ET SARAH BERNHARDT
Maïs maintenant comment pourra-t-elle lui dire ces vers? Est-il raisonnable de supposer qu'elle saluera M. Fréchette en lui disant :
"Salut, Sarah! salut, charmante Dona Sol 7 " Evidemment non. Dès lors, il faudra qu'elle refasse ces strophes de manière à pouvoir les adresser à M. Louis Fréchette.
Voici quelles sont mes prévisions sur les vers qu'elle lui dira probablement.
On sait que Sarah Bernhardt a possédé tous les bonheurs, un seul excepté! Pauvre nature humaine! Il lui manque toujours quelque chose.
Sarah Bernhardt a désiré l'amour, ou plutôt des amours; elle en a eu, on ne sait combien, mais probablement trop ! Elle a désiré la gloire et les honneurs, elle y est arrivée ! Elle a voulu des richesses, comme une digne juive , elle en a !
Que manque-t-il donc à son bonheur ? Je vais vous le dire. ^ Elle a désiré ardemment, furieusement avoir un peu d'embonpointy et elle est restée maigre, mais maigre comme un clou, ou plutôt comme un cou de cigogne planté sur des pattes de héron I C'est le grand chagrin de sa vie, l'épine qui traverse sa couronne de diva et déchire son front.
Dès lors on imagine facilement quelle pensée j'aillit de son cerveau en apercevant notre poète-lauréat, gras et joutflu, coloré, luisant et rebondi. Son cœur saturé d'idéal s'est tourné vers le bien-être positif et corp(^-cl, et n'a pu se défendre d'un sentiment d'envie.
J'ai donc raison de pi-ésumer qu'elle devra le saluer dans les termes suivants :
Salut I Louis I Salut, grassouillet Heraaui ! Quand ton double menton que l'on dirait verni, M'appiirait luisant comme un cuivre,
M. LOUIS PRÉCHETTE,
P>8t-ce un frisson d'envie ou d'appétit ? je sens
(0 douce illusion 1) courir dans tous mes tene
Un peu de graisse qui m'enivre I
Oui, c'est à l'embonpoint que tu me fais rêver !
Castor des pays bleus, lorsque tu viens braver Lhorreur de mes angles perfides
Et lorsque j'aperçois ton cou si bien bourré
Je crois voir mon tissu de graisse saturé Recouvrir de chair mes os vides I
Kl
A ceux qni demandent la tête de Riel.