. David ne sait pas toujours choisir le style qui convient aux portraits. Ainsi, on ne peut débuter plus mal qu'il n'a fait dans celui de Sir L. 11. Lafontaine :

'' ]\ous voilà, e)icore / en face d'une vie illustre, etc., " etc. Cette biographie m'a cause beaucoup de troubles •' et de recherches."

Nous voilà, encore ! Quelle exclamation étrange et <|ucl début! C'est le lecteur qui a dû s'écrier en commençant : '* Vous voilà, encore, M. David !

Trouble n'est pas français dans le sens que M. David lui donne. Mais lors même qu'il le serait, il n'y avait

362 PORTRAITS ET PAiSTELS LITTÉRAIRES.

pas de raison d'informer le public de tout ce troubleAà. Le portrait est par lui-même assez troublé.

Un autre défaut du. portraitiste est de n'avoir pas su tirer parti des sujets qu'il a traités, et en faiie )es>ortijles enseignements. Je n'en citerai qu'un exemple.

Il y avait un magnitique ra])prochement à faire entre Papineau et Morin, entre l'orgueil de l'un et l'humilité de l'autre, entre la piété de celui-ci et l'incrédulité de celui-là. ^I. David n'y a })as pensé ! Kt lui, qui n'avaii pu articuler un mot de blâme ])Our l'incrédule, il a trouvé du pei'sitîlage pour l'homme ]neux : *• M. Morin " avait ])lutôt l'air d'un évèque en visite pastoraU- '' qu'un candidat en quête d'un comté; il j^arlait avec *' la sim])licité et la franchise du bon curé qui fait le " prône à ses paroissiens depuis vingt cinq ans."

Terminons ce pastel, déjà trop long, par ces paroles de M. de Bonald :

" Un écrivain doit avoir en morale et en j)olitiquo des " opinions décidées, parce qu'il doit se regarder comme " un instituteur îles hommes : pour apprendre à douter, •' les hommes n'ont pas besoin do maîties."

Je prie M. David de méditer ce conseil, et d'en faii-c «a règle de conduite.

Malgré quehiiies défauts de style que j'ai indiqués, il dit généralement bien ce qu'il pense. Mais ce que jilui reproche, c'est de penser trop peu !

En pensant davantage, il poui-ra peut-être s'élever audessus du médiocie, et si jamais il émigré au pays des Liliputiens il y sera fait nardac comme lo héro» de Swift.

M. L. A. DESSAITLLK8.

(Tétait hier, c'est-à-dire il y ;i plus de douze ans. L?. littérature canadienne n'était y)as née, s'il faut en croii'e l'abbé Casgrain qui devait la mettre au monde. Chauveau, Taché, Crémazie avaient bien tenté l'aventure, mais en vain. Cette diablesse de littérature ne voulait pas voir le jour, et tout restait à créer pour la génération qui allait éclore.

Mais Tâge d'or approchait.

Le ^ros Fréchette voyait épanouir :^es blondes annéen ; le /?e^i7 Marraette chevauchait bruyamment sur le faite de la maisoTi paternelle; le brillant chevelu Faucher de 8t. Maurice couvrait sa tête d'un sombrero ; le jeune (Tarneau ébauchait les contours de sa belle baigneuse \ le sémillant Dr. Larue prenait des leçons de boxe pour se préserver des blackeyes; il ne manquait plus que le hemi David, qui faisait alors ses dents, et qui allait bientôt commencer sa galerie nationale si mêlée.

Donc la littérature allait naître... pour son malheur, hélas! La politique était née depuis longtemps, et elle menait une vie passablement tapageuse. Le parti national était encoi-e dans le néant — je n'affirme pas qu'il en soit sorti. Mais les libéraux et les conserva, teurs étaient aux prises, et la lutte se poursuivait avec une ardeur terrible. Le National et VAi^e7iir^ qui avaient ou une vie obscure et courte, venaient de trouver sur le champ de bataille une mort peu glorieuse.

Le Pays était resté seul sur la brèche, vomi.ssant l'injure et brandissant un bout de grammaire.

Le pai'lement siégeait dans la vieille cité de Champlain, et les séances devenaient acrimonieuses et inter- 23i

3(j4 portraits et pastels littéraires.

minables. Lft conseil législatif lui-même, se laissait aller à l'excitation, et voulait prendre sa part dans la <juerello politique. Un soir, j'entrai dans sa galerie, et j'écoutai. Un homme se leva et prit la parole.

Il était petit, maigre et sec. Une moustache noire I)ien entretenue voilait sa bouche, et m'empêchait de voir si ses dents étaient blanches comme celles de l'abbé* Casgrain, ou en deuil comme celles de M. Marmette. Ses yeux me parurent d'un brun jaunâtre, assez v\i'>, capables d'expiimer la haine plutôt que l'amour. Son aspect n'avait rien de souriant ; son geste était raide, sa voix dui-e.

Tète et physionomie gj'êles. Je no sais quoi de mes- (|uin dans la j^ose. Cheveux trôs-noirs et plats, ouverts sur un front qui n'était pas assez large, je devrais dire, étroit comme sa ])ensée. Ni jeune ni vieux, mais ])luiôt jeune quand on le vo3'ait de loin. Un timbre qui vibrait comme un cuivi-e, mais qui n'avait rien de sympathique.

11 parlait en avocat, en avocat (jui a une tête, mai> qui n'a pas de C(eur. Du reste, rien dans ra})jiarence qui dénotât le libre-penseur; on l'eût ])ris ])our un bedeau tout aussi bien que pour un socialiste. Sa voix était désagréable, mais son langage était poli : du miel dans la forme, de la moutarde dans le fond ; des fleuri à la surface, un tonneau de poudre en dessous. Le di>cours était d'ailleurs compassé, didactique et froid.

Tel m'appaïut cet homme.

Il ne m'attii-a i)as à lui, et cependant je l'écoutai jusqu'au l)out.

Ce qu'il dit akws, je ne m'en souviens guère ; mais je sais qu'il ]xii-la de tendances humanitahes, de procjrc.s indéfini enrayé par l'intolérance, do libertés populaires restreintes par Vabsolutisme^ etc.^ etc., etc. Je compris que

PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES. :jfl5

c'était là le fond de sa rhétorique, et quand il daigna s'asseoir, je n'en fus pas fâché.

Vous venez d'entendre ^L. Dessaulles, me dit mon voisin ; c'est un homme de grand talent.

— Je suppose qu'il a fait ses preuves avant ce soir.

— Oh ! oui, reprit mon interlocuteur, en me jetant un regard étonné ; j'avoue qu'il n'a pas été fort aujourd'hui. Mais sa réputation est faite.

— Surfaite, peut-être ?

— C'est possible. Franchement, j'en parle par ouïdire ; et personnellement je ne sais pas trop ce que valent ses écrits.

— C'est pourtant ce qu'il faudrait savoir.

Ainsi se fonde bien souvent la réputation d'un homme. Ou l'entend déclamer avec force contre les abus du pouvoir et le i-eniUsme des consciences, revendiquer les droits du peuple et la souveraineté nationale, et l'on sen va répétant comme un porroquet : cet homme parle bien ; il a de grands talents.

Verba volant. Ce propos vole de bouche en bouche, ei le public finit par se laisser persuader, sans en rien connaître en réalité. On parle de confiance. Le piéde^tal s'érige sur un ouï-dire, et la médiocrité arrive à la réputation, que la position et le succès Unissent par consolider.

Le succès ! Voilà le fondement unique de bien des gloires. Cet homme a du succès ; donc il le mérite. Raisonnement absurde, que tout le monde accepte et dont chacun reconnaît cependant la fausseté.

.lamais un écrivain n'a obtenu un succès égal ;i Voltaire ; et ce grand ennemi de l'Eglise ne fut après tout, ([u'un génie de troisième ordre.

o()t) PORTRAITS ET PAsTEL.S LITTÉRAIRE^.

L'abbé I>)elille a été a<lriiii-é et eiieensé toute .sa vio. pour des vers qui ne valent pas une page de Donoso Cortès.

Jean-Baptiste Rousseau fut longtemps ap])elé le yrand poète lyrique de la France, et ee n'est certainement pas un modèle.

Notre siècle a vu fleurir la gloire des Scribe, des Flaubert, des Théophilo Gautier, et de cent autres qui ne sont que (Xdi^ hommes médiocres.

L'iiistoire à la main, ont peut dire avec vérité qu'en général, le succès apj>artient à la médiocrité servie par la réclame. Le génie qui méprise la réclame est souvent condamné à l'obscurité. Voltaire n'a jamais négligé ce détail, et quand il croyait utile de communier pour assurer le succès d'une pièce, il communiait, V infâme !

M. DessauUes est aussi de ces hommes médiocres qui aiment à s'entourer de certains bruits de cymbales. Il pose en ])ro]>hote, et ses disciple>î ne lui ménagent pa>^ les louanges. Ils sont peu nombreux, par bonheur, et ne savent rien. C'est ce qui explique, comment le fatrad'érudition exhibé par leur maître, les jette dans l'admiration. Quel savant! s'écrierit-ils, et quel grand écrivain !

Une autre opinion, partagée p:ir un plus grand nombre, circule aussi <lans un certain public sur le compte de M. Dessaulles. On le regarde comme un homme dévoyé et dangei-eux, mais ti-ès-capable. C'est un impie, dit on, mais un homme de grands talents.

Ces deux 0])inions sont fausses à un degré différent. Ceux qui proclament M. Dessaulles un grand savant et un grand écrivain, ne connaissent pas évidemment l:i >ignitication do ces doux mots ; ot quant à ceux qui sr contentent de lui reconnaître des talents suj)éri©urs, \\f

.-ont aussi dans l'erreur, parce qu'ils n'ont pas lu ses œuvres, et ne le jugent que par ouï-dire.

Ce n'est pas ainsi -que nous apprécierons M. Dessaulles. Nous examinerons ses œuvres, et nous démontrerons avec impartialité : lo que M. Dessaulles n'est pas un écrivain, quoiqu'il ait beaucoup écrit : 2() qu'il est bien loin d'être un savant, quoiqu'il ait beaucoup lu.

M. Dessaullo a longtemps rédige le Pays, Torgane du parti libéral en Canada. C'était un journaliste ardent et qui avait des apparences de conviction. 11 manquait d habileté et de stratégie ; mais il avait du courage et de l'audace. Il ne savait pas choisir le temps ni le lieu de la bataille ; mais il s'élançait toujours à l'assaut {\\\ pouvoir avec une furie digne d'un meilleur sort.

Il combattait au premier rang de l'opposition, et ne comptait pas les blessures qu'il recevait, ni les morts qui tombaient à ses côtés. On lui reprochait même avec raison, de sacritier inutilement ses soldats.

Ce n'était pas lui qui portait les meilleurs coups à l'ennemi ; mais il pouvait se vanter de porter les premiers. On lui rendra d'ailleurs cette justice qu'il n'a jamais tué personne, pas même le clergé qu'il désii-ait tant exterminer.

Imprudent à l'extrême, il semblait prendre plaisir à se compromettre et à compromettre ses amis. Bien loin de l'aiiTuillonner pour le faire avancer, il fallait san^ cesse le retenir.

— Vous allez trop loin, disait le chef, vous nous compromettez.

— Je dis ce que je pense.

:i6S PORTRAIT.^ ET PASTELS LITTÉRAIRES.

— Vous le dites trop, ce que vous pen>ez. Le peuple est catholique, et...

— Dites qu'il est préjugé et emlormi dans la superstition.

— Comme vous voudrez, mais il n'est pas prêt à îu'cepter vos idées.

— Il s'y habituera.

— Pardon, il ne s"}' habituera pas; et en froissant ses t-onvictions comme vous le faites, vous noi^ empêchez d'arriver au pouvoir. Vous nous rendez impossibles.

— Pas du tout. Le libéralisme rognera ici comme ailleurs. Son triomphe est certain, et les jours de la superstition achèvent. Nous vivons dans un pays libre, et la liberté de penser est le pi-emier de nos droits.

— .le ne conteste pas le droit, mais l'opportunité d'ex- ]»riiner vos idées. Je ne parle ])as au nom de la science, ni de la liberté, mais au nom de rintérêt politique. .le vous en prie, soyez prudent.

Mais le journaliste libre-penseur était comme un cheval fougueux (jui ne peut soutîVir aucun frein ; et le lendemain, il attaquait le clergé ou les institution-v religieuses avec un redoublement d'ardeur et de malice.

C'était du moins un homme franc, dii-a-t-on.

Non, il n'était pas franc. Il disait beaucoup plus (|u'il n'aurait dii, dans l'intérêt de la cause politique t[u'il représentait ; mais il se gardait l)ien cepen<lant, de dire tout ce qu'U pensait.

Aujourd'hui encore, il déguise la moitié de sa pensée, en ne nous disant pas franchement qu'il ne croit pas en la divinité de Jésus-Christ.

M. Dessaulles a d'ailleurs le caractère distinctif des vrais hypocrites: il appelle Tartufes les hommes religieux, c'est-à-dire les hommes sincères par excellence.

Parce qu'il insulte ouvertement le clergé, parce qu'il Hc moque de nos croyances, parce qu'il outrage audacieusement notre sainte Mère l'Eglise, il se targue de franchise et de droiture. Mais ce qu'il ose dévoiler fait deviner ce quil cache encore, et révèle la profondeur de son hypocrisie.

Son journal le Pays, a toujours voilé ses véritables tendances, autant que sa nature le lui permettait ; et toute sa carrière de journaliste a été une duperie continuelle. Il affichait alors les r-ouleurs d'un catholique libéral, et il était au fond un libre-penseur des plus avancés.

Comme journaliste, il n'a rien produit dont on se souvienne. Il n'a jamais su, et ne saura jamais bien la langue française. Il ne respectait guère plus la grammaire que le clergé. Ses phrases étaient mal bâties, et d'une longueur. ..à i-endre ses lecteurs poitrinaires.

Il eut quelques polémiques avec M. J. C. Taché, et les rieurs ne furent pas de son côté. C'est à lui, s'il men souvient bien, que M. Taché fit croire que Donoso Cortès et le marquis de Yaldegamas étaient deux hommes ditférents. C'est depuis ce temps-là, qu'il mépris*^- Donoso Cortès y compris le marquis.

Il soutint d'autres luttes qui firent quelque bruit, principalement contre Mgr. Raymond et contre M. Cauchon. Il ne sortit pas de la première avec les honneurs de la guerre, et ne fit preuve ni de science ni de bonne foi.

La seconde fut longue et ennuyeuse, et les deux adversaires parurent de force à peu près égale — ce qui n'est faire l'éloge ni de l'un ni de l'autre. Tous deux se distinguèrent pai* l'audace, la grossièreté et le mauvais style. La lutte finit faute... d'injures, leurs dictionnaires étant épuisés.

Sous sa direction, le Fays ne til pas fortune, non j)his que son parti, et quand il l'abandonna, le journal était mourant. Ses amis le regai-daient de plus en plus comme un obstacle à leur avancement, et ils protitôrent de la première occasion venue, pour s'en débarrasser. Ils lui trouvèrent une douce retraite, d'aucuns disent une cachette, oii l'indisciplinable lut enfoui.

Pour répandre à Montréal les bienfaits de la librepensée, M. Dessaulles n'avait pas seulement un journal à sa disposition ; il avait aussi une tribune, celle de rinstitut-Canadien. Il était l'âme de cette a.ssociation, si toutefois on peut dire qu'elle avait une âme. Va\ perdant son journal il i<ai"da la tribune, et c'est de là. que depuis plusieurs années, le prophète rend ses oracles.

C'est de là, (^ue le (Ireffier de la Paix déclare la guerre à l'Eglise, juge son évèciue. ctMidanine le Pape ei les Conciles !

De la tribune sa parole tombe dans la rue, et elle y resterait mêlée à la boue qu'elle atfectionne, >"\\ n'avait le soin de la i-amasser lui-même, et de la leproduire ei brochure. C'est ainsi, et seulement ainsi, qu'il passeï à la i)ostérité. Tant pis pour lui ! Car la postérité ser; sévère, à l'égard de ce p\'gmée qui passe sa vie à diti"; mer le catholicisme, et à réhabiliter les .scélérats.

Xous avons sous les yeux sa brochure sur Galilée, ses lectures sur la guerre américaine, et les (innwiires de NnstitutCanadien de 18(38 et de IStJÎ), et enfin sa dernière élucubration '• La grande guerre ecclésiastique.'' Quel bagage littéiaire ! Ht que cet homme nous fait pitié !

Il n'y a dans tout ce fatras, ni esprit, ni science, ni style. Un sou! mot peut qualifier justement cet entassèment d'inepties, et de mensonges : c'est plat.

Pour justifier ce jugement, je dois entrer dans quelques détails, et pour pi-océder ave»- onlre, je veux

démontrer d'abord : que M. Dessaulles ne sait pas écrire, et qu'il ferait bien de revoir sa s^-ntaxe.

Le style est une puissance, a dit un grand penseur.

M. Dessaulles n'a pas cette puissance-là. Dire qu'il a le style de tout le monde, serait peut-être exact, parce que ce serait dire qu'il n'en a aucun ; mais je veux être plus précis, et je dirai qu'il a un style d'avoué.

Le premier venu, parmi les avocats, rédige ses procédures dans le style de M. Dessaulles. Il est embarrassé, obscure, dift'us et incorrect. Il est monotone, comme son ton. De la première phrase à la dernière, c'est toujours la même chanson, et cette chanson n'est pas gaie. Rien qui repose, rien qui amuse, rien qui égaie un peu l'aridité de l'argumentation. Eien même qui pique la curiosité, ou excite et soutienne l'intérêt.

Y trouvons-nous au moins des sentiments? Non. Quelques jolies figures de rhétorique ? Non. De la facilité, de la verve, de l'élégance, de l'harmonie? Non, rien de tout cela.

M. Dessaulles a trouvé le secret d'être long, sans être fécond. Il se répète d'une manière désolante, et toutes ses arguties sont étirées, de telle sorte qu'on n'a pas besoin d'en voir la tin quand on en connaît le commencement. Mais ce qui est fort est bref, a dit Ernest Hello. C'est une grande véi'ité, et la longueur des phrases de M. Dessaulles donne la mesure de sa fuiblesse.

M. Dessaulles est amer plutôt que piquant, haineux plutôt que sarcastique, emporté plutôt qu'enthousiaste. Il y a des éciivains qui se perdent dans les nuages ; M. Dessaulles se perd dans la fange, la fange du dénigrement et du mensonge.

Lors même qu'il voudrait fréquenter les nuages, il ne le pourrait pas ; sa nature s'y oppose. Elle le tient attaché à la terre, et le beau idéal est au-dessus de sa

portée. Il n"a ni imagination, ni sensibilité, ni cet amour de l'art qui distingue les natures d'élite. Il na pas même cette chaleur du polémiste, qui donne de l:t vie à l'argumentation, et qui tient le lecteur en haleine.

Il est lourd, il est froid, et son rire même est ennuyeux. C'est le rire haineux du sophiste pamphlétaire, que l'aspect du mal seul réjouit. La haîne a fait élection de domicile, dans ce st^-le difforme et exagéré, elle n'en sortira pas.

Je serai Juste, et je ne i-eprochcrai pas à M. Dcssaulle>^ de faire des phrases vides. Ses phrases sont pleines, mais pleines de choses creuses. Il y met du sel. autant qu'il peut — ce qui n'est pas dire beaucoup-mais ce sel est gros et imbibé de narcotique. On s'endort vite à manger de ce sel-là.

Ce que je dis des phrases de M. Dcssaulles. je puis \v dire de sa tête. Elle n'est pas vide, mais très-mal meublée, et tout y est dans un pêle-mêle incroyable. Beaucoup de choses, mais i-ien de complet, l'ien de claii-, rien de brillant, rien d'oi-donné : un vrai chaos.

Cela explique le désordre de tous ses ccrits, qui n'ont aurune symétrie, ni gradation. On dii*ait qu'il ignore entièrement ce qu'est hi fiisposition diu\s ]o discours: et routes ses œuvres man(p]ent d'unité et d'ensemble.

Les seules transitions dont il use, dans sa derniorr brochure, quand il veut passer d'un sujet à un autre, sont les suivantes : Maintenant monseiijneur, à présent monseigneur, jai voulu rous dire mcmxeigneur, H était temps tie vous dire monseigneur, etc.

Faisons un pas de i>lus, et entrons dans un examen plus détaillé «le ce mauvais style d'avoué.

Ni élégante, ni vive, ni cadencée, sa phrase se traîne, se mêle, et arrive péniblement au bout. Bien loin «l'avoir des ailes, elle n'a pas même des pie<ls, et quand

elle s'égare dan^ une proposition incidente, elle n'en peut plus sortir.

Je n'en chercherai pas longtemps des exemples. Voici la première phrase, de la première lecture de M. DessauUes, sur la Guerre Américaine :

•'Nous sommes aujourd'hui les témoins inquiets et attentifs des calamités nationales que l'irrésistible enchaînement de la cause et de l'etîet, comme le disait si bien le colonel Masson, devait tôt ou \.i\\\\ faire fondre sur un peuple dont tous les autixM peuples enviaient la merveilleuse prospérité et le développement .>ans exemple dans le monde, mais qui avait commis la faute de conserver dans son organisation sociale et politique un principe morbide, le cancer vénéneux de l'esclavage, de cette institution infâme entre toutes qui devait corrompre les idées et fausser les notions des hommes qui seraient appelés à gouverner le pays."

Disséquons un peu cette phrase, qu'on ne pardonnerait pas à un élève de seconde. Il ne s'agit plus ici de ntyle, mais de grammaire ; et je demande bien pardon aux lecteurs des leçons de syntaxe que je vais être obligé de donner à M. Dessaulles.

La phrase citée, contient quatre propositions difîelentes, qui auraient du être exprimées en quatre phra.^es. M. Dessaulles a trouvé plus expéditif de tout mêler <lans une seule, et vous ne devrez pas être étonnés, lecteurs, s'il vous faut la relire deux ou trois fois pouila comprendre. Elle commence par l'expression d'une idée, entre incidemment dans une autre, passe à une troisième, et se termine par le développement d'une quatrième idée, ce qui forme en total: un salmigondis.

Qu'on demande à un élève de seconde de reconstruire « t'tte phrase, et il la divisera comme suit :

'' Nous sommes aujourd'hui les témoins inquiets et

attentifs des calamités nationales que l'irrésistible enchaînement de la cause et de l'etlet. comme le disait si bien le colonel Masson, devait tôt ou tard faire fondre (ces deux mots sonnent mal) sur la nation américaine. Ce peuple dont tous les autres enviaient la merveilleuse prospérité et le développement sans exemple avait commis une faute : il conservait dans son or£:ani>ation sociale et politique un principe morbide, l'esclavage (Télôve supprimerait cancer vénéneux). Cette institution de vait corrompre les idées et fausser les notions dc^ hommes qui seraient appelés à gouverner le pays."

Ainsi tciait l'élève, et M. Dessaulles voudra bien s'en souvenii'.

"La grammaire nest pas ce iju'un vain peuple pense."

(Quoiqu'on soit de taille à guerroyer contre les conciles, il est toujours bon de savoir la syntaxe. Elle est surtout bien utile, quand on veut démolir l'Eglise à coup de brochures.

Remai-(iuons bien que la phrase citée, n'est pa» isolée. Je puis montrer des |)ages entières aussi défectueuses.

En jetant un coup d'œil sur une lecture de M. Dessaulles, faite à l'institut-Canadien le 23 décembre 1861, je lis ce qui suit à \a première page (les italiques sont de moi) :

" Sentant les difficultés de plus d'un genre qu'éprouve en ce pays, l'homme qui veut s'instruire, comprenant, par leur propre expérience que l'èlucation que l'on reçoit au collège n'est rien autre chose quun point de départ, un simple acheminement rers l'instruction, nest réellement que le moyen de savoir quelle marche il faut suivre pour arriver à Vacquisition des connaissances sans lesquelles un homme ne saurait se distinguer dans les professions

libérales, seule pépinière possible des hommes d'état, sauf quelques remarquables exceptions ; sentant que le seul moyen de suppléer à la rareté des livres est de recouriia la communion des idées par la discussion et l'examen en commun des matières qui font habituellement le sujet des investigations de l'esprit ; comprenant enfin que quand on n'a pas à sa portée les ressources nécessaires 7?0î<r s'instruire seul, on peut y suppléer jusqu'à un certain point par des réunions dont le mobile est l'émulation, et dont l'objet est l'enseignement mutuel, le travail associé; ces deux r-ents jeunes gens décidèrent de suppléer au manque de capitaux par une recrudescence d'énergie et communauté «l'action qui leur permirent d'arriver par l'association au but que chacun deux, pris isolément ne pouvait atteindre.

" Comptant sur la libéralité et la sympathie du public, '' qui fait rarement défaut à ceux chez lesquels la ■• sincérité d'intention se prouve par des actes utiles, '' ces jeunes gens, presque tous sans moyens et à cette ** époque de la vie où l'homme sent que de son seul travail '' dépend son avenir, décidèrent de se former en corj>s *' délibérant, pour ainsi dire afin de se prêter main-forte les *' uns nux autres dans la tâche, toujours précaire et '- difficile pour l'individu de se préparer une carrière et de ■' devenir un homme fort et instruit."

Et bien ! lecteurs, que pensez-vous d'un di>cours qui débute ainsi ? Que dites-vous d'un homme, qui fait de telles phrases, et qui se croit plus fort que les Papes et les Conciles? Comment trouvez-vous ces bons jeune^? gens qui, sentant que, comprenant que, puis resentnnt que. et recomprenant que, quand on etc., etc.. décident pouisuppléer aux ressources, de suppléer au manque de capitaux f

Savez-vous, que ces jeunes gens étaient joliment futés ? En effet, le meilleur moyen de suppAéer aux res-

oT<> l'OKTRAITs ET PASTELS LITTERAIRES.

Kources péeuiiiaircs était bien (Je suppléer au monqur de capitaux ! Il est bien étrange, que ces jeunes gens n'y eussent pas pense auparavant.

Mais comment suppléer à ces capntaux qui supjdéeraient W\ h'\QU ixw-i^ ressources ? C'est simple comme bonjour: il suffisait d'une recrudescence d'énergie; et il parait que ces jeunes gens-là en avaient de la recrudescence !

Mais alors, pourquoi M. Dessaulles dit-il en>uite. qu'ils étaient tous sans moyens et comptaient sur la libéralité du public ? Ils n'étaient pas snns moyens, puisqu'ils avaient la recrudescence d'énergie pour suppléer aux capitaux qui suppléaient aux rr^sourccs. et ils ne devaieiit compter sur la liliéralité de })ersonne. Avec la seule recrwlcacence. ils pouvaient se former en corps délibérant pour ainM dire ai se prêter main-forte ..les uns mu- autres, et non pas leautres aux uns.

Par ce moyen, la tâche difficile pour l'individu de devenir un homme fort. devGuiùt facile. Kn se prêtant maii»forte les uns aux autres, ils acquéraient une recrudescent e de foice, et quoique individus ils devenaient /0/Y8.

Va voilà poui'ijuoi M. Dessaulles, qui était à la tête de ces bons jeunes gens recrudesccntSj e^t devenu fort en grammaire tout individu qu'il fut.

8a dernière brochure a surtout révélé sa force, comme vous allez voir. Ouvrons-la et citons en la première page. Kemarquez que je ne cherche pas, et que je prends toujours la première page des écrits que je criti(|ue.

" // y a si longtemps que l'idée ultramontaine la plus e.Kagérée, que la prétention â la suprématie absolue du Pape sur le temporel, se prêchent sur tous les tous au milieu de nous ; il y a si longtemps que les représentante de cette idée ont réussi c/'étouft'er (on dit réussi à étouffor et non pas rf'étouffer) la discussion libre et se ionneni

leurs coudées franches, parce qu'ils croient nous avoir amené au point de pouvoir parler seuls ; il y a si longtemps que l'on nous sert comme articles sërieux, comme définitions obligatoires, de simples amplifications de collège, de purs verbiages cZ'élôves de rhétorique, où Ion se montre aussi neufs sur les j)rincipes du droit public que sur les faits de l'histoire; que (ce dernier ^ue vient un peu tard) j'ai regardé comme un devoir de présenter l'autre point de vue de la question et de montrer o^^ nous mènerait la réalisation ^/e l'idée ultramontaine.

" L'ultramontanisme sait que la [proposition

d'appliquer le droit chrétien sans développer ce qu'il entend par là, sera regardée par une population confiante et peu instruite comme la meilleure chose que l'on puisse lui proposer.''

Cette dernière phrase où ^L Dessaulles parle d'une proposition à proposer nous rappelle celle d'un conseiller municipal qui débutait ainsi : je veux proposer une proposition et je projwse... Si M. Dessaulles avait eu moins de recrudescence d'énergie, il aurait dit simplement que l'application du droit chrétien serait regardée comme la meilleure chose à proposer, et la phrase eut été plus française.

Mais la recrudescence d'énergie lui joue quelquefois de mauvais tours. A part les inexactitudes et les longueurs que l'on a pu remarquer dans la citation que je viens de faire, on obsei-vera que M. Dessaulles exprime le contraire de ce qu'il veut dire dans les lignes suivantes :

** Ils (les ultramontains) se donnent leurs coudées franches, parce qu'ils croient nous avoir amenés au point <ie \)(^\\\o\v parler seuls.'

L'idée de l'auteur, c'est que les ultramontains croient pouvoir parler seuls, mais, dans le sens réel de sa phrase, c'est lui qui peut parler seul. 0 recrudescence d'énergie '

'JTS PORTRAITS ET PASTELS T-ITTÉRAIRES.

Je pourrais continuera feuilleter la dernière brochure, et y trouver des échantillons de style, qui prêteraient a de plaisants commentaires. Mais je crains, vraiment, de lasser le lecteur.

Cependant, j'ui dit que M. De;=«>aulles ne sait passa syntaxe, c'est-à-dire^ n'entend rien à la construction d'une phrase, et je tiens à le prouver irréfutablement.

Pardonnez-moi donc, lecteur si je vous fais lire encore quelques-unes de ses périodes les mieux réussies ; et quand vous serez tenté de demander grâce, songez qu'il jn'a fallu tout lii-e, moi ! Je citerai d'ail leuis sans con) inentaires :

" Ainsi pour avoir voulu décréter excatheilrâ ile galli- «•aiiisme un Archevêque et deux prêtres, auteurs d'un document connu des seuls Evêques — ^^je fais ici abstrac îion (ie cette déplorable habitude, suite d'une grande »^tr(>itcsse (/'esprit o\\ fanatisme odieux Je présenter toujours comme digne de t(nis les mépris et de toutes le> haines, ceux qui ne sont pas ultramontains de CBur ou de profession ; rur au point où en sont les choses, il va falloir haïr et méi)riser bien des millions de catholiques qui ne veulent plus suivre le parti de la domination et de l'écrasement dans l'Eglise — pour avoir vou'u, dis-je, décréter er-'^athedrâ de gallicanisme un Archevêque et deux prêtres, p(7rre ^»/o/i jugeait ce moyen le meilleur pour discréditer celui-là à Rome, on a tout simplement forcé ces deux prêtres, bien à leur corps défendant évidemment (on dirait que ces deux prêtres n'ont qu'ui» corps), de publier un fait qui, non-seulement nous montre le Nouveau- Monde sous son vrai jour comme calomniateur imjMident des ecclésiastiques qui no veulent pas tomber dans les exagérations, mais qui comj)r()met aussi le seul évèque qui eut pris copie du doci»-

ment et fut en raênie temps en antagonisme ai-deiit avec l'Archevêque '

-' Au reste, j'ai vu mieux que personne par les colùroh qu'éprouvaient ceux ries membres rie l'Institut qui poussés à bout par les obsessions de leurs femmes ou de leurs mères, ou de leurs sœurs ; obsessions qui étaient commandées à celles-ci au confessionnal, et qui se résumaient presque à chaque heure, à la maison, dans ces observations aigres-douces que les femmes qui s'abandonnent, aveuglément à la direction d'un confesseur intrigant, savent glisser à propos de tout dans les conversations de la table au d<f la veillée ; obsessions enfin qui, pour quelquesuns d'entr'eux. devenaient des piqûres de chaque minute ae la vie de famille et produisaient constamment des querelles et des refroidissements entre parents ; J'ai vu. dis-je, par les colères manifestées ^ar ceux qui étaient ainsi le point de mire de la pression sacerdotale, hésitaient entre leur indépendance au dehors et la paix à la maison. fai vu quel odieux système V. G. a intronisé parmi nous."

Cette phrase impossible rappelle involontairement la

chanson populaire :

J'ai vu ! j'ai vu!

Compère qu'as-tu tu !

M. DessauUes a vu quelque chose, éviflemment. Mais il est lent à vous le dire ! Il me semble qu'il aurait bien pu nous apprendre qu'il a vu introniser une chose, qui. en bon français ne s'm^ra/i/.se jamais, sans nous parler de toutes ces obsessions atfieuses qui se réxnment en observations aigres-douces, et deviennent des piqûres de chaque minute de la vie de famille.

Encore une citation et j'ai tini. Ne perdez jamais de vue la phrase principale, si c'est possible, au milieu des incidentes qui l'engloutissent :

'• Mais la recrudescence de folle (ne pas confondre avec la recrudescence d'énergie qui supplée aux capitaux, lesquels suppléent aux ressources pécuniaires') que nous voyons le '' Nouveau- Monde " et son accolyte manifester si crûment sur le chapitre de leurs prétentions à la suprématie cléricale universelle; la guerre sans merci qu'ils continuent de faire à tout ce qui, de près ou de loin, se rattache à l'idée lihérale en })olitique ; idée qui pourtant ne se résume que dans le droit quont les peuples de suiveiller et contrôler les gouvernements qui tiennent d'eux leurs pouvoii-s, et je ne ])uis sincôreinent pas voiice que cette idée peut comporter de si damnable ; — Kintolérance aveugle quils montrent envers tous ceux qui osent parler modération et "donner des conseils sensds — témoin M. le G. V. Kaymond que ces feuilles ^'hypocrisie, de mensonge et de discorde remercient de ses longs services en lui donnant^ avec une si remarquabU grossièreté de formes un brevet r/'hostilité et de désobéissance au Pape ; et puis les prodigieux erlbrts que font toutes nos feuilles cléricales pour bien inculqueidans notre population l'idée que la législature est catholiquement tenue c/'exécuter les moindi*es désirs des évêques ; et swtout la dernière et étrange mesure que V. G. vient d'adoj)ter à l'égrrd des jjaroissiens de Beauharnais qui UQ paient pas (iV dîmes; tous ces faits enfin qui démontrent aux plus aveugles que le " clergé tend réellement à nullitier les institutions, braver les lois, contrôler les esprits en tout ordre de choses, dominer arbitrairement les consciences et tout régir dans l'état ; tous res faits, disje m'ont convaincu que ce serait désertei* la cause de la liberté et de la souveraineté nationale que de supprimer an plus fort de la lutte un écrit destiné à protester contre l'esprit non-seulenuMit dominateur, 7/îi//cS

subversif de notre ordre social et politique, dont le clergé fait preuve depuis quelques années."

Une récompense honnête est offerte à qui divisera, abrégera et reconstruira d'une manière intelligible, cet entassement de phrases qui n'ont de liaison entr'elles, que des "et puis '' '-et surtout" "enfin" "dis-je."

Je crois pouvoir m'arrêter ici dans l'examen du style de M. Dessaulles. Les longues citations que j'ai cru devoir infliger au lecteur complètent la démonstration commencée, et prouvent surabondamment qu'il ne connaît ni les règles de la syntaxe, ni celles de la compo^tition littéraire.

Son impuissance sous ce rapport est établie par luimême. Je n'ai eu qu'à le laisser parler, et le jargon qu'il a fait entendre a révélé toute son ignorance (.\vy> belles-lettres.

Il n'a pas même la notion de l'Art, et la chose ne devra étonner personne. Car l'Art est V expression sensible du Beau, et le Beau est la splendeur du Vrai. Or M. Dessaulles — ^je vais maintenant le démontrer — adoi-e U Faux et par conséquent le Laid.

Ernest Hello a comparé la parole à la lumière, et. dans une page admirable, il en a révélé les similitudes cachées.

Mais pour qu'elle soit lumière, il faut que la parole soit vérité. Le mensonge qui souille la ])arole, c'est h* nuage qui voile le soleil et qui enfante la tempête.

Or, c'est au service du mensonge que M. Dessaulles a engagé sa parole. C'est pour jeter l'obscurité dans len âmes, et le doute dans les consciences qu'il s'en sert. Travail honteux et coupable, que ses défauts rendent

heureusement impuissant, mais dont les intentions <loivent être flétries.

Où donc a-t-il puisé ce goût pour le mensonge qui se fait tant remarquer dans ses œuvres ? A quel mobile obéit il donc, quand il se range ainsi parmi les détracteurs de la vérité ?

Hélas! C'est un fait pénible à constater dans notre pays si catholique ; M.. Dessaulles appartient à cette école moderne qui a pris le surnaturel en haï ne. 11 ne pourrait pas dire comme llernani :

entre aimer et haïr je suis resté flottant.

11 a bien résolument pris le i)arti de haïr, et celle qu'il haït s'appelle l'église catholique. Oui, l'énergumone s'est choisi cette ennemie ! Et il se croit armé pour la combatti-e ! Ilélas ! hélas !

Le sentiment qu'on éprouve en parcourant ses ridicules patnphlets, c'est une pitié pi-otbnde pour l'orgueil immcTise qui les a dictés.

C'est le bi-in d'herbe insultant le cèdre du Liban. C'est le grain de sable voulant résister à la mer, et en ariéter le flux.

8i du moins cet homme avait quelque science véritable. Si du moins il savait éci'ire et empêcher son lecteur de bâiller. S'il connaissait cette belle langue française qui est une jiuissance dans la bouche de l'homme d'esprit. Mais, non, rien ! 11 ne sait pas même >a sjnta.xe ! Kt il s'insurge contre les Conciles, et contre la Papauié ([u'il appelle la Curie Roînainel Quelle misère! ,Ie n'aurais jamais mesuré la profondeur de l'impuissance humaine si je n'avais pas lu M. Dessaulles.

Certes, MM. Kenan, Peyrat, Michelet, Quinet cl Vacherot, m'en avaient déjà donné une idée, mais incom

plôte. Ces hommes du moins disent en français ce que Satan leur inspire, et s'ils ont la folie de l'impiété, il n'ont pas le ridicule de l'incapacité tcUale. M. Dessaulles réunit les deux en lui, et sa rage anti-chrétienne est une folie aussi étrange qu'impuissante.

Etre né dans la foi catholique, av^oir reçu une éducation chrétienne, avoir vécu avec le y)euple canadien, le plus religieux de tous les peu])les, et se moquer — comme le fait M. DessauUes — de la %n de ses ancêtres et de la religion de sa patrie, c'est une honte dont on ne mesure pas bien toute l'étendue, et un égai-ement dont une intelligence mal douée est seule capable.

Plusieurs })ages de " La Grande guerre ecclésiastique " prouvent aussi que M. DessauUes haït Pie IX! Ace signe je le reconnais : il est de la race des traîtres et des sots. La grandeur l'offusque ! La vertu le met en fureur !

Pie IX est le type le plus parfait de la grandeur qu'il ait été donné au monde de posséder depuis des siècles. En le dénigrant, M. DessauUes donne la mesure de son abaissement intellectuel.

J'aurais voulu ne rien citer de ce pamphlet schismatique, que le greffier de la paix vient de lancer comme la plus sanglante injure, à la face de ses compatriotes.

Mais pour que cet homme soit à jamais mis au ban de l'opinion publique, pour que la race canadienne-française tout entière en rougisse et le fasse sortir de ses rangs honorables, il faut bien faire connaître un peu ce pamphlétaire haineux et menteur.

Il ne m'a})partictit pas de relever, un à un, tous les mensonges historiques qu'il a accumulé^ dans La grande guerre ecclésiastique^ et qu'il a plagiés dans les encyclopédies malsaines qui font ses délices. D'ailleurs, ce serait rééditer un travail fait de])uis longtemps,

oS4 PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES.

et bien loiiii;, que tous les lecteurs peuvent trouver euxmêmes, dans les bons ouvrage> d'histoire ecclésiastique.

Prenons un fait tout récent et que tout le monde connuit partailoment, excepté M. Dessaulles. Nous avons tous été les témoins de ce qui s'est pas.sé au Concile du Vatican. Nous t^avons tous, que ce Concile fut l'assemblée la plus imposante, la plus vénérable, la plu> savante et la plus sainte, qui se soit peut-être jamais vue.

Nous croyons tous, les vérités que ce Concile, assisté du Saint- Fjsprit, a proclamées, et nous saurions mourir s'il le fallait, pour notre foi au doij^me de l'Infaillibilité Pontificale. Nous avons tous admire, jiendant ce Con- «ile, la (conduite si digne, si sage et si pleine de modération et d'intelligence de l'immortel Pie iX.

Nous avons tous appris que les opposants au dogmv (ie linfaillibilité Pontificale ne formaient qu'une intime minorité, mieux ornée d'imagination que de savoir, et trop mêlée à la société moderne et à ses funestes transactions. Mais nous savons tous en même temps, que cette minorité s'est depuis ralliée à la majorité, et a accepté franchement, comme vrai, le dogme qu'elle avait combattu.

Eh bien ! voulez vous savoir comment l'homme qui ne sait pas sa grammaire a jugé le Concile du Vatican ?

Il représente les Pores du Concile, se montrant le poin<j vtsinjun<rnt d'un coté à l'autre de la salle conciliaire. Il déclare (in haut de son greffe de la paix : que la vraie science ecclésiastique et la véritable droiture <f intention s'étaient réfugiées dans la minorité du Concile, que les opposants étaient les esprits vraiment émlnents du Concile, ses vrais savants, et surtout ses orateurs toujours sincert^s daTis leurs citations historiques, que les évêques de lu Tuajoj'ité étaient des ignoi ants on dos menteui's ; (jutii

adhérant au dogme après sa proclamation, les évêque^ lie la minorité ont abdiqué leur conscUnce, et n'ont pas agi par conviction, mais qu'ils ont cédé à la puissance d'un système, sons lequel les consciences ne sont pas libres, et quv leur acte est injustifiable en saine raison et en conscience éch tirée.

Quant à Pie IX, voici en quels termes M. Dessaulles apprécie sa conduite :

''Et pour couronner le tout, le Pape lui-même, qui -emblait faire de la proclamation de son infaillibilité une question personnelle, et qui n'a pas même recule devant l'intimidation directe et les repi-oches acerbes pour l'obtenir, le Pape lui-même dit un jour, dans une réunion oii se trouvaient plusieurs évêques de la minorité, qu'il y avait trois classes d'opposants au dogme de l'infaillibilité : les ignorants, les esclaves de Cé.sar etle8 lâches..."

Dans d'autres endroits il pousea encore plus loin l'outrage, et il parle de Cécrasante tactique inventée par la i>ainte curie pour é'ouffer le droit de la minorité et emporter d'assaut une doctrine condamnée par toute la tradition ET QUE TANT DE CATHOLIQUES INSTRUITS ET

SINCÈRES REPOUSSENT. Il appelle la Borne papale le type de Crnimobilité politique et sociale, de la stagnation mtelletiuelle et industrielle, et de V opposition instinctive et opiniâtre à toute espèce de progrès. Puis se démasquant de plus en plus, l'énergumène s'écrie que Ci)ifaiVibilité est la plus teiribfe aberration de Chif^toire, et il cite cette parole d'un prêtre qu'il dit 3Iort dans le sein de l'église : "c'est la plus grande insolence qui se soit encore autorisée du " nom de Jésus-Christ! "

C'est ainsi que le Concile du Vatican n'a pu trouver i^râce devant le savant, le pur, l'immaculé M. Dessaulles. Comme vous le voyez, c'est un historien véridique ! Ce

ijrand fait d'histoire contemporaine e>t jnii:é avec impartialité et justice !

Eh bien ! lecteurs. <ih inio dUce omnes ; par ce seul lait, jugez de la véracité et de la science du brochuriei-. S'il travestit ainsi le plus ^rand événement du XlXôme siècle, le fait historique le plus récent et le mieux connu du monde entier, vous ])ouvez imaginer quelle capacité de mensonge il déploie, quand il passe en revue K-événements des siècles passés.

Il a feuilleté l'histoire avec le désir impie de trouver l'Eglise toujours en défaut; il a parcouru les encych)pédies et les pamphlets des ennemis de l'Eglise, et il a compilé, compilé, compilé toutes les calomnies, tous le> mensonges que les siècles ont accumulés sur la tête de rette institution divine.

Chaque fois que l'Eglise s'est trouvée en désaccord avec un gouvernement, avec» une association, ou avec un simple laïc, c'est toujoui-s Elle qui a eu tort ! Contre Kl le, la science a toujours eu raison, la littérature, toujours raison, la politique, toujours raison !

On ne saurait concevoir une haine plus invétérée et plus stupide eu môme temps. C'est le premier canadienfrançais qui. à la honte de notre race, soit arrivé à cet excès, voisin de la démence !

Dans quelle position se trouve-t-il aujoui'd hui ? Quelle est sa religion ? A quelle Eglise a])partient-ii ?

Il nie l'Infaillibilité Pontiticale ; il repousse l'autorité du Concile du Vatican et conséquemment de l'Eglise catholique, a])Ostolique et romaine. Donc il ne croit pas que cette Eglise i^o\i à' institution divine; donc il ne croit })as davantage à la Divinité de Jésus-Christ, (y'ar si rE.irlise est une institution humaine, Jésus-Christ n'est pas Dieu.

Î^ORTllAIT.S ET PASTELS LItTÊRAIREH. 387

Cette conclusion est rigoureuse, et M. Dessaulles ne peut pas y échapper. Que lui reste-t-il alors pour arriver à la connaissance de la vérité ? Quel guide» va-t-il ott'rir à l'homme pour le conduire à sa fin ? A quelle autorité, l'humanité aura-t-elle recours dans se^ perpétuelles incertitudes?

Hélas ! M. Dessaulles a eu le triste courage de répondre à ces questions par les lignes suivantes :

'^ Il faut donc toujours en revenir là, Mgr., malgiv tant d'efforts de logique et tant de rhétorique perdue :

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