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excellence. Moi, je ne partage point pareille-» doctrines et je serais bien fâché que mes collègues...
M. Smith. — M. le jeune solliciteui'-général devrait être plus poli et ne point m 'interrompre ainsi, lorsque je parle de notre digne gouverneur.
M. Viger. — M. Smith...
M. Sherwood.— Je vous ai interrompu, comme j'aurais dû souvent vous interiompre en pleine chambre, lorsque vous débitez des doctrines contraires à celles que des sujets britanniques doivent avouer.
M. Viger. — Mr. Sherwood.
M. Smith. — (presque hors de lui.) Le solliciteurgénéral est un peu jeune pour m'en montrer ; s'il veut me donner des leçons de droit constitutionnel, je lui donnerai des leçons de politesse.
M. Viger. — Mon cher monsieur Smith...
M. Sherwood. — On en montre au.x ignorants à tout âge; monsieur le procureur-général peut hennir s'il le veut, mais ses ruades ne sont point dangereuses. Je le... M. Viger. — Mon cher monsieur Sherwood... M. Daly. — (tremblant.) Vous avez.^raisou M. Viger. M. Draper. — Monsieur Sherwood a raison, les doctrines de M. le procureur-général sont subversives de-s droits et de la dignité du...
M. Daly. — Vous avez rai.son, M. Di-apor ; tâchez done de les mettre d'accord...
M. Papineau. — Eh mais, il me semble qu'on parle un peu haut, de quoi s'agit-il ?
M. Daly. — Vous avez raison M. Papineau, de quoi s'agit-il ?
M. Viger. — Mon cher monsieur Daly... votre excellence.
M. Smiih. — (furieux.) Me parler ainsi, à moi, son supérieur; si son excellence ne le met à la raison je résigne et le pays s'ari-angera comme il pourra.
M. Daly.— (au désespoir.) Allons, à l'autre maintenant ! en voilà encore un qui veut résigner! mais quelle maladie ont donc tous ces gens-là ?
M. Morris. — Le procureur-général pourrait très- bien exprimer ses opinions ici et je reclame pour chacun de nous cette liberté. Quant à moi, si je pensais ne point en jouir, je ne demeurerais pas une minute...
M. Daly. — (éperdu.) Allons ! encore de l'huile sur le teu !...
Tout h monde est debout, chacun crie et nieîiace. Ltgouverneur fait un signe approbatif à chacun et M. Le Capitaine Higginson semble au comble de ses Joies.
M. Viger. — Messieurs, mes chers et honorables messieurs, la plus grande harmonie, la plus parfaite unanimité doit régner entre nous; sans cela, tout gouvernement libre et constitutionnel devient impossible; sacrifions nos petits ressentiments à la chose publique ; prenez exemple sur moi. Eien ne me touche, rien ne m'émeut; je me tiens à mon poste et méprise la rage de mes ennemis. (Sir Charles Metcalfe approuve de la tête.)
Sir Allan N. MacXab. — Après les éloquents discours que vous venez de prononcer, je crois que je ne puis mieux couronner votre éloquence, qu'en proposant un toast auquel, chacun de nous je n'en doute pas, se fera uti plaisir de rendre les honneurs : — A notre très-noble HOTE ! puisse l'heureuse entente qui existe entre les membres de son cabinet, lui donner une administration forte, qui puisse à jamais, défier la cabale des rébelles et assurer au pays, le gouvernement responsable tel qu entendu par le digne reprétentant de Sa Majesté dans le f^anada !
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Tous les convives burent cette santé et se rassirent, car chacun d'eux, comptait sur cette réunion, poui- faire réussir quelque objet particulier.
S'il vous en souvient, lecteurs, nous avons laissé les aimables convives de Son p]xcellence Sir Charles Metcalfe buvant la santé de leur hôte, après une scène des plus inconvenantes. Je vais encore une fois lever le rideau et vous faire assister à cette comédie dont les acteurs font rire à leur dépens plus encore que ceux des théâtres; mais ils s'en consolent aisément, en songeant que du moins ils sont mieux payés que leurs X'onfrères et qu'après tout, dans la comédie du gouvernement c'est le public qui surtout est joué. Je continue.
M. Daly (s' approchant de M. Papincau). — Ah mon l)ieu, quelle scène ! Quelles peines il me faut prendre pour entretenir la bonne harmonie, pallier les humeui-s ; cela seul, me donne plus de tourment que toutes les affaires de mon département !
M. Papineau — Hein? Vous voudriez diviser le Canada en département ? Ce serait très judicieux ; ce mode-là a été adopté en France et l'on s'en félicite beaucoup. Mais pour le moment il y a tant d'autres affaires.
M. Daly. — Mon cher monsieur Papineau, nous ne nous entendons pas.
M. Papineau. — Pardon, pardoi\ ; ce ne sont (juc de petits nuages éphémères; j'espère que la meilleure harmonie régnera désormais parmi nous. V^ous savez que l'union fait la force.
M. Daly. — Eh! c'est ce que j'ai toujours dit. Voyex donc oià nous en serions aujourd'hui, sans l'union ties
«ieux provinces? Où serait notre glorieuse majorité? mais je ne reviens point de mon trouble ! Ces scènes-là m'épouvantent, me font un mal affreux, me bouleversent. Je suis sûr que j'en ai l'air tout bête. Ne me ti'ouvez-vous pas bien changé ?
M. Papineau. — Non, vous me paraissez toujours le même.
M. J)aly. — Pourtant je me sens tout altéré,
M. Papineau. — Vous avez soif? Cela se comprend ; les discussions, la chaleur... t^nez voici de l'excellent vin de château Margaux très raffraîchissant.
M, Daly. — Ah mon Dieu ! quel supplice. Que ces maudits journalistes sont bêtes; que ces gueux de membres de l'opposition sont imbéciles; ils envient ma position, ils croient que je suis sur un lit de roses ! Hélas ! que je suis malheureux de n'être pas instruit ; de ne savoir écrire passablement ; de n'avoir pas de métier ; je me mettrais professeur, clerc de bureau, éditeur, commis, forgeron ; je n'aurais pas tant de tribulations ! mais enfin, n'ayant pas d'autres ressources il faut bien rester ministre, .fadis, c'était encore une profession qui avait ses agréments ; mais avec le gouvernement responsable, la critique des papiers publics, les élections contestées, c'est un épouvantable enfer...
M, Papineau. — Mon cher monsieur Daly, vous connaissez mes idées politiques ; je sais comme vous, que le gouvernement responsable est impossible; mais il faut bien faire marcher le vaisseau de l'état. Autant ce pavillon-là qu'un autre ; si nous ne l'arborions point, le peuple nous prendrait pour des forbans. Hé ! hé ! hé 1 ai rit.)
M. Daly (à part.) — Forban! que veut dire ce mot là ? C'est probablement quelque synonyme de ministre irresponsable ; mais il ne s'agit point de cela. Il se fail
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tard ; Son Excellence est fiitigaée et nous n'avons point encore parlé d'aifaires ; il faut amener la conversation sur l'essentiel. (Haut.) Messieurs je serais d'avis...
M. Higginson riant aux éclats ! (Il a l'air un peu échauffé.) — Ecoutez! Ecoutez!
Sir Allan N McXab. — Hear ! hear ! hear !
M. Viger. — Quoi! quoi! dites-moi donc de quoi il s'agit. ..afin que je puisse donner mon opinion, car vous savez messieurs que je tiens particulièrement à ne rien décider sans...
M. Draper. — Silence.
M. Viger. —Mais je réclame un droit...
M. Papineau. — Que signitie tout ceci ?
M. Viger. — Je persiste. ..c'est un droit que je réclame (•<)inme sujet...
M. Higginson. — Silence, écoutez ; M. Daly a un avis. Hear ! hear !
Son Excellence lâche un éclat de rire, mais une vive douleur lui fait presqu'en même temps jeter un cri.
M. Daly. — Eh bien ! messieurs, je serais d'avis de parler un peu d'affaires. Ne poun-ions-nous pas nous occuper un instant, de la liste civile et du projet des dépenses que nous allons proposer au parlement. C'est là un sujet qui peut ou assurer ou renverser notre pouvoir.
Mr. Viger. — En effet ; de temps immémorial, c'est à l'étal des finances d'un gouvernement qu'on a reconnu la bonne ou la mauvaise administration et les secousses populaires ont généralement pris naissance à la suite de mesures ou de discussions qui touchaient à la prospérité de la nation, au trésor public.
Un aide de-camp. — .J'aimerais bien savoii- pourquoi on appelle j()M6/à% un trésor auquel ne touchent que lesamin du gouvernement.
Le Docteur. — Eh ! mon cher, c'est parceque tout le monde y verse quelque chose.
L'aide-de-camp. — Tiens; comme j'étais simple; ce que c'est que de ne point étudier la science du gouvernement.
M. Smith, — M. Daly a raison, il faut s'occuper de choses sérieuses ; or, il n'est je crois, rien de plus sérieux que l'argent. C'est ici qu'il faut du tact, du jugement, de la prudence et l'habileté la plus consommée ; c'est moi qui me charge de cette aftaire-là. Si vous le permettez mes chers collègues, je préparei'ai un plan et je vous le soumettrai.
M. Viger. — Il me semble que cela m'appartiendrait, mon expérience et mon âge me donnent ce me semble, droit à prendre l'initiative de cette mesure importante. Sans vouloir mettre en doute, chose que je ne me permettrais avec personne, les connaissances de mon honorable ami le procureur-général ; je dirai que la jeunesse est prodigue ; on ne connait la valeur del'or qu'au moment où l'on va le quitter. Tenez, moi je me donnerai pour exemple ; on ne se fait point d'idée des sommes que j'ai gaspillées jusqu'ici et cela faute d'expérience ; chaque jour je découvre quelque dépense folle, quelque nouvel objet d'économie. Autrefois, je me servais de mouchoirs de poche blanc ; eh bien, j'ai découvert que le lavage qu'ils nécessitaient en sus des mouchoirs de couleur, équivalait à la valeur du tabac que je prends ; aussi, je ne me sers plus que de mouchoirs de couleur, de sorte que j'ai pour ainsi dire mon tabac pour rien. Les grandes choses peuvent s'étudier sur les petites ; or, ce n'est qu'avec l'esprit d'observation le plus exercé, qu'on peut découvrir les objets sur lesquels on peut exercer l'esprit de réforme. Quant à moi, je réclame la faveur de régler les dépenses de l'année qu'on va prendre et je
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puis déclarer que je disposerai du trésor de Fétat, comme si c'était pour moi-même.
M. Dalj. — Je le crois bien; eh! moi aussi. 11 me semble pourtant que ce travail devrait m'être confié, comme le plus ancien des ministres. *
M. Smith. — Eh! pourquoi cette discussion. Nous sommes tous animés du , même amour du bien public; ainsi, pourquoi ne travaillerions-nous pas en commun ? Moi je déciai-e d'aboi'd que je veux alléger de tout mon pouvoir les charges publiques. Je pense qu'il est urgent de faire des réductions considérables dans les dépenses. Il me semble que l'on pourrait abolir l'emploi de solliciteur-général qui nous donne plus de tourment qu'il ne vaut; la besogne pourrait être faite parles conseils ordinaires de la reine. Ce serait une économie de mille louis sur un seul officier ; mais comme cette réduction compliquerait considérablement le travail du procureurgénéral, on attacherait à cette charge pour surcroit de services, dépenses de bureau, ete., un contingent de quinze cents louis, en sus du salaire actuel. Par exemple le procureur-général ne recevrait rien comme conseiller exécutif; autre économie de cent louis.
M. Viger. — Voilà qui est très-sage; il est vrai que c'est une idée que j'ai eue depuis longtemps. Il n'y a qu'une chose qui me paraît obscure, c'est l'addition de quinze cents...
M. Smith. — Les frais de bureau dépasseront l'augmentation, j'en suis sûr; je vous prouverai cela la plume à la main, l'année prochaine.
M. Viger. — C'est bien possible; c'est bien possible. Après tout, il n'y a que rcxj)érience...en toutes choses...
M. Sherwood. — Voilà bien les hommes à systèmes, (/omment M. le procureur-général, vous voulez retrancher mon emploi ; je conçois qu'il vous gêne quelquefois,
hem ! mais les services rendus à l'administration, par un simple solliciteur-général, quoique moins bien rétribués, ne sont pas d'un moindre prix que ceux d'un procureur...
M. Daly. — (à part). Allons, voilà la querelle quij[va recommencer. Si l'on m'écoutait on fermerait à tout avocat la porte du conseil exécutif.
M. Smith à M. Sherwood. — Mon cher collègue ne vous effrayez point. Si je retranchais votre emploi ce serait pour vous en donner un autre plus lucratif.
M. Sherwood. — Et lequel s'il vous plait ?
M. Smith. — L'on en créerait un ; rien de plus facile.
Le Docteur. — Dites-moi, capitaine Higginson, ce que c'est que l'économie politique.
M. Higginson. — C'est la science qui pourvoit à la meilleure administration des états. Mais pourquoi me demander cela ?
Le Docteur. — C'est que je croyais que M. le procureurgénéral faisait en ce moment de l'économie politique.
M. Smith. — Une autre réforme nécessaire dans le conseil, serait de n'y admettre que des personnes qui aient pratiqué comme avocats dans les cours de justice. Les affaires seraient de beaucoup facilitées, car il nous faut prendre plus de temps pour expliquer entre nous, la légalité d'une mesure qu'il n'en faudrait pour en étudier le fonds.
M. Daly. — Nous ne nous accorderons jamais làdessus et je prétends, moi, que l'on doit attribuer nos éternels différends à la pi-ésence d'hommes élevés dans la chicane. Mais il ne s'agit point de retrancher des ministres. Nous avons eu assez de peine à nous en procurer quelques uns 1 J'ai, Dieu le sait, adressé assez de lettres dans tous les coins et recoins du pays, avant de rencontrer des personnes de bonne volonté !
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M. Smith. — Hum. 11 étuit ditiScile d'entrer au ministère avec certaines gens. Hum !
M. Duly. — Il ne s'agit point de tout cela, mais de faire marclier les attaires et de parler de la liste civile. Moi, je propose une grande réforme ; ce serait de réduire le salaire de tous les ministres, de moitié...
Messieurs Papineau, Sherwood, Smith, Draper, Mori-is, — Oh ! Oh ! Oh ! Quelle abomination ! Il est fou ! 11 faut le faire résigner!...
M. Daly. — Attendez un peu. On j-éduirait de moitié le salaire des ministres, mais la caisse publique se chargerait de leurs frais d'élection, de vo^-age, etc.
Tous les ministres. — Bravo! Bravo! Hip ! Hip ! Ilourra ! Daly n'a pas souvent des idées mais, quand il lui en vient, elles sont bonnes. A la santé du Mégantic !
}tL Y iger (à part). — Vraiment, je ne me suis jamais trouvé en si ennuj'euse compagnie ; il n'y a pas moyen de dire un mot. Tous ces hommes-là sont trop jeunes ; ils ne songent qu'à leurs plaisirs, qu'à leur vanité, qu'à leurs emplois ! (Haut.) Ah ! ça messieurs, je crois que nous avons donné assez de temps à la table ; il serait bon de nous aller reposer atin de pouvoir demain, recommencer nos ti-avaux autour de la table du conseil.
Tous les autres convives, à l'exception du Gouverneur (rénéral qui digère étendu dans son fauteuil et semble, sans en penser grand'chose, écouter ce que chacun dit. — A la santé de Monsieur Viger ! Vive le vénérable M. Viger ! Puisse til toujours présidera nos travaux, noue aider de son nom et de son expérience.
M. Viger sourit tour à tour à chacun, se lève de table et sort après avoir fait un profond salut à Son Exellcence, qui lui sourit aussi gracieusement que l'état de son visage le lui permet.
M. Smith. — Maintenant que notre président est parti, tne «era-t-il permis d'exprimer une opinion? Entre nous, je crois que si on pouvoit l'engager à résigner toutes les difficultés s'applaniraient.
M. Draper. — Je pense que sa position est inconstitutionnelle ; sa résignation serait vraiment un grand bien pour l'administration, la difficulté serait de l'y décider.
M. Smith. — Je m'en charge. Je vais de ce pas le suivre et le préparer au sacritice que nous attendons de
lui. (Il S07't.)
M. Daly. — En voilà un par exemple qui je crois, nuit bien plus à l'administration que tout ce que l'opposition pourrait faire contre elle. Avant de l'avoir entendu en Chambre, je le croyais vraiment bon à quelque chose, mais ses discours à boc et à bac, ses fanfaronnades m'ont • révélé que c'est un cerveau creux et qui plus est vide.
M. Sherwood. — Il m'a maintes fois donné des souleurs dont je tremble encore; je ne comprends point ce qui le retient parmi nous. Celui qui pourrait le décider à i-enoncer à son siège au conseil, aurait droit à la i-econnaissance de tout le parti auquel j'appartiens.
M. Daly (triomphant) — Je suis votre homme. Serait- (;e là, le plaisir de Votre Excellence ?
le gouverneur ne répond rien et sourit.
M. Daly. — Qui ne dit mot consent. Il me paiera les peurs qu'il m'a données. (Il sort.)
M. Papineau. — Il me paraîtrait messieurs, que pour qu'une administration subsiste et acquiert cette forcu* sans laquelle elle ne peut produire aucun bien, il faut que tous ses membres jouissent également de la considération publique, car on juge des uns par les autres ; or, l'honorable monsieur qui vient de sortir est privément un homme respecté ; mais dont le caractère public ne vaut absolument rien. Il a vécu avec toutes le.s
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administrations et a tsurvécu à toutes ! 11 est urgent, selon moi de l'élaguer, tout en le plaçant d'une manière convenable.
M. Draper. Morri.s, Sherwood, Higginson. — Oui, oui, neul, M. Papineau, vous pouvez vous charger de lui faire sentir délicatement et comme il convient, l'embai-ras de notre position avec un ministre qui doit partager toutes les fautes que nous reprochons à nos prédécesseurs.
M. Papineau. — J'j' cours. (Il sort.)
l)ans mon précédent numéro vous avez vu, mes lecteurs, que M. Viger était parti pour s'aller coucher et i-êver au salut de la patrie ; que M. Smith était parti après lui, pour l'engager à résigner; que M. Ualy s était chargé de faire résigner M. Smith; enfin que M. Papineau venait de sortir pour obtenir le même sacrifice de M. J)aly. Vou.% avez peut-être été surpris de l'extrême trigaiidcrie de messieurs les ministres, qui se faisaient force compliments en face et se déchiraient en arrière; allez, ces petites libertés que l'on prend quelquefois avec la réputation du prochain, ne se bornent point au monde ])olitique et vous, mes chères petites lectrices qui lisez ceci, vous avez, j'en suis pre.sque certain, plus d'un petit péché de cette espèce-là sur la conscience. Ne vous souvient-il point d'avoir fait maintes amitiés, civilités, gracieusetés à telles de vos amicts qui, une fois absentes, n'étaient plus selon vous que tles pi'écieuses, des piegrièches, des bavardes, des sottes, des ridicules ? Eh ! tenez, si j'étais ici à confesse, je vous avouerais avoir fait de fréquentes escapades de cette espèce-là sur la franchise ; d'où il faut conclure que nul n'est parfait et que
n'étant point parfaits, nous devons supporter sans trop murmurer les défauts du prochain ; lui permettre d'avoir quelques travers si nous voulons nous faire pardonner les nôtres et ne point employer l'éclair de temps que nous passons sur cette terre, à déchirer nos amis à belles dents, comme nous ferions de meringues à la crème... Mais je vous disais, il y a un moment, que je ne suis point à confesse ; vous pourriez maintenant me dire, que vous ne me payez point pour vous faire des sei-mons, que vous en entendez de plus beaux et de moins chers chaque dimanche, que mon devoir est de vous conter toutes sortes de fîiriboles, de sottises ; de vous montrer les ridicules et les tricheries de ce monde, de vous peindre tous les fous de la terre, de dévoiler les ■ méchants C'est vrai. Revenons donc à ceux des ministres que nous avons laissés à table.
M. Higginson (d'un air sournois). — Ah! voilà tous les étrangers partis, nous sommes à présent en famille, parlons un peu d'affaires sérieuses. Tous ces gens du Bas Canada ont des idées tellement rétrécies, qu'il n'y a point avec eux de gouvernement possible. Ils n'ont à la bouche que ce gouvernement responsable ; quand ils ont dit cela, ils croient avoir tout dit.
Un aide de camp — C'est vrai ; c'est comme l'empereur de la Chine avec le commerce de l'opium ; il n'en dort point. Buvons un coup, c'est plus confortable.
L'autre aide de camp. — Vraiment, ces gens-là sont insupportables; buvons un coup. Il me semble que quand l'on se met à table, c'est pour manger ; si l'on ne mange point il faut boire et non point parler san.s cesse ; j'en ai soif pour eux. A la an té de milord.
Tout le monde boit.
M. Higginson (d'un air encore plus sournois). — Je disais
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donc, que maintenant que ces éti-anger.s du Bas-Canada sont partis, nous pouvons parler sans crainte et nous consulter sur les mesures à prendre, pour remplir les vues de milord Stanley et de son excellen.'e notre paternel gouverneur.
Un aide-de-camp. — Oui, il faut remplir les vues du gouvernement at home. (Il remplit im (jrand verre de brandy qxiil boit aussitôt.)
M. Higginson (jetant un coup-d'œil de maucaise humeur a l'aide-de-camp). — Je crois que le militaire commence à .s'échautfer.
L'aidê-de-camp. — Oui, hic ! J'ai chaud comme, hoc! comme un muletier espagnol qu'impatientent ses ânes, hec ! et Je hois pour me rafraîchir, hic ! (7/ boit un verre de brandy.)
M. Higginson. — Pour arriver à notre but sîn-ement. il nous faut agir avec beaucoup de ménagements et d'adresse ; or, voici quels sont les moyens que Je proposerais ; écoutez-moi je vous prie, avec la plus grande attention.
Son Excellence dort.
M. Sherwood. — Par respect pour son excellence ne ferions-nous pas mieux de nous retirei ? Je crois que parler d'att'aires aussi sérieuses sans qu'elle en ait connaissance, me semble tout-à-fait inconvenant.
M. ITigginson. — Pardon, pardon ; son excellence ne prend pas généralement une part plus active au gouvernement ; aux Indes et à la Jamaïque, c'était moi qui traitais' les matières les plus importantes. Vous pouvez considérer ce que je vous dirai comme l'expression des vues de son excellence.
M. Draper (hochant la tête). — Je ne sais point si ces substitutions-là sont bien constitutionnelles, et quant à
moi, j'ai quelque scrupule à parler d'affaires, concernant lo pays, sans la participation de son excellence.
Un aide-de-camp (poussant de gros éclats de rire, mêlés de hoquets). — Ah! ah! ah! ho! ho! eh! eh I en voilà une bonne ; des scrupules chez un homme d'état. Voilà qui vaut un coup! (Ll en boit deux.) Si le brave monsieur JJi-aper avait été avec nous autres à Calcutta et à Kingston de la Jamaïque, sans parler de Kingston du Canada, il en aurait bien vu d'autres ! hô ! hô ! hô ! des sci'upules ! sur ma foi, cela vaut un second coup! {IL en boit encore trois.)
M. Higginson {d'un air d'insinuation). — Mon cher monsieur Draper, j'appi-ouve beaucoup vos hésitations ; ce sont celles d'un cceur droit; mais lorsqu'il s'agit du salut d'une cause, je crois que tous les moyens sont jjormis ; j'ai vu tré(}^uemi)î,^nt la nécessité de violenter un peu la justice et les conventions faites. Eh ! tenez, si nous n'avions pas mis en usage quelques moyens qui n'étaient point tout-à-fait d'accord avec les principes avoués, avec le bon sens, avec les promesses faites, je vous assui-e, que jamais nous ne nous serions débarrassés des anciens ministres. Vraiment ces gens-là, avec leur influence et leur travail, ils étaient capables d'assurer à j)orpétuité le gouvernement responsable.' Sans les petits moyens que j'ai eu l'honneur de proposer à son excellence, la mission dont nous avait chargé milord Stanley était flambée à tout jamais.
Sir Allan McNab.— Certainement, certainement; (juant à moi je considère que tous les moyens sont bons pour chasser des atfaires, tous ces barbares qui ne parlent que français. Je vous demande s'il n'est pas absurde, que dans une colonie de notre très gracieuse souveraine la reine de la (ri-ande Bretagrie, il soit nécessaire pouiarriver aux honneurs de parler la langue des mangeurs
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de grenouilles ! Parlez, pai'lez, nionsieui- Iliggiiison ; dites-nous ce qu'il faut faire pour i-enverser U)i\> uot* ennemis. (Un des aides de cav^p qui se On lançait sur sa chaise tombe à la renverse et demeure à terre sans bouger. )
Sir Allan. — Ah mon Dieu ! serait-il blessé?
M. Hig-ginson. — Non non ; c'est une manière (j^u'il a de sortir de table. Continuons notre entretien, nous n'en serons que plus à l'aise. Ces militaires n'ont point l'habitude des affaires délicates et ils puissent à ceux qui veulent s'occuper sérieusement. Pour moi Je vous dirai donc, qu'à tout prix il faut nous débarrasser de l'influence du Bas Canada. Le moyen d'y arriver, est de dépopulariser autant que possible les hommes de talent qui y jouissent de la considération de leurs concitoyens. Nous en avons perdu deux ; les autres viendront après. Il faut pour cela flatter leurs sentiments, éviter de les taxer, donner quelques petite.»- sommes à toutes les institutions charitables, courtiser les membres de leur clergé, mais tuei' à coup de coups d'état tous les hommes politiques qui viendront sur l'horison. On les accepte puis on les renverse. Avec cela, on gagnera du temj)s et pendant les querelles d'élections, de changement de ministère, on laisse créer force nouveaux emplois, qui naturellement, augmentent les moyens de corruption du gouvernement. J'ai ri beaucoup dans mes barbes, de la loi pour assurer l'indépendance du ])arlement qui assure bien davantage, l'indépendance de la couronne ; car après tout, pour être élus, les employés doivent conserver au moins les apparences, tandis qu'aujourd'iiui, ils peuvent jeter de côté tous ménagements et sont autant d'influences acquises au pouvoir par leurs liens de famille et les ramifications de l'appât des emplois, qu'on obtient plus souvent ici, sur services rendus à la couronne, que comme la récompense de vertu.s civiques.
yir Charles voulait ne point sanctionner cette loi ; je la lui ai montrée sous ce jîoint de vue et il l'a envoyée en Angleterre avec mes recommandations.
M. Draper. — Mais il me semble pourtant que les exministres ojit proposé cette loi dans la meilleure intention,
M. Higginson. — P^li ! sans doute ! Mais, mon cher, vous devez savoir qu'en politique, on se trompe bien ))lus souvent avec de bonnes intentions qu'avec des mauvaises ; voyez plutôt la loi des élections. Sans elle, le gouvernement était ce qui peut s'a])peler enfoncé • mais à l'aide de la vigilance qu'il a déployée nous avons réussi, au-delà de nos espérances,
8ir Charles ronfle.
M. Moi-ris. — Eh bieti ! je pense comme monsieur Higginson, qu'il faut employer toutes nos forces pour la bonne cause de son excellence...
M. Higginson. — Voilà comme je l'entends. Eh bien ! mon chei' M. Draper, c'est sur vous que je fonde tout nion espoir. U faut que vous nous prêtiez votre appui ; que vous entriez par <|uelque moyen, auquel nous songerons plus tard, dans la chambre d'assemblée pour y défendre nos mesures; nos pauvres ministres sont aux abois et pour peu que les choses continuent sur le même train, nous serons lancés dans la minorité; et qui sait quels désastres entraînerait un semblable événement !
La porte s'entrouvre; M. Papineau entre sans bruit et arrive près de la table. Les convives l'aperçoivent ! tous s'écrient à la fois : Eh bien ! quel succès ? M
M. Papineau. — M. Daly n'a point voulu se i-endre à " mes raisons ; il veut rester ministre et se nommer luimême .à un autre emploi; il craint qu'on ne lui joue quelque tour, H dit qu'il en a tant vu de ce genre-là
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qu'il ne veut point entendre parler de résignation avant d'être placé à son goht. Je n'ai point insisté, de crainte de le rendre populaire par une démission forcée.
M. Daly entre en hésitant; il paraît tout-à-fait déconcerté.--Messieurs, malgré ma persévérance, mes insinuations, je n'ai pu obtenir de M. Smith cette résignation que j'ai vainement sollicitée; il dit que si on veut seulement le laisser demeurer au ministère, (quatre ou cinq sessions, il apprendra la routine des affaires eT ne redoutera pas un adversaire, fût-ce sir Robert Peel lui-même.
M. Smith arrive tout essoufflé et fait voler la porte devant lui.— Tout est perdu, messieurs, le bonhomme Viger veut rester ministre ; il ne résignerait point lors même, que son excellence le gouverneur lui-même l'en prierait ; il veut qu'on le démette par une ordonnance et qu'on lui prouve qu'il a démérité de la patrie. Après être demeuré dix-huit mois en prison pour obtenir qu'on le juge, il déclare qu'il restera ministre pendant dix-huit ans pour prouver qu'il n'a point trahi sew compatriotes en acceptant la place qu'il occupe aujourd'hui. Mais le voici lui-même.
M. Viger entre, le visage baigné de larmes et court se précipiter aux genoux de son excellence qîii s'éveille en sursaut et comme de coutume, ne sait ce dont il s'agit.
M. Viger (d'une, voix entrecoupée par les sanglots). — Votre Excellence ; serait-il vrai que j'ai encouru votre disgrâce ? je n'y survivrais point...
Le Gouverneur (le relevant). — Non, mon cher, mon fidèle ami, vous...
M. Viger. — C'en est assez ; je crois à cette première effusion d'un bon cœur. Quant à mes collègues, s'ils veulent me prêter quelques heures d'attention je leur démontrerai...
M. Higginsou. — La soirée a été très longue. Son Excellence doit être fatiguée; la part qu'elle a prise aux importantes discussions que nous avons eues, à dû épuiser ses puissantes facultés ; je réclame contre la prolongation de cette fête.
Tous les convives se lèvent, saluent respectueusement Son Excellence qui serre affectueusement la main de M. Viger et chacun se retire.
Après avoir vu ces messieurs manger, nous ii'ons bientôt les voir travailler.