‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 22 sur 57 · LETTRE QUÉBECQUOISE · texte numérisé non relu

LETTRE QUÉBECQUOISE

J/^'^AGt

LETTRE QOÉBECQUOISE.

Mon ghbr R^sdacteur,

I] y a déjà plusiours semaines que je me propose de Yoas écrire, pour causer un peu avec vous des affaires du temps. Les affaires du temps ! alles-vous dire, voilà une bien grosse étiquette, et le moment est singulièrement choisi pour vider son sac. Entendons-nous monsieur, il y a affaires et affaires. Pour celui-ci, la grosse affaire, c*est la bourse ; pour celui-là, ce sont le» bals et les concerts ; pour cet autre, Tagrandissoment lie la porte Saint-Jean, ou la restauration de quelquet< planches malades de la plateforme.^ Il y a bien encore la question de la guerre des Etats-Désunis, qui peut past»er pour une affaire, et même pour une affaire majeure, comme disent les hommes graves; mais toutes ces al&ireB-là ne sont pas mon fait ; d*ailleurs, je n'ai jamais vu les Etats-Unis que dans les gravures des livres de la bibliothèque du parlement. Et cuis, le frère Jonathan t n*a jamais eu le talent de m'intéresser. Donc, mon cher monsieur, je reviens à mon sujet, par le chemin «les écoliers, et je vous demande la permission de vous parler dans cette lettre, de messieurs les rouges, des

* ICagnifiqiie lien de promenade à Québec.

1 8o|piqaet donné aiuc Américains des Etatt-Unis.

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clubisteH, des journalistes, des choses qu'on a faites, que Ton devrait faire, de ceci, de cela et de quibusdam aliis^ pour dire deux mots de latin en passant. Si, dans mes bavardages épistolaires il m'arrivait, (il faut tout prévoir) d'être irrévérencieux à Tégaixi de quelque gros bonnet, biffez, taillez, rognez, amputez et dormez en paix. Ce n'est pas quand la province est sur un volcan (style rouge) que j*irai, de gaieté de cœur, jeter des pierres dans le carreau du voisin et m'attirer une mauvaise affaire, a propos des affaires du temps.

J'entre de suite en matière.

Savez-vous si les bâtisses d'Ottawa (les malins disent \ les bêtises d'Ottawa) sont terminées ?— Non, ni moi non plus. — Est-il probable que le transport du siège du gouvernement s'effectuera cet automne? — La Gazette (le Montréal le dit. — Pourtant je ne le crois pas. — Pourquoi je vous prie ? — A cause d'une certaine affaire qui est devenue un signe des temps. Les différents bureaux du gouvernement ont reçu oi-dre de faire leur approvisionnement de bois pour la rude saison. N'est-il pas tout naturel de conclure que la prochaine session du parlement aura lieu dans l'enceinte du vieux Stadacona ? Donc, c'est une bonne affaire pour les Québeequois, et une mauvaise, pour certains messieurs de la basoche qui s'attendaient k voir pleuvoir dans leurtâ études, les notes passablement grosses de messieurs les fournisseurs des employés du gouvernement — combien dassumpsit et de captas de fumés ! Un mot sur l'organe démocrate de Québec. Depuis un mois il est passé de vie à trépas, en laissant pour déplorer sa perte une foule de créanciers inconsolables, et le grrrr... parti national sans organe. Depuis quelque temps, cette pauvre Tribune dont le souvenir nous est encore si cher, donnait des signes de faiblesse et de langueur, que s^ amÎK

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reconaarent bientôt pour ceux avant-coureurs de la mort ; ainsi, elle parut un jour (et le public 8*en émut) privée des annonces qu'elle savait si bien faire ressortir. Trop faible, après avoir soutenu cette lutte contre les annonces de Tétat, que l'histoire consignera dans une de ses plus glorieuses pages, elle s'était vue forcée de suprimer les annonces que sa trop grande faiblesse lui défendait de retenir. Malgré cet état désespérant, son courage ne l'abandonna pas.

Gr&ce au zèle désintéressé de l'illustre Aubin, * des émissaires tribunaux furent envoyés à toutes les lumières du barreau qui servent sous le drapeau rouge, même lea plus connus du public, furent obligés dans l'intérêt de la Tribune j de s'annoncer de nouveau dans ses colonnes. L'éditeur, rendu défiant par l'expérience, voulut avant tout recevoir le prix de ces annonces, et les avocats, dans l'intérêt do la cour, se virent forcés de payer d'avance le prix de leurs reclames.

La Tribtme n'est plus 1 1 et comme celle du parti dont elle était l'organe, sa mort n'a pas entraîné la chute de l'état. Puisqu'elle est morte, qu'elle repose en paix, je n'en parlerai plus. Ce n'est plus une affaire.

Si la Tribune est trépassée, son petit bonhomme rit encore. Aussi, je me permets de vous passer un mot sur son compte et sur ses comptes. Voilà certes parler d'affaires. Je t&cherai d'illustrer par un dialogue la manière dont M. Aubin reçoit les visites de ses créanciers. La scène est dans une modeste chambrette de la rue Donacona. A gauche, une table sur laquelle sont éparpillés des comptes, des copies de sommation et quelques épreuves du dernier numéro de la Tribune. A droite, un secrétaire rempli de lettres datées du secré-

' Antrefipli rédacteur da FanUufue.

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tariât-provincîal et signées par différents membres du cabinet McDonald-Dorion. Un homme blanchi par Vàyr est assis près de la table, sa main droite presee nerveunement son os coronal comme pour en faire jaillir une idée lumineuse. Sa main gauche iacôre une lettre portant la HÎgnature d'un procureur quelconque. Un coup, légèrement frappé à la porte, le fait tressaillir. Entre un homme appartenant au corps respectable et respecté des créanciers, relieur de son métier.

— M. Aubin.— Votre trôs-humble, faites comme si vous étiez Ginna et prenez un siôge. Le temps est beau n'est-ce-pas ?

— Le Relieur. — Fort beau, je suis venu pour cette petite affaire; vous savez... ce billet de £3t>... qui est échu aujourd'hui.

— M.Aubin. — Pourquoi vous ai-je donné ce billet, je ne me rappelle pas au juste ?

— Le Relieur. — Vous vous souvenez qu il y a six moi»* vous me donn&tes ce billet pour vous avoir broché quatre milles exemplaires du rapport de la commission Financière et Départementale.

—M. Aubin.— Ah bah ! Et puis ?

— Le Relieur — Et puis... c'est aujourd'hui le quinze août, et vous me devez £36.

— M. Aubin.— Le quinze août; mais... vous vou^ trompez, mon cher monsieur, le quinze août n'est pa^* encore arrivé.

—Le Relieur. — Vous badinez?

—M. Aubin.— Au contraire, je suis on ne peut plus sérieux, je vais vous prouver instanter, comme deux et deux font quatre, que vous faites erreur.

Ecoutez, vers la mi-janvier dernier, Thon. M. Dorîon,^'

* Sir A A. Dorion est ai^ourd'hui juge en chef de la cour du baiH' de la Reine pour la province de Québec.

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aloi-9 procarcur-général, me manda dans son cabinet. *• Mon cher Aubin, me dit-il, le moment est arrivé où '' les services que vous avez rendus au parti vont reco- '* voir leur riJcompense ; au premier de mai, vous vous ** transporterez à Ottawa et vous poserez votre gaz à *' l'eau dans les b&tisses du parlement pour éclairer la *' législature de votre pays. En récompense de votre *• travail, vous recevrez le quinze août prochain $40,000 ** argent courant." Je n'ai pas reçu les (40,000, donc ergOf le quinze août n'est pas encore arrivé.

Le créancier sortit peu satisfait de la logique écrasante de son débiteur, pour souffler un mot de cette affaire a Dame Thémis et à ses adeptes. Heureusement pour la sûreté de sa dette, notre relieur n'avait livré que mille exemplaires brochés du fameux rapport des trois fameux banqueroutiers, et trois milles exemplaires dormaient dans son atelier, affectés au paiement de la dette de M. Aubin. Le gouvernement est notifié de la circonstance et qui vivra verra.

Voilà encore une mauvaise affaire pour M. Aubin.

£n parlant d'affaires, peut-on oublier l'honorable J. U. Tesëier ? comme ami de son messager, je ne puis m'empècher de plaindre la malheureuse existence que son maître lui fait passer. Vous savez sans doute, que le messager de l'Orateur du conseil est payé par le gouvernement ; vous savez également, que sa position ne l'oblige pas à faire le marché de TOrateur, j'irais même jusqu'à dire qu'il n'est pas tenu de cirer les bottes de son honorable maître.

Approuvez- vous, M. le rédacteur, la sévérité d'un homme qui va jusqu'à déduire sur les gages de son serviteur, le prix d'un œuf félë selon les uns, et cassé selon les autres ? Cette sévérité est d'autant plus injustifiable que le pavé de Québec est excessivement man-

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