‹ Les Guêpes canadiennes (volume 2)Chapitre 5 sur 20 · M. VALOIS · texte numérisé non relu

M. VALOIS

Son œil rert et rond, son nez croche, ses lèvres minces, son menton saillant, sji physionomie à la fois méchante et rusée lui rappelaient la chouette.

Kur.àNE SiK.

Si l'Eiiîant-Tcrrible a le ci'i de la chouette. M. Yaloi< en a la tiiruve. Je remercie Kuii:ène Sue do m'avt)liepariTué un porti-ait.

M. Valois est médecin, et comme beaucoup d'Esculapes célùbies. il dédaigne le soin de sa ])er8onne. il ^e rase tous les huit jours, ne se ]>eiirne j)as aussi souvent et conserve sur ses habits, des souvenirs fVaj)pants de tous les événements de la journée. A cela, il ajoute «e <[ui da7is un pareil cas, est un véritable luxe, l'habitude américaine, républicaine et très-visible au dehors, de macérer du tabac dans sa bouche.

.le ne sais )Kis au juste, quels sont les succès du docleur, mais ce doit être une terrible a|)pariti()n an rhevet du lit d'un malade, et ca])able dans certains cas, de produire une révulsion salutaire.

Kn chaml)re. il s'est rendu justice en se ]>la<;ant au •juatrième ranir. 11 ne parle jamais, à nu)ins ou'il nr s'a<^isse de médecine ou d'économie; mais il gronde «•ontinuellement à part lui, d'une voix grinçante et irrésillante qui irrite le8 nerfs de ses voisins. Son occupation favorite, est d*essu3'er sans cesse les verrez de ses lunettes, qui n'en deviennent que plus opaques, et l'on comprend aisément (ju'il en soit ainsi.

Comme il est encore pliiï^ versé dans l'économie (i(»mestique que dans l'économie politique, on l'a placé à perpétuité au comité des contingents. Là, il gratte, rogne, suppute et marchande sur tous les petits salaires et sur toutes les petites dépenses. Il est la teri-eur des clercs et des messagers. Il n'est coulant que sur u?i seul point, celui de l'indemnité que nos l'eprésentants se votent si royalement.

Un gouvernement tout-à-fait de son goiit, serait celui qui ne lui coiiterait rien du tout, et lui donnerait beaucoup d'argent. Montrez-lui cela et il dira l)onsoir à la démocratie. En attendant, il tient à celle-ci avec un acharnement d'autant plus grand, qu'il la croit destinée à résoudre le problème que Je viens d'indiquer.

M. .TOBIX.

Le inonde sera propre et net comme une éciielle. L'humanitairerie en fera sa gamelle.

Poèmes Humanitaires.

Ainsi que M. Valois, M. Jobin est un représen tant de 1851. Sa politique n'a pas été aussi uniforme que celle de l'inflexible patriote dont Je viens de parler.

Lor.s<[u'il entra en chambre, il avait été ajuioïicé comme Rouge. Il débuta, par voter avec le gouveinement d'alors. Plus tard, il montra de ces velléités d'opj)Osition, qui classent un député dans l'insaisissable catégorie des ïoose fi.^hes. A la tin du parlement, il tit

38 I-^ PLÉIADE ROU(iE.

]):irtie de la majoritiî bigarrée du vingt juin, san> qu'il fut possible de dii-e, à quelle munice il appartenait. Les élections nous Font ramené rouge écai-late ; mais ceux qui le connaissent assurent, (ju'étant notaire, il a eu le soin de n'accepter les ])rograTiimes de la démocratie avancée (si programme il y a), que sous bénéfice (Tinventaire.

Les motifs qui font agir M. Jobin sont difficiles à saisir, on ne peut juger de lui, que par. ses votes (ju'il ne daigne jamais expliquer. Jl ne pi-end la parole que sur des questions locales et de peu d'importance. En revanche, il sait imiter la voix de quelques députés, e( dans les moments de tumulte trop fréquents, où chacun fait son cri, il contrefait quelqu'un de ses collègues. 11 l'éussit encore mieux dans l'imitaticn du chien, du chai et des (pKulrupèdes en général.

A ces talents d'agrément, il en Joint d'autres j)lus solides. C'est lui qui rédige les résolutions et les projets de loi <jue M. Marchild(/n fait imprimer sous son jioïn. Il s'en acc^uitte si bien, (juc tout le monde y est pris. A moins dêtre dans le secret, on ne saurait s'imaginer que le déjnit.é de Cham))lain n'est qu'un pseudonyme. (Je prie M. Mardi ildon de ne jias me traduire à la barre pour l'avoir ii\)\)Q\é pseudoni/me.)

TiCs Kouges ont une maison à eux, une espèce «h' ])halanstère, où l'on a caserne le gros du pavti de crainte d'accident. Au ])laisir que Ton y goûte de j)ratiqucien commun, les vertus démoci'aticjues et sociales, vieni s'ajouter celui d'une sécurité que l'on n'aurait point si tous les adeptes étaient disséminés dans la capitale dont la corru))tion ne le cède en r'mu à celle de Babylone ; dans cet infâme (Québec, où l'on voit sans cesse tant de lions rugissants qui, sous la forme de ministres ou de

leurs affidés, ne cherchent qu'à surprendre et à dévorer les pauvres consciences républicaines.

C'est M. Jobin qui veille aux détails du ménage démocratique. Il a été élu bonne à l'unanimité, grâce à ses airs câlins et au sourire stéréotypé sur sa tigure. C'est lui qui pourvoit aux viles nécessités de ce monde, teU que le boire et le manger, choses auxquelles ne saurai i descendre le génie d'un Laberge ou d'un Papin.

C'est lui encore (ou c'est elle) qui, dans les moments de crise, berce sur ses genoux l'Enfant-Terrible, ])répare une potion calmante pour M. Prévost et donne, les jours de fête, un coup de peigne à M. Darche et un coup de brosse au docteur Valois.

Les divers travaux de M. Jobiu ne sont pas de ceux qui font beaucoup de bruit au loin, et c'était un service à rendre aux citoyens électeurs du nouveau comté de Joliette, que de leur apprendre ce que leur rcpréseiitan t fait à Québec.

MM. DEWITT, HOLTON ET GALT.

• M. Rotschild est le roi «les juit.-, et le juif des rois ."

Les trois députés que voici, sont les Rouges de l:i finance, et les financiers des Rouges.

La démocratie franco- canadien ne n'est ])as prêteuse ; comme la fourmie de la fable, c'est là, son moindre défaut. En revanche, elle est, vous ne

40 LA PLÉIADE ROlCiE.

incorruptible et infaillible ; on ne saui-ait tout avoir a la fois. Cependant, si incorruptible et si infaillible que l'on soit, il est difficile de vivre d'incorruptibilité et <rinfai]libilité. même en y ajoutant l'air pur et salubre du Canada, qui n'a pas ]»u suffire à nourrir le citoyen r.atte."^

Ceux donc des adeptes qui s'étaient décidés à demeul'er dans ce malheureux monde, qui n"a pas encore de juges de paix électifs ni de parlements annuels, tout en parlant sans cesse d'emprunter à la race anglo-saxonne son énergie et son activité, lui empruntèrent réellement à la veille des élections, une certaine quantité df dollain et de hank-notes.

Il va sans dire, que les richesses subitement acquises du parti, ne furent pas employées comme celles dun gouvernement corrompu, à corrompre le peuple ; elles servirent seulement, dans quelques comtés, à mettre en j)ratique le nouvel évangile humanitaire, qui consiste à <lonner un peu à manger à ceux qui on faim, et beaucoup à U)ire à ceux qui ont soif. D'ailleurs, si tout le monde ne lit pas les journaux (juo la démocratie distribue gratuitement j)our éclairer le peuple, et le rendre meilleur, tout le monde au moins a visité les écoles, les hôpitaux, les salles d'asile qu'elle a fondés, afin de se populariser uniquement par des œuvres philantroj>iques. Kassurés sur l'emploi de ses fonds, mes lecteurs n'exigent pas que je leur dise à quelles conditions elle les a ()l)tcnus ; le portrait de ses banquiers suffira, j'espère.

Démocratie rouge, ma mie, ilis-moi </«/ te paie, ç\ '}^t' te dirai qui tu es ?

• Ce Monnieur était Français d'origine, instituteur à Montréal. et l'un deg écrivain.'! de l'Avenir.

M. DeWitt est un patriote d'avant trente-sept. Il a de nouveau fait partie de la Chambre depuis l'Union, a marché avec \L Lafontaine, et s'est passé de la démocratie tant qu'elle n'a pas été inventée.

Lorsqu'il parlait, M. De Witt le faisait d'une voix vibrante, inégale et criarde qui rappelait par ses accent, toute la mélodie du Yankee doodle. Cela arrivait rarement, car il se contentait de dire, à voix basse, à son voisin, les discours qui avortaient presque toujours sur ses lèvres. On croit devoir se permettre de faire observer (comme écrivait son contemporain, M. Yiger), que le métier de voisin de M. De Witt n'était pas précisément récréatif.

Comme il a contribué largement à l'élection de plusieurs Eouges, il n'est pas surprenant qu'il se soit fait réélire lui même ; il ne lui en coûtait pas plus, tandis qu'il y était.

Il est à peu près le même quautrefoiy, sauf la démocratie qu'il n'a encore manifestée que par ses votes et par sa barbe. Comme celles du Thomas Payne canadien, et du vénérable M. De Boucherville, cette barbe est blanche et elle aurait tort d'être noire, car M. Do Witt est un de ces brillants jeunes gens de la Montagne qui dépassent la soixantaine.

Je serai quitte envers lui. quand j'aurai dit qu'il s'intéresse vivement au sort des Canadiens-français dans c»' monde-ci et dans l'autre ; préside régulièment à l'assemblée annuelle de la Société protestante fondée i>ouileur conversion, et présente à la chambre un projet de loi destiné à faire une corporation de l'apôtre Xormandeau, son épouse et quelques autres, paur des fins écangcliques.

M. Luther Holton à la physionomie du renard, mais du renard qui a l'esprit de faire bonne chère. Il csv

42 LA PLÉIADE UOUGE.

(l'une grande et forte taille et parle d'un voix lente, compassée, et ])i'esque mielleuse, qui eonti-aste avec sa robuste personne.

Il est difficile de dire, s'il est ]dus financier que républicain ou plus réj>ublicain que financier.

Si on eût voulu le récompenser de ses sermons contre la corruption du ministore précédent, il n'aurait pas dit comme le renard prêcheur, après son exhortation anticarnivore... sir, quelques dindons ; mais bien... quelques (Ubentures !

Ija démocratie à l'air de croii-e que .M. Jlolton et se^ amis, qui font beaucoup d'argent avec le Grand-Tronc. en dépensent une partie uniquement ])our ses beaux yeux, et afin d'introniser pour toujours et à jamaiN l'équité, la bonne foi, Tégalitc, la fraternité et toutes le^ vertus de l'âge d'oi-. La démocratie se trom])c, ou ce qui est ])lus vi-aisemblable, elle fait semblant de se tromper. La législation du i»arlement pi-écédent a .vurabondammcïit prouve, au chaj)itre des chemins de fer :

Q\V\\ est avec Holton des iuconiinodcmentt^.

A la dernière élection, il fut longtemps considéra comTne candidat ministériel; mais, c'était sans doute une imposture <lu jxuivoir, car ])ersonne ne fut plus empressé, ni plus âpre que lui à condamner, voire même îi stigmatiser, les ])i-étendues s]iéculations de son ami intime AL llincks.

M. Jlolton, en chambre, a ]M)ur les lîouges les air^ com}>laisants et protecteurs d'un Mécène. Il écoute surtout, avec un sourire indéfinissable, ceux d'entr'eux (et ils soiit rares. Je l'avoue,) qui s'avisent de parler religion ou nationalité. Il a une foi invincible dans .ses idées, qui sont celles de >[. Brown entendues avetplus de finesse, de calme et de niodératioii. il se contenti-

pour le moment, de la division qui s'est opérée dans nos rangs, et en calcule les résultats avec un flegme tout mercantile.

M. DeWitt est presbytérien, M. Ilolton est unitairien, et M. Galt est utilitairien et ils sont tous démocrates dans ce sens-ci que, si on veut leur permettre de faire table rase des fondations et des institutions catholiques, ils s'empresseront de faire subir le même sort à celles de leurs religions qui n'ont rien.

Je ne voudrais pas abuser des fables du bon Lafontaine, à l'endroit des renards et de M. Holton, mais je ne puis m'empêcber de songer à celui qui, ayant la queue coupée, voulait faire une révolution dans le même sens, et criait : à bas toutes les queues !

M. Galt a une assez jolie figure. Si la nature l'a doté d'un printemps éternel, elle n y a pas mis une expression de candeur bien frappante. C'est le caractère et les idées de M. Holton, avec une nuance d'habileté financière de plus, et une pointe de zèle républicain de moins. 11 parle avec facilité, mais il y a dans son argumentation une subtilité si évidente, dans sa voix un petit ricanement si moqueur, dans ses yeux à demi fermés quelque chose de si chatoyant, qu'à moins d'être tout à fait crétin, il est impossible de rien croire de ce qu'il dit.

C'est un ministériel du vingt juin ; mais le cinq septembre, il passa à l'ennemi au moment du combat, lorsque les deux armées venaient de se ranger en bataille. Les généraux n'avaient cependant rien à lui dire. Ceux qui font de pareilles recrues, pour peu qu'ils sachent calculer, doivent connaître d'avance le jour, l'heure et la minute de leur désertion. M. Galt, dans l'opposition, est demeuré l'apologiste de M. Ilincks et de la maison Jackson. Les Rouges qui ont tant fail 3i

de propagande avec les iniquités présumées du Grand- Tronc, se montrent maintenant plus charitables, sans cloute par égard pour leur nouvel allié.

Qui Bavium non odit amet tua carmina, Maîvi !

KECAPITULATION.

Comment trouvez-vt»us que Jf les trouve;

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