‹ Les Guêpes canadiennesChapitre 9 sur 21 · CRUCIFIEZ LE ! CRUCIFIEZ-LE · texte numérisé non relu

CRUCIFIEZ LE ! CRUCIFIEZ-LE

Oui, crucifiez-le, ce faux roi, cet infâme

Qui s'arroge la royauté I C'est un bandit sans foi que la canaille acclame

Et qu'elle appelle Majesté !

Oui, crucifiez-le, ou nos lames rouillées

f>ortiront de leur vieux fourreau !

Voyez comme ses mains d'un sang pur sont souillées !

Ce roitelet s'est fait bourreau 1

Quels sont ces hurlements et ces cris de vengeance

Qui troublent notre joyeux ciel ?

Et quelle est, dites-moi, la misérable engeance

Qui peut vomir autant de fiel ?

Quel est ce roi brigand et quel est donc sou crime

Pour qu'il mérite ainsi la mort 7 Quelle est aussi, grand Dieu ! l'innocente victime Dont vous pleurez le triste sort ?

Ah I nous le savons bien 1 nous savons qui vous êtes,

Juifs hypocrites de nos jours !

Nous savons bien pourquoi tout ce bruit que vous faite»,

Pourquoi cet appel au secours I

Nous connaissons aussi l'homme franc, juste et noble

Que vous voulez crucifier.

Comme nous connaissons cette victime ignoble

Qu'il vous plaît de déifier 1

2 8 CRUCIFIEZ-LE î

Ri«l est souverain par le vœu populaire ;

Ce fait vous est-il étranger ?

Le peuple a demandé que son bras tutélaire

S'étendit pour le protéger ?

Comme un serpent liideux se glisse sous l'herlLigt-

Et dérouie ses froids anneaux Pour surprendre le nid au milieu du feuillage

Pendant le sommeil des oiseaux,

Ainsi l'infâme .Scott dont le triste supplice Vous cause un si profond chagrin,

Allait plonger son fer, là nuit, avec malice Dans le cœur de son souverain.

Et Riel qui jura devant un peuple lihve

De fiiire régner le bonheur, Riel ne pourra pas, lui, dont l'âme ne vibrt?

Que pour la justice et l'honneur,

Faire enfin respecter ce sacré diadème

Qu'on a voulu mettre à son front,

Et redonner la paix h ce peuple qui l'aime, Si c'est là vous faire un affront ?

Mais dites de quel droit voulez-vous que vos maitieK De votre ami vengent la mort ?

Garry n'est pas à nous ; est-ce du droit des traitutï^, Du droit inique du plus fort ? •.""

Ah ! cessez de hurler, tigres à face humaiin' Qui prenez la peau de l'agneau ;

Le sang vous plaît assez puisque dans votre haine Vous voulez dresser l'échafaud.

(,'e que vous regrettez, ce n'est point la carcasse

De votre ami traître et vénal, Mais c'est le sceptre seul, le sceptre aimé qui passi-

Dans les mains d'un heureux rival !

CRUCIFIEZ-LE î 209

Ce que vous demandez dans votre aveugle rage.

C'est que le Canadien-Français Dont l'esprit généreux partent vous porte ombrage

Soit foulé sous un pied anglais !

Ce que vous demandez c'est que le catholique

Qui toujours si bien vous traita Expire sur la croix, ô secte fanatique, • Comme son Christ au Golgotlia |

Essuj'ez ! essuyez vos pleurs de crocodile,

Cruels assassins des Aylwards :

La justice chez-vous n'a jamais eu d'asile

Et vos sceptres sont des poignards !

Le lion de l'Afrique au tigre sanguinaire,

Qui le trouble dans son repos Fait sentir sa puissance, alors qu'eu sa colère

Il bondit et lui rompt les os.

Nous sommes le lion clément mais redoutable

Dans sa juste et noble fureur, Vous êtes, sachez-le, le tigre insatiable

Qui veut régner par la terreur.

Mais nous ne craignons rien. Nous rions des entraves

Qu'on forge ici comme là-bas.

tji vous êtes nombreux, nous sommes les plus braves.

Nous combattons les bons combats !

De votre fanatisme allez, vaillants apôtres

Répandre ailleurs les noirs venins, •l'arrache votre masque et je défends les nôtres

Contre vos projets inhumains !

P.\AipniLE ]>eMay.

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