CRUCIFIEZ LE ! CRUCIFIEZ-LE
Oui, crucifiez-le, ce faux roi, cet infâme
Qui s'arroge la royauté I C'est un bandit sans foi que la canaille acclame
Et qu'elle appelle Majesté !
Oui, crucifiez-le, ou nos lames rouillées
f>ortiront de leur vieux fourreau !
Voyez comme ses mains d'un sang pur sont souillées !
Ce roitelet s'est fait bourreau 1
Quels sont ces hurlements et ces cris de vengeance
Qui troublent notre joyeux ciel ?
Et quelle est, dites-moi, la misérable engeance
Qui peut vomir autant de fiel ?
Quel est ce roi brigand et quel est donc sou crime
Pour qu'il mérite ainsi la mort 7 Quelle est aussi, grand Dieu ! l'innocente victime Dont vous pleurez le triste sort ?
Ah I nous le savons bien 1 nous savons qui vous êtes,
Juifs hypocrites de nos jours !
Nous savons bien pourquoi tout ce bruit que vous faite»,
Pourquoi cet appel au secours I
Nous connaissons aussi l'homme franc, juste et noble
Que vous voulez crucifier.
Comme nous connaissons cette victime ignoble
Qu'il vous plaît de déifier 1
2 8 CRUCIFIEZ-LE î
Ri«l est souverain par le vœu populaire ;
Ce fait vous est-il étranger ?
Le peuple a demandé que son bras tutélaire
S'étendit pour le protéger ?
Comme un serpent liideux se glisse sous l'herlLigt-
Et dérouie ses froids anneaux Pour surprendre le nid au milieu du feuillage
Pendant le sommeil des oiseaux,
Ainsi l'infâme .Scott dont le triste supplice Vous cause un si profond chagrin,
Allait plonger son fer, là nuit, avec malice Dans le cœur de son souverain.
Et Riel qui jura devant un peuple lihve
De fiiire régner le bonheur, Riel ne pourra pas, lui, dont l'âme ne vibrt?
Que pour la justice et l'honneur,
Faire enfin respecter ce sacré diadème
Qu'on a voulu mettre à son front,
Et redonner la paix h ce peuple qui l'aime, Si c'est là vous faire un affront ?
Mais dites de quel droit voulez-vous que vos maitieK De votre ami vengent la mort ?
Garry n'est pas à nous ; est-ce du droit des traitutï^, Du droit inique du plus fort ? •.""
Ah ! cessez de hurler, tigres à face humaiin' Qui prenez la peau de l'agneau ;
Le sang vous plaît assez puisque dans votre haine Vous voulez dresser l'échafaud.
(,'e que vous regrettez, ce n'est point la carcasse
De votre ami traître et vénal, Mais c'est le sceptre seul, le sceptre aimé qui passi-
Dans les mains d'un heureux rival !
CRUCIFIEZ-LE î 209
Ce que vous demandez dans votre aveugle rage.
C'est que le Canadien-Français Dont l'esprit généreux partent vous porte ombrage
Soit foulé sous un pied anglais !
Ce que vous demandez c'est que le catholique
Qui toujours si bien vous traita Expire sur la croix, ô secte fanatique, • Comme son Christ au Golgotlia |
Essuj'ez ! essuyez vos pleurs de crocodile,
Cruels assassins des Aylwards :
La justice chez-vous n'a jamais eu d'asile
Et vos sceptres sont des poignards !
Le lion de l'Afrique au tigre sanguinaire,
Qui le trouble dans son repos Fait sentir sa puissance, alors qu'eu sa colère
Il bondit et lui rompt les os.
Nous sommes le lion clément mais redoutable
Dans sa juste et noble fureur, Vous êtes, sachez-le, le tigre insatiable
Qui veut régner par la terreur.
Mais nous ne craignons rien. Nous rions des entraves
Qu'on forge ici comme là-bas.
tji vous êtes nombreux, nous sommes les plus braves.
Nous combattons les bons combats !
De votre fanatisme allez, vaillants apôtres
Répandre ailleurs les noirs venins, •l'arrache votre masque et je défends les nôtres
Contre vos projets inhumains !
P.\AipniLE ]>eMay.