LA MONTAGNE EN TEAVAIL MIT BU MOINS AU MONDE UNE SOURIS
Nos ministres n'enfantent rien du tout.
Figurons-nous, que nous sommes en la salle du conseil exécutif. A la tête de la table, nous voj^ons le vénérable président ; il passe la plus grande partie de son temps à otfrir sa tabatière à ceux de ses collègues qui sont assis près de lui ; ces prises fréquentes ont pour objet, de faire priser les services du distributeur de tabac. Près de lui est M. Daly, qui se ronge les ongles et M. Morris qui taille des plumes. M. Papineau est debout près de la cheminée ; il a relevé les deux pans de son surtout pour se chauffer plus commodément; il regarde avec un œil d'envie et de regret, une pipe qu'un valet a oubliée sur le foyer. M. Smith se caresse le menton, fait un haut-le*corps et admire son ombre
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contre le mm-. M. Draper feuillette d'un air soucieux le journal du conseil. M. Eobin.son trace force chiffres dans un carnet, comme s'il essaj^ait d'arranger des comptes. Enfin M. le greffier attend, la plume sur l'oreille, qu'on lui donne quelque ouvrage. C'est le vénérable président qui prend la parole.
Le Président.— Kh bien, messieurs et chers collègues, c'est au moment où nos ennemis, où le pays tout entier» font entendre contre chacun de nous raille brûlantes clameurs, qu'il faut montrer notre patriotisme et répondre à nos détracteurs par de bonnes actions. Voyons, hâtons-nous, que nos délibérations soient courtes et que nos travaux soient longs, comme disait son éminence le cardinal de Richelieu ; vengeons-nous par un grand nombre de bonnes lois et faisons taire les calomniateurs. C'est ainsi qu'en agirent Henri quatre et son respectable ministre Sully, comme j'aurai l'honneur de vous le raconter, si vous voulez seulement me prêter quelques minutes d'attention ; il me suffira pour cela, de retracer l'histoire des difficultés que dût éprouver le digne monarque, à la suite de la crise qui ])récéda son avènement. Je ferai briller à vos yeux.,.
M, Robinson. — (comptant tout haut) Quatre et quatre font huit, et cinq font dix-sept. Qui de dix-sept ôte dix-neuf ne peut, emprunte un qui vaut dix ; dix et dix-sept font vingt-sept ; qui de vingt-cinq ôte dix-neuf reste huit; je pose zéro et je retiens le reste. Eh! qui diable ose dire que mes comptes ne sont pas clairs ' Aussi clairs que do l'eau de roche. Gredins de radicaux 1 quel tourment ils m'ont donné avec leurs calomnies. Si seulement mes collègues travaillaient comme moi, tout irait bien ; mais ils passent leur temps H patauger dans des lois auxquelles on ne comprend goutte, tandis que moi, je procède le chiffre à la main ;
Je ne vois plus que des chiffres, j'y rêve toutes les nuits. Au moins on ne me fera point de reproches.
M. Draper. — Voyons messieurs, procédons par ordre ; oii en sont vos mesures, monsieur le procureur-général du Bas-Canada ?
M. Smith. — Eh ! de quelles mesures voulez-vous parler ?
M, Draper. — Parbleu, des mesures importantes que vous devez proposer, car vous devez surtout en présenter pour le Bas-Canada où nous n'avons pas de partisans ; dans le Haut- Canada nous sommes assez bien, car nos gens en travaillant pour eux-mêmes, font notre ouvrage ; mais, avec vous il n'en est pas de même.
M. Smith. — .Te proposerai mes lois à la prochaine session.
Tous les autres ministres. — Quoi ! pas durant celle ci ?
M. Smith. — Ah ça ! me prenez vous pour un automate à faire des lois ? Vraiment, je vous trouve singuliers de me talonner ainsi ; croyez-vous qu'il n'y a pas assez des Baldwin, Aylwin et des Lafontaine qui sont sans cesse sur mon pauvre dos. L'un, me fait des questions par des motions impertinentes, l'autre, me montre au doigt, l'autre, me fait le poing. Vraiment si cela continue, j'en deviendrai bête. Je suis le cheval de travail de l'administration ; c'est sur moi que retombent tous les coups ; les petits enfants courent après moi dans la rue; à la chambre, les jeunes membres me regardent en souriant et à peine suis-je dans la salle du conseil, où je crois me reposer, que mes collègues me tourmentent à leur tour, comme si je devais à moi tout seul, porter tout le fardeau du pouvoir ; et pourtant, sans me vanter, hem ! où aurait-on trouvé un procureurgénéral si je n'étais venu au secours de l'administration ?
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M. Dal}'. — Il ne s'agit point do nous quereller, mais de travailler. Toutes les lois peuvent bien se remettre ù une autre fois ; il n'y a que les avocats qui s'occupent décela; mais la liste civile, messieurs, la liste civile; voilà la question. To be or not to be, comme dit Lord Byron
M. Draper. — Shakespeare dans Hamlet, vous voulez dire.
M. Daly. — Byron, Hamlet ou Shakespeare, n'importe; de l'argent, voilà le point.
M. Robinson. Tout cela est ai-rangé. Mon plan est fait et rédigé ; je vous le soumettrai dans quelques jours. Je paie tous les officiers publics, les pensions et je renvoie en masse toutes les demandes d'argent. Il n'y a point d'argent dans le coitre ; bonne raison j'espère.
M. Draper. — Comment ! vous ne voulez rien accorder aux amis de ilcNab, par exemple, nous sommes perdus.
M. Robinson. — Il^u'yapoint d'argent dans le coffre.
M. Morris. — Et la demande de mon cousin qui a fait élii'e quatre de nos partisans ?
M. Eobinson. — Si on lui donne à lui, il faudra donner aux autres. Il n'y a point d'argent dans le cotîre.
M. Viger — J'approuve hautement la ferme résolution de mon collègue l'inspecteur-général ; l'économie est la première vertu du tidèle financier. Dites-moi, avezvous songé à l'augmentation de lo^-er que j'ai demandée ])our mes maisons; vous savez que la translation du siège du gouvernement a donné une grande valeur aux propriétés ; or, comme j'ai abandonné les cent louis que j'aurais autrement reçus comme membre du conseil, il serait injuste de me faire éprouver d'autres pertes ; d'ailleurs, une bagatelle de quelques trois ou quatre cents louis seiait peu de chose pour la caisse publique.
M. Robinson. — Je ne parle point de cela dans mon projet ; mais nous prendrons cette petite somme sur les contingents des travaux publics.
M. Viger. — Avez-vous songé aux demandes que j'ai faites pour mes électeurs de Mégantic. Il est de la plus haute importance pour le gouvernement que je tienne mes promesses.
M. Robinson. — Eh! je n'en vois point la nécessité; il ne faut pas habituer le pays à trop croire aux paroles des ministres ; cela deviendrait un abus. Nous ne pourrions plus ouvrir la bouche sans nous compromettre.
M. Daly. — Oui, oui, tout cela est .»el et bon ; mais il faut absolument que mes électeurs aient l'argent pour leurs chemins, leurs ponts ; sans quoi, je donne ma démission et le gouvernement s'arrangera comme il pourra.
M. Smith. — Quoi ! vous resign^iez ! embrassez-moi mou cher
M. Daly.- -C'est-à-dire, je ne dis point ça ; je ne voudrais point pour une bagatelle comme celle-là, mettre le pays dans une nouvelle crise ; mais il me faut absolument cet argent-là ; il y va de mon honneur...
M. Smith. — Qu'importe.
M. Daly. — Mais il y va de mon élection.
M. Smith. — Ah ! c'est une autre affaire. Eh bien ! nous dirons à notre président des travaux publics, qu'il faut qu'il nous trouve quelques milliers de louis pour vous. Savez- vous que c'est une magnifique chose que le bureau des travaux publics. Parlez- moi de Lord Sydenham pour les idées lumineuses. (11 s'adresse à Mr. Papineau.) Et vous, mon cher monsieur Papineau, achevez-vous votre bill d'éducation ?
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M. Papineau. — Oui, oui, j'ai fini, et je vous assure que ce n'est point sans fatigue! Ce bill de M. Morin était long en diable à copier. Et vous, vos projets de lois, avancent-ils ?
M. Smith.— Quelles lois?
M. Papineau. — Eh ! les lois que nous avons promises au commencement de la session.
M. Smith. — Mais je ne sais ce que vous voulez dire. Je n'ai pas le temps de faii-e des lois, moi ; nous en avons bien assez, allez. Je crois qu'il faudrait s'occuper d'en rappeler une partie ; j'y penserai pour la session prochaine. Pour le moment, il faut que je m'occupe de satisfaire mes bons amis les braves citoyens de Mis'^isquoi. Que pourrais je faire pour eux? (Il se gratte la tête.)
M. Daly. — Qu'avez-vous donc qui vous inquiète, mon cher procureur général ?
M. Smith. — Je cherche un chemin de bois ou de fer pour vos électeurs; car enfin, il leur faut bien quelque chose.
M. Daly. — Eh bien ! le bureau des travaux publics, mon cher, le bui'eau des travaux publics, quelques milliers de plus ou de moins cela ne paraît pas sur un million et demi. D'ailleurs ces gens du Haut-Canada ne doivent pas tout dévorer; il faut qu'ils nous laissent quelque chose.
M. Smith. — Ils dévorent bien ; mais avouez aussi, qu'ils votent bien. Où en serions-nous, je vous le demande, si ces gens-ià n'avaient pas pour principes de ne jamais s'attacher aux pi-incipes ?
Un domestique annonce son Excellence le Gouvej"neur-Gént^ral. Tous les Conseillers se lèvent et un instant après, arrive Sir Charles Metcalfe, qui va prendre la place qu'occupait M. Viger.
M.Viger. — Votre excellence ne veri-a pas sans plaisir, que nous avons discuté les hauts intérêts de la nation avant son arrivée, afin d'être prépai'és à voter immédiatement, en présence de votre excellence, les mesures importantes que nous lui conseillerons d'adopter, lorsqu'elle aura bien voulu nous permettre de les lui offiir ; car, c'est ainsi que nous concevons la théorie et la pratique du gouvernement constitutionnel et que nous les mettons d'accord avec les vues de votre excellence, parceque, selon, moi, la cordiale entente entre toutes les parties intégrantes du pouvoir, est l'essence du succès et quoique Montesquieu ne soit pas d'accord là-dessus avec moi, je ne maintiens pas moins que...
M. Draper. — Il serait plus court de lire simplement le résumé de ce que nous avons arrêté provisoirement.
Son excellence fait un signe de tête aflSrmatif.
M. le GreflHer lisant : — Il a été décidé à l'unanimité par les fidèles et dévoués conseillers de votre excellence, après mûres délibérations et considérations, qu'il ne serait rien proposé d'important de la part de l'administration durant la session actuelle, vu l'opposition factieuse que les ennemis du gouvernement de votre excellence, font à tout ce qui provient de quelqu'un de ses membres. Il a été de plus arrêté, que l'on aiigm.enterait le loyer des maisons appai-tenant à l'honorable Denis Benjamin Viger et occupées pour le service de sa Majesté. Son excellence fait un signe de tête afiSrmatif.
Le Greffier continuant: — Il sera recommandé au bureau des travaux publics, de dépenser une somme de quinze mille louis d'après les plans, devis, et recommandations de Sir Allan N. McNab.
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pas réussi, il est juste que je sois remboursé de cette bagatelle. J'ai tant jjerdu ])ar la translation du gouvernement à Montréal : je paie le foin pour mon cheval beaucoup plus cher, le pi-ix des légumes, du bois, des domestiques a tant augmenté que je m'aperçois cruellement de la ditt^rence ! (Il soupii-e.)
M.Smith. — -Mais il me semble que l'immense circulation de V Aurore devrait couvrir...
M. Viger. — Oui, oui ! cela devrait être, mais cela n'est pas ; l'erreur, les préjugés, l'ignorance, que sais-je, l'intrigue.. .entin c'était à prendre ou à laisser, pas d'argent, pas d'Aurore. (Il soupire.)
M. Morris. — Oui, oui, j'ai inspecté ces comptes de le Horreur des Canadas, et ils sont corrects selon moi, à l'exception d'un seul item ; c'est le montant porté comme payé par M. Barthe au docteur qui l'a soigné, à la suite du duel qu'il a manqué d'avoir avec le propriétaire de la Minerve. (!es soins sont comptés comme s'il y avait eu quelque opération chirurgicale, tandis qu'il est notoire, que ce monsieur n'était point blessé.
M. Viger. — Je vous demande pardon mon honorable collègue; en voulant se précipiter derrière la porte de sa chambre, mon jeune ami s'était cruellement blessé ; il saigna du nez pendant plus d'une heure et le docteur fut obligé de lui mettre une clef froide sur la nuque pour arrêtei' l'hémorragie ; cela constitue des soins chirurgicaux et non point médicaux.
M. Morris. — Médicaux!
M. Viger. — Chirurgicaux !
M. Robinson. — Médicaux !
M. Smith. — (chirurgicaux !
M. Draper. — Médicaux !
M. Daly. — Chirurgicaux ! J'en ap])elle à M. Papineau.
M. Papineau. (Qui parcourait attentivement une liasse de journaux, se lève en sursaut à cette appellation) Si j'ai bien compris l'objet de la discussion, quelques uns de mes collègues s'opposent a l'introduction immédiate de ma loi sur les conseils municipaux, qu'ils voudraient diviser en districts collectifs ruraux au lieu de paroissiaux. (M. Daly parle dans son carnet acoustique) Ab ! ab ! ab ! j'y suis, ob ! cbirurgicaux sans aucun doute !
M. Viger. — J'en appelle à la décision du conseil.
.Son excellence demande l'opinion des membres et (M. Viger ne votant pas) les voix se trouvent également divisées. Alors, son excellence donne sa voix en faveur de M. Viger et son compte est adopté sans modification. On dispose après cela, de plusieurs votes d'argent en faveur de quelques personnes qui m'ont donné, là-dessus, une prime pour que je n'en dise rien. Puis, une discussion assez cbaude s'engage sur une proposition de M. Daly, qui veut accorder une récompense de sept mille louis, à diviser entre ceux qui contribueront à faire sortir l'honorable T. C. Aylwin du parlement. Les uns -veulent qu'on l'expulse par un vote de la majorité de la cbambre ; mais pour y réussir, il faut que quelqu'un se cbarge de taquiner assez vivement ce membre, qui n'est pas commode à manœuvrer, pour le faire se compromettre au point de justifier cette mesure. C'est à qui n'entreprendra pas cette tâche. M. Smith assure qu'on :ie peut réussir qu'avec l'aide de l'oi-ateur. M. Draper pense qu'une fois qu'il aura un siège dans la chambre, il pourra gagner à lui tout seul, le prix offert. M. Smith dit qu'il n'en croit rien ; que si les talents, les connaissances, la fermeté pouvaient déconcerter ce jeune ancien ministre, il y aurait réussi. M. Daly lève les épaules en signe de pitié. M. Viger
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penï^e qu'avec la presse on peut tout opéior et il assure, que si l'on veut diviser la somme en question, entre V Aurore et le Canadien on pourra déjjopulariser M. x\ylwin au point d'obtenir sa résignation.
Mais dit M. Draper, je ne crois pas que ces deux feuilles veuillent louanger l'honorable membre pour Québec (qui a été élu contre leur gré), au point de le faire haïr par ses amis et partisans.
— Eh ! réplique M. Viger, vous ne me comjn-enez pas ; je ne veux point le louanger, mais l'abattre, par lu force de la publicité et du raisonnement ; quand je devrais prendre moi-même la yjlume, je le ferai fuir dans la vie privée ! !
M. Draper secoue la tète en signe de doute et ajoute : il était plus facile de vous faire entrer au parlement que d'en faire sortir M. Aj' hvin et pourtant, vous n'avez, point réussi.
M. Viger. — Oh ! u\on cher monsieui-, les choses sont bien changées. Je n'ai pas eu l'appui du Can-uHen avant les élections, parceque les apparences étaient contre nous ; mais depuis que nous avons la majorité, c'est une autre afîaire ; le Canadieti est avec nous ; c'est moi qui vous le dis, avec nous, corps et âme. Il s'est vendu à crédit ; c'est à nous de voir à le payer maintenant ; les annonces ne suffisent point; il faut quelque chose de mieux. Jadis, je croyais au pati"iotisme, à la reconnaissance, enfin à l'excellence de la nature humaine ; mais depuis la conduite du pays à mon égard, j'ai ouvert les 3'eux et j'ai découvert que si on fermait les églises, qu'on ouvrit les prisons, qu'on congi^diât les magistrats, les soldats et les hommes de police, la nature humaine ne vaudrait pas, certainement, la nature des tigres et des lions.
M. Daly. — D'après le profond raisonnement de iiotie honorable président, je crois que le })lus court moyen, serait de nous défaire de notre ennemi, par le moyen de notre excellent ami le représentant canadien de Montréal. C'est un sabreur au ]>islolet, allez. Je lui en parlerai et p'ur l'y engager, je lui promettrai, s'il réussit, l'argent d'abord, car le solide passe avant tout, puis des parchemins de chevalier, pour satisfaire sa nature humaine.
Tout le monde applaudit. Son excellence signe divers papier», sans les regarder et la^éance est levée.
PKOliOlTÂTlON DU PAELEMENT.
-Son excellence le gouverneur-général a prorogé le parlement provincial samedi dernier, par un discours vraiment d'honnête homme, (paroles d'Aurore !) Nous ne i-eproduirons pas cette drôle de harangue, notre journal est troj) grave pour cela; nous la laissons à ces farceurs de journaux sérieux. Nous allons seulement rapporter à nos lecteurs, le discours que tit Lord Metcalfe à ses ministres, immédiatement après être revenu du parlement.
Son excellence est arrivée la première dans la chambre du conseil exécutif; les ministres arrivent tout suant ; ils ont couru presque tout le long du chemin, pour tâcher de suivre les équipages du gouverneur, mais en vain, les chevaux du carosse vice-royal, ont meilleur jarret que ceux qui sont attelés au char de l'état. Par
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exemple, ces derniers coûtent beaucoup plus cher, co qui compense les choses, à la façon de lu balance du trésor entre le Haut et le Bas-Canada.
Son Excellence. — Arrivez, arrivez, messieurs, que je vous dise, au moins, ma façon de penser après l'avoir cachée à ces représentants que la peste étouffe, eux et le gouvernement responsable! Ah ça, qu'est-ce que cette mauvaise plaisanterie qu'est venu me faire Sir Allan N. McXab ? Il avait l'air de vouloir me mystifier avec son sermon moitié constitutionnel et financier ; il avait l'air de nous faire une charité, en nous accordant les subsides qui sont votés par le parlement impérial, entendez bien, pai' le parlement impérial et non point, par cette mesquine corporation que vous avez l'arrogance d'appeler un parlement provincial, conduit, paiun bureau que vous avez l'audace d'appeler un ministère, un cabinet !
L'hon. Dominique (à part). — Ah mon Dieu ! la vieille histoire qui revient ! Le voilà justement comme .'ivant la crise. Sur quelle herbe a-t-il marché aujourd'hui ? Faudra-t-il résigner encore une fois?... je veux dire, voir résigner encore mes collègues. Ce n'est pas moi qui donne ma démission il est vrai, mais c'est tout comme.
L'Hon. Smith (à part).— Milord a l'air fâché. Qu'il ne me fâche pas, par exemple, car je donne ma démission dès l'année prochaine.
L'Hon. Draper (à part). — Hélas ! faut-il recommencer à batailler ici après avoir bataillé l;l-bas. S'il nous reçoit de cette façon-là, je résigne et je passe dauH l'opposition.
M. Higginson (qui a entendu M. Draper). — Calmezvous, ce ne sera rien ; son excellence est fort inquiétée
uujoiird'hui par son cancer, compli(|ué d'une attaque de •roùtte.
L'Hou. Vii;ei' (à part). — Ciel ! l'ingratitude ne glisserait-elle aussi dans le cœur des grands ? je croyais qu'elle n'atteignait que les peuples.
L'H.011. Papineau (à part). — Il parait qne son excellence n'est pas de bien joyeuse humeur aujourd'hui, mais case passera; et puis, si ça ne se passe pas après tout, cela ne fait pas grand'chose ; il n'y a pas ici de rapporteurs pour les journaux, les aftVonts cachés sont à moitié pardonnes.
Son Excellence. — Ah ça! (|ue marniottez-vous donc tout bas. tous ensemble ?
L'Hon. J)ominique (s'avançant d'un air timide). — Milord, les paroles de Sir Allan...'
- Son Excellence. — Ketirez-vous ! comment osez-vous paraître devant mes yeux après votre duel... ?
L'Hon. Dominique. — Je sais miloi'd, que jai commis une faute, mais enfin dans la position où j'étais, que me fallait- il faire ?...
Son Excellence. — Tuer votre adversaire.
L'Hon. Dominique. — Mais milord...
Son Excellence. — Ou vous faire tuei", cela eut peutêtre mieux valu encore.
L'Hon. Dominique (à part). — Ah mon Dieu ! je suis mort. Morfondez-vous donc, allez donc sur le champ de bataille pour ces gouverneurs... c'est égal il ne me fera pas résigner ; on verra qui de nous deux, aura le dernier mot.
L'Hon. Drapei'. — Milord, le discours de Sir AUan N. McNab qui paraît avoir tant déplu à votre excellence, lui a été dicté par nous mêmes. Vous savez que nous avons une si mauvaise i-éputation en fait de gouvernement i-esponsable, qu'il fallait bien, en terminant la
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session, jeter un peu de poudre aux yeux des électeurs, surtout à ceux des localités qui n'ont pas reçu d'argent.
Son Excellence (s'apaisant). — Ah ! c'est une autre affaire ; vous auriez dû me prévenir de ce tour-là qui en eftet, n'est peut-être pas mauvais. Pourtant, si vous m'aviez consulté, je vous aurais peut-être empêché de faire cela, car il ne faut point trop parler de gouvernement responsable, ni faire de promesses pareilles, car le peuple finit par prendre cela au sérieux et l'on a mille peines ensuite, à lui faire entendre le badinage. (Son excellence rit.)
Tous les ministres rient du bout des lèvres : eh ! eh ! eh ! eh ! eh ! eh.
Son excellence tire un papier de sa poche et se met en devoir de le lire à haute voix ; derrière elle se tient M. Higginson, qui lui souffle les mots que milord ne peut déchiffrer.
" Honorables Messieurs,
" Enfin la session, une session laborieuse, est terminée ; les subsides sont votés, tout l'argent que vous avez demandé a été accordé. Eemerciez-moi messieurs, car sans moi, sans la part active que j'ai prise dans les affaires du pays, en dehors de mon cabinet, sans les généreuses charités que j'ai pi-odiguées, sans les précautions que j'ai prises avant, pendant et après les élections, où en seriez-vous messieurs, avec une opposition forte, unie, habile, vertueuse comme celle que le pays a envoyée dans le parlement, où en seriez-vous, je vous le demande, où en seriez-vous? (un verre d'eau, s'il vous plait ! ) Tous les ministres se précipitent vers la porte et crient au messager : — un verre d'eau, un verre d'eau pour milord ! Le messager arrive le chapeau sur la tète. M. Smith renverse le chapeau du revers de la
main, tandis que M. Dominique s'empare au plateau e1 (lu verre d'eau, qu'il va présenter à son excellence. Milord boit, puis continue : — " Mais, messieurs, tout n'ost pas accompli encore. 11 nous reste beaucoup à faire pour l'un prochain. D'ici à l'automne, il nous faut faire des ettbi'ts incessants pour augmenter notre majorité, car ti'availler comme nous sommes, est, vous le savez, impossible. A l'œuvi-e donc mes amis, an négligez rien ; que l'argent que vous vous êtes voté serve à plusieurs tins ; que dans chaque ville on soudoie les plus anciens journaux, qu'on s'y crée des influences par tous les moyens; il ne manque nulle part de mécontents et de traîtres ; commencez par diviser les j rangs libéraux ; ébranlez les masses; jetez la discorde 1 entre les représentants, parlez à la jalousie des uns, à j la cupidité des autres, promettez tout ce que vous | voudrez à tout le monde ; il y va de mon honneur et de 1 votre existence comme ministres. Adieu, messieurs, je \ vous reverrai bientôt et nous pourrons nous consulter | sur le meilleur moj'en d'atteindre à nos vues. " Cons- < tance, finesse, et pas de scrupules; telle a toujours été ) ma devise dans les positions difficiles où je me suis | trouvé jusqu'ici ; gravez ces mots dans vos cœurs, et l avec cela, nous poui-rons affronter bien d'autres périls | que ceux par lesquels nous avons passé jusqu'ici." j
Son excellence sort brusquement; les ministres * s'entregardent. s'essuient le front et sortent sans mot î dire. i
Typographie A. Bureau, 170J rue Sparks, Ottawa.
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PROFILS ET GRIMACES par Laurent 7
A. B. Routliier 7
Ferdinand Hamel 14
POLÉMIQUE entre VHou. A. B, Routhior, M. L. Fréchette et l'HoD. L. A Dessaulles, au sujet de la publication des " Causeries du dimanche " 19
Lettres de M. Fréchette h M. Routhier 19, 39, 4 7,
Lettres de M Routhier à M. Fréchette 28, 33, 54,
Lettres de M. Dessaulles à M. Routhier 146, 15(>
Lettres de M Routhier à M. Dessaulles 151, 16')
NOTES CRITIQUES du livre de M. Routhier " EN CANOT "
par M. Léon Lorrain 163
VERS ADRESSÉS À Mlle. SARAH BERNHARDT, par M. L. Fréchette — suivis d'une critique et d une parodie de ces vers, par • * • 197. 1 99