BLAISE
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES
BL.A.ISE.
Monsieur le Rédactelr.
Il y a longtemps que je voulais vous écrire pour vou-^ raconter les faits et gestes de notre capitale, mais 'y: suis si paresseux, et j'ai si peu Thabitude de la plum.:- <(ue jusqu'ici, je n'ai rien fait. Ajoutez à cela, que j'; i mes petites études obligées à faire sur divers sujets. .1." nétudie pas beaucoup, mais en jugeant ))ar comparaiso'; les diverses parties de mon travail, je vous dirai : j'étudie beaucoup de lois, un peu de littérature, et u;. grain de science. Quant à la ])olitique, elle est mo" passe-temps des heures de repos ; c'est pour moi, l.i science sociale que je n'étudie pas, mais «lont je su!imprégné par le milieu qui mcnveloppe. Elle entrv par tous les pores, sans violence et tellement inaperçue, que chaque matin, à mon réveil, je m'en trouve toi/ rempli, au point de la ci-oire intuitive, et pourtant, \ n'en est l'ien ; je reçois la politique, comme je reçois ;• i passage, les sons plus ou moins discoi-dants d'w) >: n\usique ambulante.
Au surplus, je suis chroniqueur universel, et si *' n'écris pas beaucoup, je n'en pense ))as m«>ins.
56 LES CnRONIQlES QUÉIlKCQr(»I>ES.
Je n'ai pas besoin de vous dire qu'iei, nous sofnnies vn plein hiver, mais, ce qui n'est ]>as nouveau, c'est que l'automne n'a pas été aussi fécond, cette année, en bals et en amusements de toute espèce. C'est à peine si le club des Promeneurs (Tî#)dem club), a fait une ou deux fois son apparition dans les rues de la ville, et mal lui en arrivera s'il reparaît, car, il pousse ses chevaux à toute bride, au grand danger de la vie des citoyens, et les piétons se sont bien promis de punir ces cochers gentilshommes, qui vont trop vite, comme ils viennent d*: punir deux cochers vulgaires.
A''ous ne sauriez croire, comme le nombre est grand de ceux qui aiment à saluer le soleil levant : ' le roi est. mort, vive le roi ! " — " le ministore est mcM-t, vive le ministère ! " — et certaines dames fashionables, de la rue .St.... ne sont pas les dernières à faire entendre ce cri de loyauté, au profit du plaisir et des jouissances.
Vous avez, sans doute, entendu parler <iu voyage de notre ministre d'agriculture^^ jusquau f<»nd du 8aguenay, et même jusqu'au lac Saint-.Iean. Il vous a raconté lui-même, dans le Canadien, sa })r<)prielé enregistrée, suivant M. Ramsay, il vous a raconte dis-je. dans un langage d'une pureté tout attique, comme quoi, il avait couché plusieures fois, à la belle-étoile, abrité des seuls rayons de la lune; comme (pioi, les po])ulations accouraient empressées au devant du grand homme, du bienfaiteur, du messie, et que sais-je encore ; comme quoi, il daigna réj)ondre aux noml)i'eus(.'s adresses •' ave<bienveillance " et même, " avec elo<iuence."
Mais, ce que vous ne savez pas. sans doute, c'est la réalité de tout cela, c'est le de^isous des cartes, c'est bmécanisme de cette mise en scène. Avant ^on ilépart
• L'Honorable F. Eranturel.
LES CHRONIQUES QUÉBECQL'OISES.
(le la Rivière-du-Loiip pour le Saguenay, quatre habi! claqueurs avaient été envoyés en avant-coureurs, jusqu sur les bords tlu lac Saint-Jean. Ils précédaient l'illustic ministre, de ]X)rte en porte, et disaient aux |)opulationN opai'pillées sur le vaste territoire: recevez le bien oi vous aurez beaucoup, c'est lui, qui distribue l'argent (b> la colonisation. Aussi, les adresses ne tirent pas défaut, car les pauvres gens ont besoin de chemins.
A son retour à Chicoutimi, ou à la Grande-Baie, le ministre ne se montra pas ingrat, dit-on, car il distribuai à ses admirateurs l'eau lustrée en abondance ; les libations furent généreuses et la reconnaissance se transforma ei* enthousiasme et presqu'en ivresse. C'était assure-t-on. un spectacle d'une rare occurrence. On ne dit j)Ourtan: pas que les cris de joie, firent tomber les oiseaux do ciel, et que les ortolans arrivèrent tcut rôtis, dans les bouches ouvertes et affamées.
J'oubliais de vous dire que le Canadien, en annonçan-. le départ du ministre d'agriculture, rit connaître à ses lecteurs que celui-ci était '' accompagné " de M. Dorion. Ai'rivés sur le quai de la ltiviùre-du-Lou]>, les deux ministres se mêlèrent à la foule et }>arlèrent comme de simples mortels. L'un d'eux, dans une causerie, avou.i que le ministère, était composé d'hommes sans expt*rience, de novices euMji î tandis que ses adversaires avaient l'expérience des affaires, une longue habitude de l'administration, et la connaissance de la tactique l)arlementaire. Il admit, que c'était là de grande désavantages, que le nouveau cabinet espéi'ait cepeii- <lant corriger, par une élection générale.
L'autre, plus imprudent et plus provoquant, sexpo-.i à de rudes répliques et échappa à de sévères véi-ités, e> cherchant son salut sur un autre coin du quai.
LES CHRONIQVE.S QIÊBECQUOISES.
•YouIoz-voikn la fin ?n(>rale de tout ceci? la voici: — Si v(»us êtes le mini^^tre d'agriculture demain, je vouh promets de pareilles ovations, >«ans mêhie que vou!» a^ez besoin d'avoir recours aux claqueurs.
Peu de temps après le voyage de M. Kvanturel au Saguenay, les citoyens du faubourg Saint-Jean de Québec présentaient une adresse de félicitations à MM Tessier et Evanturel. Cette adresse se promena, durant six semaines, de maison en maison, et obtint dans Kfaubourg, un certain nonilire de signatures. Los prom<»teurs étaient de deux espèces, l'une, des ouvriers qui voulaient de l'ouvrage du bureau des travaux publics, — l'autre, des incendiés de 1S45, qui voulaient à tout prix, être débarrassés de robligatioii de remetti-e au gouvei*nement l'argent qu'ils lui ont em])i*unttv
L'adresse n'avait pas de cai'actère politique: on n'y télicitait les deux mijiistres de leurs succès (juc comme enfants nés dans le faubourg Saint-Jean. Comme on Ir voit, la ré])utation de nos deux nunistres est toute faubourienne. Celui qui parla aii nom de la députation fut M. Louis Larosc, (^) qui n'est pas même un électeur. C'est sa femme qui serait cUctrice si les femmes pouvaient voter. M. Larose s'excusa sur le peu d'importance de la députation et en tit connaître les contrariétés. N'oubliez pas que vous êtes là, en ce moment, chez M. Tessier et que M. Evanturel est à sa gauche. Nous avons eu bien du trouble, dit ^[. Larose, nous avions presque fini de i'aire signer l'adresse, lorscpi'on nous fit apercevoir que nous avions oublié M. Evanturel : et il nous a fallu recommence!-. Ensuite, nous avons
(•) Ce M. Larose s'appelait Joseph, et non pas Louis. 11 fut plu> tard, employé à Ottawa comme surveillant des travaux df maçonnerie loK de la construction des édilices parlementaires.
LES CHRONIQUES QUÊBECQUOISES. 59
été trouver M. Simard, qui nous a fait modifier l'adresse, pareequ'elle renfermait une attaque contre l'ancien i^ouverneraeiit."
M. V. — Il ne s'agit pas de politique ; nous ne voulons pas blâmer les antres. Nous vous présentons cette adresse, parceque vous êtes des enfants du faubourg.
La coupe était 4>ien amère, cependant, les deux ministres la burent en grimaçant; le plus triste, comme bien vous pensez, fut M. Evantuiel qu'on avait d'abor<l oublié.
Est-ce par tristesse ou par pénitence, que le ministr»^ l'agriculture a pris, depuis, deux fois le chemin de \t\ Trappe? Peut-être M. Langevin, son compagnon de voyage, pourra- t-il vous en dire quelque chose.
La milice est en ce moment à Tordre du jour; on ne parle plus que volontaires, capitaines, majors de brigade, colonels, et que sais-je encore. Les majors de brigade surtout, font sensation ; ils ont déjà fait tomber deux colonels de districts, le colonel Campbell et sir E. P. Taché. Ceux qui sont nommés pour le Bas-Canada, sont an nombre de dix, dont cinq d'origine française et cinq d'origine britannique. La proportion est loin d'être équitable, si Ton veut bien se rappeler que les Canadiens français, forment les trois quarts de la population. M. Chs. de Salaberry n'avait pas demandé la place de major de brigade ; il ne le fit, qu'à l'instigation réitérée (le MM. Tessier et Evanturel qui lui offrirent leur appui, et lui promirent la situation. La place fut <lonnée à M. Carter; voilà, comme ces deux puissantr* ministres soutiennent les intérêts et la cause de** Canadiens français.
Le News de Québec dit que " M. Tessier a été surnommé trente-sous-Tessier, parceque ses notions sur 1.-4 iinance, ne se sont jamais élevées au-dcs.'sus de cettt: 4i
60 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
somme, et que ses confrères, î\e valent guère mieux, puisqu'ils n'ont jamais perdu l'occasion des plus basses actions à leur prolit et à celui de leurs Am\s, ou de faire du mal î\ leurs adversaires politiques." 11 a probablement raison et dans tous les cas, l'influence de M. Tessier mise au profit de ses compatriotes, ne vaut pa> trente sov.s dans le gouvernement.
Puisque j'en suis sur le compte de M. Tessier, je vou> raconterai une petite histoire, qui, si elle n'est pas trè*» plaisante, est au moins très-instructive.
Un certain M. Cimon avait entre])ris la construction du palais de Justice de la Malbîiie pour la .somme d<- £5,000. Tracassier à rextrême, il avait causé à M, Rose beaucoup de déboires. Son successeur lavai i enduré longtemps mais, en tin do compte, il avait étr obligé de lui ôter l'ouvrage et de le faire finir par d'autre». Au moment où ^ï. C-imon cessa de travailler, il avait reçu le montant de son conti-at, moins environ $5000, si je no me trompe ])as, Ji'ouvrage fut terminé, ainsi que je vous l'ai dit j^lus liant. j)ar un autre et payo ces $5,000 et plus. M. Cimon intenta un procès et poursuivit personnellement l'entrepreneur pour 820,000 de dommages. C'est M. Tessier qui le poussait à cela, et qui devait lui servir de conseil dans son procès. Devenu ministre des Travaux Publics, il no sut que faire de son rôle d'avocat de >I. C'imon. car il n'avait plus de vengeance à exercer contre son prédécesseur, mais, il devait quelque chose à son client, et |>our lui êti-e utile, il plaçji sa cause devant les arbitres do la pi-ovince.
Les témoins du gouvernement prouvèrent que M. Cimon avait n>ème trop reçu, mais les arbitres lui donnèrent en dommages $4,f>36. — M. Cimon a été payé. — Les frais de ]»oursuite, réclamés par lui seulement.
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^*'élevèrent à 83,000. Tel est l'avantage pour lui, d'avoir choisi M. Tessier pour son avocat-conseil.
Devant cette décision étrange, M. Fournier,^ l'avocat du gouvernement, a recommandé très énergiquement a celui-ci, d'en appeler de la décision des arbitres, mais M. Tessier a préféré payer son ancien client.
Le nouveau ministère, me direz-vous, ne dépense aucun argent qui ne soit autorisé, puis qu'il fait faire des enquêtes pour établir que ses prédécesseurs n'ont pas respecté, eux, la loi. Ça c'est bien sûr, car M. Tessier dépense, depuis longtemps, des sommes qui n'ont pas été votées par la chambre.
Il y a trois mois environ, sa dépense dépassait déjà d** plus de $12,000 le crédit accordé. Vous savez que, par les votes de la chambre, on a affecté près de $50,000 à !;• construction d'un chemin, situé dans les seigneurie» de mes tantes et de ma belle mère. Mais cela ce n'est rien, car ici. la chambre a voté. Après cela, il a fait poser une cheiime au quai de Rimouski ; cette chemise coûte 17.000 I Où est ici le vote ? Il n'y est pas, mais U quai est dans la seigneurie de mes tantes et de ma belle mère. Vous voyez donc que ces gens-là, ne sont pa..^ plus purs que les autres.
M. Tessier est un homme universel ; il donne de^ cours À l'Université; il plaide au palais chaque fois que l'occasion s'en présente ; il est commissaire de-» Travaux Publics à raison de £1250 par année ; il plaide dans la personne de son associé, M. David Ross, devant les arbitres provinciaux, et amasse ainsi, de toute>^ manières, pour les mauvais jours.
* Aujourd'hui (1881) l'un des juges de la Cour Suprême.
()2 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
C'est encore un littérateur fini. L'autio jour, je lisais >oii Emma dans le Eépertoire National/^ en présence de quelqu'un qui en prit occasion de me raconter une .singulière anecdote.
"Le Eépertoire National venait, dit-il, de paraître. M. Evanturel tenant le livre dans sa main, montra Emma à M. C..., lui demandant ce qu'il en pensait. Il faut avouer, que c'est une trit^te amplirteation, rejdiqua lelui-ei. — Et vous, qu'en pensez-vous ? ajouta M. Kvanlurel en se tournant vers 31. Tessier, que M. C. ..n'avait pas vu."
Plus tard. 31. Tessier avait t'ait des pr()o:rôs, et se^ collègues de l' Institut-Canadien, durent refondre lulalement un i-apport annuel qu'il avait préparé en sa qualité de pi-ésident. Ses lettres encore, sont des chefsd'œuvres de fttyle ; pour vous en convaincre, vou^ n'avez qu'à lire celle qu'il adressait, il n'y a pas longtemj)s. au caissier de la Banque Nationale, en résignant la place de président de cette institution. Il y avait longtemps qu'il avait cessé de rem])lir les fonctions de président, j^arceque chaque fois qu'on lui j>resentait un l»illet de plus de $40(». il se sentait ]»ris d'un trem]>Iement nerveux. Avec lui la banque n'aurait pas vécu longtemps.
Le bureau du Canadini est en proie à la guerre civile, MM. Evanturel et Geo. Larue, deux co-pi*opriétaires. ne 8e pailent pas et sont en querelle ouverte; M. Barthe et M. Michon, l'un propriétaire, et l'autre mlacteur, ne se parlent pas non plus. Cependant, tous se jduignent que le gouvernement ne fait pas a^sez j»our eux, et que le Mercurfi avale tout. M. Thompson du Pay^. était ici
• Précieime ci>rapilatiou d'écrite c^Dadieu-franiraiK. publiée p«r JaiCt»? Hnston. ou 1M48
LES CHRON'IQUEs QUÉBECQroisES. Go
l'autre jour et se plaignait à M. Kvanturel. dit-oii, d'être <lélaissé. Celui ci, aurait répondu: le Canadien n'est pas mieux traité que vous, et M. Thompson de répli- <[uer: si c'est comme ça que vous traitez voë amis...
M. Thompson est revenu depuis, avec des lettres menaçantes de M. Dessaulles et de M. Dorion.
'• Mais revenons à 7ios trois chèvres; "
.le vous ai dit que la ouerre civile sévissait dans le> bureaux du Canadie)/. Il y a quelque temps, les co-propriétaires, M^^. les ministres Evanturel et Tessier et M. Geo. Laltue y étaient réunis pour les aft'aires de l'établissement ; d'autres personnes étaient encore présentes ; M. Evantui'cl traita M. Larue de chenapan Qi 31. Larue appela M. Evanturel ignorant, &c. Le ministre de Fagriculture prit une chaise pour en briser la tète du prcteur ; le ministre des Travaux Publics, se plaça entre les doux champions, jiour arrêter un bris de chaises, et l'ettusion du sang; il était dans son rôle.
Comme vous voyez, les choses ne vont pas au mieux, dans ce sanctuaire de toutes les vertus.
Il y a peut-être quinze jours, un frère Trappiste allait de porte ei\ porte demander des secours pour rétabli>sement du townsliip Langevin, dont vous avez déjà entendu parler. Il alla tout naturellement chez k* premier miuisti-e John Sandfieltl MacDonald. Celui-ci. le reçut avec brusquerie en lui disant qu'il n'y avait pas )>esoiii de Trappistes dans ce pays, et après l'avoir traité avec cette dureté, il lui donna cinq...chelinH !
Le ministèi*e qui sent bien quMl ne peut vivre longtemps, n'a qu'un remède conti*e le mécontentement général, celui de nienacer d'une élection générale, mais personne n'a jk-ut T.o «sentiment du mé})ris est uni-
0'4 LES CHRONIQUES QCÉBECQU0ISE8.
versel et ce gouvernement, est destiné à tomber sou.'* ies siftlets de ses propres amis.
Personne ici ne croità l'élection, que le gouvernement tombe ou non, et en tout cas, l'on s y prépare.
Le comté de Lotbinière a fait l'épreuve de M. Joly. et cette épreuve ne l'a pas satisfait; des paroisse> entières font volto-faee à leur représentant, et il est de toute certitude que celui-ci, ne sera pas réélu.
Le comté de Québec se prépare tranquillement, mais etficacement, et je ])arieiai dix contre un, que les jours politiques de M. Kvanturel y sont comptés. Il a eu la rhance, la dernière fois, d'avoir à lutter contre un adversaire très-respectable mais aussi très- impopulaire, parcequ'il était, depuis environ quinze ans, l'un decommissaires (des chemins) à barrières.
On paile d'un M. Lefrançois qui veut se pi'ésenter en opposition à M. (jauchon, dans le comté de Montmorency. On m'assure qu'il a déclaré, ne venir (!♦• l'avant qu'à l'instigation de M. Evanturel et qiu" relui-ci, îie lui a donné la surveillance des travaux di' colonisation, qu'à la condition expresse (ju'il se présenterait.
M. Lefrançois est d'une capacité nulle, et donner nu j)areil adversaire à M. Cauchon, c'est ce moquer du comté de Montmorency, et s'exposer à une défaite humiliante. Jl est admis de plus, ])ar les gens senst'v de tous les partis, qu'il n'y a pas d'homme capable d»lutter dans le comté de Montmorency, avec celui qui le représente depuis près de vingt ans.
Jja commission, composée de MM. Shc])pard, l^iistow et T. S. iîrown. siège dans l'une (Jes chambres du parlement. Elle a commencé par le Inircau de l'iïiNpectcur-géneral, mais elle n'est ]>as restée là plus <lc deux ou troi»» jours. Maintenant, elle est dans le hiire;;M
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. ti')
ilu commissaire des Tj-avaux Publics, et elle tient sur la sellette M. Toussaint Trudeau ^ depuis environ deux semaines. On m'informe qu'elle n'a pas d'autre but. que de trouv^er M. Cauchon en défaut, parceque s;» plume est constamment employée contre le ^rouveruement. On dit même que M. Tessier prépare lequestions pour les commissaires. Mais le tori du Journal ^ n'est pas celui de la crainte, et si quelqu'un sort ébréché de cette lutte, nous gagerions d'avance, quece ne sera pas M. Cauchon.
Blaise.
MoNslKUR r-F, Rédactkir,
Merci pour la publication de ma dernière lettre. J'ai ^i peu l'habitude d'écrire, et j'étais si peu content de le mon travail d'essai, que je m'attendais presqu'à un refus ; cependant, je dois vous dire que si mes phrases ne scmt j)as bonnes, mes faits sont incontestables.
.l'apprends que vous n'avez plus de neige à Montréal, et que vous marchez sur la terre, ici, nous avons encore un peu du blanc manteau de la nature, mais pas assez, pour protéger le sol contre la gelée et ses conséquenc<^>.
L'université Laval a eu une grande fête jeudi. Il ^agissait de distribuer des diplômes, et en mèm<^ temps, de pleurer la mort de l'un des professeurs de Tune des facultés, le Dr Frémont, puis, d'inaugurer le
• M. Trudeau est, aujourd'hui, a.88istant-ministre des cheminw de fer et canaux.
\ Le JonnujI de Qu^ber ; M. (Jauchou OU était le Rédacteur.
(îG LKS CHRONIQUES QUÉBECQL'OISES.
monument de M. Louis Jacques Casault. On i*emai'- <iuait dans l'auditoire, la vénérable et patriarcale figure de Mgr Baillai'geon, et celles d'un nombreux clergé et «le plusieures centaines de citoyens. Les dames ornaient les galeries de leurs gracieuses figures et de leur> traîches toilettes. Tout le corps universitaire était sui* une estrade élevée, et rehaussait la fête par la richesse et la gi-avité de ses costumes.
M. le recteur ouvrit la séance par un discours plein d'apropos, et les diplômes turent ensuite distribués. A})rùs cette distribution, M. le Dr Sewell, prononça l'éloge funèbre du Dr Fremont. ^[. Sewell est un homme de mérite et un médecin distingué, il est fils de l'ancien juge en cliet* Sewell, adoré comme magistrat, mais détesté comme homme ])olitique. Le Dr Sewell, quoique protestant, est dévoué de toute son âmr à l'université Laval, car il s'est aperçu, que les messieurs du séminaire attii'ent vers eux, toutes les capacités dans l'intérêt de l'université, sans demander a personne, s'il est catholique ou protestant.
Ce fut M. le Dr Lai-ue qui prononça l'éloge funèbre de M. L- J. Casault. On s'accorde à dire que M. Larue a réussi, ctjesuisde l'opinion de la généralité. Mais, s'il est permis à un étudiant de juger l'un de ses professeurs, je vous dirai que je l'ai trouvé bien froid. Le< jihrases sont belles, bien formées, mai»* elles sont gelées, et dures comme des glaçons. 11 a été long aussi un peu, mais a tout prendre, c'est bien.
Voilà le carnaval qui approche, et les bals qui sannoncent .à grand son de trompette ; mais ils ne menacent pas d'être aussi nombreux que l'année dernière. Les dîners leur font une concurrence redoutable. Lew bals ! mais pourquoi nous en occupons-nous, pauvres étudiants ? M. Larue ne nous a-t-il pas dit, qu'une
LE«< CHRONIQUES QUÉBECQUOISE.s, 67
lifcure (le lecture, vaut mieux que toute la science que <loiiTic le monde ? .1 eau- Jacques lious.->eau avait dit cela aiitretneut avant lui. et les saints Pères l'avaient dit avîint Eousseau. Cependant, le monde va toujours son train et il ne manque jamais d'adeptes. Est-ce pour son bien ou son malheur, c'est u])e autie aflaii'e. Mais, quand on a vingt ans, le cœur a plus d'activité que le cerveau, et un beau et suave visage déjeune tille, vous parle plus éloquemment qu'un volume sec, terne ei embrouillé de Domat, de Pothier, de Tuilliei-, et même <leTroplong. Je vous parle, là, de mon ex])érience. .Je m'exécute pourtant quelquefois, et je retourne a} rùs le bal à mes livres, parcequ'on me dit :— -* Les livres, (•'est le pain, l'amour doit venir après.'" Peut-être la raison parle-t-elle ainsi, niais ma mémoire me dit que l'amour est venu avatit le pain, et que l'aniour doniir l'amour du pain-
Quand je vous écris toutes ces choses, j'ai constamment la rue St... devant les yeux et la coutume de Paris est loin de ma pensée.
••A tout seigneui' tout honneur;" parlons mainte nant j>olitique, c'est mon passe-temps avec les bals.
.Je vous ai parlé dans^ia dernière, des petits scandai de la direction du Canadien ; j'ai appris depuis, que .M. (:ieorge Larue voulait à tout prix, éloigner M. Evantui-el du Canadien^ à force de déboires et. en le désintéressant. D'un autre côté, les propriétaires oit cherché, tout récemment, un rédacteur; c'est la deuxième fois, nudit -on, qu'ils font cette démarche. Us devienneni chaque joui-, pius convaincus et ils di.sent à qui veut !e> entendre, que M. Barlhe n'est j)as capable, et a un troj» mauvais nom, et qu'il ruine le gouvernement dan*-
♦;S LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
l'opinion publique. On se serait adressé les deux lois, à M. 1 !...'>
La iniliee vient de cjuiser (pielque.^ cliagi-ins au i^ouveiTienient dans le coniié de Montmorency. M. Suzoï', le major de briij^ade, y est allé lui-même. Il a iMi le malheur de menacer, et on me dit que s'il nr setait sauvé, il lui serait certainement arrivé malheur. On m'assure (j[ue M. Suzor a éij^alement déplu par le même ])rocede à 8te. Foye. Le i;-ouvernemenl s'apeicevra que la persuasion vaut mieux que la menace.
M. Mc(Tce a donné unecontérence ici, qui ne lui a pa> porté chance. Cette Lecture, faite au protit des- veuvo de «ieux eminents littérateurs irlandais, n'a produit que viui^t-sepi piastres, sur lesquelles il faut pren(ire le coin des annonces, t^c. La salle était vide. Kst-ce pour cela. (|u'il a «MU devoir insulter toute la race française? Ce ne serait pas une raison.
On dit {\\\"\\ a été très-sensible, à la remarque du Mominij ('hronicle, et on l'a même vu prendi-e le chemin du bureau de ce journal. L\\ rumeur va jusqu'à dire, qu'il aurait soupçonné un collègue d'avoir inspiré le (^hronirJe. l^a rumeur peut bien .se trom|)er, mais ce qui esl notoire, c'est la haine que se portent i-éei])roquemen! M, M. Tessiei-, Kvanturel et Mcdee.
On m'assui'e que M^L McDonald et MacDougall sont a eouieaux tires. M. Mciîee sympathise beaucoup avec -M. MacI>oui!;all, mais déteste M. Sicotte.
Tous les ministres considèient aujourd'hui M. Sicotle «'.omme une ima«j;e, un beau portrait, et i-etcardent .sa eaprti'ite eomme nulle. .Mai> aussi, tout le monde port»' le même jugement de tout le cabinet. . .
* Pi«Tr«"({. Hudt. iu»tair<« à QiU'beo, qui lut plus tard élu député ^ la • ham))i-e d'aKs«Mnblée |xjr k- comté «le S«j^iouay et lu divigioD de <Jiu«''l»et' KkI.
Le cori'cspondunt de la Gazette de Québec dit que le ]ti-emier ministre est diligent et toujours à son poste, .le puis vous dire la même chose, d'après le rapport <|u'en ont fait plusieurs des employés du gouvernement. Mais aussi, quelle dittérence entre la brillante intelligence de M: J. A. McDonald et celle de M. J. S. .McDonald ? Le premier est un esprit de premier ordre, pouvant faire honneur à tous les pays,— le second, n'est <iu'un travailleur, bon à faire un compagnon peut-être, mais jamais un maître pour me servir du langage des ><)ciétés secrètes. Non seulement je les ai vus et entetidus tous les deux, dans la chambre, mais j'ni entendu les liommes de tous les partis les apprécier eomrae moi.
Le Mercury de cette ville, qui vient de se louer définitivement au gouvernement pour une période de temps inconnue, dit que maintenant, il n'y a plus de principes x en discussion en Canada, qu'il n'y a plus que des hommes, et eonclut, tout naturellement, à la conservation du gouvernement actuel. Pour ma part, à la place de cet écrivain que l'on dit avoir soutenu avec le même zèle les deux gouvernements, je concluerais autrement que lui; je dirais: il n'y a plus que des hommes, je choisis les plus capables, car le pays est trop avancé pour se laisser gouverner par des imbéciles et des inca])ables. Peut-être mon raisonnement n'est-il ]»as juste, et la politiques exige-t-elle un autre mode «ra])préciation que les autres choses dS la vie, car je •>ui« jeune encore pour la juger, mais ce qui me rassure, < "est que j'entends, sans cesse, faire le même raisonnement autour de moi. Je vous i-everrai.
Blaise.
70 l>Ks rURONlQUES QlÉBErQUOlsES.
Monsieur lk l^ÉDArxErR.
Je vous <?cris pour vo?is prouver que je vis encore ; je Miis (l'autjuit, ])lii.s vivant que l'on a frappé sur tout le monde, excepté sur le eoupable. Vous n'avez pas ét«' «"^parij^né ])lus que les autres ; M. Henri Parent n'e>t pas épargne non plus, et on m'a dit que M. Tessier, le prenant pour /? A/ />^, na pas voulu l'inviter à son hal. Voilà doue eneoi-e un péehé sur ma conscience. J'en demande ])ai'don à M. Parent. M. Tessier, vous ête> vindicatif et petit pour un (jrand homme ; pour venger mes victimes, je vous ôterai votre portefeuille, ces^^iûf, et liien vite oifore.
Un cori-espondant du Pa//s. qui sigiie Juvénal nie jeproclie trois choses: de nîal écrire, de m'appeler Biaise, et de manquer de véracité. ,l 'accepte volontieis les deux ])iemières accusations, mais je repousse la troisième avec l'indignation <i'un honnête homme. Il nV il pas uîi mot qui ne soit vi-ai dans tout ce que je vous ai écrit, en mauvais style ^i \n\\^ voulez, dans mr^ deux lettres.
I)'al)ord. Juréna/ n'écrit pas micnix (jne moi, malgir son nom hyperbolique; il a donc tort, à ce ])oint de vue, de s'appeler ./?/re/ja/. Mais il a raison en un autre point, car Boileau dit que Juvénal, Taisait de Chyperbo'e . Biaise, veut peut-être dire naïi", m:tis il veut^aussi dir»franc et ])rol)j'e^
J'ai heaucoujrjoui du désarroi cau'^e par ma premièi-..lettre, des colùi-es et des «lécoui-agements (ju'elle a suscités. J'entendais tant dti bruit autour de moi. qu'un moment, je me suis cru quel<]ne chose, et que dans ma joie enfatuine, j ai failli crier : "c'est moi, moi Biaise, votre servi teu!'." Afais je me suis mordu la langue )>our la cliàîier de l'indiscrétion qu'elle allait commetl i'«-.
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 71
en lui disant à l'oreille (à l'oreille de ma langue) : — *' Insensée, sers-toi de tes yeux et de ton ouïe partout ^oii tu iras, mais sois muette, car, du moment que tn parleras, les salons, les lieux publics, les bals te seront fermés au nez, et à part la triste vie que tu me feras mener, je n'aurai plus rien pour ma chronique."
Je n'ai pas besoin de vous dire que Ju vénal est un menteur, qui n'a pas même le sens commun. Il met, par exemple, en dialogue, des personnes qui au dire de tout Québec, ne se sont pas vus depuis sept ou huit mois. Quand on ment, il faudrait au moins avoir de l'esprit, c'est de rigueur. Je suis bien sûr que ^DI. Chapais et Cauchon n'ont pas échangé une parole ensemble, depuis la clôture des chambres ; mais, Je sais que 3IM. Sicotte et Tessier ont fait une visite à M. Chapais cet été. On m'assure que le représentant du comté de Kamouraska, et les deux ministres se sont regardés entre quatre yeux, sans se dire un mot de politique.
Les deux derniers auraient été reçus avec une grande hospitalité, et voilà tout.
Je vais vous prouver sans désemparer, comme quoi, Juvénal n'est pas digne de créance. Il raconte en ces mots au Pays, une touchante anecdote : — " Je reçois à l'instant même oii je fermais ma chronique, une lettre de Montréal, dans laquelle on me dit, que rencontrant à Montréal, il y a quelques jours, l'homme le plus spirituel peut-être qui ait demeuré dans Québec, il vous a dit en vous salutint : ,
'* On ne peut toujours pas dire que vous êtes juif, car vous mangez du cauchon avec bien de l'appétit ])ar le temps qui court."
Le Pays affirme que la chose lui a été véritablement, dite, et déclare, qu'il " a eu même la faiblesse de la prendre pour un compliment."
72 T'ES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
■ Or, ce n'est pas du tout l'anecdote ; pour éditier le public sur la véracitôde M. Dessaulles * et de son correspondant Jiwénal, je vais vous la donner telle qu'elle a été dite. L'homme le plus spirituel de Québec : " On no ]>eut pas dire que vous êtes en suif puisque vous avez i''té mangé par un cauchon !... Yous êtes dessauUé (dessole)."
M. Dessaulles tit une affreuse grimace, et porta involontairement la main sur ses os décharnés, pour >c convaincre que son interlocuteur avait raison.
Je vous parlais dans ma première lettre de l'atlaiic' Cimon. Sur les $4fi3G payées à Cimon, sans ajipel de la part du gouvernement, malgré les instances de son avocat, M. Fournier, une portion considérable de cette >omme fut retenue par Tordre de M. Tcssier qui, contre l'usage à ce qu'on me dit, des dépnrtement ])ublics, se (chargea de ])aycr les dettes de M. X, Cimon. et en particulier, les honoraires de ses avocats. Or, il ne faut |)as oublier (jue .M. Tessier, avant son entrée au bui-eau des travaux ])ublics, était Vavocdt conseil de M. Cimon.
Ce derniei'. est le seul entrepreneur que M. Tessiei' ait traité avec lai'gesse ; il essaie de ruiner tous le>* autres, ]>arcequ'il les soupçonne d'être hostiles politiquement au gouvernement dont il est membre. Ceci est notoire dans (Québec, et aussi, est-il devenu (xlieux à toute la classe ouvrière, depuis l'enti-epreneur jus(|uau simple manceuvre.
Vous ave/ pu voir une correspondance dans le (Canadien, où le talent de M. Tessier pour les finances, est iléfendu avec un grand zèle, il n'est pas diftieile de deviner l'auteur de cet écrit publié dans ce journal, la
• Il»''«lartrm (1(1 /'ni/s r\ plus tard. ConsfilltM- Li'^islatif.
) LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 73
propriété de M. Tessier. Mais malgré ses réclamations, Je tiens encore mon dire, et si vous voulez vous donner la peine de venir prendre des renseignements parmi nos hommes d'affaires, vous verrez que je n'ai rapporlé que la conviction commune. Je ne veux pourtant pas insister, car je crains qu'il ne demande un certificat de capacité aux directeurs de la Banque ISationale. Je n'ai pas oublié celui qu'il se fit donner un jour, par son secrétaire particulier.
Je vous ai raconté l'émeute arrivée, il y a quelques semaines, dans le bureau du Canadien, et je ne vous ai dit que la vérité. Le 20 janvier 1863, c'est-à-dire la semaine dernière, il y avait une nouvelle rixe dans le 7nême sanctuaire. On dit que l'émotion chez M. George Larue fut si grande, que comme Napoléon devant lludson Lowe, il en sentit la vibration jusque dans son mollet gauche ; cette dernière querelle entre les amis, est vraie à la lettre comme la première dont je vous ai doïiné les détails.
Tout cela finira mal ; M. Barthe a toujours devant les yeux la crainte de perdre sa place, car les ministrespropriétaires avoueçt ouvertement, qu'il les ruine dans l'opinion publique ; mais pour dire le vrai, ils se méprisent tous entr'eux. Ils vous disent tous, par exemple, que M. Sicotte n'a aucune capacité quelconque, que c'est une belle image qu'il faudrait encadrer; que M. MacDonald a la haute main sur tous les départements, et qu'il taille à tort et à travers ; que M. McGree les compromet par ses discours et sa conduite ; que M. McDougall les voyant perdus, complote contre eux avec M. Brown, * afin de conserver dans la débâcle h;
* Rédacteur du Globe de Toronto. Homme d'uue grande éiiergi'et chef du parti grit dans le Haut-f'anada. Il a été assassiné, p^r l'un de ses ouvriers, en 1880.
74 LE^ CHRONIQUES QUÉBECQUOISES,
bonne amitié de son ancien chef; que M. Tessier est complètement incapable, et ne jouit pas même de la contiance de la division qu'il représente ; que M. Morris est une vieille femme, bonne à mettre dans un asile d'invalides; que M. Evanturel a trop de langue, trop de poils, et pas assez de tète.
A propos de ce dernier, je vais vous raconter une amusante et véridique histoire. (Quelque malin avait jeté plusieures lettres à la poste, toutes adressées au rédacteur tlu (^anadien. Lune de ces lettres, était le (•(^mpte-rendu d'une prétendue assemblée tenue à St. Pascal tle Kamouraska. La lettre faisait iiitervenir le curé, M. Patrie, dans ras>emblée. et lui prêtait un discours rempli d'éloges à l'adresse de M. Evanturel. qui avait plus fait, dans huit ou neuf mois, ]»our la colonisation que ses prédécesseurs dans huit ou neul ans. Cette lettre et d'autres écrites de la même main, assure le Canadien, demandaient des exemplaires du f 'anada reconquis.
y\. Evanturel, attendri jusqu'aux larmesdu procédé dt- M, Patrie, lui écrivit une lettre dans lacjuelle il bremerciait de ses bonnes paroles, en lui disant (juc \c bon témoignage d'un homme c«»mmc lui, était rafraichi>sant pour un homme public; >[. le curé de 8t. Pascal, (j'ai pris tous ces détails dans la basse-ville, où ils sont K' thème général), M. le curé de St. Pascal, n'en croyait pas ses yeux, car avec la lettre, il recevait un Canada reconqxtis. M. Barthe. on le comprend, était au comble dul>oidieur; on l'appréeiait cntin, après tant d'années d'oubli et dv dt^lain ! mais malheureusement tout cela n'était (pi'une déception, car >L Patrie, qui ne reçoit pas le Canadien, alla aux informations, et on lui montra la coi-i-espoiidance qui lui avait valu un volume et untv<»U(|i:inlt' épiti-e. Comme il no voulait pas tairr
LES CHRONIQUE:- QLÉBECQUUlsES. 75
continuer la mystification, il écrivit au Canadien une lettre semblable à celle quil adressa, plus »tard, au Journal. M. Barthe au lieu de la publier, écrivit une longue épitre à M. Patrie, pour l'engager à ne taire, parceque l'affaire devenant publique, aurait l'effet de livrer un ministre au ridicule.
Tout cela est triste, et ce qui l'est davantage, c'est que tous les malheurs viennent à la fois.
Le Pays n'a pas nié les deux voyages de M. Thompson, le beau-frère de M. Dessaulles, à Québec et le motif d^■ ces voyages.
M. Blackburn, du Mercury, avait commencé à imprimer le rapport de la commission d'Ottawa, mais n'ayant Jii assez de place, ni assez de caractère, il le fait imprimer par MM. Eose, Thompson et Lemieux, les imprimeurs de la chambre. Cependant le volume portera le nom de Dlackburn, et sera supposé être imprimé par lui. Aussi ^ MM. Rose et Thompson imprimeront pour M. Black- I)urn un nombre donné d'exemplaires pour un jour fixé ; puis, quand le rapport aura été mis devant la chambre, MM. Ko^e et Thompson l'imprimeront de nouveau poujle parlement.
Comme vous voyez M. ^facDonald pratique en grand l'économie. Il découvre Pierre pour couvrir Paul; il habille les gueux ([ui apostasient, avec les dépouilles de ses victimes. Mais, i-assurez-vous, M. Blackburn et M. Sheppard, on me l'assure, seront encore ministériels, quand le ministère ^[cGee — Evanturel aura payé s.-i dette à la nature.
J'ai rencontré M. Sicotte sur le chemin, il m'a l'ai r bien pensif. Il a dit-on, expédié M. Abbott à Montréal^ avec plein pouvoir de choisir un secrétaire-provincial, lui disant que quant a lui, il était fatigué de courir après des refus.
76 LES CHRONIQUES QUÉBECQU0I:?E8.
MM. McGee et Foley sont ])urtis pour se rendre auprès de M. Howland, à Toronto, afin de l'administrer dans ses moments d'agonie, ou lui monter le courage, si c'est seulement le moral qui est malade. Pour ma part, je crois volontiers à la maladie, car des gens bien informés, m'assurent que les quelques piastres économisées sur les salaires de quelques malheureux employés, n'ont pu empêcher le déficit de regonfler à troi> miUions de piastres pour l'année 18G2.
Ce n'est pas chose très-plaisante que de venir ici j)Our mourir, et M. Ilowland croit plus, avec raison, à l'efficacité des soins de la famille, qu'à celle des remèden que lui administrerait la chambre.
iVujourd'hui, non seulement le public tout entiei croit à la chute inévitable et prochaine du cabinet, mais celui-ci y croit lui même, et plusieurs de ses membres l'ont admis.
Si on ne me tromjjc pas, le chemin do fer intercolonial va être une source de déboires poui- le ministore, car, le Nouveau-Brunswick et la Noiivelle-Kcosse, n'entendent pas sei'vir de jouet dan.'» les mains de MM. MacDonald et Sicotte.
Nos ministres doivent s'apei'cevoii' trop tard, que le icouvernement de la chose publique, n'est pas une beso- Ljne facile, car ils n'ont à présenter au>c chambres, ni îictes législatifs, ni actes administratifs ; ils n'ont que des rapports de commissions, le bagage d'autrui, que le vent de la discussion fera évanouir comme les nuages du ciel.
J'ai été bien long, Je l'admets, mais cependant, j'ai encore uji petit scandale à vous raconter. Samedi matin. les i-egards des passants étaient :»ttii-és pas l'aspect <i un mannequin suspendu à un arbre dans le champ-deliiars. entre la piison. le ehâtea\i Si Loui-. et IKxécutif.
LES CHRONIQUES QDÊBECQUOlSÉS. 7^
Ce mannequin que je n'ai pas vu, avait, dit-on, six pieds de haut, les mains attachées derrière le dos, portait chaussettes de coton noir aux pieds, et bonnet do coton blanc sur la tête, était pendu par le cou, à vingtcinq ou trente pieds en l'air, tirait la langue, avait le cou de travers comme un pendu, et portait sur la poitrine cette inscription : — Trente-sous-Tessier.
Il resta ainsi pendu, les uns disent jusqu'à 8 heures ^ les autres disent jusqu'à 9 heures |^. Bientôt, les spectateurs devinrent nombreux, mais personne ne voulait décrocher le pendu ; coïncidence singulière, ce fut le ^shérif qm, enfin, donna ordre de le descendre. Autre augure ; on ne le décrocha pas, on lui arracha le cou, et le cadavre fut transporté à la station de police.
On fait mille conjectures sur la cause de cette pendaison, qui a, m'a-t-on dit, blessé au cœur M. Tessier, au point quMl aurait promis une récompense à c&lui qui découvrirait les coupables. La police serait sur leurs traces ! Pourquoi diable aussi, ces gens ont-ils des traces ? Mais à mon avi«^ ,\f. Tessier, au lieu de se fàcher, devrait rire, car, comme il s'est fait bien des ennemis depuis quelques mois, si l'on s'aperçoit que ces démonstrations l'ennuient, on les lui prodiguera.
^'est pas qui veut Henri IV * qui disait : " le peupK^ me chante, mais il paie' M. Tessier, il est vrai, n'esT pas Henri IV, et notre peuple ne paraît pas vouloir s'en tenir aux chants.
Tout de même, on ne peut pas appi"ouvcr ces pe»)daisons et ces brulades en effigie.
Blaise,
Ce mot est de Mazarin
78 LES CHRONIQUES QUÊBECQUOISES.
M. LE EÉDACTEUR,
Si je vous ennuie, il est évident que je ne m'ennuie ]Yàs moi, et je sens même, que, à forée de forger, je deviendrai, pour le moins, aussi bon forgeron que le correspondant du Pays. Peut-être me dii-e/ vous, que mes visées ne sont pas très-hautes. Cela est ])0S8ible, mais je eonnais mes moyens, et je borne mon ambition à dire la vérité dépouillée de tout ornement.
Deux évônernents approchent, l'un, dans Tordre religieux, l'autre, dans Tordi'e politique ; le carême et l'ouverture de>^ chambre.'^. Il e^t bien possible, cependant, que par un coup de la Providence, ou, si vous l'aimez mieux, de la fortune, ces deux sortes d'événements ne soient intervertis, que le parlement ne fas^e jeûner le cabinel actuel, et que le caràne ne soit \M\Qpâque\\ov\Y ses redoutables adversaires. C'est au moins l'opinion universelle, et dt's ministres ont avoué à leurs intimes, qu'ils voyaient bien qu'ils s'en allaient. Ils n'ont pas même la certitude que le gouverneur général leur accordera une élection générale, ils inclinent même vers l'idée contraire. Pourquoi avez-vous ces craintes, disait un citoyen ji un ministre ? Le gouverneur-général ne vou>» at-il pas, à votre demande, promis une dis.solution. l'année dernière ? -Mon cher ami, je prends mes crainte.^ dans la situation même des choses; Tannée dernière n'est }>as cette année, et mille causes ont surgi depuis, les une.s jM)ur changer la position du goaverneurgénéraL et par suite, s<»n opinion sur la dissolution, le?* autres, ]»our nous tlétourner de la demander.
Mais, est-ce que sir Kdmund Ilead n'a ]>as eu tort dr la refuseï- à M. Brown, en pareille circonstance, et n'a- Ml pas. par cet acte, porté un© atteinte très-grave à Im von-titulion ?
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOlSES. 7!>
• — Entendons-nous j d'abord, du moment où un cabinet a perdu la confiance du parlement, son organe, le premier ministre, communique le fait au chef de l'Etat, soit en déposant entre ses mains les portefeuilles de ses collègues et le sien, soit en demandant une dissolution. Dans le dernier cas, le premier ministre justifie dans un mémoire écrit, les motifs qui l'engagent à demander la dissolution. Nous aurions donc par exemple à dire, dans ce mémoire : que la chambre qui nous condamne, n'exprime pas l'opinion du pays, et que notre programme renferme de grandes mesui-es de législation (et il faudrait les nommer), sur lesquelles il convient de consulter le corps électorah Si le chef de l'Etat, intéressé autant que nous à étudier Topinion publique, i^fc d'autant plus responsable à sa conscience qu'il ne l'est à personne en Canada pour ses actes publics; si le gouverneur-général, placé en dehors des partis, et neutie dans le débat, ne juge pas comme nous (et il y a bien des motifs pour qu'il ne le fasse pas), nous n'aui-ons y)lus qu'à nous retirer.
— Vos réflexions me paraissent théoriquement justes, e( du reste, dans les hautes positions publiques et politiques que vous avez tour à tour occupées, vous avez été à même de connaîti*e mieux que moi, la doctrine constitutionnelle sur les attributs du chef de l'Etat, «t sur ses obligations morales, dans le cas où un vote de la chambre le place dans la nécessité de faire usage de son lilire arbitre; mais veuillez me dire, si, sir Edmund Ilcad n'a pas eu tort, au point de vue de la i!onstitution. ou bien encore, à celui de la justice, dtrefuser la dissrdution à M. Brown, et pourquoi, en ce tj^ui VOU.S regarde, votre position n est plus celle de U dernière session ?
80 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOlsES.
— Je pourrais répondre: j'ai déjà répondu à votrt' première question, quand je vous ai dit, que le chef dr l'état, ne prenait son libre arbitre que du moment oùso]i cabinet, qui est l'intermédiaire constitutionnel entre In couronne et le parlement, l'intorme que ce dernier, paiun vote solennel, vient de lui retirer sa confiance. Si on peut restreindre le libre arbiti-e, celui-ci n'existe pa^ réellement. Les ministres ne peuvent pas plus le circonscrire, que le chef de l'exécutif ne peut lui-même, limiter le droit du conseil, comme l'essaya vainement George III, alors même qu'il était à l'apogée de sa puissance.
— Mais, est-ce que le libre arbitre du gouvernour-fjénëraî dans le cas dont nous pai-lons. n'est pas comme notre libre arbitre à nous ? est-ce qu'il ne doit pas avoir por.r règles, la raison et la justice ?
—-Votre réflexion est juste ; mais, en dehors de certain»* actes, est-ce que les hommes s'aecoi-dent sur les idée?» du jmtc et de Vinjmte, et, est-ce que les intérêts, dr personne ou de parti, ne peuvent pas nous faire trouvcides injustices où il n'en existe ]ias réellement? Ainsi en 185.S, je ])ossédais un ]jortefeuille. je ne trouvai injustes, ni le vote de la chambre qui condamnait MM< Brown et Dorion sans même donner le temps de h'^ entendre, ni le refus du gouverneur-général de leur accoi*der une tiissolution. Les ministres défaits crièreni à l'injustice, cela était naturel. Aujourd'hui que.je suis dans la position de MM, Brown et Dorion, je trouvei-ai^ ou je prétendrais trouver injustes, et la chambre qui nudon nerait i\\\ vote de non confiance, et le gouverneur général qui me refuserait une <iissolution, si toutefois je croyais, qu'un appel au peuple put me donnrr une majorité.
LES CHRONIQUES QL'ÉBECQUOISES. 81
— Maintenant, si vous aimez à connaître ma pensée intime sur la situation, je vous dirai qu'elle ne m'inspire pas de confiance, -ni pour le présent, ni pour l'avenir.
— Yoiism'étonnez; vous étiez tous absents dans la dernière session, et cependant, vous avez fait passer toutes vos mesures à de fortes majorités !
— Cela est vrai ; mais veuillez étudier avec moi, le> événements et leurs causes, et vous avouerez que j'ai raison. Les hommes qui composaient le dernier cabinet, ou la plupart d'entr'eux, possédaient depuis six ans le pouvoir. Ils avaient réussi à régler les plus grandes questions sociales et politiques qui aient jamais agité le }>ays. Les hommes les plus fermes, on le comprend, s'usent dans de pareils efforts, parcequ'ils ont à se heurter à de grands préjugés, et de grands intérêts. Knsuite, il y a les aspirations individuelles qui ne veulent pas toujours attendre ; en troisième lieu, il y a les fautes et les erreurs inhérentes à l'humanité, et dont les adversaires prennent avantage ; enfin, tous les peuples se ressemblent, ils sont comme cet Athénien, qui votait l'ostracisme d'Aristide, parcequ'il était fatigué de l'entendre, sans cesse, appeler le juste. Le bill de milice était mal compris dans les campagnes, où il créait une agitation extraordinaire, au point de faire reculer les partisans les plus dévoués du ministère dans la chambre, et l'affaire Foote vint mettre le comble au désarroi, ("est sous ces circonstances que fut donné le vote sur le bill de, milice. Mais il faudi-ait se faire illusion, à un degré impossible, pour se tromper sur la portét de ce vote, et sur sa signification.
*' Notre cabinet, bien contre mon gré, se forma en <lehors df l'ancienne majorité, du seul parti qui pouvait nous assurer un parti permanent et stable. Les rouges nous iin])')s<";roiit Dorion, et. comme je n'avais pas dv
82 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOfSES.
parti à moi proprement dit, le chef des rouges, en prît avantage po«r conduire à sa guise la politique générale, et surtout, pour peser sur l'administration de la milice. McDonald n'écoutait que lui, et nommait colonels, des hommes comme llurteau et Kierzkowski, démettait Archambault et d'autres. Evanturel déteste les rouges cordialement, mais quelle influence a-t-il ? Tessier est j)eut-être encore moins capable, et est littéralement odieux à toutes les classes de la population. Pendant qu'il n'oublie jamais de se servir, il n'oublie jamais d^' se venger, et l'irritation qu'il a produite dans tout K' ])ays, nous aifaiblit au-delà de toute exj)ression. Dorioii et Loranger ont refusé, le premier, de reprenJi-e sa place, le second, de lui succéder, parcequ'ils ci-oient que nous allons tomber au commencement de la session ; et Drummond ne fait que répéter A tout venant, que nous sommes des enfants en administi'ation, et que nous ne pouvons durer. Ensuite, nous sommes mal défendu^ ))ar la presse. Nous avions crié au scandai pour l'atlairc vie Foote, et cependant, nous primes le jour même de notre entrée dans le cabinet, le journal -'^ de cet homme j)Our notre organe et lui contiâmes notre programme politique. I^ presse de l'opposition prit avantage de ee fait, où ne brillait certainement ])as la sagesse, et après quelque temps, pour sauver les apparences, nous fumes obligés de chei'cher un autre organe. Nous |)rîmes le Mercury, mais McDonald voidut à tout ]iri.\. avoir Sheppard qu'il enleva à Foote et le pla(;a au Mercury. C'était une grande erreur à divers égards. d'al:)ord, parceque le public connaît cette manigance, et sait que rien n'est chajigé dans les cho.ses, si ce n'est le nom du journal sur lecjiu'l elles ^ont écrite ; ; eii-
l^c Jdorning ChrouicU de Quél>ec.
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 80
suite, parce qu'on sent, en lisant Sheppard, qu'il est payé et qu'il n'écrit pas de conviction ; en troisième lieu, il n'a pas à mon avis, écrit un seul article remarquable, un seul, qui donne de la force à un gx)uvernemeni sur l'esprit public, et il en a écrit beaucoup de trè;compromettants, et de très imprudents. Il reçoit parait-il, ses inspirations de MacDonald, alors Mac- Donald est loin d'être un bon conseiller.
"Je n'ai pas besoin de vous parler de Dessaulles cl Barthe. Il n'y a pas moyen de faire taire le premier, qui insulte trois fois par semaine, la majorité parlementaire sous laquelle il faut que nous tombions; quand au second, il y a longtemps, que je dis à Tessier et à Kvanturel de s'en débarrasser à tout prix. Ils me répondent, qu'ils sont à la recherche d'un rédacteur et n'en peuvent trouver. Ils se sont, me disent-ils, adressés deux ou trois fois à Iluot, qui les a refusés. Je comprends bien qu'il ne veuille pas être l'instrument dé deux hommes, dont il se croit intellectuellement supérieur. En attendant, les propriétaires du Canadien se querellent entr'eux, et cette feuille et le Fays nous font un mal incalculable.
"Tant que le bill de la milice n'a pas été compris, les soutiens du ministère Cartier-MacDonald n'ont pas osé lever la tète ; mais il l'est parfaitement aujourd'hui. Vous comprenez bien que si, dans beaucoup de localités, les gens consentent à faire volontairement l'exercice du <fnll, ils le feraient avec plus d'empressement encore si on les payait. Or, le bill du ministère Cartiei-, accordait un écu à cha([ue milicien pour chaque jouid'exercice, tandis que nous ne lui donnons rien. Si nous i)ayons les volontaii-es des villes, nous ne donnons pas un XMJ aux miliciens do la campagne, qui sont U's
84 LES CHRONIQUES QlÉBECQUOISES.
plus uombreux, et qui sont à cause des distaïues. sujets ;\ plus de sacrifices.
•' Pour nous mettre bien avec le ])ul»!ic. et prouver quinous étions sincères, au lieu de choisi !• le Chronicle pour notre oi'gane, nous eussions dû aicir dans le teni]» contre son propriétaire; en ne le faisant pas, nous avons prouvé que le cri : au scandale que nous poussions, n'était pas sincère, et que nous ne nous en servions que )>arce qu'il était populaire. .Aujourd'hui il est usé.
" MacDonald croit faire beaucoup avec ses commissions; mais outre, qu'elles sont formées de mauvais éléments et d'hommes pour la ])]n])art tares, ou sans valeur, nos journaux en menaçant nos adversaiies et en appelant sans cesse la discussion sui* ces commissions, les ont usées jusqu'il la corde. I.e ])ulilic sait tout ce qu'elles pi'omettent et n'y croit déjà ]>lus; elles ont aussi, un caractère |)olitique trop ])ronojice.
'• C'est là tout notie I v^i^^v. tout (C que nous avons à otirir aux chambres, ear nous n'avons ]»as de mesure*imjK)i-tantes à leur j)résenter ; la seule importante, était le chemin de fer intercolonial ijue j'avais la mission tl'étoutler à Londres, mais (pii. nous tuera cei'îainemeni, si nous ne mourrons pas plus promptement par une autrecause. Nous ne pouvons ])as nous cacher que nou^ avons affaire à des adversaires ledoutables. tandis qu»le nombre de nos hommes capables est bien minime. Dans le conseil, où nous ])erdrons probablement l'éle» fion de l'orateur, nous avons ])our nous défendre Morri>. Hureau et Tessier ; voilà trois champions, qui ne ])romettent certainement pas heaucouj). Dans la chambre, à ])r.rt moi, SandtieM <.K)nt John A.* n'aura certainement pas peur ; Mc(Jee ]>arle avec beaucoup de
• MacdouaUi.
LES CHRONIQUES QUÊBECQUOISEr». 85
facilité, mais il n'a pas de valeur dans le débat ; Abbott a honte de sa trahison, et le bon sens a honte d'Evanturel.
'' Puis^ arrivant un vote de non-confiance, quel cœur puis-je avoir d'aller aux élections, lorsque je sais que les rouges veulent faire l'élection à leur compte, et qu'à leurs yeux, je n'ai pas perdu la tache originelle ; j'ai fait partie du ministère Cartier-MacDonald. 8i, à l'heure qu'il est, je me sens entouré par eux de tous les côtés, que sei-ait-ce donc s'ils revenaient avec plus de voix ? IJroyez-vous que je m'aveugle au point de ne pas voir, qu'ils veulent mettre Dorion à ma place.
' Quel intérêt a de son coté MacDonald de demande!" des élections, si nous sommes battus? Il sait bien, que Brown et J. A. MacDonald se partageraient le Haut- Canada, et qu'il ne resterait rien pour lui."
La fin morale de tout ceci, c'est qu'il est toujours plus NÙr de rester fidèle à son parti, quand mémo il aurait tort quelquefois
— Vous m'avez M. le ministre, initié à bien dos choses, que mon inexpérience n'aurait certainement jamais devinées, mais alors, le mal serait donc sans remède ?...
— Oui. sans remède à mon sens. La situation a emjîiiv d'une manière effrayante, pendant mon absence. C'est comme un malade qu'on a été longtemps sans voir, et qui se hâte vers le tombeau ; j'ose croire, que ma pn^ >ence eut enj])êché bien du mal.
— Cependant, il ne faut pas désespérer ^ qui sait, co <iue peut a]q)ortei" le vent de la montagne ? Je sais que Je vous fatigue et vous ennuie, cepenrlant, a\'ant de vous laisser, je ne puis résister au désir de vous entendre expliquer \v vote de non-confiance de 1858, et le procédé de sir Kdnumd Hca4. La chambi-e navait-elle |)as tort d'en agir ainsi ? et le goUverntMU'-général n<'
S6 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
«levait-il pas accorder après le vote, la dissolution demandée ?
— Vous me placez là, dans une position bien délicate. Ou, il faut que je condamne le vote de 1858 et le refus du gouvei-neur qui le suivait, ou. que je justifie, paiavance, le gouvei'neur-général actuel de nous refuser, si . nous lui demandons une dissolution, lorsque nous y avons moins droit que M. Brown en 1858, car je foisai-^ partie du ministère MacDonald-Cartier, et en restant dans le cabinet, j'ai accepté comme bon, et le vote de l:i t'hambre et l'acte du gouverneur-général. Cependani. je veux êti-e franc avec vous, et vous dire toute ma ])cnsée. Je ci-ois donc que la chambre était injuste, de refuser au nouveau cabinet l'occasion de s'expliquer, ei je ne trouve aucun précédent de sa conduite, dans l'hisloire pai'lementaire d'Angletei-re. Après cela, elle avait son libre arbitre, et pouvait, si elle le voulait, dire ilr suite au goiivei'neiir-général : — nous ne voulons j)as dr ces hommes pour vos conseillers. Mais sir Edmund n'avait pas la mission déjuger l'acte de la chambre. <iui était indcpendante de lui, et il devait le j>rendre tel qu il le trouvait. Le pays sortait d'une élection générale, et le vote ([ue repoussait ^fM. Brown et D<-)rioii. était si écrasant, que le gouverneui- le prenant pour ;.ruide, pouvait dire: — "je ne vois aucun changement dans l'opinion ])ublique sur l'administration du pays, nons sortons d'une élection générale coûteuse, et je ne serais pas justifiable de faire dans ces circonstances, un nouvel appel au peuple. Cette session serait perdue, il est plus que probable que la suivante le serait aussi, parce ([ne le parti qui soit à j^eitie de l'urne électorale, en sortirait encore triomphant. Ce serait encore à recommencer, et établir dans la pratique, les i)aihments annuels. Sous ces circonstances, je veux épai-
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gner au pays son argent, et une perturbation sans but.' Que répondre à de pareilles raisons ? car le gouverneur a pour obligation de veiller à l'intérêt du pays, et encore, à celui des partis politiques.
— Vous plaidez votre cause de 1858, et vous la plaidez bien ; mais vous allez probablement, vous trouver dan^ la position oii était M. Brown en 1858, après le vote dv la chambre; quel sera votre raisonnement alors ? Je suis i nquiet pour vous.
— Je voudrais bien changer de raisonnement, comme j'ai changé de position, mais je ne le puis. Les droits du gouverneur restent les mêmes, et ses motifs, poui refuser une dissolution, sont plus torts que ceux qut.pouvait invoquer sir Edmund Head,
— Expliquez-vous, je ne vous comprends pas.
— Pourtant la chose est claire. Si, immédiatement après la formation de notre cabinet, la chambre nouv eut donné un vote de non-confiance comme celui qu'elle donna contre le cabinet Brown-Dorion en mil huit cen: cinquante-huit, les deux positions eussent été îfïentiques, et si, nous eussions pu nous plaindre d'une iiju>tice de la part de la chambre, le gouverneur-général eût pu répondre en refusant la dissolution : -'le pays sort d'une élection générale, etc...'' Mais, la chambre nous a donné ce que Ton appelle un fair trial ; nous avons fait passer nos mesures, petites et grandes, san> rencontrer le moindre obstacle, ^ous avons énonce' notre programme, nous l'avons pratiqué et la chambr.' le rejeté. Nous avons été franchement mis à l'épreuve, et nous sommes condamnés ! Nous ne pouvons pas dir»' que l'opinion publique est changée, si ce n'est à notro détriment, depuis la session dernièi'o. Nulle mesur<' nouvelle ne justiherait un appel au peuple, après guère plus d'un an, car il n'en existe pas. Si, il y en avaic
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une, le chemin de fer intercolonial, nous eut justifié (ians un revers, de demander la dissolution ; mais nous avons, pour n'être pas battus, renoncé à ce projet ; il ne s'agit donc plus que d'une question de personnes. La session dernière a été perdue à peu près ; celle ci le >era, si, comme je le pense, nous sommes battus ; et qui garantit que l'élection nous fera plus forts, et nous permettra de faire une session fructueuse ? On se rappelle le sort de M. Hincks en 1854. Ce seraient donc trois sessions de perdues, uniquement pour satisfaire l'ambition de huit à dix personnes. Ce serait trop exiger du chef de l'Etat, de son bon sens, et de son équité. Je vous disais, il y a un instant, que nulle question nouvelle ne se produisait, je me trompais. Il y en a une, mais celle-ci, je suis obligé de la combattre ; je veux parler du crédit foncier. Tous mes électeurs sont en faveur de cette institution, et si je la combats, je suis certain de n'être pas réélu, Aurais-je bonne grâce de faire, dans ces circonstances, un apj^el au peuple?
J% recueillis cette conversation, au moment où l'ami du ministre venait de le laisser. Il était triste et protbndément impressionné. Je vous assure que, si les mots ne sont ]kis toujours les mêuies. ce qui serait impossible, j'ai retenu pour sûr. I;i substance de cette intéressante causerie j)olitique.
Lais>ons là k's discours, et venons maintenant aux faits, aux laits matériels. Lorsque je vous racontais, dans ma dernière lettre, la visite de MM. Sicotte et Tessier à M. Chapais, j'oubliais de vous dire, qu'au momeiit où les deux ministres laissaient la maison hospitalière, leur voiture se brisa. — Prenez gardr dii Vf. Cba})ais, c'est un mauvais augure î
Vous rappelez- vous que je vf>us di>ais, dans ma |.romièr<» lettre, (ju*^ \r. Tessi<M- faisait faire une chemisa
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au quai de Rimouski, dans la seigneurie de ma beUe-mèrt et de mes tantes ! Eh ! bien, la chemise est déchirée au grand scandai de la population du lieu, et je vous dirai dans quelles circonstances. Le patron de la chemise avait été fait par M. Eubidge ; les boutons, ou, si vous voulez, les chevilles de fer n'avaient que dix-huit pouces de longueur. M. Derome l'entrepreneur, écrivit au commissaiie des travaux publics, que ces chevilles devaient avoir trente-trois pouces, sans quoi la chemise ne tiendrait pas. On lui répondit que ce n'était pas son affaire, et de faire l'ouvrage suivant les spécifications. Qui fut dit fut fait; mais la mer brutale a déchiré 1» chemise.
Aujourd'hui, M. Derome est l'objet des persécutions de M. Tessier, parcequ'il est soupçonné d'appartenir à l'opposition. Un jour, M. Tessier lui dit : — " Si vous avez besoin de farine, vous pourrez vous adresser à mon agent, M. Couillard * (à liimouski) ; si aussi, vous avez besoin d'hommes, il y en a qui me doivent, vous pourrez encore parler à M. Couillard."
Cette anecdote est charmante ; en voici une qui suivant moi, est plus piquante encore. Au moment on M. Tessier se présentait pour la première fois au collège du Golfe, le National se prononça pour sa candidature. Il alla de suite s'abonner à cette feuille, et paya les douze mois d'avance, puis envoya quelques annonces au même journal. .Mais le National dQ^^ix àe paraître, quelque temps avant l'expiration des douze mois. M. Tessier computa, trouva qu'il avait payé un écu de trop, et le retient sur le prix des annonces.
• On verra, plus loin, que Biaise fait ici une erreur de nom, c'est M Couture qu'il faut lire et non M Couillard.
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C'est probablement avec cet écii, qu'il pensait devoir être appelé, à payer les passages de trois cents Acadiens siir le LaJy Jlead.
M. Joseph-Guillaume Barthe est dans l'eau chaude, car il sait qu'il n'en a ])as pour longtemps au Canadien. Si je suis lien instruit, sir N. F. Belleau serait le ministre auprès duquel, il aurait fait faire des démarches, avant d'accepter la rédaction du Canadien. Cet hommCj est la plaie du ministère.
Je circule assez parmi les rouges, et je connais leur?* sentiments. Ils ne se cachent pas de dire qu'ils veulent éléminer du gouvernement, et de la chambre, tous ceux <[ui ont été ministres depuis dix ans, ou qui les ont soutenus par leurs votes. Aussi, n'oubliez pas que la "commission tmancière et départementale " a pour misssion, le Mercury l'a dit en termes exprès, d'examiner tout ce qui s'est lait depuis dix ans. Cette recherche atteindra .N[M. J. A. MacDonald, Cartier, Cauchon, Sicotte, Letnieux, Druinmond, Loianger et tous les membres du j)arti libéral-conservatcuî'. Ils entreprennent là, une besogne d'Hercule, et je pense, qu'ils succomberont à la titche. Ce sont des insensés qui courent à leur per dition. Ils ont un candidat ])<)ur chaque comté, et ils n'auront nul égard, même ])Our ceux des ancienmembres, o,ui votaient avec eux, durant la dernière session. Il ne faut donc pas être étonné, si les hommes de Taiicien parti, malgré leur> différends, ^c reiinissrnt pour les nu'ttre à leur place.
Je voudrais encore écrire, mais j ai déjà été si long pourtant, je no puis résister au plaisir de vous entretenir encore quelques instants, })our vous parler des espions du gouvernement. Le prenne)' n^inistre a ses espions.
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Son espion en chef, est un employé de la chambre * et un ancien confrère de comptoir. C'est le même qui écrivait toutes sortes d'outrages contre M. J. S. MacDonald t dans le Cornwall Freeholder, et qui continue sa sali' besogne, dan^ le même journal encore aujourd'hui. Il rôde constamment dans les corridors de la chambre, pour voir ceux qui entrent dans les bureaux, et entendre ce qui s'y dit, et ce qui s'y fait. Les membres de la chambre elle-même, sont assujettis à sa surveillance, et ses confrères écrivains sont i*appoi"tés, chaque fois qu'un membre ose parler à un employé. L'autre jour il insultait, sans le nommer, M. Badgley, le traducteur anglais de la chambre, et insultait du même coup, son oncle, le juge Badgley, parcequ'à la demande d'un membre il avait traduit quelques documents.
Je termine par l'anecdote suivante sar le compte du même individu. Un jeune et galant conseiller de ville, se promenait il y a quelques jours, sur la rue St... à côté d'une belle et charmante tille d'un ministre. Un homme aux longues mâchoires salua. Quel est cet homme dit le conseiller municipal ? — Je crois que c'est un employé de la chambre, répondit la jeune demoiselle. 1 think he is a spy, because he comes to our house between six and seven everu rnorning, and locks himself up with my father for hours in a room.
Ceux qui s'en servent, les appelent par leur nom,
Blaise.
• Wm. Spink, était soupçonné d'être cet espion.
t 11 doit y avoir, ici, erreur de nom. 6i
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M. LE Rmpacteur,
Vous* me jiardonncroz, je l'esixire. si je ne jsins pa;^ l'Oiîulier dans înes rapports avee vous. C'est tout ou l'ien, et je vous arrive par sauts et par bonds, me faisant attendre longtemps, mais portant avec moi un lourd t»utin. Vous me répondrez sans doute " ne vous -«îéne/ ])as, votre hospitalité est si copieuse que nous vivons longtemps, sur la chasse que vous apportez, et le repo>* n'est pas de trop pour une digestion pareille."
Ma dernière vous est à peine arrivée, qu'en voici venir une autre, celle-ci, moins robuste, mais conservant cependant Tair de famille. Je vous avouerai pourtant, qu'il me vient des moments d'inquiétude, et je ne pui>* ])as jurer, que la crainte m'abandonne complètement dans mes meilleures heures. On me demande partout ron\me à tout le mon<ie, qui est Biaise, ce Jean -sans- Peur, ((ui ose ainsi appeler les ciioses par leur nom. Si mes professeurs venaient à me découvrir, et surtf>ut mon professeur de prot'c^/M/Y', '^ cet homme si rancunier, et si ingénieux, dans ses vengeances, je ])ourrais bien passer de mauvais moments à runiver>ité. On peui trouver tant de prétextes ]>our sacrifier un pauvre étudiant, et le jour de l'examen a jxuir lui. vous le savez, bien des périls. I>îi note peut être: mauvais, bien, trèsbien. L'élè\e le plus fort, ne peut tenir contre le mauvais vouloii- d'un professeur, et je suis loin de prétendre à la plus haute distinction ;. j'ose à peine mente es])érer à la seconde. Mais, j'ai le démon décrire, et j'ai glane tant de petits faits, nïème depuis m.i dernière, «[ue je ne me croirais pas justifié devant ma
• M. Te8.sier. professeur de pnx'édure u l'uni versitt> liaral di
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conscience, si je gardais plus longtemps le silence. Arrive qui plante, s'il faut iiév'iv, pérons ; s'il faut mourir, mourissons.
Le ministère, composé d'éléments hétéi-ogènes, porte évidemment sur son front, Tempreintc d'une défaite prochaine. Nos livres de droit disent : " le mort saisir le vif," et moi je dis en parodiant: " la mort ies saisii vifs."
Nos ministres sont de véritables moribonds. Ils se promènent sur le chemin, comme des spectres hantan: la demeure des vivants. Leurs figures sont pâles, allongées, et lamentables ; les orbes de leurs yeux, sont creusés, et leuri-egard est inquiet et hagard. On les voit à tout 7noment, frémir, comme si l'idée de mourir leur faisait horreui'. Plus la session approche, et plus ces signes de trépidation et d'atiection morbide apparaissent. M. Howland est atteint à la poitrine, et même à l'estomac, deux empêchements trôs-dérimants pour un financier pai'Iemen taire. Il n'est pas encore arrivé à Québec, comme l'avait promis le Mercury, et L>ieu sait quand il y viendra.
Le remord de l'abus du pouvoir, et de la fourberie à l'endroit du chemin de fer intercolonial, la conscience de n'avoir rien fait, qu'assouvir leur haine contre leurs prédécesseurs et quelques malheui-eux employés publics, tout cela, leur fait redouter de rencontrer les membres indépendants des deux chambi'es. Leur cri d'agonie, poussé dans un article du Mercury du 30 janvier dernier, ainsi que les actes de contrition, et d'espérance, prononces avec ferveur par M. Tessier dans le Canadien du même jour, sont des signes sensibles du triste état dc^s chose.s dans ces questions.
Un dieu de l'olympe que la Verte Erin reclame, sans être trop capable do donner ses preuves, descendait
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l'autre jour sur un char de feu, jusque sur les bonis du Saint-Laurent, pour y offrir des libations abondantes a Bacchus, promettant, nonobstant tout emjagevient à ce contraire, de lui rester fidèle, au moins, durant toute la session prochaine. La divinité le domina, et l'enivra tellement de son culte, qu'il perdit la raison. Le dieu du fleuve, qui n'aime pas plus qu'il ne faut son confrère de l'olympe, faillit chavirer, dans sa colère, l'un de ses ])lus ardents adorateurs. Demandez à M. Brydij^es s'il en sait quelque chose, lui, qui fut obligé de servir d'intermédiaire entre les deux divinités !
M. Bureau le nouveau secrétaire-i»rovincial, est venu à Québec garni d'une moustache toute flambante neuve, et qui, j'en suis sûr, fera fortune. Il a toujours cette figure ronde, pleine et satisfaite, aux allures un peu gauches, si vous voulez, mais contentes d'elles-mêmes, n sourit gracieusement sur le chemin à tous les humbles mortels comme moi, et ce nouveau dieu, ne sera pa.-» méchant après tout.
M. Bureau a toujoui-s prêché pour la colonisation, il a toujours crié contre M. Cartier parce que, disait-il, ce dernier n'établissait pas une agence d'émigrati(>n eu France. Or, ^[. Cartier cnvoyîi un ngent d'émigration en France, en Huissc. et en Belgique poui* y recruter des français catholiques. M. Bureau accusait encore j\L Cartier, de n'avoir pas donné à cet agent les instructions nécessaires. Kntin, ce M. Cartier était un homme indigne, et un ennemi de la coloniîNation. T^e ministère actuel, lui, alH>lit toutes les agenci-s jjour \\\'i\ établir qu'une ^clIle, à Tiiverpool, et M. lîuieau se hâte de s'unir i\ ce minÎNtère pour sauver le pays. Vous auriez donc bien tort <ie ne pîis admirer ces amis de la race fran <;aise, et M. Mvanturel avec vous, qui a j)rouve sor «iUO\ir p(»ur cett»' ilernière, cm i-appolnnt b- svul agent
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«le colonisation qui fut Canadien français, et qui dans son amour pour ses compatriotes, trouvera cliez M. Bureau, le collègue le plus digne de lui. Travaillez, mes amis, avec des hommes tels que vous autres, la population du Bas-Canada est sijre de lutter do nombre avec celle du Haut-Canada.
II ne faut jamais oublier M. Tessier. La largeur de ses vues, et la générosité de son cœur, que le Daily News a exprimées d'un seul mot, aussi laconique que le langage des anciens, se présente comme malgré nous, à tous les instants à notre pensée. Il y a quelque temps, il faisait venir auprès de lui, un ouvrier employé par le bureau des travaux publics, et voulait le faire travailler en faveur de l'élection municipale du Dr Malouin, un rouge. L'ouvrier lui répondant que sa ])aro]e était engagée à l'autre candidat, le commissaire i\Q^ travaux publics, lui réplique qu'il ne fallait pas travailler contre le canijidat du gouvernement. Mais, comment dites-vous, le candidat du gouvernement lorsqu'il ne s'agit que d'une élection municipale ? Veuillez ne ])as oublier, s'il vous plait, M. le liédactcur, que le Dr Malouin était le candidat de l'opposition contre M. Simard à la dernière r'iection générale. Je vous dirai de plus, que M. Tessier, n'a pas oublié qu'il y a deux ans. il se rendait dans la nuit, auprès de M. SimîU'd, pour l'engager à voter contre la banque d'émission 'de M, Galt. La réélection de M. Simard devait avoir lieu le lendemain matin (je parle de l'avant dernière élection), et elle devait être unanime. M. Tessier s était rendu chez M. Simard a onze heures du soir, et il ne le laissait qu'à deux heui'cs du matin, après l'avoir menace à plusieures reprises, de lui faire faiie de l'opposition, s'il ne s'engageait pas formellement à combattre la l>af»qiie d'émission. M. Simard demeura ferme et n'eut pas d'opposition, [>arct'
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«iu.e M. Duljoi'd ne voulut pas se rendre à l'invitation (]<• M. Tessier. sans (^ue celui-ci. s'engageât à payer les trais de son élection. Or, vous savez (jue M. Ter<sier, ne commet pas de pîireils actes de prcxligalité ; mais il s»souvient, et il a lait élire cette fois, le Dr Malouin conseiller municipal pour lui préparer le chemin à la cliambre.
Voici un autre fait, dont le mérite revient de plein droit à M. Tessier. M. Lepage de lîimouski, était agent de eolonisation ])()ur cent milles ilu chemin Ta( lir. pour tout le chemin 3Iatapédia (OlU milk\s) et le chemin de Matane au cap-Chatte (3(] milles) ; en tout deux cent ti-ente-deux milles et demi. Son salaire était de £3(ir) ])ar anree, ou de $4 par Jour Le 0 août ocrnier. M. I^epage reçoit une lettre otHcielle de M. Andrew Kussell. rassistant-commissaire des terres, qui l'informe que le chemin de Matane au ca]) Chatte, est placé sou^ la surveillance de M. Cliarles l^oy. ai-jienteur, et qu'a îavenir son salaire, à lui. M. Lepage, ne sera plus que de la miùtié de ce qu'il était auparavant, ou |2 par jour, l'autre moitié étant donnée à M. Roy. Les R<»\régnent évidemment, car j'en connais trois de la même î'amille, qui ont des trônes à l'heure qu'il est ; je reviendrai ])r(>bablement sur cette question historique. <hin8 une antre de mes lettres, si t«>utefois mon professeur ne me met pas, avant cela, au pilori de sa colère.
Mais revenons à notre sujet. M. Lepage indign/'. roramuni(iue cette lettre à M. Tessiei- aloi-s à Rimouski. et lui demande justi:e. Celui-ci se montre très étonru'-. et prétend que le tout a été fait à son insu.
La division des attributions, entre les deux ageni-. est ainsi faite à l'instigation de M. Tessier, M. Lepagr est chaigé de la surveillance de cent (juati-e-vingt bCi/Amilles et den\i de chemin de colonisation très })t'U
LES CHROXIQl'Es QUÊBECQlTolSE.-:.. 91
^'tablîs, tandis que M. Eoy, n'a pour mission que de coloniser trente-six railles de chemin parfaitemenr établis, à Pexccption de vingt se)»t lots, non cultivables, et tous deux reçoivent le même salaire, l'un pour tra> vailler, et l'autre pour regarder faire.
Voulez-vous l'explication de tout cela ? la voici : — - M. Ro}', est le neveu de deux liommes influents de Ste. Anne des Monts, située dans le collège électoral du golfe, MM. Roy et Sasseville. S'il sert bien le neveu, il est sûr de l'appui des oncles, tandis qu'en conservant une moitié de salaire à M. Lepage, il cioit lui en laisser assez, pour qu'il soit de son intérêt, de ne pas travailler contre lui dans le comté de Rimouski. vSon calcul n'est pas mauvais, mais il est odieux.
Je vous ai déjà dit, que M. Ijlaekburn imprimait le i'apport de la commission d'Ottawa ; la version française -.1 été donnée depuis au Canadien, la proj^riété de MM. Tessier et Kvanturel. Les deux ministres auront donc encore ici, un petit protît. bien en fraude de la loi si vous voulez, mais qu'y faiie ? M. Kvanturel disait a Oharleslx)urg le jour de son élection : — " savez-vous pourquoi vous me voyez le bras en écharpe ? C'est que. ))endant que j'enfonçais mon bras jusqu'au fond du cofi're public pour y puiser de rai-gent, le couvei'cle me tomba sui' le bias." Il voulait avoir de l'esprit alors ei ne réussit pas : il veut aujourd'hui avoir de l'argent ei réussit mieux, comme vous voyez. M. Tessier ne ])arlait pas, mais il n'en pensait pas moins. Voulezvous me dire, lequel des deux, est J^obert Macaire ou Bertrand son ami ?
Le propriétaire d'une })etite gazette, appelée le Défricheur, remplie d'annonces ofîieielles. a, de son ])ropre mouvement, imprimé plusieures centaines <l'avis d'une vente des terres de la coui-oune dans \v>
MS LES CHRONIQUES QUÉBECQUOlsES.
townships de l'Est, et l'autre jour, il «e iaisnit payoïpar le département des terres, un compte de $125 pour impressions. Il faut vous dire que ce propriétaire, n'est autre que V Enfant-1 errible, --^ cette pure créature (jui, de sa voix nasillarde, et à tiavers son râteliciébréché, ne fait que ci-ier à la corruption du pai-ii libéral-conservateur. Ab ! ces saints-là ne seront jamais canoni.^és.
M. Blackbuin a loué, pour le service du ministùr»'. le Mercury a raison de £500 ])ar an. C'est beaucoup pluque la valeur; mais il n'y avait pas à marcbander, et il faut bien que M. McDonald donne à M. Blackburn bmoyen de se refaire, 11 se refait, en cbargeant à ui> certain dé[)ai'tement du gouvernement S20.50 pour de> livi'cs <iui se vendent ÎVà chez l'imprimeur de la Keinr. qui ne donne pas non plus, ses marcbandises ])Our rien. l*ai'lez après cela, de mucilage, de canifs, et de cire à racheter.
Au levoir, je vous éci-iiai bieiUôt.
Votre tout dévoué,
Biaise.
M. l,K RÉnA<'TEUR,
Vous me direz sans doute, votre y>/<7f7T est donc bic)i j-iclie ? vous êtes un mineur infatigable. Ab ! oui. vous avez raison, j'ai ti-ouvc le tilon et je rex]ib)il« : mais je l'exploite comme \\n appi'cnti ; que serait-<»' donc, si j'étais passe maîtie? Je m aperçois que j»' vogue à ]>Icine voile, dans le latigage Iranc-maçonniquc, tandis (juc jai sans cesse sous les yt'ux, l'Institution >iu
* J. It. Kric Dorion.
LES CHRONIQUES QUÈBECQUOtSES. 9!)
Droit français d'Argon, la Vieille Coutume de Paris doux on se désacoutume tous les jours, les Obligations de Fothier. les Statuts refondus, amen, amen.
Je m'aY^erçois que je chevauche et je m'arrête, car mes narines ont senti Juvénal à distance. Juvénal ! 'lu'est-ce donc que Juvénal ? medircz-vous, Jucénat, c'est le parent de l'autre, c'est D... affilié de T. On sait qu'en philologie et en linguistique. D. T. ont la même origine, et souvent, prennent la place l'un de l'autre. Supposons que je sois ministre, et que j'aie un parent. Je suis attaqué, le parent me d(*fend ; c'est tout natui-el. On tire cela du-puits ministériel. Mais si le ministre écrit très-mal, et que le parent n'écrive pas mieux ?... Biaise, Biaise, moins de malice et plus de faits. >>'il vous plait ; vous devenez babillard !
Je vois par les journaux de votre ville, que M. Coupai ^oppose à la réélection du secrétaire-provincial. Pauvre- -M. Bureau î 11 y en a d'autres eîicore, qui ne voulaient j)as qu'il fut ministre ! Le jour où on parla dans 1<labinet, de remplacer M. Dorion par M. Bureau, M. ICvanturel se rendit auprès de M. Sicotte, pour lui fairt' comprendre combien il y avait de danger pour lui, a faire entrer un rowr/e dans le cabinet; que les roi^^es If détestaient lui, M. Sicotte, et voulaient le faire disparaître du gouvernement, avec tons ceux qui ont appartenu, autrefois, à l'ancien parti. M. Sicotte sr montra inexorable. Est-ce par aveuglement, ou parce- ({U'en prenant M. Bureau, il obéissait à une forer majeure ? Quoiqu'il en soit, la conférence, parait-il. avait duré trois heures, et au moment où M. Evanturel sortit, SCS deux gros sourcils noirs se croisaient, sa grande barbe frémissait, et ses grands yeux étaient ternes et tristes.
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Le ministre d'agriculture sent son heure approcher, il l'a dit avec beaucoup de franchise à un ami ; il a et*' même jusqu'à dc'clarer, qu'il aimerait mieux voir au pouvoir les Cartier et les Cauchon, que le rouge Bureav. Mais, ce qui le console, c'est d'être arrivé une tois, je parle son propre langage, et de pouvoir attacher à son nom, j)0ur le reste de sa vie, le titre retentissani à' Honorable.
M. Bureau se plaignait, il y a quelque temps, à un ami, d'avoir dépensé $1200 dans sa dernière élection, combien donc va lui coûter celle-ci ? Ah ! M. Coupai, soyez misériconlieux !
En vous priant de lectifier une erreur, que j'ai commise dans mon avant dernière lettre, je me pei* mettrai de revenir sur un sujet dont je vous ai déjà entretenu ; je vous ai dit que l'agent de M. Te^sier (à Kimouski) était M. Couillard, tandis que c'est M. Couture, et l'affaire dont je vous ai déjà parlé, et dont jft veux vous entretenir aujourd'hui ((uelqueinstants, csl ni plus ni moins que la chemise du qu:.' de Bimou^ki. Quand les soumissions furent ouvertes, le plus bas soumissionnaiie se trouva être M. Derome, et sa soumission était de $8,000. (yclui qui venait immédiatement après lui, demandait $18,00t> pour le même ouvrage. M.Tesaier lit venir M. Deiomc. et lui dit : " voulez-vous prendre ^7,000," et pour Veu gager à les accepter, il offrit de lui donner de vieillecordes, des chaînes et un palan qu'il évaluait à $10<» M. Derome lui njnni demandé s'il était le plu^ b.is soumissionnaire, il ne lui répondit pas, et lui reiioiivehi la même offre. Derome accepta. Plus tard, M. Tossieiaffirma que ces cordages, qui valaient tout au ]ihw $75, n'avaient été que prêtes ! C'est à l'aide de ces bouts de corde, qu'en grand financier, et en grand bon-
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quier, comme on le connaît, il travaille à combler les 63,000,000 de déficit qui, en ce moment, affectent si douloureusement la poitrine, l'estomac et les bronches de M. Howland. Voilà l'avantage d'avoir de grande administrateurs et des hommes à vue longue et large au timon du char de l'état.
Mais reprenons notre sujet. M. Beromc avait écrit deux lettres, pour protester contre le plan absurde à>c M. Rubidge, ainsi que je vous le disais, il y a quelques Jours, ordre lui avait été donné de se mêler de ses affaires, et de faire la chemise telle qu'on la lui demandait. La chemise étant enlevée par la mer, comme il l'avait prédit et écrit à M. Tes.sier, M. Derome se hâta de se i-endre à Québec, pour en conférer avec le commissaire des travaux publics, et au moment où il était en pour- ])arler avec ^I. Tessier, celui-ci, envoyait M. Pruneau s'emparer de l'ouvrage. Ce qu'ayant su, M. Derome s'en plaignit au commissaire qui lui répondit, contrairement à la vérité, qu'il n'avait pas donné d'ordT-e à M. Pruneau.
Cette obstination de M. Tessier à ne pas écouter l'avertissement d'un homme pratique, coûtera au pays au moins 82,000. Il n'y avait pas de crédit voté poulies premiers S7,000, on conçoit, qu'il n'y en avait pa^ davantage, pour les deux autres milles piastres à dépenser.
M. Tessier a envoyé sui- le chemin Matapedia M. Kdouard Meagher. Le salaire de celui-ci est de $2 par jour, absolument pour ne rien faire, et aussi n'a-t-il rien fait ! M. Meagher est le tils. et le neveu, de deux hommes réputés influents dans le collège électoral du iiolfe. Voilà comme économise M. Tessier !
Immédiatement après la chute du ministère Cartier- \lc Donald, un homme de la chambre disait à M. Evan-
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tuuel. (|ue le ministtire dont il luisait pai-tie iic tiendraii pas; M. Evaiiturel répondit: — "Les memluvs du Ba>- Oanada sont comme des moutons, ils suivent tous le> irouvernements. et suivront l»ien le nôtre.' Il oubliait que M. Brown, disait la même chose, lors de la formition de son cabinet en 1S5S, et que M. J^rown se trompa.
M. ])esbarats s'est bien trouve de tous les gouvernements, (^uand le ministère C'arlier-^IcDonald tombait, quelqu'un taisait remarquer à l'imprimeur de la Eeine. qu'il allait tomber dans de pires ïnains: — '' Non, répondit-il, je serai mieux traite par ce irouvernement qu«par Tautre/' 3Iain tenant dressons le bilan, pour voiis'il avait raison dans son ingratitude. M. John SandtîeM McDonaM, son meilleur anv, lui enlève impression-. j)apetei-ie, etc.. pour les donner à >f. Blackburn. 6V./ bills ministériels relatifs au Haut-Canada, viennent d'être imprimes j)ar MM. linnlei". Eose et Lemienx ])Our le compte de M. Blackburn. et ]>ortent le nom de ce dernier. Depuis l'union. '-'^ les j)rojets de loi du gouvernement ont été invariablement imprimés ]>;iil'imprimeur de la Eeine; mais ce changement esi devenu nécessaire. ]>onr permettre à MM. Blackburn ei George Sheppard de taire prompte fortune.
Aujourd'hui, tout se fait ])ar commission, tout, jusqu'aux impressions. Ainsi, ce n'est pas M Blackburn qui imjn-ime, mais c'est lui qui fait imprimer, et qui charge pour cela sa cojiunisS'on. son cnurtnije. Son établissement, est pauvre d'espace et de matériaux, et il ;i recours aux imprimeurs dont je vous parlais tout a l'heure. Mais vous me direz sans doute : si M. Blackburn ne peut pas imprimer lui-même l'ouvrage du gouvernement, et qu'il a recours à M>f. Ilunter, Ro^r
Du Haut et Bas-Canada, en 1841
LES CHRONIQUES QUÊBECQUOLSES. 108
et Lemieux, pourquoi M. McDonald ne s'adresse-t-il pas directement à ces derniers ? Mais non, ce n'est pa> l'économie qu'il veut, c'est un salaire qu'il entend donner à un mercenaire, l'économie n'est qu'un vain nom.
Mais alors, si M. McDonald paie MM. Blackburn et Sheppard si cher, pourquoi le Mercury est-il si maigre, tant sous le rapport de la matière que sous celui de lîi rédaction ? Aucune question n'y est traitée sérieusement, aucune n'y est approfondie, et M. Sheppard ne peur écrire sans insulter, surtout le Bas-Canada.
La commission qui s'intitule elle-même, financière et départementale, coûte $40 par jour ; S^O pour les trois commissaires, et $10 pour les deux écrivains dont l'un, est le fils de l'homme qui espionne pour le rninistre. Un fait nous conduit à un autre. M. " S." ^ ni'avez-vous dit, me répondait quelqu'un hier, est l'espion de M. M. qui, pour récompenser ses services, donne S5 par jour à son fils; mais M. " H." f de Montréal, endosse les billets de ce même M. "S." qui, avec l'argent ainsi obtenu, achète, en spéculation, des terrains h Ottawît. Comprenez-vous l'enchainement de tout ceci ? Ah ! Luke, Luke, soyez sur la piste.
Un correspondant du Journal, X attribue à M. W. Bristow, une communication qui a paru dans le Tramcript, et dont le Canadien fait grand bruit. Celui-là, ferait mieux de manger en silence au râtelier ministériel, car il pourra lui arriver malheur.
Un pauvre imprimeur, qui a vendu sa conscience et sa feuille pour un prix fixe, se trouve dans l'embarras,
• Wm. Spink.
t Holton.
X Jouraal de Québec.
104 LBS CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
car l'acheteur le paie en papier qui na pasi de cour?^ dans les banques.
Que faire ? attendre et souffrir ; comme *' on fait soilit on se couche."
Votre meilleur ami.
Blaise.
N. B. — Un officier du gouvernement a adressé une dépêche télégraphique aujourd'hui à M. Spence de Toronto, pour lui demander où était M. Ilowland, et Nil allait descendre. M. Spence répondit que M. Howland était à Toronto, qu'il était possibb qu'il descendit lundi prochain (he may go down on monday.) Cette dépèche fut naturellement communiqu»H' à M. J. S. MacDonald qui, n'étant pas satisfait, télégraphia directement à M. Howland lui-même, lequel répondit : •' si mon médecin juge que je puis partir, il est possible que je parte lundi (1 may leave)."
Ce que je vous écris là, est do toute vérité. Je vou«» dirai de j)lus, qu'on a arrêté l'impression des compte.'* publica et des rapports du commerce et de la imn^afiou. parcequ'il n'y a personne pour les signer.
.Te crois ne pas me tromper en disant, que la résignation de \ï. Howland, est dans les mains de M. MeTVmald.
lî...
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 105
M. LE EÉD ACTEUR.
J'éprouve d'assez douces jouissance?, celles d'un auteur qui sait qu'on le lit, je ne dis pas, qu'on l'apprécie. A l'heure qu'il est, plus de vingt personnes sont accusées ou soupçonnées d'être Biaise, et cependant, on n'a pas encore mis le doigt sur le coupable. La police littéraire et politique est sans doute sur sa piste, comme celle du capitaine Buveau était l'autre jour, sur celle des bou]reaux, qui ont pendu en effigie l'innocent commissaire des Travaux Publics. L'espion du premier ministre est peut être à l'œuvre aussi ; mais de lui, je ne crains que les mâchoires formidables.
De tout ce que j'ai écrit jusqu'ici, on n'a contesté qu'un seul fait, celui relatif à l'atiaire Cimon ; et celui <|ui l'a contesté, est M. Xavier Cimon lui même. Tou:. le monde à Québec connaît M. Xavier Cimon ; il esr. donc bien étonnant que M. Tessier ait lais.sé tout le monde de côté, pour aller demander un certificat précisément à celui-là. M. Cimon ne sait pas écrire, ei cependant, sa lettre est plus correctement écrite de beaucoup, que ne le sont les épitres, les plus méditées du commissaire des Travaux Publics. Donc, il y a eu ici l'inspirateur, l'écrivain, et le prête-nom, et le certiticat a eu tout naturellement la forme exigée.
Je ne rétracte pas un mot de ce que j'ai dit ; les quatre» mille six cent trente six piastres n'ont pas été payées toutes àMa fois à M. Cimon. Les frais de la cause, don' })arle celui-ci, ne sont pas encore payés par le gouvern»ment. Pourquoi ? M. Cimon nous le dira lui mèm«' cotnine il l'a dit à d'autres, parce que Biaise épouvante le commissaire des Travaux Publics. M. Cimon dit îtussi, que M. Tessier lui a uunné ses conseils d'avocal
106 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
ijratis. S'il écrivait, on devait s'utteiulrc (|iril ne dirait jjas autre chose, puisque M. Tessier prenait la peine de le faire parler pour le défendre.
Je termine sur cette question pour aujourd'hui, en vous faisant j-einarquer que, c'est le seul fait sur lequel on ait jusqu'ici, mis en doute ma véracité ; or, vous savez de combien d'autres j'ai inondé votre feuille, et j'entends bien continuer tant que vous ne me direz pas : arrête, Biaise, c'est assez.
Voulez-vous savoir ce que nos ministres«pensent euxmêmes de la session ? Je puis vous en dire quelque ihose. M. Evanturel a exprimé des esj>éranccs. M. MacDougall compte sur une majorité dans le Haut et sur une minorité dans le Bas-Canada. Je pourrais* vous citer tous les noms des députés sur lesquels le ministère a fait des computations ; mais, je ne veux paw être indiscret. On se croit sûr de tel et tel, mais on . ne l'est pas tout à fait. On espère pour tels autres, et on doute de quelques autres encore, lîien de j>ositif, rien do certain, rien d'arrêté ; le doutv, l'espérance, le désir, voilà le bagage ministériel.
Pendant que dans le collège De Lorimier' l'on s'occupe de u»ettre en ordre le Hureau-Secrétaire que l'on m'assure avoir été très en (h'i<ordr(' a St. lîrmi, je vous dirai ce qui lui arrivait l'automne dernier avant l'élection du même collège. iiC quatre octobre, gvelquuit remettait entre les mains de l'Orateur de la chambre une lettre de M. Jacque'> O. Bnivau, ])ar laquelle M. Jacques O. Bureau résignait son mandat en chambre. Cette lettre, j»ortait la date du quinze septembre et conséquemment, n'était remise à l'Orateur que dix-neuf jours après avoir été écrite, si toutefois elle n'était pas aTUi<iatee. Pouiujuoi arrivait-elle si tard a l'Oiateur ? La chosi- est facile à comprendre : — M. Bureau m-
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 107
voulait abandonner son mandat, que lorsqu'il serait élu Conseiller Législatif. Mais il savait que la loi lui défendait d'être candidat au conseil législatif tant qu'il serait membre de la chambre, et la lettre de résignation devait porter une date antérieure à l'élection de De Lorimier. Que faut-il conclure de tout cela ? Ou que M. Bureau a antidaté sa lettre, ou bien, qu'il Ta confiée à quelqu'un qui ne devait la donner à lOrateur, que s'il avait la majorité des voix à De Lorimier. Ces toui-s de passe passe dégradent un homme public.
A mon grand ébahissement, j'ai vu hier, deux voitures pleines de bouts de corde qui paraissaient prendre la dii-eciion du bureau des Travaux Publics ; j'ai cru que c'étaient les bouts de corde que 31. Tessier avait reclamés de M. Derome comme objets prêtés.
Voulez-vous me pardonner si je vous parle encore de l'infortunée chemise du quai de Rimouski, et des suites de la déchirure ? Non-seulement M. Derome avait écrit deux lettres pour avertir M. Tessier de ce qui arriverait, mais encore le surveillant des travaux pour le compte du gouvernement, 31. Pruneau, avait écrit la même chose, et on lui avait répondu de la même manière : '' faites travailler suivant les plans et spécifications," (du célèbre M. Rubidge). Aussitôt après l'accident, le surveillant en avait écrit au commissaire, et celui-ci avait répondu : '' faites pour le mieux." Il s'était donc hâté, de faire quelqu'ouvrage peu coûteux qui devail sauver le reste et d'en faire rapport. M. Tessier lui répondit : " Qui vous a autorisé à faire cet ouvrage ? " La dé})êche dans laquelle vous me dites: "faites pour le mieux,"
Les choses en restèrent là pour le moment ; mai^quinze jours après, M. Tessier écrivait à M. Pruneau de remonter à Québec, parceque le gouvernement manquait
108 LES CHRONIQUES QUÉBECQU0ISE9.
d'argent, et qu'on n'avait pas besoin d'un homme pratique pour recevoir le bois qni devait servir aux travaux du quai.^ Le salaire de M. Pruneau était de cinquante-deux piastres par mois, que M, Tessier |)rétendait vouloir économiser. Et cependant. M. Pruneau est remplacé par M. St. Laurent, commerçant du lieu, qui reçoit précisément le même salaire, cinquante deux piastres par mois, et qui ne connait pas jjlus que vous et moi. la qualité du bois et les dimensions qu'il doit avoir. Mais M. Pruneau comme M. Derome. a eu le malheur de prévoir ce que n'a pas prévu M. 'l\|ssier, l'accident du quai, et le commissaire des Ti-avaux Publics avait encore à récompenser un partisan politique, M. St. Laurent. S'il a donné tout Veié, soixante piastres par mois à M. Mcagher, pour lui procurer le plaisir de voir faire le chemin Matapédia. rien de surprenant qu'il donTie cinquante-deux ])iastres par mois à M. St. Laurent, pour lui procurer la Jouissance de regarder passer le bois du quai.
Avant de ]>asser outre, M. le Rédacteur, j'ai une plainte tr«)s-giave à vous faire, et je vous conjure, pour ma réputation, d'y voir au plus tôt. A la chambre et à l'Institut Canadien, on eidùvc les numéros de la Minerve qui lenl'erment mes lettres, et mes nombreux lecteurs en sont attristes à tel ])oint, que pour les calmer, j'ai dû promettre de soumettre au parlement
• Quin/.c joui-8 |»Iu8 tôt, im certain M. K..d('K T.. P.. étant a ♦U'jeûncr avec MM. Pruneau et Derom»' à Kiinouski. di'l)latemit lontre les bleus^ et surtout contre M. C'auclion. M. Pruneau ayant invité M. 11. .à laisser h\ la politi<iuo. et surtout M. Cauchon, celuiri se fâcha et d'une parole à l'autre on en vint aux injures épicée^s : alors, M. Pruneau invita pérenii)toireineTit M. R..ou à se taire ou ji le suivre dans la c<»ur, ce qui eut pour eHet de calmer M. K..mai'< quinze Jours pitis tard, M. Pruneau était rappelé t4»l que raoïuité ci-haut.
LES CHRONIQUES QUÉBECQCOISES. 109
cette infraction de mes privilèges. Pour la voie de fait (le la chambre, j'accuse Vespion aux longues mâchoires et pour celle de V Institut Canadien, je ne veux accuser personne ; je vous dirai seulement, que cette association a l'honneur de compter encore parmi ses membres, son ancien président. Yous y venez, n'est-ce pas ?
Le Journal de Québec disait, il y a quelque temps, ne pouvoir à cause des formes bibliques qu'il affectait, reproduire un écrit signé : Un fort en thème. L'auteur, repoussé par la presse périodique, a eu recours au livi-et, et son évangile vient de paraître sous cette forme, en français et en latin. M. J. S. McDonald l'a trouvé si à son goût, qu'il en a fait imprimer 80 exemplaires à l'établissement du i^ercwrî/. Ce que je vous dis là, est vrai à la lettre. On fait dire à M. Evanturel dans cet évangile, que les esprits des membres sont prompts, mais que le ministère est faible ; et M. Tessier, racontant avec soupir, sa propre histoire dit : " Personne ne passera pour prophète en son propre pays."
Je reçois des lettres de plusieurs endroits du pays, et même d'Ottawa, qui me disent en effet, que les enquêtes des membres sont promptes et que le ministère est faible On parle seulement d'un ou de deux Outaouais, dont les esprits ne seraient pas tout à fait aussi prompts ; mais je conseille à ceux-ci, de réfléchir; s'ils allaient s'aveugler, au point d'abandonner les hommes qui se sont sacrifiés, deux fois, pour lui donner le siège du gouvernement, ils remettraient le tout en question, et perdraient indubitablement le siège du gouvernement.
Vous me direz peut-être, que je suis pou en position, de connaître la pensée des membres de la chambre ; vous vous trompez; j'ai entendu beaucoup, et j'ai bcaucouj) recueilli. Dans le cas de trahison, ni M. Cartier ni M. Cauchon, ni aucun autre homme ne poui-rnioTit détourner
110 LES CHRONIQUES QCÉBECQUOISES.
I:i majorité des membres bas-canadiens de donner le coup (le pied à Ottawa.
M. l*i"ice voulait règlei- quelques affaires avant la session au bureau des Terres. — Vous voulez é^e libre, lui a dit sarca:^tiquement M. McDougall ! Ces affaires auront donc un temps d'arrêt.
La maladie de M. Howland augmente, et il est plus que probable qu'on ne le verra pas à Québec, durant la session qui approche. Cette maladie est peut-ètie ])hysique ; mais elle est certainement morale aussi. Vous n'avez pas oublié avec quelle générosité, M. Galt le traitait durant la dernière session ; et, cependant, par reconnaissance sans doute, il insultait bi'utalement M. Galt devant ses électeurs d'York. Il croyait sans • <loute alors, avoir facilement raison des finances du ])ays; mais il voit aujourd'hui qu'il s'est trompé, et que rablme sur lequel M. Sheppard lui conseillait de jeter wn jw)it, ne serait même pas comblé avec tî'ois millions de ])iastres. Il doit maintenant savoir qu'il existe une très-grande ditlerence, entre savoir vendre à protit ou à j)erte, un boucaut de sucre ou une tonne de mêlasse, et organiser les finances d'un pays comme le Canada. Il ne parle- ni ne pense; c'est peut-être encore mieux que M. Bureau qui pense mal et parle mal.
(^uand, à l'imitation de l'esprit malin deMilton, je l'ode sur les confins du monde... politique, je vois quel- ((uefois passer deux fantômes vivants qui ont noms Te.'isier et Barthe, et qui tous les deux portent sur le front le signe de... dont parle l'apocalypse. ** Je me tiens toujdui-s les pieds chauds et la tête froide, disait naguère le commisaire, quand les journaux ne m'atta- ([ucnt pas trop, car ceux-ci me font souvent monter le sang au torvoau." Alors gare aux congestions cérébrales, i'ixv la presse s'occupe beaucoup de lui en ce
LE8 CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 111
moment, et avec raison. Il s'était imaginé qu'il lui serait permis de faire aux autres tout le mal possible, sans qu'il n'en résultat pour lui aucun inconvénient. C'était monti-er une ignorance bien impardonable du cœur humain. Il devait pourtant se rappeler qu'il perdit un jour, pour la même cause, une élection qu'il croyait bien tenir ! La prochaine, menace de lui porter le même malheur.
Le JS^ews l'a appelé Trente-sous-Tessier, pour donner une idée de la grandeur de ses vues tinancières ; des députés m'ont dit, qu'on l'appelait Juda-Tessier en 1853 parce qu'il avait voté contre le ministère Hincks. On dit qu'il compta les voix, et que la majorité contre le cabinet était déjà de douze, il vota le treizième et le dernier de tous.
Il porte en ce moment sur sa figure, le signe visible d'une grande souffrance intérieure.
Barthe le sent de loin, par respect pour son maître, qui le paie fidèlement, et le tient sans cesse à la besogne. Lui aussi, est bien triste, car pas une âme ne sympathise avec sa souffrance, pas un cœur ne se sent battre pour ce déshérité de la société. Il ressemble à Caïn arrivé aux limites du monde ; il regarde l'abîme avec horreur, car de tous les côtés, l'horizon est sillonné par la foudre, et au fond du gouffre insondable git le désespoir.
Votre plus fidèle, ^ Blaise.
112 LES CHRONIQUES QliBECQUOlSEe.
M. LE Rédacteur.
Il me semble vous avoir déjà parlé d'une querelle entre deux ministres. Ces deux ministres sont, est-il l.esoin de vous le dire ? MM. McGee et Evanturel. M. McGee n'a jamais digéré l'artaire de l'immigration, ni les appels au secours du Canadien à la presse français»* contre ses prétentions.
On se rappelle, le discours de M. McGee sur les ([uutre révolutions ; on se rappelle encore, que ce «liscours où était attaquée la race française, fut sévèrement jugé par la presse. Le Chronicle dit, à cette occasion, que 1 influence de M. McGee était sur le déclin (on the wave). Ces deux ou trois mots blessèrent profondément le député de Montréal, qui descendit au bureau du Chronide en compagnie de Ihotellieillenchey, et s'adressant à M. Foot lui dit : —
— M. — Vous m'avez étonné dans votre appréciation de ma lecture ; il me semble quo nous sommes amis depuis longtemps.
— F. — .le l'ignore.
— M. — Mais nous sommes en bons termes toujours.
— F. — Je l'ignore ; il y a plus, je tiens de bonne source, que vous n'avez pas agi en ami à mon égard, auprès de...
— M. — (^ui vous a dit cela ?
— F. — Je suis sûr de ce que je dis, mais je ne puis vou^ doiiîicr de noms, à moins ((ue ceux (jui m'ont renseigné, ne me le permettent. ,
—M —Alors, c'est M. Alleyn ?'
—F.— Non.
—M.— M. Sheppard ?
__F.Non.
— M.— M. Evanturel ?
—F.— Non.
LES CHRONIQUES QUÊBECQUOISES. 113
Malgré ce no7i suspect et nonchalamment prononcé. M. McGee insista à dire que son délateur était M. Evanturel son collègue, et invita, en partant, M. Foot à venir avec lui i-encontrer M. Evanturel au bureau du secrétaire-provincial. M. Foot lui fit remarquer qu'il n'avait pas prononcé le nom d'Evanturel, et refusa de se rendre à son invitation.
Vendredi dernier, M. Foot reçut de M. McGee, une invitation écrite de se rendre encore à son bureau, pour y conférer sur le même sujet. M. Foot ne bougea ni ne répondit.
Le jour suivant, M. McGee porta l'afïaire devant le conseil. Pauvre Biaise, que vas- tu faire ? La porte t'est fermée au nez. Mais console-toi, les murs parlent et les messagers aussi, quelquefois.
Les ministres conversent ensemble, et leur causerie bruyante, les empêche de s'entendre et de se comprendre les uns et les autres. Sandtield est occupé à liie un livret, c'est Tévangilc parodié dont je vous parlais dans ma dernière, et que pour son amusement, il a fait réimprimer par M. Blackburn ; il lit pour agacer Sicotte qui sourit un peu, mais qui se laisse tomber dans son fauteuil, pensif et triste.
Il interrompt sa lecture, pour se porter une main au cou, et pour ^lire à Tessier : — Tessier, hoiv do you feel f Tessier fait la grimace, précisément comme si la corde lui serrait le cou. Oué... ! (très-nasal) vous riez, vous, c'est pourtant pas drôle !
Sandfield rit aux éclats, prend dans une de ses mains sa botte qu'il se porte au menton, et de l'autre, presse l'emplacement de sou ancien poumon.^
* M. McDonaUl avait, perdu un poumon durant une maladif <1< consomption.
114 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
Wilson lit avec une gravité toute puritaine, son rap])ort conti-e la demande en c;rrice des Aylward.*
McDougail lait des efforts pour faire entendre sa voix solennelle au-dessus de ce godendard, qui vous scie le dos en permanence, et pour racontera Sandtield comment, en les enivrant le saint jour du sabat, il a arraché quelques signatures aux pauvres Sauvages de l'ile Manitouline.
— Sicotte sort un instant de sa rêverie, pour crier : Abbott, i-aconte ncus dune ton allaire du chemin dv Carillon.
— Abbott. — Demandez-le à Berlinijan (Hellingham.)t
McDougail a fini son histoire de la Manitouline, et jetant un œil sar Tessier, il dit avec une gravité toute sénatoriale: "Je viens d'apprendre qu'un ministre a donné un billet ])romissoire pour £7, ])ayable à treize mois, et par termes. En savez-vous quelque cliose ? car on m'informe, que ce billet est entre les mains d'un barbier % de St. Eoch."
Tessier fait encore la grimace et garde le silence, mais il se ])romùne en long et en large et parait violemment agité. On l'entend même marmotter ces mots : ••si c'était à i-ecominencei", je n'accepterais pas un ])ortefeuille ; si on nvotlVait une place de juge, j'enverrais bien vite la politique au diable."
— Sicotte. — (^ue dites-vous, Tessier?
— Tessier. — Oh ! rien, rien, je soutire, la tête nu' chaulfe, et je me dis à part 7/ioc, que nous ne sommes ])as sur un lit de roses.
• Les Aylward, mari et femme, pendus pour meurtre, à tinéàMe. rW^^»^'»^ f Autrefois, députe du comté d'Argenteuil. X Usurier. •
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 115
— McGee. — Mishter Chairman, mishter cliairman, jt- 'lemande le silence. J'ai une question très-grave à vous soumettre.
— Foley. — MeGee, my countryman, you are makini:an irish-bull, who is the chairman ?
— McGee — Tiens, j'avais oublié que c'était moi. Eli 1 l)ien, messieurs, j'ai une plainte très-grave à vous faire contre l'un de nos collègues.
Evanturel qui s'était laissé cheoir dans son fauteuil, accablé sous le poids de sa barbe, se redresse, tourne deux ou trois fois la tète à droite et à gauche, en mouvements saccadés, se pince les lèvres, et prête attention.
— McGee. — Messieurs, je voudrais .savoir si nos délibérations sont sacrées, ou s'il est permis à chacun de nou.<. de les divulguer pour nuire à des collègues ?
Evanturel rapproche sa chaise, ouvre Sts grands yeux -ris, détend ses gros sourcils, se flatte le menton, et donne un coup de tète abrupt comme pour dire : nous allons voir.
— McGee. — A'ous savez que l'autre jour, je m'opposais le toutes mes forces à ce qu'on payât les comptes de V. * Eh ! bien, un de nos collègues est allé l'en avertir pour me rendre odieux auprès de lui, et pour me faiie attaquer.
— Sandtield. — Qui a fait cela ?
---McGee, — C'est Evanturel bejapers.
— Evanturel se lève tout debout : c'est ymi lie.
— McGee. — Bejapers\ nous allons voir.
— Sicotte. — Evanturel, asseyez-vous. Vous faitei^ du l)ruit tout autant que si vous étiez de ."Service dans le gouvernement.
Frw.t/
IIG LES CIIllONIylES QUÉBECQUOISES.
— Sandtield. — MeGee, c'est loi trop chaud — c'est toi mettre ta derrière .sur ton chaise.
— Foley. — Je ne pas coniprendé mossiou.
— McGee, furieux et la crinière auvent. — Il laut quKvanturcl s'en aille ou je partirai, moi.
— Sandtield. — Si nous n'étions pas si jn-ès de la session, vous partiriez tous les deux, et je suis parfaitement convaincu que le ministère n'en souffrirait pa-^ beaucou]». Toi, McGee, je sais que tu as dit à jilusieurs de tes amis, (mais tes amis deviennent ])liis rares chaque jour), que si tu n étais pas si pauvre, il y a longtemps qu«tu nous aurais laissés ; mais prends mon avis, ai nui qu'Kvanturel ; rétléchisscz y avant de résigner, car. ^i vous partez une fois, vous ne reviendrez pas de sitôt. J)es hommes comme vous autres, nont pas de pareiK accidents deux fois dans la vie.
McGee fra|)pe <le colère sui* la tahle et veut se préci piler sur Evanturel.
— l^vaiiturel. — A])j)roche, mon >... p... d'iî'landais ; m il brandit un gros bâton. On se précij)ite entre le^ deux combattants, et Tessier ([ui a cessé ses promenades, en retient un d'une main, et le secorul de l'autre ;
— Mes amis, dit-il, comme nous sommes fous de nou^ «luereller, tandis que nous faisons si bien nos jieti tes affaires ici. Vous, M(^(îec, avez-vous jamais rêvé que vous auriez un jour, cent quatre louis par mois ? J']t vou^. Kvanturel. (jui ne m'aimez pas, je le sais, vous avez désiic. mais avez-vous jamais ci'u (jiie vous seriez un jour minisire ? Voyons, soyons de l>on compte. A part votre salaire de £1,250, ne partagez- ^^ous pas avec moi l'aubaine dc^ impressions que le gouvernement donne au dutadien .* -\vez-vous oublié, <|ue nous imprimons la version française du rapport de la commission d'Ottawa ? Par vos
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 1 17
indiscrétions et vos paiMjlis ^ aux coins des mes. vous nous exposez à nous faire perdre les nombreux petits moyens que nous avons de faire fortune.
— Evanturel.— S... gredin qui ne pense qu'à toi et à ta famille. Pour deux avantages que j'ai, tu en as dix. Tu places ton cousin à l'hôpital de la Marine, tu as ta part des profits du Canadien, tu es l'avocat du bureau des travaux publics, tu reçois tes £1,250, et l'atïaire Ci mon !...
— Tessier. — Si vous voulez m'insuiter, Je vous parlerai du planchéiage du shed de l'hôpital de la Marine.
— Evanturel, levant son bâton. — Tessier, s traitre.
liypocrite, je te casse le crâne.
— McGee. — bejapers, Tessier, Fil help you.
— Evanturel agite son bâton de droite et de gauche.
— Foley. — Si c'est vous fesser, c'est vous faire mal : c'est mieux vous être tranquille.
Le mêlée devient générale.
Sandtield qui n'a pas cessé un instant de flatter sa botte droite avec ses deux mains, commence par tiouver la chose sérieuse et veut rétablir l'ordre. La séance est subitement levée. Tessier et Sicotte entraînent Evanturel qui brandit toujours son bâlon. Foley et McDougall s'emparent de McGee qui crie : Bejapers VU hreak *hat calfs head or my name is not McGee the curly.
Cette querelle avait produit tant d'éclat que, lorsque les deux champions étaient entraînés hors de la salle, [)ar deux portes différentes, tout le banc et Tarrièrebanc des messagers étaient sur le passage du double cortège.
Ce fut un grand scandale !
• Terme populaire, signifiant : bavardage'
118 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
J'îii encore bien des choses à vous dire, mais le tenip> me manque. Dans ma prochaine, je vous raconterai une conversation intime, qui a eu lieu dans le bureau du procureur-Lrénéral, au sujet de la Jiomination de M. Bureau.
Votre plus riclùle,
Blai.se.
Monsieur le Rédacteur.
C'est encore moi, comme vous voyez. Je viens von*^ demander protection contre mes nombreux ennemis : «m me traque comme une bète fauve, et l'on veui m'atteindre à tout prix. Sans com])ter les précautions que M. Tessier prend pour s'envelopper de mystères. et pour échapper à ma viL!:ilance, la rédaction du Canadien a donné l'ordre, que l'on tirjt à distance le^ visiteurs. Ainsi, on a dit à M. I^lauij^er, l'assistanirédacteur et au commis, dont le nom m'échappe en (•♦' moment: *• Quand les amis viendront vous voir, voules recevrez à la porte." 11 faut vous dire aussi, pou:être de bon compte, qu'il n'y a <iu"un méchant rideau qui sépare le bureau de la rédaction du magasin ; mai^ allez donc recevoir vos amis à la porte, ])ar nn froid do vingt-sept degrés.
M. Barthe est toujours pâle. Une fois, marchait i derrière lui, je l'ai entendu |)ai-lcr tout seul. Si jr ne me t?*ompc, il faisait son examen de conscience. car j'ai entendu assez distinctement ces mots: Trépassé. Mgr. Hubert, Pie IX, Clergé, Propriété-Viger, Indemnités de 1837, Mandement de ^li^v. Bourget, Canad;» reconquis. Traduction de la commission du Grand-Troiu .
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 119
Bienfaiteur, Oncle, Père, Mère, Institutrice. Comme je craignais d'être surpris en flagrant délit, j'ai pris l'autre côté de la rue, et je n'ai plus rien entendu. Seulement, à distance, je le voyais s'arrêter court, et frissonner comme si quelque fantôme hideux se présentait à sa conscience.
Pauvre Barthe ! Il est à plaindre après tout, et quand je le vois tel qu'il est, je suis porté à croire à la fatalité.
Le gouvernement vient de révoquer la commission de M. Wicksteed, greffier en loi de la chambre, sous prétexte que cette commission donnée l'année dernière par le gouvernement Cartier-McDonald, est une atteinte portée aux privilèges de la chambre. Le cabinet a laissé passer toute une année sans révoquer cette commission, et attend précisément l'ouvertui-e des chambres, pour rendre son procédé plus amer à l'un des serviteurs publics les plus dévoués et les plus capables qu'ait eus le ('anada.
Une atteinte aux privilèges de hi chtimbre !...Mais, •est-ce que la chambre a protesté con! ii' cette nomination 1' Est-ce qu^elle a pris, en quoi que ce soit, l'initiative à l'égard de cette question ? Non, mais le ministère nu pas été capable d'un acte généreux, ou même de la plus commune décence, dans ses procédés administratifs. On •dirait d'un chef d'esclaves qui tient lé fouet^ et qui frappe
L'élection de l'Orateur du conseil législatif est, je vous assure, un grand échec pour mes amis les rouges et pour les clear-grits * aux faces blêmes. On a même •entendu M, Des^aullcs diix; tout bas: ^^ S... canaille.'^ Mais après, il «'est ravisé, et il a secondé la motion de M. Allan.
* Nom donné aux partisans de la réforme, dans le Haut-Canads. «et alliés politiques du parti libéral du Ras-Canada.
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M. Pierre Benoit, le nouveau député de Napierville, a pris son siège en chambre la semaine dernière; c'est à tout prendre, une amélioration sur l'autre, Jacques O. Bureau. Après la séance, je l'ai vu prendre par le hra? un ami, à moi inconnu, et lui dire : — " c'est Bureau qui est bien malade. — Oui, comment ? — Il a une maladie* sérieuse. — Que veux-tu dire ? — Son élection, sais-tu qu'il est en danger de la perdre ? Cependant ici, je dis à tout le monde, qu'il est certain de la gagner. L'affaire de St. Eémi lui fait un dommage du s..."
Je vous disais il n'y a pas bien longtemps, mais je ne me rappelle plus dans laquelle de mes lettres, que M. I^A'anturel avait parlé longuement à M. Sicotto pour le détourner de prendre M. Bureau dans son gouvernement; maintenant, je suis en jiosition de vous raconter la conversation qui a eu lieu. Je ne vous dirai pas de qui je la tiens, car je ne veux compromettre personne, pas même les messagers qui sont de bons diables après tout, et qui font leur besogne pour le moins aussi bien que leurs maîtres. Ces bonnes gens répudient la doc trine de Talleyrand, et soutiennent que la parole a été donnée à l'homme pour parler. Mais arrivons.
Le bureau du procureur-général est au-rez-de-chau8sée, célèbre autrefois par les luttes de deux journaux Québecqois. '-'•^ On entre à gauche ; on fait une volte-face de gauche à droite pour se trouver dans une sorte d'antichambre qui n'a, pour tout ornement, que queliynes lx)uquins, une table vermoulue, et une épaisse couche de poussière. C'est là qu'attend M. Kvanturel. Il fraj)pe à droite, et une voix solennelle lui dit: entrez. Le ministre d'agriculture en se prckipitant, s'accroche la barbe sm un clou malencontreux, à moitié enfonct-
• I*e- JMtrt*al •*• Québec et Ic Canadien.