‹ Les Guêpes canadiennes (volume 2)Chapitre 9 sur 20 · LES CHRONIQUES QUÉBECQÛ0I8ES · texte numérisé non relu

LES CHRONIQUES QUÉBECQÛ0I8ES

dans le cadre à gauche ; et pendant qu'il se démène pour se décrocher la crinière, la face du profond jurisconsulte se déride subitement et la loi rit aux éclats. L'autre travaille toujours, et il finit par se débarrasser aprè^ des peines infinies, et non sans laisser quelques-uns dé ses crins sur le champ de bataille. Il est de mauvaise humeur, et ses sourcils épais ont un mouvement de va-et-vient presque sinistre. M. Sicotte rit toujours. M. Evanturel, en regardant à gauche, aperçoit près de la fenêtre son ami M. Tessier qui, dans la pose habituelle de ses mains, ressemble à un loup-marin se traînant sur la glace, ou à quelqu'un portant un pain soun chaque bras. La pi-ésence du collègue ne parait pas faire plaisir au ministre de l'agriculture, qui lui adresse ces paroles comme pour lui dire : — "Ya-t-en : " Tiens^, te voilà Tessier. — Oué î

— Evanturel. — Notre chef consent il à te donner le i^hapeau f

— M. Sicotte rit toujours.

— Tessier.— Qui t'a dit que je le demandais ?

— Evanturel. — Ecoute donc, Tessier, nous prends t» pour des niais? Ce que je te dis là, est un sujet d^ ^conversation dans la rue, et Letellier même en parl« «omme un homme qui se croit certain d'être ton succee^seur

— Tessier, — Oué, Letellier, il croit ça, lui, et je le lui fais accroire pour qu'il nous soutienne pendant la session ; car il est mécontent et disposé à nous faire d-e l'opposition. Mais il «st bi<5n certain de n'être jamais réélu.

— Evanturel.— J'espère que tu attendras au moins à la fin de la session.

— Tessier. — Il faudra bien ; mais j'ai bien pour que U >«î8sion ne soit pas longue.

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— Evanturel. — Tu as peur de perdre ton eliapeau h trois cornes.

. — Tessier. — La vie publique n'est pas si agréable et si c'était à recommencer, je dis bien que je ne recommencerais pas.

— Sicotte. — Ne parlez pas si fort, Biaise pourrait bien vous entendre.

—Tessier, plus bas. — Ce misérable m'a oté complètement le sommeil. Il m'accompagne le jour dans mes moindres actions, et me poursuit la nuit dans mes rêves. Mon principe hygiénique est de me tenir les pieds chauds et la tète froide ; mais comment suivre mon régime, lorsque celui ci, me fait sans cesse refluer le sang de la plante des pieds au cerveau.

. — Evanturel. — Sans passer par le cœur î

— Tessier. — Oué ! Tu fais le tin toi. 8i c'était encore des mensonges qu'il dirait ; mais ce sont des vérités, et il entre dans des détails décourageants, (^uand j'arrive dans mon bureau, je ferme mes portes ; je garde le j)lus profond silence et je m'éc<Mite souttiei- pour m'assurer (^u'on n'entend pas ma respiration au rez-de-chaussée ; mais Biaise a une oreille d'une finesse extrême, et des yeux à la pordition de )non âme. Je le sens, je le vois partout.

— Evanturel.— Mon Dieu, il y a longtemps Tessier, que tu as la réputation d'être (iiscret. Un jour tu descendais la rue Haldimand. Un confrère qui te connaissdit bien, dit à un ami, en te voyant de loin : " Sais-tu pourquoi Tessier tient ses deux mains dans ses poches ?

— r/ami. — roui(iuoi ?

— Ijc confrère. — Parcequ'il ne veut pas (\no sa main gauclie, sacljc ce que fait sa main droite.

— Tessier. — Oué. C'est encore un tin celui-là.

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Evanturel. — Pourquoi donc, Tessier, tes confrère^;

n'ont-ils confiance qu'à ta parole écrite ?

— Tessier.— Si nous étions ailleurs peut être serais-tu plus modéré dans tes j.aroles.

— Evanturel. — Je n'ai pas peur de tes pattes de loupmarin.

Pendant que Si cotte rit à gorge déployée, Tessier sort furieux et le laisse seul avec le ministre d'agriculture.

— Sicotte. — Pourquoi Evanturel, étes-vous si méchant pour Tessier ?

— Evanturel. — Ah ! le s...,ir...il est si traitre, si hypocrite ; il nous vendrait tous pour trente-sous, et il a bien gagné son nom. Mais je viens ici pour quelque chose de plus sérieux.

— Sicotte. — Qu'y a t-il donc, mon cher Francis ?

— Evanturel. — Je vois que vous voulez prendre Bureau dans le gouvernement.

— Sicotte. — Pourquoi non ?

— Evanturel. — D'abord, parceque Bureau est un inca pable.

— Sicotte. — Mon Dieu ! on dit cela de moi, de chacun de nous, et de vous spécialement.

— Evanturel (piqué). — Je sais bien que je ne suis pan fort; mais moi au moins, je fuis les honneurs du ministère et je donne des diners, Bureau ne pourra pan faire cela. Je cherche même à louer ou à acheter une gi-ande maison pour mieux recevoir.

— Sicotte. — Les diners ne font pas grand'chose ; les gens les mangent et votent ensuite comme ils l'entendent. Moi même je ne déteste pas les diners, che>. les autres, et j'ai même plus d'une fois, diné chez dev j)ersoni os contre lesquelles je disais les choses les plu?, graves, dans mes conversations. Pour ma part je n** 8i

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donne pas de dinei's. Je n'en donnais pas davantag»e quand j'(3tai> Orateur, bien qu'on me dit que c'était précistment pour cela qu'on me donnait £800 par année.

— Evanturel.— Eu effet, je me rappelle que Marchiidon^ vous à fait comprendre une fois, que vous n'étiez pas prodigue sous ce rapport, en vous disant en pleine chambre, qu'il n'avait pas encore eu l'honneur de dincr avec vous.

— Sicotte. — Marchildon a pu dire ce qu'il a voulu, et le |)ublic a pu penser comme lui, mais moi, j'ai cru que ces £800 là, se trouvaient mieux ])lacés dans ma poche, ([ue dans celle des pâtissiers et des marchands de vin. John A. McDonald et Cartier ont bien donné des l:als et <lesdiners; les gens qui en ont profité en votent-ils plus avec eux ])our tout cela? Sandfield a aussi donnti^ des bals et des diners ; quand il était Orateur, il donna nn bal qui coûta £500. Après la leçon qu'il donna à loi'd Elgin en 1853, ]>lusreurs membres lui firent la jM'omesse de le souteiiir à la prochaine élection d'Orateur, et cependant, ces députés votèrent pour moi qui ne leur avais ])ns donné de dinCr. Dessaulles fait de?* «aïeuls, pour prouver qu'un ministre, ne peut ])as mettre u |)ait ]>lus de S 1000 par année ; moi, Sicotte, Je veux pou ver dans \\\\\ persontic, qu'on jx'ut au moins en nicttre $4000.

— Kvantin'ei. — Mon cher ])rocureui' - général, alion?^ droit Mîiu but. Vous savez bien, entre nous deux, que notre cabinet n'est pas bien fort.

— Sicotte.— \'ous pailez po\ir vous, sans doutç.

— Kvanturcl, — Xous ne soninies pas ici pour nous fairt- 'les comjtlimcnls. mais. puis(|Ue vous m'avez choisi pour

A.utro£<Ms (li|»utt' du comté (W Cl»Hm|»lain.

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être l'un de vos collègues, je dois supposer, que vous avez dû faire un bon choix, car supposer le contraire, ce serait faire un mauvais complimenta votre jugement. — Sicotte. — Il y a telle circonstance où l'on ne peut pas choisir, et vous avouerez, mon «cher Evanturel, que je me trouvais précisément en cette circonstance-là, en mai dernier. Soyons francs; vous-même, vous attendiez-vous à être ministre ?

— Evanturel. — M. Sicotte, vous devenez personnel, et je ne vois pas pourquoi. Cartier qui m'en a toujours voulu je ne sais pour quelle raison, a dit, que j'avais une cervelle de veau; eh 'bien! tous nos collègues trouvent avec Biaise, que vous êtes une belle image, que vous posez bien, mais quand il s'agit d'administrer un i:)ays, une image ne vaut guère mieux qu'une cervelle de veau. On mange l'une, quand on a faim, et on regarde l'autre, sans tin.

— Sicotte. — Evanturel, vous devenez spirituel, vraiment; vous faites des calembourgs. Mais finissons-en ; quel est réellement l'objet de votre visite ?

— Evanturel. — Eh bien ! je venais vous dire, si vous voulez ne pas m'intcriompre, que vous et moi, nous appartenons à l'ancien parti conservateur; que les rouges dont Dorion est le chef, nous voient d'un très mauvais œil ici ; que j'ai vu avec chagrin, l'entrée dans • le cabinet de M. Dorion, qui nétait plus dans la vie publique, et avec plaisir son éloignement ; que j'espérais, vous voir porter vos efforts Vers une réorganisation du cabinet, prise dans l'élément conservateur; qu'il est bien regrettable, que Loranger ait refusé, et plus regrettable encore, que vous ayez été vers Bureau.

— Sicotte. — Qu'avez-vous contre Bureau ?

— Evanturel. — J'ai, que c'est un rouge ; un homme dont un coté du visage rit, tandis que l'auti-c pleure. En h-

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mettent dans le cabinet, vous y placez un espion dcf« rouges ; mais j'espùre que l'accident de St. Eémi va nous en débarrasser.

Comme M. Evanturcl prononçait ces derniôre^ paroles, on frappe à la porte, et le procureur général crie : ouvrez.

— M. Tessier entr'ouvre la porte et dit : — *' As tu bientôt fini, Evanturel ?

— Evanturel. — Qu'est-ce que cela te fait? Je parle d'atfaires importantes.

— Tessier. — Et moi aussi, J'ai à parler d'affaires impoitantes. Je voudrais demander au ])rocureur-général, la permission d'acheter une paire de ciseaux de trenie-sous. une fiole d'encre de trois sous, pour six sous de galon rouge, pour deux sous d'allumettes chimiques, et untmain de papier de trente-six sous, cette dernière est le plus gros item ; mais comme j'en ai absolument besoin, pour écrire les (juestions que j'envoie à Bristow, Brown rt Sheppard, j'espère qu'il ne me refusera pas. ' ••

— Sicotte. — Vous êtes bien extravagant, mon cher Tessier; le lendemain du jour, où je vous donnais le jiortefeuille de ministre des travaux publics, je vous ai vu poser un trottoir neuf devant votre maison. Je vous avais cru jusque-là plus économe. Pour les ciseaux, vous pourrez vous servir de ceux que vous avez reçus du conseil ; l'encre, idem ; le galon rouge, idem ; les allumettes, idem. Quand au papier, si vous tenez a conserver celui c^ue vous a donné M. Taylor, * vi.uj* pourrez recueillir avec soin, les dos des lettres adressée>

au bureau des tiavaux publics, et en faire votre afî'airc.

Voilà, comme je pratique réconomic avec mon salaire.

• Greffier-asKistant et distributeur de la papotorie, au coaseit lôn:iHlatif.

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v^t voilà aussi, comme vous la pratiquez pour îc vôtre ; et il faut faire pour le public, ce que vous faites pour vous.

M. Tcssier fait une profonde révéï-eiice, et promet de suivre strictement les ordres.

— Evanturel. — C'est toujours Tessier, il marchandera ■sur le prix d'une allumette souffrée. Comment va coûter le raccommodage de la chemise du quai de Rimous ki ?

— Sicottc. — Ne nous déchirons pas les uns les autres, nous ne Pavons fait que trop jusqu'ici. En ce momeni d'ailleurs, je suis porté aux réflexions sérieuses. La session arrive, Howland est malade, pour rire ou pour tout de bon, nous n'avons conséquemment pas de ministre des finances, les comptes publics ne sont pas prêts nous avons un déficit de trois millions de piastres, malgré les $5000 d'économies que nous avons faites sur la liste civile, et on plus les $80,000 que nous avons dépensées à Ottawa, et la dépense de la commission financière. Bureau est en grand danger de perdre son élection, et nous sommes menacés d'un interrègne en pleine session. Vous devez comprendre, que si j'ai pris Bureau, c'esi que je n'ai pu faire autrement, et parce que Loranger m'a refusé.

— Evanturel. — Ne pouviez-vous, vous adresser à d'au très ! Moi, j'aimerais même mieux voir Cartier et Cauchon ici, que Dorion et Bureau ; et Dieu sait pourtant, si je les aime beaucoup.

— Sicotte. — On n'arrange pas ces choses avec la main . je sens bien comme vous, que je suis à la merci de^ rouges, et je sais tout autant que vous, qu'ils ne me pardonnnent pas d'avoir appartenu au Cabinet Cartie»-

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McDonald, sourtout lors du double shuffîe, -'^ qui les a éloignés pour quatre ans du pouvoir ; mais que faire ? Cartier et Cauchon sont un peu trop forts pour nie servir d'instruments, et à leurs yeux, je joue un piètre rôle. Je me suis embarqué sur un mauvais navire, et je n»' puis, le Rort en est jeté, l'abandonner quaprôs le naufrage. Mon pauvre Evaiiturel, ne parlons donc plus dv cette affaire.

M. Evanturel sort triste en redisant à demi-voix : cet homme est entêté comme une mule, et il court les yeux ouverts à sa perdition.

Le Pays disait dans un de ses derniers numéros : — "Qu'est-ce que M. Bureau ? Un libéral éprouvé î Oui. dit quelqu'un, un libéral réprouvé à St. Eémi ! "

Un ami m'écrivait hier, au numéro 478J : Mon bien cher, veuillez donc conseiller aux bons habitants du collège de DeLoriraier, pour édider sur les œuvres patriotiques et humanitaires du gouvernement dont M. Bureau fait aujourd'hui ])artie, de promener dans les paroisses de leur collège, le vieux patriote courbé par l'âge et appuyé tristement sur son bâton, sa seule ressource aprôs ses longs services ; l'aveugle Kaymond, demandant, les larmes dans la voix, du pain pour sa femme et pour ses jeunes enfants ; le poitrinaire Charrier, appuyé sur le bras de sa vieille more éperdue, et conjurant les passants, d'une voix éteinte, d'avoir piti»' de leui-s deux infortunes.

•Crise minist<>rielle de 1858, pendant laquelle les nouveaux ministrrN. pour éviter de se présenter devant leurs électeurs pour réélection, «étaient fait nommer un jour à un poste ministériel et le lendemain h un autre. Ils s'appuyaient, pour en açir ainsi, sur un»clause de l'acte de rindéi)endance des membres, qui exemptait de In réélection un ministre abandonnant un portefeuille, pour en accej»un autre, avant l'expiration d'un mois.

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Bites leur encore, de j^lacer en face des vertus antiques du bureau-secrétaire, les cadavres sanglants des xVylward, et de demander au moins, un sursis pour leurs âmes précipitées avant le temps, par la main îneurtrière du pouvoir, dans Tabîme infini de l'éternité.

Je m^arrête ; le cœur me saigne et je me sens pleurer.

}>i. Howland n'est pas encore à Québec, et qui sait s'il j viendra jamais. On explique cela, de bien des manières. Les uns disent qu'il est phthisique; d'autres, dispeptique ; d'autres, qu'il a un abcès au côté droit; d'autres, le charbon au bras ; d'autres, en haut de la cuisse gauche, et que sais-je encore. Mais pour tout cela il ne vient pas.

M. Holton regarde son siège d'un œil de convoitise, et attend avec inquiétude, le i-ésultat de la session. Si le cabinet échappait à la mort, alors M. Ilolton achèterait un siège dans la chambre basse, et se ferait inscrire sur la gazette officielle en ces tei'mes pompeux : " Luther Holton, ministi-e des finances et fabricant de systèmes monétaires," Pour le quart-d'heure, je l'observais du haut de la tribune des ra])porteurs, son rôle consiste à surveiller son ])rotègé, M. Dorion, à lui donner des avis, et A épier les mouvements des membres après les séances. J'ai entendu, à ce sujet, murmurer plusieurs députés.

Dans ma prochaine lettre, je vous parlerai d'ui\ nouveau fait ministériel, qui vous scandalisera beauv;oup ; il n'est j^as encore tout accompli.

Je vous dirai, pour votre gouverne, que le nunis tère est en danger de mort imminente. M. Sicotte perd même sa beauté plastique, et ses traits se détendcnl d'une manière décourageante. Ce qui le rassure un

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I eUy c'est qu'il est adossé à l'honorable François, -'^ M. Tessier est la physionomie même de la défaite.

Un correspondant du Canadien qui signe : Un élève dr l'université- Laval, me fait deux reproches sanglants, celui de cacher mon nom pour insulter, et l'autre, dîme dire faussement élève de l'université. Au premier, je répondrai que je n'injurie pas, et que lui, en insultant sous le voile de l'anonyme, un homme public d'une bien autre valeur que M. Tessier, il m'absout de m'appeler par nion nom Biaise, quand je n'écris que de> faits; au second, que je suis véi-itablement. quoiqu'il en dise, un élève <le l'université-Luval. Je lui conseilUde relire mes lettres, il y trouvera que je n'ai jamais étudié que la loi ! J'ai seulement dit, que le Dr, Laruç était l'un de mes professeurs, parce qu'il est l'un de> professeurs de l'université.

Je puis dire à mon adversaire, comme je l'ai dit a tant d'autres : Vous avez i-aison, je ne suis pas fort, mais il est évident, que j'ai des condisciples qui sonl encore moins forts que moi. Moi, je n'écrirais pas : — ^' Le lait (jénéreux d'une vière\'' ^' pâtés amphigouriques ; " " bouffonnerie naturelle, etc," Ilcureusemeni que ces mauvaises locutions '' n'atteignent pas le noble front de l'un iversi té-Laval," Je suis même porté a croire, que l'université portera encore son front bien haut, quand "mon professeur de procédure" n'y sera plus. Je termine en disant à mon adversaire, comme Chateaubriand: ''Calomniateurs corrompus, ayez îe courage de dire qui vous êtes; un peu de honte ewt bientôt passée. Ajoutez votre nom à vos articles, ce n»» sera qu'un mot méprisable de plus."

A bientôt. M, le Rédacteur,

Blaisk.

• Evanturel.

Monsieur le Rédacteur,

Dites maiiîtenant que je ne suis pas un martyre du devoir et de la vérité ; dites que je ne suis pas traqué, de tous les côtés, comme une bête féroce ; dites qu'on ne nie yjoursuit pas avec acharnement, pour me surprendre et me vouer à la vengeance de mes professeurs. M. Tessier s'était déjà fait donner plusieurs certificats, plus ou moins suspects; mais cette fois, ^la chose devient sérieuse et le dernier certificat, le croiriez-vous, procède de l'enceinte même de l'université. Les pauvres élèves ont pris l'alarme, et pour être bien avec lui, ont été obligés de déclarer: qu'ils n'ont rien à reprocher à M. Tessier comme professeur. Vous comprenez bien que. si, pour les motifs que je vous ai déjà révélés plusieures fois, j'ai gardé jusqu'ici le plus parfait incognito, je n'aurais pas été assez insensé de me découvrir dans un moment aussi périlleux. J'ai donc du faire comme les autres et j)rotester, comme eux, de mon innocence. Xous avons tous signé comme des braves, et vous voyez <[ue notre indignation, à la seule idée que notre professeur pouvait ressentir les taquineries de l'un de ses élèves, est montée jusqu'au ciel pour y crier vengeance contre le médisant. Je vous avoue en toute sincérité, que je ne me croyais pas capable de m'observer aussi '»ien. J'ai pris la plume avec autant de gravité et de solennité, que les hommes illustres qui signèrent en 1775, la déclaration de l'indépendance des Etats-Unis. Un moment le fou-rire m'a pris, et je ne sais ce qui m'a em})èché, à l'instar de Cromwell, signant la mort de de Charles 1er. de barbouiller le visage de mon voisin du reste de mon encre ; mais je me suis mordu les lèvres avec violence, et ma physionomie a li'ardé son inpagsibilité.

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Vous avez vu notre protêt, n'en soyez donc pas sur^ pris, et ne m'en tenez pas non plus rancune, car je vouf; resterai fidèle jusqu'à la fin. Mais voici quelque chos*' de plus grave.

L'Ordre* trouve que je suis lourd, et que je n'ai pan d'esprit. Il ajoute que Montréal est parfaitement indifférent à mon endroit, et que Québec seul, t^'occupe un peu de moi parcequ'à Québec, l'intelligence n'est pas une marchandise qui prédomine. Cependant, jr veux lui rendre justice ; malgré mon peu d'esprit et ma lourdeur, il m'accorde un ]>eu d'habileté. Merci ; je ne me croyais pab aussi riche, car vous lo savez, y vous ai dit jusqu'à vous ennuyer, nue j'étais pauvre de toute chose, excepté de la vérité. à*aquelle je tiens detoutes les forces de mon àmc.

Ce n'est pas tout le monde qui a de l'esprit comm*' M. Fabrej il a fait ses preuves, lui, il va déjà biei! longtemps. Quel est donc, disais-je l'auU'e jnui-, à l'un de mes compagnons d'étude, " ce jeune homme à la taille un peu élancée, au regard douteux, à ia iacr blême et plate, à la lovrc mince et vaniteuse, au front bas mais penché en arrière et content de lui-même, oi à la démarche ])lus prétentieuse encore ?"—" Comment, dit mon ami, est-ce que vous ne co^nai^♦sez pa^ M. Fabre, écrivain si célèbre par remlK>npoiiït de ses phrases, et la maigreur de ses idées." — -Mais au moins il a beaucoup d'esprit, dit-on ! — •" Oui vous allez le voir. Tout ce qui procède de lui, est marqué au coin de la plus parfaite convenance, et toutes ses paroles saupoudrées du sel attique le plus pur. Voyez par exemple }

* Journal publia autrefois à Montréal. M. S. A. Genan<l, maintenant l'un des tra<iuotciir frani;ftip hux communes, en a été lon|r torap« lo principal rédacteur.

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il faisait un discours devant l'Institut Canadien de Montréal. Il avait dans la pensée beaucoup de rémi niscences littéraires, de phrases colorées et brillantes, de faits historiques hermétiquement enbouteillés et parfaitement conservés. Il les jetait à l'auditoire avec profusion, et des applaudissements frénétiques couvraient sa parole convaincue et presque solennelle ; mais, en un moment fatal, sa mémoire lui fit défaut. Il fut donc livré à ses propres ressources, et il prononça ces paroles meurtrières de sa gloire. Les darnes Canadiennes portent mieux leurs crinolines que leur fidélité.

L'enthousiasme cessa, les applaudissements se turent, et l'indignation de l'auditoire, étouffant sa voix, monta bruyante jusqu'au plafond. L'orateur fut frappé comme de vertige, il balbutia quelques mots incohérents, au milieu desquels on entendit ceux-ci, qu'il paraissait se dire à lui même : '* Pourtant j'avais apprin cette phra«^e malheureuse, comme toutes les autres, dans les journaux parisiens." — "Ah! oui, lui cria quelqu'un, mais quand le corbeau, dont parle l'histoire, voulut saluer César sur son passage, il prononça la mauvaise phrase, il avait oublié la bonne. Ah! oui, vous ressemblez au corbeau qui voulait saluer César sur son passage, vous ne vous êtes resouvenu que de la mauvaise phrase."

A la colère succédèrent donc les rires, et l'orateur tlémocratc, s'en alla triste, s'asseoir dans le coin le plutobscure de la salle, se promettant bien d'avoir plus dt» mémoire une autre fois.

— Vous me surprenez véritablement, mon cher, lui i-épondis-jo.

— Mon ami. — C'est dommage qu'il nous faille partir

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