‹ Les Guêpes canadiennesChapitre 1 sur 21 · V.!. Les Histoires de M. Suite.— M. J. c. Taché · texte numérisé non relu

V.!. Les Histoires de M. Suite.— M. J. c. Taché

Minerve, 1883.

VIII. Coup d'oeil rétrospectif sur la politique et les hommes politiques d'il y a quarante ans.

Fantasque, 1844, 1845. tîïïivërsîfjj

OTHECA viensl»

Ernest Gagiion— Ferdinand Hamcl — A. B. Roiithier— Alexandre Chaiiveaii— Eug:^lle Renault— Léger Broiisseau — P. J. 0. Chauveau — Docile Brousseaii, et autres écrivains fameux.

A. B. KOUTHTKK.

C'était un chat vivant comme un dévotermite ;

Un chat faisant la chattemite.

Un t^àint humnie de chat, bien fourré, gros et gras.

Lafostainr.

Cette épigi-aphe s'est fourrée tout naturellement sous ma ])lume, pour caractériser un des grand-prêtres de la nouvelle doctrine religieuse, récemment établie en Canada...

C'était en 1867 ou 1868... peut-être en 1869, je ne garantis pas l'année.

La faculté des Arts de l'université-Ijaval avait ouvert un concours de poésie ; Sitjd : L.e*i Martj-rs du Caïuida.

Trois médailles: l'une d'or, la deuxième d'argent, la ti'oisième de bronze, devaient êti-e la récompense des lauréats.

C'était peu ! mais l'université, voulant encourager le culte des lettres en canada, faisait ce qu'elle pouvait. Aux sacritices héroï([ues qu'elle s'était déjà impo.sés, elle en ajoutait un nouveau.

A. M. Le^ray échut la médaille «l'or, à M. Louis Fiset, la médaille d'argent, à M. A. B. lîouthier, la médaille de bronze.

Et la conséquence de cela?. ..La conséquence fut que 8ur un des numéros subséquenis du Journal de l'Instruction

Publique, il parut un article signé: A. B. llouthier, dans lequel perçait un amer dépit. Cet article fut trouvé d'une inconvenance extrême.

M. Routhier avait l'air de se plaindre d'une injustice. (Quiconque a une idée des règles qui président à ce.n concours, dans tous les pays du monde, sait fort bicii qu'il ne peut y avoir de passe-droits.

Le cœur chargé de sa médaille de bronze, M. Routhier «e prit à bouder l'institution qui venait de le décorer.

Il avait tort ! d'autant jjlus que, l'institution cathu lique qui venait de récompenser son mérite, avait droit à sa réconnaissance éternelle...] C'est un fait peu connu, — mais qui mérite de l'être— que le séminaire de Québec a traité M. Routhier en enfant gâté. C'est le séminaire de (Québec qui a paj'é, en tout ou en partie, les frais de j)ension et d'éducation universitaire de ce nouvel ajjôtre. ]\I. Routhier a cru reconnaître ces bons services en lui déclarant cette guerre à coups d'épingle que tout le mond» connaît.— et d'une.

Dans l'automne de 18t)8 ou \'è%^ — ^^je ne garantis pus l'année — un article parut au rez-de-chaussée du Courrier du Canada, signé: A. B. Routhier.

C'était la première fois que je voyais la signature de M. Routhier sur un journal.

L'article était assez insignifiant en lui-même ; cela ne surprendra personne; mais une chose très-originale et que je n'avais encore jamais vue suj* aucune gazette, fi-appa mon attention : audessus de la signature se détachaient les quatre majuscules : A. M. D. G. {Ad Majorem Dti. gloriam !)

— Diable ! me disje à moi-même, voilà un saint homme de chat !

PROFILS ET GRIMACKS. 9

(Quinze joui'ri OU trois t^emaines plus tard, les journaux aniionçaieDl que M. A. B. Ronthier, posait sa can(fUature en opposition à celle de M. Pelletier, dans le comté do Kamouraska.

Le mystère s'expliquait.

Ces quatres majuscules pouvaient lui ouvrir la ]jorte de quelques presbytères, et lui valoir l'enregistrement de plusieurs votes en sa faveur, — et de deux !

M. Eouthier fut battu. A partir de cette époque, il a publié sur les joui-naux une foule d'article^ politiques, religieux, théologiques, &c.

En 1871, il a réuni en un volume la tir.e Heur do ces imitations et a mis sur le couvert : Causeries du Dimanche.

Dans sa préface, M. Eouthier nous donne les raisons qui l'ont déterminé à faiie choix de ce titre ; c'est à recueillir.

" En France, dit il, le lundi est le Joui- consacré aux plaisirs et à la débauche, et le dimanche au travail. M. de Sainte-Beuve a été le type du (undiste : et quand le lundi n'a pas suffi à ses joies, il n'a |ias craint d'y consacrer le vendredi. .-

" Dans notre pa^'s, où. la foi catholique est encore vicace. le dimanche appartient nu Seiijneur, et les loisirs que ce jour m'a laissé^, je les ai consacrés à la défense de la vérité."

Laurent...!

Il y a dans ce passage deux choses ;\ nolei* : lo. Le rapprochement que M. Routhier établit de lui-même avec M. de Sainte-Beuve, et qui ne man(iue pa.s do piquant: 2o. La ditterence (jue M. Routhier établit entre Sainte-Beuve et lui. — "Si M. dé Sainte-Beuve est lundiste, dit M. Routhier, c'est parceque le lundi est consacré aux plaisirs et à la débauche. ..Si je suis

ih7mniriste...c'(ii^t pai-ceqne le dimanche ajjpavtient au Seigneur ! "

A part ce menu détail, Routhiei" et Sainte-Beuve sont deux écrivains de même taille ex œquo ! c'est clair.

Arrivons aux causeries du dimanche. L'auteur nous dit, dans son introduction, que ses causeries s'adressent il ceux qui sont infestés des erreurs suivantes, à savoir: le libéralisme, le gallicanisme, le césarisme, le joséphisme, le téparatisme, &c., ou autrement ! (causeries du dimanche, p. IX,)

L'autrement est superbe.

En effet, ce n'est pas tout que de poser en bretteur, en ferrailleur ; il faut au moins, trouver xm enneiiii sur lequel les coups puissent tomber.

• Cet ennemi n'existait pas... il fallait l'inventer.

On a commencé par le libéralisme, ça n'a pas pris.

On s'est rabattu sur le gallicanisme, ça n'a pas prin non plus ; aux deux, l'abbé Paquet et le grand-vicaire Kaymond ont donné le coup de grâce.

Tl reste encore le Césarisme, le Joséphisme et le Séparatisme ! ! Où diable vont-ils les trouver ? C'est le secret de M. Eouthier.

S'il faisait faux bond, qu'il Ji'oublie pas l'autrement I —

11 y a là une riche mine à exploiter.

Le mérite du livre de M. Eouthier peut .se résumer en quatre mots de Louis Veuillot : un tomberf-au de lieuxcnmmuns ! W suffit de lire la table pour s'en convaincre.

"A pï-opos du concile du Vatican, des Vicaires " ap(jstoliques et de Saint Jean- Baptiste. — Le rire des " hommes. — Le l'ire de Dieu. — La France et l'Eglise.— " Le prisonnier de Wilhelmshoe. — Le prisonnier du " Vatican, &c."

PRr)VILS ET GRIMACES. 11

Que diable voulez-vous qu'un Eoutliier invente de nouveau sur tous ces grands sujets qu'ont épuisés tant de grands maîti-es ?

Aussi, il faut voir quel fricot il nous fricasse : ce sont " des écueils, des abîmes, le domaine de la vérité, le gesta JDei per Francos, le trône et l'autel, la mei- des passions humaines, le travail des siècles, des flots géants, des râles agonisants, des mers de sang, puis de la providence, de la providence, de la providence..."

C'est le plus beau dictionnaire de lieux-communs qui existe.

Une fois, pourtant, M. Eouthier a cru pondre une idée nouvelle, une pensée originale. Quels transpoi-ts ! quelle jubilation ! — Il faut l'entendre.

Il s'agit de l'émigration des Canadiens-Français aux Etats-Unis.

" ...tout pessimiste qu'on pourrait me croire, dit notre auteur, j'aime à trouver dans les choses qui aflligent, un bon côté qui console, et- je crois entrevoir dans l'émigration un résultat consolant. ..sons vouloir poser en prophète, je veux communiquer à mes lecteurs ce que j'appelle mes espérances... Pcrsoyi^ifs que je sache, n'a encore aboo-dé CETTE face nocvelle i>e la question.

" Tout, dans l'histoire de notre origine, démontre que nous avons une mission à remplir dans ce continent que la Foi catholique a découvert. Fili de la France et de l'Eglise, il me semble que nous sommes destinés à prendre en Aynérique la place que la France n occupée en Europe. Ceux qui n'ambitionnent que le progrès matériel, les adorateurs du Veau d'Or, se moqueront de cette prétention...

"i« rôle du missionnaire est d'évangéUser et de civiliser . et c'est la mission en Amérique du Canadiai- Français, dont les

12 l'ROFfLS RT GRIMACES.

pères ont quitté la France dans ce double but. Nous sommes donc un jjeujde missionnaire..."

Tel est ]c ci'i de jnliilation de l'auteur des causeries du dimanche, à proj)OK de son idée neuve, de sa prophétie, comme il rnjjyjcUe. Ecoutons le cri d'angoisse.

Or, je vous le dis, en vérité, M. Uouthier, cette idée neuve que vous croyez inventer, vous l'empinintez^à un auteur qne vous et les vôtres venez de vilipendei": Fabbé (.'asgrain. En voici la preuve.

Vos causeries ont vu le Joui- en 1871 ; et la piemière édition de l'histoire de JJariede rincarn'itionn été publiée en 18()4. Voici en quels termes s'exprime l'abbé Casfii-ain à la page soixante et huit de son introduction.

"Après avoir médité l'histoire du peuple canadien, il eM. impossible de méconnaître les grandes vues providentielles qui ont présidé à sa formation ; il est impossible de ne pas entrevoir que s'il ne trahit pas sa vocation, de gi-andes destinées lui sont réservées dans cette partie du monde.

"La mission de la France américaine est ta même, source continent que celle de la France européenne sur T autre hémisphère. Pionnière de la vérité comme elle, longtemps elle a été l'unique apôtre de la vraie foi dans presque toute l'Amérique du Nord.

"Depuis son origine, elle n'a cessé de poursuivi-e fidèlement cette mission ; et aujourd'hui elle envoie ses 7nlssimn aires et ses évéquet jusqu'aux extrémités de ce continent. C'est de son sein, nous n'en doutons pas, que doivent sortir les conquérants pacifiques qui ramèneront sous le joug du catholicisme les peuples égarés du nouveau monde.

" Messagère de l'Evangile, elle portera au loin la bonne nouvelle... et promènera le drapeau de Jésus-Christ de l'un à l'autre océan.

PROFILS ET GRUMAOES. 13

Est-ce assez clair ?

Une simple remarque en passant. Quelle énorme distance n'y a-t-il pas, dans ces quelques lignes, entre la prose de M. Routhier et celle de l'abbé Casgrain !

Une anecdote pour terminer ce profil, car ceci n'est qu'un profil.

M. Eouthier est homme politique; et èz-qnalités, il :i déjà brigué les t^uftVages des électeurs de Kninouraska, à deux ou trois reprises dittérentes.

On pourrait croire que, dans ces pieuses croisadt-s, il s'est reposé dévotement sur la sainte providence pour lo succès de sa cause; erreur, il a cru que l'inHuence du presbytère pouvait lui être utile.

Conséquemment, dans la campagne électorale de 1868, au prône de la grand'messe, à laquelle assistait M. Eouthier, le digne curé de Saint P., crut devoir faire une causerie du dimanche à sa façon.

Il donna quelques paternels avis à ses* paroissiens : leur recommandant de garder la paix, et de faire leur choix en conscience, vu que les candidats étaient également acceptables.

M. Eouthier sortit de l'église, furieux; il courut au pi-esbytère et fit au curé d'amers reproches.

Comment, répliqua le curé — n'ai-je pas ilit vrai ?

Oui, répondit M. Eouthier — mais il ne fallait pas le dire. ..cela me fait dommage ; il fallait dire que l'autre est un rouge.

Le curé indigné le mit à la porte.

Laurent.

14 PROKILH ET GRIMACES.

FEKDINANJ) HAMEL.

Soyons débonnaire... 1 Inédit.

Le plus tin théologien de France et Navari-e qui soit

dans la côte de la Basse- Ville, c'est sans conteste

M. Ferdinand Haniel.

Les services signalés qu'il a rendus à la cause de l'Eglise ne se comptent plus; et l'on se demitide, sérieusement, ce qui serait advenu du dogme de l'infaillibilité, si Ferdinand eût mis le poids de son influence dans le plateau oppo.^é.

Pendant toute la durée du Concile, il y eut un branlebas général dans son magasin ; les commis y perdirent jusqu'à leurs noms. François ne répondait plus qu'au nom lie Dupanloup ; Jacques était (rra^ry;^ Michel, Dœllinger ; :iutant d'ennemis que le maître aimait à se tigurer, atiîi d'avoir la joie de démolii", par ses savantes dissertations, leurs funestes erreurs.

IjCs cotonnades, les soiries, les velours, les indiennes ne furent pas plus épargnés : chaque objet, de gros 0:1 de détail, reçut une étiquette appropriée. On lisait sur les ballots : coton jaune iV AntoneUi ; indienne Ultramontaine ; fniame (rai licane ; chapeaux de castor du Vatican; couches à la Veuillot, &c.

Au premier étage, le Joséphistne débitait ses principes en gros ; et, au rez-de-chaussée, Ferdinand, armé des ciseaux du séparatisme, les distri battit en détails aux fidèles.

Répandus dans nos campagnes, ces objets béatilîés ne manquèrent pas d'y faire fructifier la graine des bonnes (lO'^trines, tout en répandant sur les âmes une rosée de bénédictions.

PROFILS ET ORTMACEf*. 15

En politique, M. Hamel est franc-conservateur. Il u d'autant plus de méi'ite, en cela, qu'il a glissé, autrefois, dans les abîmes du libéralisme. Mais il avait alors un»* excellente raison de risquer le salut de son âme : le parti libéral était au pouvoir...!

Comme écrivain, M. Hamel donne peu de prise à la critique : ses œuvres sont parfaites.

Son Journal et son Graml Livre «ont des modèles <iii genre et rédigés dans un st3-le qui a de la mesure. Jamais nos ministres n'ont pu le prendi-e en défiant, et lui reprocher de ne leur avoir pas fait j)ayer, jusqu'au dernier liard, une aune de tapis qu'il leur avait vendue...!

Laurent.

P. S. Jean Piquefort, du Courrier du Canada, a>ant annoncé à ses lecteurs qu'il interrompt ses Portraits et Pastels, je crois devoir être débonnaire, et avertir les miens que je n'ai plus de raison de continuer. Quand Piquefort reprendra sa deuxième série, Laurent mo riserve le droit d'y mêler son grain de sel.

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