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motif Les deax Lorettes sont aussi en ébullition et, le cfoiriez-voas, Ste. Foye qai est toujours restée si fidèle .i un horome qui méritait si peu sa confiance, Ste. Fo^e «« divise. Cette paroisse généreuse, est d*autant plu^ mécontente qu'elle avait droit d'attendre mieux, pour tant de dévouement. Beste encore toute la population britannique qui forme un quart des électeurs. Or. cette population est jusqu'au dernier homme, opposée au ministre de l'agricultui-e. Jugez donc du sort qui attend ce pauvre ministre.
Vous savez que, l'année dernière, M. Hamsaj disait dans une lettre publiée dans les journaux de Québec, que M. Evanturel était le propriétaire enrégisti*é du Canadien, Cette lettre lui fit peur, et un mois après environ, c'est-à-dire le 15 décembre, la propriété osten . nible du Canadien passait entre les mains de M. Ëtienno Mielion. C'est do'nc le nom de celui-ci, qui est maintenant enregistré ; mais des électeurs du comté de Québec^ doivent présenter une requête à la chambre, disant que leur représentant, étant ou ayant été depuis son élection propriétaire du Canadien^ et ayant reçu des sommes ti'argentdu gouvernement, soit pour impressions, soit pour annonces, a, en vertu de la loi de Tindépendanoo da parlement, perdu son siège, et les pétitionnaires demandent son expulsion. De plus, il paraît que l'on va intenter un procès en vertu de la même loi, à M. Evanturel pour avoir osé ainsi siéger, après avoir reçu l'argent du gouvernement de la manière que je viens de le dire. Un membre siégeant dans de pareilles circonstances, est passible d'une amende de £500 par jour.
Le Dr. Lame a pris la peine de nier dans une feuille de Québec, qu'il n'était pas vrai qu'il eut dit à un professeur de l'université, qu'il tenait de deux ministres, que si l'université renouvelait sa demande, un de ses
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professeurs serait nommé comme remplaçant de M. Painchaud, a Thopital de la Marine. M. Lame sait bien que je ne me nommerai pas, pour me confronter avec lui ; mais si je ne dis pas la vérité, comment se faitil que Tuniversité ait fait la démarche dont je vous aï parlé ? Allez aux sources, et vous verrez que cette fois encore, je n'ai pas menti.
Le comité de Télection de Verchères est destiné à faii-e époque dans riii-^toire du parlement. MM. Dossaulles et Barthe l'ont pris à tdche ; mais heureusement, ces deux personnages ne pèsent pas d'un grand poids dans l'opinion des honnêtes gens. M, Alexandre Dufresne* est l'homme le plus remarquable de ce comité. Se tournant l'autre jour vei*s son confrère rouge, M. Labrèche-Viger, il lui dit : — " Tiens Labrôche, si mon pays n'avait pas besoin de ma voix* dans la chambre, je sens que j'irais en prison." f Mais le brave homme n'était pas sérieux ; il n'a pas autant de dévouement à la patrie qu'il le croit. Ce qui le prouve, c'est qu'hier, il a écrit au président du comité, que la maladie de sa belle-môre l'obligeait à partir de suite de Québec, et cela, pour ne pas siéger aujourd'hui, et empêcher le comité de siéger et de procéder aux affaires. C'est un sursis qu'il donne, en violant la loi, n son ami M. Kierzkowski. J Si le gouvernement en avait donné autant aux pauvres Ayhvard, ils vivraient encore aujourd'hui.
* Député du comté d'IberTille.
t Par la loi des électious contestées, tout député faisant partie d'un comité d'élection, qui refusait, sans cause, d'assister à une séance de ce comité, était passible de la prison.
t Ce monsieur était d'origine polonaise et rei>résentait le comté de Verchères dont l'élection était contestée.
LBS CHRONIQUES QUÉBSCQUOISES. 167
Un jonmal anglais de Montréal a cru que M. Tassé, le membre de la chambre, avait été nommé médecin de la prison de Québec, tandis que c'est M. Tessier, le cousin de U. Tessier ministre des travaux publics. Il faut que ce journal anglais soit bien stupide pour Vètre ainsi trompé. C'est par circonstance, que M.
• Tas^é s*e8t trouvé dans le bureau du procureur-général, et c'est parceque M. Sicotte lui parlait de la chose, que le député de Jacques-Cartier, consentit à communiquer au docteur Landry la proposition du ministre.
A propoe de cette erreur, je vous dirai que le gouvernem.enta eu la mesquinerie de retrancher deux ou trois jours de salaire au Dr. Landry, pour ses services à la prison. On rapporte encore, que M. Evanturel a fait dire au Dr. Bobitaille du faubourg St. Jean, que c'était à lui ^ qu'il devait sa nomination de médecin de la prison. Il faut avoir du toupet pour faii^ une pareille démarche» quand on sait par l'expérience du Dr. Landry, que ses collègues ne prennent pas la peine de le consulter pour
* faire les nominations, et que c'est uniquement à l'influence de M. George H. Simard * que le Dr. Bobitaille doit la sienne.
Cest M. Boyal,f le traducteur de la chambre, qui n dit à M. Fabre, que MM. Oauchon et Langevin sont les auteurs de mes lettres. Ce sain te-ni touche aux airs hypocrites, cet ami intime de Gordon firown, ferait mieux de s'en tenir à son rôle de traducteur, car je suis bien disposé à raconter au long, toute son histoire, que je connais dans ses plus minutieux détails.
* Dépaté de Québec-centre.
t M. Joeeph Bqyal qui était alors, Ttiii deg tradncteurs ftançais de la chambre d'aisemblée, est aujoiud'htii (18S1) le dépoté ans commîmes da comté de Provencher, province de Manitoba. En réponse à cette menace de Biaise, il publia dans le Canadien du 13 Avril, 1863, vie lettre très-acerbe à Tadresse de M. Canchon.
168 L£8 CBRONiQUfiS QUiBSCQÙOtSfiB.
Hier, M. White, Tun des membres les plus mépri. sables da parti clear-grit, disait à deux de ses eollègaen^ dans un magasin où ils achetaient des chapeaux : — *' The govemment are done, they must go/* On a dit lu même chose, en d'antres termes, dans le bureau du Canadien ; Ton croit à un replfttrage * possible, et Ton aurait dit explicitement que Ton n'aurait pas d*objeC' tion à M. Gauchon s^l no tenait pas tant à M« Cartier^ que Ton veut éloigner à tout prix. Comme ces gens-lâ se font illusion, et sur le compte de M. Cartier et sur celui de M. Cauchon I Ces deux hommes publics, ou je me trompe beaucoup sur leur caractère, n'aiment pa» le plfttre, et n'ont pas d'affection pour les' édifices en ruine.
Les propriétaires du Canadien cherchent toujours un rédacteur, et ils ont été même jusqu'à offrir £400 à M. Huot, le député de Québec-est; mais ce dernier, persiste à ne pas vouloir s'enchaîner au char vermoulu de MM. Tessier et Evanturel.
M. Sandfield McDonald fait des efforts incroyables. * mais inutiles, pour gagner les députés du district d'Ottawa. Il les poursuit partout d'une hôtellerie à une autre, de l'hôtel saint-Louis à Thotei Hussell, les cajolant et leur faisant mille promesse^. Le pauvre malheureux, il promet beaucoup plus qu'il ne veut et ne peut tenir. Malgré toutes ses promesses en chambre et ailleurs, les contrats des édifices parlementaires d'Ottawa ne sont pas encore signés, et je parierais avec vous« M. le rédacteur, qu'ils ne le seront pas même à la reprise des séances de la chambre. Le premier ministi-o ent si peu content du rapport de la commission, qu'il disait l'autre jour à un député, parlant de M. Starke, le
* Expression usitée qcri signifie : réoigaBisfttion du gotfvern^iiioDl
L£â CHRONIQUES QUÉBECQUOIâES. 169
.secrétaire do la commission : " That fellow is good for nothing."
J'aurais bien quelque chose à vous dire sur mon ami Jo6on Perrault, mais ce sera pour ma prochaine lettre.
J'ai fait depuis quelques jours une délicieuse découverte. Le dernier discours de M. Eémillard était éerii depuis six mois quand il Ta prononcé. Ce discours est TcBUvre d'un jeune poète qui fréquente journellement ie bnreau du vrai petit Papineau. Il aurait, dans une conversation intime, été jusqu'à réclamer son œuvre. On se rappelle que feu M. Gosselin, dans une action civile, réclamait £25 comme prix d'un discours qu'il avait fait pour feu M. do Bleury. Le poète jouera-til au jour le même tour au grand avocat ?
Votre plus intime et plus dévoué,
Blaise.
Monsieur le Bédagtbur,
Je me suis trompé de W... l'autre jour. Ce n'est pas le W... conseiller législatif, mais bien le W... conseiller exécutif, qui a été pris pour domestique chez le contteillor T. ..par l'avocat B...
Je crois vous avoir dit que M. Evanturel avait envoyé une masse de numéros du Canadien dans le comté do Montmorency. Les prêtres de l'île d'Orléans, ont renvoyé les exemplaires qui leur étaient adressés avec ces mots : Eenvoyé par M. le Curé de..AU, voalaient par là, témoigner leur désapprobation d'une pareille conduite.
170 LES CHRONIQUES QUÉBiCQUOtSEfl.
Save^-vous qai M. Evanturel emploie pour écrire les on dit Btupides da Canadien f C'est, me dit-on, un H. Bttrocher, autrefois instituteur et aujourd'hui maître de pension. Ce M. Durocher, qui rapportait Tannée dernière pour le Journal de Québec^ et' qui cette année, rapporte pour le Canadien^ cherche depuis longtemps, à obtenir une situation à la chambre, et pour arriver H ses fins, il a réclamé l'appui des membres influents de l'opposition. N'ayant pu réussir malgré leur bonne volonté, il les calomnie aujourd'hui. S'il en est ainsi, je l'informe qu'il est entré dans une voie périlleuse, et je lut promets les soins les plus minutieux pour l'avenir.
Les frais de la commission d'Ottawa ont été réglés, et malgré leurs espérances et peut-être des promesses, les commissaires reçoivent chacun dix piastres par jour toute la durée de l'enquête (huit mois) y compris la longue vacance mentionnée dans le rapport. Le i*ésultat do leur travail est si désastreux, que le gouvernement est obligé de les sacritier aux mânes irrités de l'opinion publique. A la suite des commissaires, viennent en foule les secrétaires, interprètes, mesui*eun« et témoins, les frais de papetterle, d'impression, etc. La liste en est longue, je vous le promets ; mais ce n'est pas encore la fin, car après avoir oifert aux entrepreneurs de recommencer leur ouvrage aux prix fixés par la commission, le gouvernement a fait descendre à Québec le fameux inspecteur douanier Brunell, et le secrétaire même de la commission d'Ottawa, M. Starke, pour leur confier la préparation des devis. Ce» deux génies se sont mis à l'œuvre ; mais, 6 infortune l après un mois de travail incessant ils se sont aperçus qu'ils s'étaient fourvoyés, et en mettant de côté les mcsurages de la commission, et en prenant ponr b6se de
LES CHRONIQUKS QUÉBECQUOISEs. 171
ses calculs un système de mesurage entiôremeut nouveau. AuHsi étaient-ils arrivés à de tout autref^ résultats que ceux de la commissiod.
M. J. S. MacDonald les a congédiés avec humeur et a trouvé que M. Starke est un goodfornotkingfellow. Alors, en déê^espoir de cause, il a mis en besogne M. Eubidgè et M. Bowes, lun des anciens mesureurs que la commission avait rejelés comme indignes de confiance. M. Bowes a donc été mandé d'Ottawa et est ici travaillant on ce moment. M. Bowes est vengé; mais ce nouvel essai ne sera pas plus heureux que le premier, car M. Rubidge n'est qu'un simple dessinateur et n*a pas de léte.
Les nombreuses erreurs découvertes dans le rapport, ont jeté l'alarme dans l'esprit de M. J. S. MacDonald et M. Sheaixl, le commissaire scientifique par excellence, et M. Paterson, ancien mesureur, ont été aussi mandés. Ils sont tous deux arrivés. Je vois d'un autre coté, que M. Levèque de votre ville et mesureur de lacommission, a des inquiétudes. Il faut avouer qu'il a raison d'en avoir, et à sa place je dormirais difficilement.
M. Sheard qui ordonnait de sa propre autorité â un me>urcu^ de retrancher d'ut) trait de plume cinq mille pieds de maçonnerie bien et duemcnt faits par les entrepreneurs, parcequ'en comptant l'ouvrage fait, la commission ne pourrait pas établir que M!. Cauchon avait trop payé aux entrepreneurs; M. Sheard, que le Mercury donnait dans le temps, comme un modèle d'intégrité, d'intelligence et d'expérience, est occupé dans ce moment à trouver et corriger ses erreurs pour le ])remier ministre.
Le brave homme ! comme dit Orgon en parlant de Tartufe, il devra aussi rendre compte devant un comit*' de la ehambi'e, du motif qui l'a engagé à adopter
172 LS8 CHRONIQUES QUéBECQUOlSCS.
un système de calcul et d'évaluation pour t ouvrage fait et un autre tout différent pour Touvrage à faire.
Un système uniforme eût produit des résultats uniformes, Or, par F ouvrage fait, M. Sheard, l'âme de la commission, trouve que M. Killaly veut payer plus de quatre cent mille piastres de trop aux entrepreneurs, et pour Vouvrage à faire, son évaluatien dépasse de quatre cçnt mille piastres au moins, celle de M. Killaly, si je retranche de ses prix la portion des dommages que le gouvernement devra payer dans tous les cas.
On dit bien, pour expliquer cette prodigieuse contradiction, que M< Sheard ne s'attendait pas que Vouvrage à faire serait offert aux anciens entrepreneurs, mais le serait à d'autres! M, J. S. MacDonald évideniment n'était pas dans le secret.
M. Sheaixi dira encore pourquoi il disait à ses agcnt-^^ de ne pas amener devant la commission de témoins con traires à ses vues I
Cependant, nous n'en sommes encore qu'au deuxièmeacte ; mais attendez le troisième, et vous verrez si \v dénouement n'est pas digne de toute la pièce*
Dans ma dernière lettre, je vous ai parlé de la singulière dénégation de M. le Dr Larue. Avant d'écrire hsï petite note au Courrier,* où il niait, dans des termes un peu vagues, il est vrai, avoir dit les paroles que je lui prêtai», il avait rencontré un artiste de cette ville, M. H... et lui parlant de moi. Biaise, il lui avait tenu ce langage: "Comment a-t-il pu savoir cela? Il n'y a que L.,. qui peut le lui avoir dit, car je n'en ai parlé qu'à celui-ci et Biaise rapporte mes paroles mot pour mot.
Cependant, il avait le courage en suite d'écrire puhliqucment le contraire. Croyait-il avoir confié ni»
Du Canada.
LES CHRONIQUES QUEBECQUOISES. 173
secret à L... ? Mais comment des paroles qui devaient provoquer l'action du conseil universitaire pouvaientelles être un secret ? Car, ces paroles par leur nature même et leur but, devaient être confiées à tous ceux «lont rinitiative était demandée. Donc si le secret a dû nécessairement partir d'abord de L... si toutefois le docteur Larue ne Ta pas confié à d'autres encore, il a dû se répandre, de proche en proche, par ceux qui y avaient droit, et a pu ainsi parvenir jusqu'à moi. Moi.^ je ne l'ai reçu par que la tradition, mais par une tradition certaine.
Ainsi donc, M. Larue aurait fait mieux de ne pas prendre la peine de nier.
31. Tessier et lui sont parait-il, de grands amis, et il est évident qu'il apprend au contact du ministre.
Je viens de faire une découverte importante et dont, j'en suis sûr, le pays me saura gré. Vous savez que les clear-i^rits se sont constitués les hommos intègres par excellence, et les champions les plus ardents et les saints de l'économie des deniers publics. Savez vous ce qu'ils font pour prouver leur sincérité et leur mission ? Je vais vous le dire: MM. McKellar, McKenzie et Walbrîdge envoient chaque semaine par la malle, leur linge sale H laver, le premier dans le comté de Kent, le second à Sarnia, et le troisième à Belleville. Personne ne niera que ces hommes ont un grand talent pour Téconoroie de leurs propres deniers. Veuillez oien remarquer, que ce sont là les trois grits par excellence, et les plus pures créatures de l'espèce. Il faut donc conclure, que si ces grands économes n'avaient pas le droit d'affranchir les paquets à la poste, il ne laveraient pas même leur linge en famille.
J'ai fuit une autre découverte non moins importante. Le fait que je vais vous raconter date de l'été dernier.
174 xss CHaoNiQtTSs QnéBscauotsBfl.
Le célèbre George Sheppard et M. Buckinghnin, le secrétaire privé de M. Foley, consultèrent un avocat do cette ville M. G... pour savoir s'ils ne pourraient pan acheter le Moming Chranicle^ afin de récrire au profit du gouvernement, en laissant un intérêt pécuniaire à M. Foote ; mais M. Foote refusa péremptoirement le ftargain, ^
M. Thomas Ferguson n'avait donc paa tort l'autre jour, quand il affirmait en face do M. J. S. MacDonald, que si le Monàng Chrcnicle l'avait voulu, il serait encore l'organe du gouvernement. J'oubliais de vous dire, que Ton oflrait comme préléminaire à M. Foote, do lui payer d'aboi-d, tous ses comptes.
J'ai vu passer M. Bureau*, il a l'air singulîèreraent triste, et comme j'aime tonjours à remonter des efiotn aux cAuses, je me suis mis en quôtedinforraation pour connaître le motif de cette abattement. On m'a dit ; ** Tous ne savez pas ! le secrétaire provincial a eu, tout récemment, une conversation avec les autorités de la banque O t--« dont voici l'historique : —
— M. Bureau.— S..., vous me faites demander, que me voulez vous ?
— M. S. — Mon cher Bureau, maintenant que votre élection est terminée, il est bon que nous examinions* ensemble, comment vous vous trouvez avec la banque*.
— ^M. Bureau. — Quoi déjà !
— M. S. — On ne ^*ait pas mon cher, qni meurt on qui vit, et les bons comptes font les bons amis,
— M. Bureau. — Qu'y a-t-il de travers dans nos comptes*.
— M, S. — RieUf mais peut-être qu'au milieu du trouble et de l'agitation, vous ne savez pas le montant de l'argent
* La proposition, t Ontario.
tfiS CBRONtQtTKs QUÉBKCQUOlSËS. 175
i|Ue vovLA avex dépensé pour obtenir ces quarante-troi.s misérables voix, et pour prouver, que vos advcrsairen poarront vous battre maintenant quand ils le voudront.
— M. Bureau» frison nan t. — Quel est donc ce montant»
— M. S^ — lui présentant divers papiei'S. — Tenez, lise* plntôt vous-même»
M. Bureau lit et pâlit. ^
— M. S. — Il ne faut pas se décourager, Bureau, car je ii*ai pas envie de vous traiter durement» si vous me «tonnez de bons endosseurs. La banque ne serait pas nasBi exigeante, si elle ne voyait pas le gouvernement près de tomber» mais elle s^apperçoit que tout s'en va un diable, et que comme dans peu de jours vous n^aure/. ]>lnH de sataire, elle perdrait toutes ses avances.
— M. Bureau. — Qui voulez-vous donc pour endosseur ?
— M. S. — Je prendrais bien Ilolton.
— M. Bureau. — Oelui-là en a bien assez des billets de !>..., et je suis bien sûr qu^l me refuserait. Mais je vous offrirai un nom qui le vaut.
— M. S. — Quel est ce nom ?
— M. Bureau. — Celui de Dessaullcs...
— M. S.... part d^un éclat de rire homérique.
— M. Bureau.— Mais pourquoi donc riez-vous ?
— M. S.... — Si sa bourse valait sa g.. •le, ce serait bien ïe meilleur endosseur du monde.
— M. Bureau.— Mais comme vous y allez. Dessaulles» «|ui nous méprise tous, disant que nous sommes tous lies niais, nous défend cependant avec courage et constance.
— M. S...-^Pe.ste de pareils défenseurs ! Il vous conduim vite à la riviôi'e avec ses violences et ses mensonges. Cet homme -là ne peut pas plus faire honneur à la vérite, qu'il ne peut faire honneur à son nom placé sur le «)o8 d'un billet promissoire. Connaissex-vous, mon cher
176 LKS CHBONIQUKâ QUÉBECQUOIBES.
seciétairc, la valeur du nom que vous m'offrez? Un jour, Dessaulles poursuit le propriétaire de la Minerve^ et obtient de lui pour son caractère £100 de dommages, et M. Duvernay lui paie ces £100 avec son propre papier et au plaignant Dessaulles le niant répondit.
— M. Bureau. — Alors, attendez mon salaire !
— M. S.... — JTotre salaire, mais vous voyez bien que vous vous en allez I
— M. Bureau. — Avoir perdu en un jour mes petites épargnes, le produit de mes prêts faits à mes électeur.^ à vingt pour cent au nom de M. Dcsaulniers tsans ha permission, et après tant de sacrifices s'en aller si vite !* (Il presse ses deux grosses ^'o^to dans ses deux mains, et il pleure amèrement.) *
— M. S.... — Allons mon garçon, les banques ne vivent pas de pleurs et de sanglots, et au li#u de vous lamtsnter ainsi, comme une femme, vous ferez bien d'aller aviser car les directeurs ne me justifieront pas lorsque je leur dirai que vous êtes triste et pleurnichoux.
M. Bureau sort en trottinant et un mouchoir sur bti.'^ yeux rougis. A quelques pas plus loin, il rencontro son ami Dessaulles, qui lui demande s*il a mal auxyeax.
— M. Bureau. — Non, j'ai mal au cœur, et je pleure.
— M. Dessaulles. — Les maladies du cœur produisent souvent les larmes. Où sens-tu ta douleur?
— M. Bureau. — Ici (Il montre son cœur à droite.)
— M. Dessaulles. — Mais tu as donc lu le '< Médecin malgré lui ? " tu cherches ton cœur à droite.
— M. Bui*eau... cherchant à gauche et ne sentant rien, retourne à droite et dit moitié riant et moifiô pleurant : *' C'est bien là que nous l'avons tous le^ deux, mon cher Dessaulles, car ni toi ni moi n'avons jamais senti vibrer la mamelle gauche. Mais il s'agit
ItS OBRONIQUSS QUÉBECQITOISES. 177
bien do cela, je t'ai offert comme endosseur au caissier de la banque d'O...
— M. Dessaulles. Tu as bien fait, car j*ai des besoinn et nous pouvons nous aider réciproquement.
— ^. Bureau. — Mais on t'a refusé I
— M. Dessanllea.— La banque a bien fait; elle connail Kon monde.
II fl*éloigne rapidement, et M. Bureau reprend son rheroin et son mouchoir.
Le Canada Reconquis acquiert de la vogue, depuis le yynr où Tautour en adressait des exemplaires a M. le rnré de Saint*Pascal et à M. Chapais. Il y a quelques semaines, un amateur de la belle littérature en payait, dît-on, un exemplai]*e trente sous à vente privée ; mais lo pablie n'a pas partagé Topinion de Tamateur, et il en a vté payé un exemplaire moins frippé, vingt sous à Vencan^ l^auti^e soir. J'en sai» quelque chose j'y étais.
▼oîIh donc le sort des livi-es, et surtout de cet ouvrage remarquable qui porte pour valeur nominale sur la couverture, sept francs cinquante centimes I Pauvre Barthe, et •lire pourtant qu'à Passy, il se croisa avec M. Monmerqué- Dérochais, "dans une de ces allées perdues oii sa pensée méditative Tisolait avec ses enfants qui jouaient à pîgeon-vole, sous le i^egard paternel."
C'est sans doute, dans " les allées perdues " de Passy, \\u*\\ a appris ces phrases infinies, de ces lignes capables tie donner Tasthme aux poumons les mieux constitués et ies plus robustes.
Je terminerai sur le compte de M. Barthe pour au* Jciurd'hni, en vous informant que l'illustre rédacteur. ^sentant doais doute sa fin approcher, veut vendre sa part ^lu Canadien,
M. Labrôcho-Viger vous écrit une lettre, où il ré- «i-iame conti^e mon dire, au sujet de Temploi de Toctroî
178 LK8 CHRONIQUES QUÉBECQUOISKS.
de Chestei*. M. Bureau n'a-t-il pas réclamé, lui aussi, à regard des améliorations faîtes sur ses lots avec l'argent de la colonisation ? Cependant, si vous allez aux renseignements sur les lieux, vous trouverez que l'argent a été dépensé à la bonne placCy et que les lot# dets Labrôche n'en ont pas souffert. M. Labrèche dit quo " ce n'est pas de Targent perdu." Il a raison, car cet argent a acheté la fidélité douteuse du député de Terrebonne.
Je viens d'apprendre une importante nouvelle. Voun savez que je vous disais, dans une de mes lettres, que M. Bureau était arrivé à Québec la première fois avec '* une moustache toute flambante neuve ; " mais que^ celle-ci avait beaucoup souffert de la lutte électorale. Cette nouvelle n'est pas une nouvelle, me direz-vous. C'est vrai, mais ce qui est nouveau, ce sont, chez le secrétaire provincial, les instincts matrimoniaux développés par les succès électoraux, et son cœur lui parlo aujourd'hui, " De Foi," d'espérance et de charitt* ! Comme vous le voyez, il a les trois vertus théologales ; mais comme l'hymen suppose toujours un visage jeune, frais et beau, l'illustre homme d'état est allé, le jour même de la fête de l'AnnonciaM^ion, demander au coiffeur Bansley de la rue St. Jean, un peinturage complet^ comprenant les favoris, la moustache et jusqu'aux sourcils. Je n'ai pas besoin de vous dire que la peinture était noire, et que Bansley lui en a donné libéralement pour son argent !
Ah ! mon cher provincial, vous êtes un hypocrite. Vous cachez votre couleur ! Mais, à quoi nert, Blaine TOUS suit tous à la piste quand ses cours ne l'obligent pas d'être à l'université, et il prend un plaisir d'étudiant espiègle à vous arracher la peau d'agneau aou->. laquelle vous cachez vos appétits ioupeurs !
tSS CH&ONIQtJES QU£bECQUOI816. 171*
M. Evantarel n'a pa» autant de vertus théologales que 80D collègue rouge, mais avec '' la chance '* il lui reste au moins la charité.
Le Mercury et les autres feuilles ministérielles répandent le bruit que l'opposition est divisée, qu*elle a prononcé la déchéance de M. Cartier et que les chefs du parti se querellent entr'eux. Je puis voua assurer, car j*ai l'oreille de tous ces hommes, que l'harmonie la plus parfaite règne parmi eux. Le gouvernement ne le saura que trop après la vacance.
Jamais, au dire des mieux renseignée, un cabinet ne s'est trouvé dans une position pareille ; jamais, avec un appui moral et matériel si faible, en face d'une opposition aussi forte en nombre et en talents ; jamais, si déçu dans ses espérances et dans ses calculs; jamais aussi humilié dans ses œuvres, et aussi écrasé par les i-éeultats ; jamais aussi confondu et flétri dans ses desseins de haine et de vengeance.
J'ai reçu une lettre d'un commis sur l'efficacité de la milice volontaire ; je vous la communiquerai dans ma prochaine j j'ai du reste encoi^ bien des choses à vous dire.
Blaise.
N. B. — Dorénavant ne m'adressez plus vos lettras à l'université, car vous éventeriez la mine ; écrivez : Posif restante.
180 LES CHRONlQUiSS QUÉBEC QU0IBX8.
Monsieur le Rédacteur.
Je viens d'apprendre une nouvelle qui m'a chagriné au dernier point. Comme M. Bureau sortait de chez le coitleur Bansley tout parfumé, le visage orné du haut en bas d'un poil noir d'ébène, il pleuvait presque à torrents. L'illustre... provincial n'avait pas de parapluit), et son chef auguste, comme celui du plus humble mortel, dut être exiK)sé à Tinjure du temps. Soit que le cosmétique de Bansley ne fut pas comme il faut, ou que le poil du ministre, trop gras de parfums accumalés, ne fut pas bien préparé, l'eau qui coulait abondamment du ciel, entraîna impitoyablement avec elle, la peinture noire qui devait faire sa fortune ma£ri monial^, et la distribua en larmes de deuil profondément sombres sur la figure, la chemise et les éclatants habits de l'honorable secréttiire. C'était à en perdre l'une des trois vertus théologales qu'il avait choisies pour boussole et pour guide. C'est dans cet état pitoyable, que je l'ai rencontré sur les chars à son départ de Québec.
Avez-vous au moins à Montréal, des émules de Bani^ley, et comme lui des coiffeurs du prince de Galles, car alors le mal ne serait pas irrémédiable, et les vôtres pourraient reprendre le peinturage À son ]*etour de Saint Kémi où, dît le Canoilien^ il est allé régfer des affaires df famille.
Comment se fait-il que M. Royal trouve le moyen d'aller passer des vauinces parlementaires à Montréal, tandis que ses confrères traducteurs travaillent si fort à Québec, et que la traduction, au moins, est de beaucoup plus considérabh^ qu'à aucune autre fpoqne de cette session, nu même des sessions précédentes ? Kii télégraphiant à l'Orateur il a, dit-on, obtenu son exil ;
ttt8 CnROKtQmsS QUiBBCQroiSSS. 181
malfi devait-il le demander dans ces circonstances, et lorsque le pays le paie pour ses services £400 par année ou plutôt par session.
Le rapport de M* Simpson au sujet des employés de la chambre, tout court quUl est) fourmille d^erreurs de faitâ ; Von en compte pas moins de quatorze dans une seule page. II n*a donc pas été plus heureux ici, que daDB son appréciation de la dette publique.
lie gouveroement, pour conserver un Votant rétif ûans la chambre, passait, il y a quelques jours, un ordre en conseil qui sera cause d^un grand scandale dans le penple et dans la Chambre, quand la rumeur, aux cent %*otx, l'aura porté jusqu^à eux.
Un employé du télégraphe, en laissant son logis pour un autre, aurait oublié, derrière lui des documents très^ i-onipromettants pour certains ministres. Ces documents se rapporteraient à la dernière élection du comté de Perth, où M. Thomas Daly a été victorieux contiT te candidat du gouvernement, M. MacParland.
Vous vous attristiez, sans doute, il y a un instant. quand je vous racontais, sur le visage auguste de M. Bureau
<<^. . . . du temps l'irréparable outrage ; '^
mais cette fois réjouissez-vous ; la PÂque approche, et les ministres parlent d'aller à l'école. C'est M. Tessier qui a pris les devants.
Il est dans son bureau, taciturne, morose et pensif; mai» par instants^ il a des mouvements saccadés et rapides comme ceux produits par la bouteille électrique. Il ae lève tout à coup, agite violemment le cordon de In clochette. La porte s'ouvre :—
— ^M. Tessier. — Mîchael ?...
-— KîchaeU — Sirrr?...
182 LES CHRONIQUES QUÉBBCQU0I8BS.
— M. Tessier.— Michael, go for Mr Thom.
— Michael. — For which Thom, Sirrr ?
— M. Tessier. — Mr. Thom the schoolmaster, dont joii know ?
— Michael.—Yes Sirrr, I will. What will I tell hîm ?
— M. Tessier. — Tell him to corne, I want to speak to him.
— Michael. — Ail right, sirrr. Is it for you boyt?, sirrr?
— ^M. Tessier, — That is no business of yours ; do you want to tell it to Biaise?
Michael; riant et ouvrant les yeux. — Blases, Sirrr, I hâve no talk with that fellow, Sirrr. He is too hot for me, Sirrr ?... ah ! ah 1 ah !...
Il ferme la porte respectueusement et chemine vers la rue Sainte-Angèle, en passant alternativement par la rue Saint-Dominique, la côte de la prison et traversant la rue Saint- Jean.
Il revient un quart d'heure après, en annonçant "SI. Thom l'instituteur.
— M. Tessier. — Entrez, M. Thom ; il y a longtemps déjà que je désirais vous voir.
— M. Thom. — Qu'y a-t-il à votre service ?
— ^M. Tessier. — Donneries-vous des leçons de chiffre^ ? On dit que vous savez bien les règles de l'arithmétique.
— M. Thom. — Vous me faites là un bien maigre compliment.
— M. Tessier. — Diantre, vous èt<5s difficile, vous. Moi je suis ministre, et je voudrais bien qu'on pût mv le faire.
— M. Thom. — Vous voulez rire à mes dépens, car }^ ne vois pas pourquoi vous m'auriez fait venir, pour me faire de pareilles questions.
LSS CHRONIQUES QUfiBECQUOISSS. 183
— ^M. Tessier. — Mon cher monsieur, j'ai trop de soucis pour badiner, je vous l'assure. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il est devenu évident pour moi, que la connaissance des quatre règles élémentaires de Tarithmétique, est chose très-utile. Tant que je n'ai pad été ministre et que je ri'MJ attaqué personne, on m'a laissé tranquille et j'ai même pu, en me taisant, ou en •iit«ant Oué !... tout cpurt, passer pour habile ; mais depnis, j*ai filé un bien mauvais coton. J'ai voulu '^hiffrer sur la dette publique, et le Journal de Québec m'a pris à tâche, et plus impitoyable que lui, me poursuit comme mon ombre, ce Biaise maudit, que je voudrais avoir sous le talon pour l'écraser et l'anéantir.
— M. Thom. — ^Vous aviez affaire à forte partie en vous attaquant au Journal] car c'est un rude jouteur qui a passé sa vie à écrire et à lutter. Je vous avoue que je ne pourrais vous apprendre à vous défendre contre lui ; il en a tant démoli déjà de plus forts que vous et moi. Quant à Biaise^ j'en ai bien entendu parler, m^is je ne l'ai pas lu. N'avez- vous pas de bons écrivaine pour vous faire défendre ?
— M. Tesaier. — ^Les écrivains sont rares, je veux dire les bons..
— M. Thom. — ^11 faut bien que cela soit puisque vous vous servez de M. Barthe !
— ^M. Tessier. — Que voulez-vous, mon cher M. Thom ! ^ je pouvais au moins découvrir cet abominable Biaise^ qui est partout, entend tout, voit tout et dit tout. J'ai placé de^ sentinelles dans l'université, dans la chambre, dans ce bureau, dans celui du Canadien et partout enfin, pour le surprendre et le faire saisir ; mais il est insaisisable, et se rit de ma police.
184 LES CHRONIQUES QUCBECQUOISES.
M. Thom. — Cela est bien triete, mais à votre place je le laisserais dire et faire, et je le ferais taire à force d*habileté et de brillants actes d'administration.
— ^M. Tessier. — Oué I comme vous y, ailes vous ! CTest plus facile à dire qu'à faire. J*ai fait Emmay* il a rî (TBmma, J*ai fait un rapport comme président de rinstitut-Canadien, on m'a changé mon rapport de fond en comble, parcequ'il n'était pas écrit en français ; il a livré mon rapport aux sarcasmes de la foule. J'ai écrit une lettre à la banque Nationale en me retirant ; il a en^ core ri de cette œuvre que j'avais pourtant bien travaillée. Jai fait un discours à l'université, le jour de son inauguration ; il a dit, et j'ai bien peur que ce soit le sentiment universel, que j'avais été stupide et niais. J'ai voulu parler à mes électeurs de la dette publique, et j'ai fait une erreur de vingt-neuf millions de piastres. Le Journal me l'a dit assez souvent, et Biaise est venu cruellement me le reprocher après lui. Enfin, j'ai fait dans mon rapport des travaux publics, des calculs sur le commerce qui m'ont perdu à jamais ; mais je n'ai pas été plus bête ici qu'Howland et McDougall.
— M. Thom. — J'ai lu les débats auxquels vous faitch allusion, et je dois dire que vous avez raison.
— ^M. Tessier. — On dit que je suis ignorant ; mais au moins, je ne suis pas le seul de mon espèce. J. Sand* field, notre chef, s'en fait beaucoup accroire depuis qu'il est ministre, mais il n'est pas fort non plus, lui. Il ne sait pas écrire sa langue, dito pourFolej, idem pour Howland. McGee a bien la langue affilée, mais des Anglais qui sont bons juges, m'ont dit qu'il écriTait, lui ausbi, incorrectement la langue anglaise. Pour Evanturel, vous le connaissez comme moi, ce n'est pas le
* Voir le Répertoire national, vol. 2, page 17.
LES CHRONIQUES QUiBECQUOISE.^. 185
diable, ce n'est rien du tout; et pourtant, il se donne yi8-à-viB de moi, comme vous avez pu le lire dans Biaise, (les airs de matamore et d*homme d'esprit, qui vont ma( à sa taille. Je le laisse speecher et je loi enlève, au nez, les nominations.
— M. Thom. — Monsieur, je vous laisse, car mes écoliers m'attendent. Vous m'avez parlé de bien de» choses; mais j'ai compris que vous m'avez mandé principalement, pour savoir si je ne pourrais pas vou^ enseigner à calculer I...
— M. Tessier. — Oué! c'est pour ça principalement.
— M. Thom. — Quel âge avez- vous T
— M. Tessier. — Quarante-cinq ans.
— WL Thom. — Il est trop tard monsieur, pour apprendre à votre âge si vous ne savez pas déjà ; mais quand vous serez embarassé dans vos calcula, je vouk enverrai l'un de mes plus jeunes élèves, le premier venu, et je vous promets qu'il ne fera jamais un erreur de vingtneuf millions de piastres. Du reste monsieur, quand même je vous montrerais à calculer, ce n'est pas seulement la faculté de compter seule qui suffit, il faut encore le jugement, qui seul, vous permet de vous bien servir de vos chiffres. J'avoue en toute humilité, que je n'ai pas encore trouvé le secret d'enseigner le jugement.
M. Tesaier lui dit comme il sort. — C'est bien dommage, car nous avons partout des erreurs graves de jugement ; PoIhj, dans son affaire du Grand-Tronc et dans soD rapport des postes, MacDonald, dans son rapport sur la milice et ses difficultés, sur ce même siyet, avec le gouverneur-général et le duc de New-Castle, puis dans la commission d'Ottawa, qui nous livre au ridicule, et moi, dans mon rapport. Je vous en prie
186 LB8 CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
M. Thom, si vous trouvez le secret du bon sens vendez moi le, je vous le paierai bien, je vous le promets.
M. Thom sourit d'un air narquois, et s'éloigne, en fai sant un salut de biais, pour ne pas laisser voir sa phisionomie moqueuse.
M. Howland survenant au moment même où M. Thom laisse le bureau des travaux publies, -demande au commissaire le nom du partant
— M. Tessier. — C'est M. Thom, le célèbre instituteur qui enseigne à chiffrer ; je l'ai fait venir pour prendre, de lui, des leçons d'arithmétique.
— M. Howland. — I guess, that man is élever, will you engage him for me also.
— M. Tessier. — J'ai parlé pour nous tous, car, voua le savez nous en avons tous besoin ; mais ce qui m'attriste, c'est qu'il m'a dit qu'il n'enseignait pas le jugement.
— ^M. Howland. — What a pitty, for we were humiliatcd most dreadfuUy by Kose the other night, and...
A cet instant la porte se ferme, et on n'entend plus que des sons confus.
Je vous apprenais dans ma dernière, que j'avais reçu une lettre d'un de mes amis, sur l'organisation de la milice; je vous l'envoie pour que vous la publies, 54 votre loisir, in extenso,
Blaiss.
. LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 187
Mon cher Blaihe.
Je ne vous connais pas et cependant je vous aime. Je vous aime parce que vous oses dire de grandes vé> rites; je vous aime parce que je trouve chez vous Tindépendance et la sincérité, et que ces deux grandes qualités deviennent de plus en pins rares dans notre monde politique ; je jwus aime en 6 n, parce que vous êtes détesté ^2kv plusieurs. On dit que vous êtes trop malin ; mais n'avez- vous pas cent bonnes raisons de Têtre davantage ? On vous accuse de dire é^^ perf/mnalitéèj mais le moyen de ne pas s'apercevoir qu*Evanturel a une crinière, et que Tessier tient toujours les deux mains dans nés ]>ochee pour y caresser .*«c>n portefeuille. Enfin, on va jusqu'à dire que vous êtes biunl ; mais à un esprit léger comme M. Fabre, vous devez nécessairement paraître avoir beaucoup de poids. Donc, je vous donne l'absolution de tous les péchés qu'on vous met ear la conscience, et je veux même vous faire pécher encore.
Connaissez-vous un peu, en quoi consiste Torganisation militaire opérée dans les campagnes avec les $250,- 000 obtenues dans la dernière session par le ministère McDonald-Sicotte. Savez-vous un peu, quel sera le résultat de cette organisation d'une milice de 25,000 hommes, dont les trompettes n'ont été jusqu'ici embouchées que par MH. les ministres pour répandre par la province, la bonne nouvelle de cette œuvre colossale ? Non, vous ne le savez pas, car si vous le saviez TOUS en auriez déjà dit plus que je puis vous en dire.
J'ai deF intelligences dans la campagne, et grâce aux informations que j*en ai reçues, je puis vous édifier un peu. sur le sujet. Dans plusieurs paroisses que je con- 12*
188 LKS CHRONIQUES (JUÉBECQtlOltiCS.
nais parfaitement, et qui ont montré un zèle et un en^ enthoubiasme sans pareils, voici ce qui a été réalisé.
Gr&ce à Tamliition do quelques-uns et à leur engouement pour les titres de capitaine, lieutenant et autres, des compagnies se sont formées et sur avis donné au gouvernement de la formation d'icelies, des habillements et dos armoH ont été expédiés à grands frais. Il y a eu des démonstrations militaires. Les compagnie» ont exhibé, à plu^ieurs reprises dans les rues, leurs baïon* nettes flamboyantes et leurs accoutrements. Mais ce fut tout ; et quand le spectacle ne fut plus nouveau
*< L'ennui naquit un jour de runiformité.^'
la bannière fut peu à pou désertée, et en. définitive, voici ce qui est resté. — Douze ou quinze par compagnie continuent encore à s'exercer assez régulièi*ement, et les autres trouvent qu*il vaut mieux laisser dormir leurs carabines dans leurs maisons, et se promener ou aller à leurs travaux, bien chaudement enveloppés dans len belles capotes que le gouvernement leur a données. An boiSf à la grange, à la boutique, jusqu'à TËglise, vous le^ rencontrez atfublés de leurs capotes — à tel point que vous prendriez le village pour une caserne, ou pour le camp des américains du nord. Dans les rues, votts« apercevez çà et là, de grands gaillards qui, appuyés sur leurs longues carabines, et les yeux tournés vers le fleuve, se proposent de faire ce printemps, un massacre général des outardes et dos canards. Vous y rencon^ trez aussi des pelotons do soldats nains, et en les questionnant, vous apprenez quo leurs pères sont soldats, et que leurs mères ont coupé, taillé et adapté à leur petite taille les capotes de leurs papas. Voilà les fruits de Torganisation dans ces localités. Aussi, le ministère McDonald'Sicotte devient-il populaire; car disent le»
LVs CBKONI0UE8 QUÉBEGQUOISES. 189
gons, c est la seule admîniBtratîon à qui le Seigneur pourra dire quand elle mourra: ''Jetais nu et vous m'avez donné un vêtement; j'avais faim et vous m avez nourri de canards^' En attendant, le ministère doit avoir le remords d'avoir créé dans ces paroisses de grands fl&neurs, qui auraient travaillé pour gagner leur habillement, mais qui maintenant, se chauffent gaiement au soleil sous la capote du gouvernement.
An reste, ce qui se passe là, se passe partout ailleurs, et vous vo3'ez dès lors où sont allées et à quoi ont servi les $250,000 de la province.
Est-il besoin de vous dire maintenant, ce que ferait cette belle milice organisée dans le cas d'une invasion américaine ? Mais vous devez le deviner. C est à peine si, dans chacune de ces compagnies, qui coûtent $1,000 à S 1,200, 1 on trouverait douze à quinze hommes disciplinés et capables des évolutions les plus élémentaires.
Alors donc, mon cher Biaise, vous n'êtes pas informé de ce qui se passe dans les campagnes, puisque vous avez laissé Tadministration se vanter d'avoir organisé nne milice et de n'avoir dépensé dans cette organiser tion que $250,000.
Pourtant, tout le monde conviendra que cette organi- Mition, telle quelle, est ce que l'administration McDonald-Sicotte a fait de mieux I... Que penser donc du reste?
Je devrais m'arrêter ici» mais je suis M. P. P., membre pour parler^ et j'ai une démangeaison de dire, que vous roe pardonnerez j*espère. Je me suis mis en tête, il y a quelques jours, de composer une chanson sur la situation actuelle du ministère et sur ses craintes pour l'avenir. Je ne suis guère plus poète que |^M. Bureau, nuM enfi^, me suis-je dit, je pourrais bien avoir autant de gomt pour la poésie que MM. Tessier et Evanturel en
190 LSS CHRONIQdBS QUfBECQUOISSS.
ont pour le portefeuille, et j'ai chansnnné. Voici lo dernier couplet, que vous voudrez bien communiquer à M. Bureau qui, Rur les banquettes ministérielles, ressemble à un maltre-chantre au lutrin :
kiKdela Marseillaise.
En vtàn gardons-nous l'espérance
De vraincre nos fiers opposants.
Ils rient de notre résistance
Et comptent déjà nos instants ! (iû)
Mais quand apparaîtra l'aurore
De ce jour trois fois malheureux,
Aux honneurs fiûsant nos adieux,
En chœur nous chanterons encore :
Au coflfre, chers amis ; volons chers compagnons \
Volons, volons l (6m.>
Qu'un flot d'argent inonde nos maisons ! j
Un ami de Blaise.
Monsieur le Rédacteur.
Vous rappelez-vous Tancienne Pléiade Bottge où M. Jobin^ lo député, faisait le rôle de bonne auprès de TEnfant Terrible, et remplissait celui de blaar^hi^sseur et de coiffeur auprès du vieux Dr Valois ? eh ! bien, M. •Tobin a perdu ces deux emplois et s'ennuie. S*adressant au procureur-général du Bas-Canada : '* M. Sicottc. lui dit-il de sa voix la plus douce, c'est dommagis gaidez-voir; le pauvre !...Moi, vous savez bien, ça ne nu* fait rien."
— M. Sicotte. — Qu'y a-t-il donc, mon cher Jobin ?
— M. Jobin. — Ça me coûte de vous le dire, mais tout le monde est dégoûté de McGee. Il est malpropre.
LES CHRONIQUES QUÉBECQCOISES. 191
— M. Sîcotte. — Que voulez-vous y faire, mon pauvre Jus ?
— M. Jobin. — Voule.z-vou8 m'en confier le lavage et le jfeignage à Fentreprise ; j*ai pratiqué le métier autrefois, auprès du père Valois et je pense qu'une double lessive, très-forte, ferait Taffaire ; cependant je n'en répondrais pas encore, car il y a si longtemps que le lavage y a passé.
— M. Sicotte. — Vous voulez entreprend!-e là, une besogne bien difficile, et Sandiield s'y opposera et avec beaucoup de raison ; car il soutient, que tantquH faudra se tenir le nez pour arriver aux portefeuilles, Topposition ne sera pas tentée d*en approcher.
— M. Jobin. — Moi, je n'ai jamais de chance. (Il s'éloi- <rne.)
Je vous ai raconté dans mon avant-dernière lettre, ce 4|ui se passait dans le bureau des ti-avaux publics an sujet des édifices parlementaires d'Ottawa. Je croiK voas avoir déjà dit, que MM. Brunel et Starke? avaient abandonné la besogne des devis après un mois de travail, et qu'on avait fait venir M. Bowes, l'un des anciens mesureurs. Je puis maintenant ajouter, qu'on a aussi fait mander M. Sheard, M Gundry et M. Paterson i le premier, commissaire, et les deux autre, mesureurs.
M. Sheard et ses assistants, sont occupés à corriger les quatre ou cinq cents grossières erreurs qu'ils ont commises, et il parait que M. John Sandtield McDonald a donné un terrible blowing up à M. Sheard pour ses honteuses bévues et pour son ignorance.
Vous savez que le Mercury avait annoncé que le gonvornement reprendrait les mêmes architectes ; mais M. John Sandfield McDonald a changé d'opinion depuis, en
192 LES CHRONIQUES QUÉBBOQUOISES.
disant qu'il fallait des victimes (pour satisfaire l'opinion publique). Sur les quatre architectes il n'a repris que M. Fnller, parceqn'il lui en fallait au moins un, qui put conduire les travaux A M. Fuller a été adjoint M. Charles Baillargé,* sans doute pour le récompenser de ses basses intrigues auprès du commissaire des travaux publics, et du témoignage qu'il a rendu, volontairement, devant un comité du conseil législatif pour se rendre propice M. Keefer.
M. Baillai gé est d'autant plus recommandable qu'il u dépensé £2,200 dans les lieux d'aisance de l'hôpital de la Marine, sans encore avoir pu les terminer.
On peut dire qu'il s'attache une fatalité à ces édificer^ d'Ottawa, et Ton peut dire aussi, à la chose publique. Vous savez qu'il y a un journal anglais de cette ville, un organe du gouvernement, qui a menacé plusieurs de^i anciens ministres d'affreuses révélations; vous savez encore, qu'il existe une commission dite : commission financière qui siège à Québec, et que celui qui menace dans le journal en question, est aussi l'un des membres de cette commission ; vous savez également, que ce journal a écrit de grands articles où il accuse fortement la conduite de HM. Rose et Cauchon, comme comminsaires des travaux publics à l'égard des édifices dont je viens de vous parler. Que diriez-vous, si je prouvais que ce juge de la moralité des hommes publics a offert de vendre sa plume, et de défendre pour une considération pécuniaire, architectes et entrepreneurs ?
Je ne vous en dirai pas plus long sur son compte pour aujourd'hui ; mais je puis vous assurer que j'ai mes preuves. Aujourd'hui, en sortant de Tuniversité et en
* M. Baillaigé est aujourd'hui ringénieur civil de la corporation Municipale de la ville de Québec.
LKS CQRONIQUBS QUÉBICQUOISKS. 193
• doseendant la rue delà Fabrique, j*ai jeté nn regard sar la maison qui a été témoin du complot et des mystérieuses conversations.
Votre fidlàle et dévoué,
Blaisi.
Ici se terminent les " Chroniques Québecquoises " de Biaise. Kn Septembre 1864, elles furent reprises sous lo titre de *^ Lettres Québecquoises " et sous le nom de {dame de Pierrot, mais il ne parut qu*une seule de ce^^ lettres. Nous l'ajoutons aux Chroniques afin de faire un tout complet.