‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 33 sur 57 · CHACUN DOIT SB SERVIR DE SA PROPRE RAISON POUR TROU- VER LE VRAI · texte numérisé non relu

CHACUN DOIT SB SERVIR DE SA PROPRE RAISON POUR TROU- VER LE VRAI

Ce n*e8t pas moi, mais M. Dessaulles qui a fait imprimer ces derniers mots en gros caractères. C'est la formule de sa religion actuelle, le rationalisme, et la plus simple logique devait le conduire là.

Il est donc actuellement hors de l'Pglise Catholique. Après lui avoir donné plusieurs batt<ers, il Ta enfin trahie et reniée. Il n'est pas seulement tombé dans le Kchisme de Doellinger et ses amis, il est rationaliste, et pour la première fois, il a osé publier le dogme unique de sa croyance I

Comment M. Dessaulles en est-il venu là ? Ce serait une histoire à raconter qui ne manquerait pas d'intérêt, mais qui n'offrirait nen de neuf. Elle ressemble à celle de tous les hérétiques. Elle commence par une condamnation de l'ordinaire à laquelle on refuse de se Houroettre.

Rome est saisie de l'affaire, et finalement, une congré> gation romaine condamne les révoltés, qui ne se soumettent pas davantage. Cest ainsi que la séparation commence et l'orgeuil fait le reste.

Voici maintenant la voie que l'esprit a suivie pour arriver à la séparation. M. Dessaulles a commencé par

prêcher la tolérance religieuse et la liberté de coiircience. Au nom de la charité, il voulait que tout fût permiH, et qu'on laiss&t à Terreur ses coudées franches. Suivant sa thèse., il fallait étudier Terreur pour connaître la vérité, pratiquer le mal pour le mieux discerner du bien.

C'est la thèse de trop de gens pour que je n'en montre pa8 Tabsurdité.

Je suppose que vous êtes berger, et qu'un nombreux troupeau a été placé sous vos soins. Tout-à-coup vouh vous apercevez qu'un loup vient de pénétrer dans la bergerie, et a déjà dévoré une de vos plus belles brebis. Qu'allea^-vous faire ? Le tuer si vous pouvez ou le chasser immédiatement? — Non pas s'il vous plait. Connai^sez mieux les lois de la tolérance, et les devoirs qu'e^e^ vous imposent. Ce loup a faim, il faut qu'il mange. C'est son droit de vivre, et tous les droits doivent êîre respectés. Il est d'ailleurs de bonne foi, et ce n'est pa^ sa faute s'il est un peu porté au mal par sa nature. Songez d'ailleurs qu'il a reçu une mauvaise éducation, et que depuis des siècles sa famille vit de brebis. Donc, soyez tolérant, et traitez-le avec charité. Prenez sa bonne foi en considération, et pour n'en pas faire irrévocablement un mauvais sujet, transigez plutôt sur voes droite. Par de bons traitements, vous en ferez peutêtre un bon citoyen. Et quelle gloire ce serait pour vous I Si les ancêtres des loups avait été traités <ie l'.ette manière, nous n'aurions plus que des moutons !

Quant à la brebis mangée et à celles que le loup pourrait manger encore, c'est bien triste pour vous, mais croyez-moi, les brebis qui se laissent ainsi mangvr ne sont pas de bonne race. Elles avaient un secret attachement pour le loup, et elles auraient toujours

POBT&AlTâ KT PASTSLB LlTTÉRAlBËâ. 3Sî)

(ini par lui appartenir. Une brebis bien née peut vivre avec les loups sans danger.

Tels sont, mon brave berger^ les conseils de la tolé> rance, et si vous les suivez, vous serez moins prudent et moins sage que ne l'a été Téminent évêque de Montréal.

*' Fuyez les loups," disait le saint prélat, à son troupeau. Ne lisez pas les mauvais livres.

" Au contraire, répondait M. Dessaullos ; pour connaître le» loups je veux vivre avec eux. Pour wavoir ce qui est bon, je veux lire ce qui est mauvais. Pour augmenter Tamour et Tadroiration que je dois avoir pour TEglise, je veux connaître tout le mal qu'on en dit. Pour être bien sur qu'Elle est dans le vrai, je veux apprendre toutes les erreurs qu*on lui reproche. Pour mieux apprécier toutes les beautés du Vrai, je veux juger libi*ement de tous les charmes qu'on prête au Faux."

<'En un mot, concluait la brebis DessauUen, je n*ai besoin de personne pour me conduire, et je suis le seul juge de ce qui me convient.

** Pour parvenir heureusement à Téternelle bergerie de réternel Pasteur, je veux faire le voyage de la vie dans la compagnie des loups.*'

Aussitôt fait que dit. et M. Dessaulles n*a plus voulu abandonner cette chère compagnie. Est-il étonnant qu'il soit maintenant si éloigné du bercail ?

Avec les loups il a pris le pasteur en haine, et lui a juré vengeance. Tous ses écrits sont des explosions de cette haine, et des satisfactions de cette vengeance !

Depuis des annéet, la tendance générale de toutes ses études, a été de trouver des motifs pour justifier sa révolte, et pour autoriser sa séparation définitive de i^Eglise. Il a fait collection de toutes les accusations portées contre elle par les incrédules. Il a noté, avec

390 PORTRAITS BT PABTBL8 LITTÉRAIRB8.

un esprit prévenu et un coeur plein de fiel, les divergences d'opinion qui, à toutes les époques de Thistoire, He sont produites dans une partie du clergé catholique. II a compté avec une joie mal déguisée les erreurs dans lesquelles ont pu tomber certains prêtres, certains évèques, et même certains conciliabules, et comme son ignorance est à la hauteur do sa mauvaise foi, il en tire argument cx)ntre l'Eglise, et nie ^a divine autorité.

Ce n'est pas ainsi qu'un vrai savent raisonne. Dans tous les siècles, il y a eu an sein du clergé catholique des misères et des faiblessei^, dos divergences d*opinion et des erreurs ; en un mot le clergé a toujours été composi« d'hommes qui n'étaient pas totalement exempts des imperfections humaines, et cependant TËglise cathiilique a conquis le monde et elle poursuit sa marche triomphante dans la plus admirable unité. Ni les hérésies, ni les schismes, si nombreux qu'ils aient été, n'ont pu rompre cette unité de dix-huit siècles. Donc l'Ëglise est d'institution divine. C'est ainsi qu'il faut conclure, quand la logique n'est pas l'esclave de la passion.

Si M. Dessaulles cherchait sincèrement la vérité il la trouverait jusque dans ces discussions religieuses dont notre pays est témoin, et qui ne sont un scandale que pour les ftmes faibles. Il se demanderait si ces évêquet» qu'il représente comme se faisant la guerre ne s'accordent pas tous sur les questions dogmatiques, et s'il y a un seul dogme catholique pour l'affirmation duquel iln ne seraient pas tous prêts à souffrir le martyre; et il serait forcé de répondre : ** Oui tous ces évèques, malgré leurs différends et leurs polémiques dans Tapplication de quelques principes, croient toutes les vérités défiriîof* par l'Eglise et les Souverains Pontifes, et ils sont tx>uH d'accord à me condamner.

Mais M. Dessaulles n'écoute que son amour pour l'InsiitutrCanadien, son unique enfant, et sa haine contra les autoritéji religieuses qui Tont condamné.

Cet amour et cette haine sont les mauvais conseillers qui Tont fait entrer dans la voie que nous avons indiquée, et^qui Tout conduit à Terreur et au mensonge, au nom de la tolérance religieuse et de la liberté de conscience.

Lorsque j'ai commencé ce portrait, qui est exclusivement littéraire, Je me proposais de rire, et d'amuser un peu le public aux dépens d'un imitateur des grimaces de Voltaire. Mais on comprendra comment j'ai perdu le courage de plaisanter, lorsque j'ai compté tous" les outrages prodigués à l'épouse du Christ par cet écrivailleur sans style ni grammaire. Malgré moi, je suis devenu sérieux et le sarcasme s'est glissé sous ma plume.

J'ai démontré par des citations que M. Dessaulles ne Hait pas écrire, et j'espère que sur ce point personne n'aura plus aucun doute.

J'ai prouvé qu'en repoussant l'autorité de l'Eglise et en dénigrant ses enseignements, M. Dessaulles en était arrivé logiquement à professer le rationalisme, et j'ai indiqué le chemin qu'il avait suivi pour descendre à ce degré d'incrédulité.

Il ne me reste plus qu'à conclure, en ajoutant que M. Dessaulles ne mérite pas le titre de savant que ses quelques amis voudraient lui décerner.

Peut-on appeler savant un homme qui ignore l'Eglise? Certainement non; or l'Eglise est l'institution <iue M. Dessaulles ignore le plus. Il connaît ni sa corn»f itntion, ni son histoire.

byGoogre

892 PORTRAITS ET PASTELS LtTTÉRAlRKS.

La preuve qu'il ignore totalement la constitution de l'Eglise, c'est qu'en repoussant les décrets du Concile du Vatican, et en se moquant du dogme de rinfaîllibiiité il se dit encore catholique.

Une autre preuve encore, c'est qu^au nombre deei raisons qu'il fait valoir contre le dogme de rinfailiîbi Iité, il invoque le fait que les évéques de Id minorité représentaient une population plus grande que ceux de la majorité.

Ne croirait-on pas que les Pères d'un Concile sont len représentants du peuple^ soumie au régime constitutionnel ?

Jusqu'à présent, vous aviez cru sans doute, qQ*un Concile est une assemblée convoquée par le Pape pour déterminer l'enseignement de Jésus Christ sur une question ? Eh bien, lecteurs, vous vous trompiez, paraît-il ; un concile est convoqué pour faire connaître l'opinion du peuple ! C'est le peuple qui parie par la l>ouche des évêques. Et dès lors, vous imaginez facilement quelle autorité pouvait avoir la parole de plusieurs Pères du Concile qui représentaient des tribus^ sauvages !

Pauvre M. Dessaulles ! Il connaît encore moins la constitution de l'Eglise que sa syntaxe, et ce n'est pas peu dire I

^^ Mais au moins, diront ses amis, il connaît Thistoire* Il y a trente ans qu'il l'étudié avec une recrudescence d'énergie rare, et il n'a pas étudié autre chose. Il a totalement négligé la littérature et même la grammaire } mais l'histoire de l'Eglise est son domaine, et c^est dans cette branche qu'il est un vrai savant."

Examinons cette nouvelle prétention des amis dn pamphlétaire, et voyons s'il mérite vraiment, qu o» l'appelle un historien savant.

Qu'est-ce que connaître l'histoire? Est-ce connaître simplement des faits et des dates?— Evidemment non. Savoir l'histoire de l'Eglise, (c'est particuliàroment de celle-là qu'il s'agit) c'est en connaître tous les événements importants et l'enchaînement de leurs causes; c'est avoir sur tous les faits généraux une vue d'ensemble, et être capable de les grouper et d'en faii*e ressortir les enseignements.

Or, ce n'est pas là le genre de connaissances que M. Dessaulles possède. Ses brochures ne sont pas de l'histoire, mais des compilations sans unité, ni sjmétrîc. Pour être historien de cette façon, il suffit d'avoir des livres et une paire de ciseaux.

M. Dessaulles a beaucoup lu, je lui reconnais ce mérite ; mais il a très-mal lu. Il a fait collection d'un :xrand nombre de petit faits, et de citations, et il a jeté tout cela pêle-mêle dans ses Anntuiires et dans sa Gr*inde (iuerre Ecclésiastique. Il n'a pas su disposer ses récits^ ni leur donner la clarté, la brièveté et l'ensemble. La synthèse de l'histoire est un travail qu'il parait ignorer complètement. Quant à la vérité, j'ai déjà dit le mépris qu'il en sait faire.

Donc les brochures de M. Dessaulles, jugées à la lumière des préceptes qui doivent guider l'historien, démontrent son ignorance en histoire ecclésiastique, <'omrae son stjMe prouve une absence complète de ï *tér»ture.

Un grand penseur de notre temps a dit :

*' L'ignorance a mille formes ; mais on particulier elle en a une. Il y a une méthode qu'elle préfère. Elle a un goût, une prédilection, une tendresse, une pavssion. C'est la passion d'associer le christianisme et le passé.''

'* Dire que le christianisme a été bon, mais qu'il nt» l'eBt plus; l'unir, dans la pensée de l'homme, aux

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vieilleries, aux abus, aux préjugés, à tout ce que rbamanité déteste légitimement, voilà le paradis de Tigno rance."

C^est aussi le paradis de M. Dessaulles* Mais eoii ignorance est plus profonde encore, puisque dant» plusieurs pages de ses écrits, il ne semble pas même croire que le Christianisme ait jamais été bon a quelque chose.

Voici comment il apprécie Finfluence du clergé catholique :

" Les hommes d'études ont pu voir à quel degré de nullité intellectuelle, politique et nationale, et tV infériorité VioraUf les clergés de tous les pays ont réduit les peuplée* qu'ils ont réussi à contrôler et dominer."

Plus loin il se répète dans les termes suivants;

" L'on a vu cent fois ce que le clergé sait faire des peuples qu'il contrôle. Il n'est satisfait de son œuvre, que quand il les a amenés à croupir dans Tignorance et la superstition."

Ce n'est pas tout. Après avoir vilipendé le clergé, il diffame la Papauté d'une manière atroce. Jamais un impie n'a poussé plus loin l'outrage. Il a appelé le gouvernement des Papes "la négation dk Toua lk»

PRÉCEPTES DE L'ÉVANQIL^, ET DE TOUTES LES NOTION» DE LA JUSTICE, DU DEVOIR ET DU DROIT."

Il affirme que la Papauté a toujours été opposée à toutes espèces de progrès, et il termine le chapitre de ses calomniés par les lignes suivantes, que nous reproduirons, pour la honte éternelle de leur auteur :

*' Tous les vices couverts sous le manteau do. la dévotion. Les maisons suspectes pleines de madones." , *< Mœurs du clergé à l'avenant I Sigisbée^ et coortii^anes ^ disputant les princes de l'Eglise, et les moines^ »e faisant pourvoyeurs de libertinage ! "

Laissons de côté la vilenie et la mauvaise foi d'un tel jugement sur la Papauté, et ne considérons que l'ignorance grossière.

Tous les historiens de quelque renom, même les impies et les protestants, ont rendu meilleure justice, à l'influence sociale et politique de la Papauté et du clergé catholique. Tous, M. Guizot en tête, ont reconnu qae c'est le Christianisme qui a civilisé le monde. Pour parler comme le fait M. Dessaulles, il faut ignorer le premier mot de l'histoire ecclésiastique, ou faire pi*ofos^ion ouverte de dénigrement et de mensonge. Que rillubtre pamphlétaire choisisse.

Et Ton voudrait faire passer M. Dessaulles pour un ^avant! Quelle misère ! M. Dessaulles est un digne fils du XVUIèmo siècle. .Et c'est depuis cette époque que lu vraie science a commencé à décheoir.

C'est à cette date néfaste, que la science a commence sa révolte contre Dieu et lEglise, et qu'elle a pris la tangente qui conduit à la négation du surnaturel !

1j Eitcydojêédie est une rature gigantesque faite par d'imbéciles orgueilleux dans le livre de la vérité.

On me dira : '' vous êtes trop sévère, et vous ne tenex pas assz compte du génie." • Je vous en demande bien pardon, mais je crois que c'est ainsi qu'il faut traiter l'erreur.

Oui, lecteurs, je vous en conjure au nom de la vérité, ne vous inclinez jamais devant l'erreur, sous le prétexte absurde qu'elle a des représentants illustres. Et quand on vous dit : '* M. Dessaulles est dans Terreur, mais^l a tant de talent ! saluez I "

Non, ne saluez pas. Il n'a pas tant de talent puisqu'il ne sait ni la grammaire, ni la littérature, ni l'histoire, ni autre chose ! C'est un énergumène, voilà tout. Et puisqu'il n'a pas su discerner le vrai du faux, aprèb

avoir reçu une éducation chrétienne, c'est une inteFligence incomplète.

La science et la foi doivent marcher dans Tunîté, et ne peuvent pas se contredire. Le plus petit d*entre tou» les savants doit connaître et respecter cette vérité primordiale. Si donc vous êtes un vrai savant, vous devez être convaincu d'une chose : c'est que la science cesse d'être vraie et devient ignorance, du moment qu'elle se trouve en contradiction avec la foi.

Donc l'homme qui, comme M. Dessaulles, renie la foi pour suivre ce qu'il appelle la science, est un ignorant que l'orgueil aveugle. La science est un océan dont la foi est le rivage, et dont l'Eglise est Tétoile polaire. C'est une des grandeurs, et l'un des bonheui*^ de l'homme de voguer sur cet océan les yeux fixés sur l'étoile. Mais si vous perdez cet ^tre de vue, vous irez inévitablement vous heurter contre l'écueil. Le rivage, c'est-à-dire la foi, s'éloignera sans cesse et l'océan deviendra un abîme.

Tel a été le sort de M. Dessaullos, et tel est le sort de tous ceux qui se révoltent contre l'autorité ecclésiastique au nom de la raison et de la liberté.

Fastscrîptum. — J'avais terminé ce travail, loi'squ un ami m'a fait tenir une nouvelle brochure de M. I>essaullcs, en réponse à la circulaire de Mgr. l'Evêque de Montréal.

Ce nouveau libelle est encore plus violent que le^ aulk-es ; mais il n'est pas pins véridique, ni plus habile, ni mieux écrit. Trente deux pages de galimatias, c'est vraiment trop long !

Le style est toujours le même, c'est-à-dire incorrect, diffus et embarrassé. Même absence de syntaxe, de

l^ORTRAIT:^ ST PAStfiLâ LlTTERAtRSS. 397

ilispoBition et d'ensemble. Même accumulation d'injures, de menaces et d'outrages dans des phrases sans fin !

St. Denys a dit : <* A mesure que Thomme s'élève veiis '* les cieux, le coup d'œil qu'il jette sur le monde *' spirituel se simplifie et ses discours 8*abrégent."

Cette observation si juste explique pourquoi les phrases de M. Dess#ulles sont si longues. A mesure qu'il descend dans les bas-fonds de la libre pensée, sen veux se voilent et ses discours s^al longent.

Au reste, il se répète toujours, et sa dernière production ne contient rien de neuf. Elle nous a fait penser à ces femmes des halles, dont le langage grossier s'attaque à l'honnête homme qui passe, et qui répètent les mêmes injures à satiété, dans l'espoir que le passant leur fera Thonneur d'une réponse!

M. Dessaulles est la poissarde de l'Institut-Canadien, et il injurie sans cesse le saint évêque de Montréal qui va son chemin sans lui répondre.

La conclusion de l'écrit n'est pas nouvelle non plus. M. Dessaulles y finit encore par se jeter dans le sein du rationalisme, sa nouvelle religion. Yoici la formule de sa croyance :

'' Il y a quelqu'un qui possède et possédera toujours plus d*intelligence, de lumière et de bon sens pratique qae tous les rois, ministres, évèques ou Papes : et ce quelqu'un, c^est tout le monde ! *'

*' C'est là qu'est la vraie souveraineté morcUe, et elle ne saurait être que là, puisque Dieu est nécessairement présent dans l'humanité, qu'il Ta créée perfectible en. l'illuminant d'une parcelle de sa propre raison^ et à laquelle il se révèle constamment dans la suite des âges par les génies supérieurs qu'il fait de temps à autre surgir dans son sein."

Tout le monde ! Voilà le Dieu de M. Dessaulles î Franchement, je serais tenté de lui préférer Brahmu, Vichnou ou Tao. Tout le monde ! C'est un dieu un peu mêlé, un peu compliqué, un peu capricieux, un peu... disons le mot, un peu bête ! Est-ce pour cela que M. Dessaulles Ta choisi ?

Tout le monde I Mais entendons-nous j qu'est-ce que touffe monde f Les Chinois, les Indiens, les Japonnais, les Tartares, les Patagons, les Nègres, toutes les tribu* sauvages, et les grands singes d'Afrique, qui suivant M. About sont les ancêtres de Thumanité — est-ce là tout le moîide de M. Dessaulles ? Dans tous les cas, ils forment rimmense majorité des peuples, et M. Dessaulles qui est un parlementaire, doit se soumettre à cette majorité là !

Tout le monde ! Mais, M. Dessaulles, embrasser lu religion de tout te moudey cela me rend perplexe. Quelle est la religion de tout It* mon/fe f Vous me direz probablement qu'il faut suivre la majorité, vous qui êtes un si grand partisan de la souveraineté du peuple. Mai» je vous prie d'observer que c'est le paganisme qui est la religion de l'immense majorité des hommes, et je voiii^ avertis que je ne suis pas du tout disposé à devenir idolâtre.

Tout le monde ! Tel est donc, suivant M. Dessaulles, le nom du quelqu'un qui a été constitué dépositaire de la vérité! Mais en Canada, par exemple, qui est tout U monde ? Sont-ce les évêques, les prêtres et la population qui suit leurs enseignements? — Mais non, puisqu'ils sont tous dans l'erreur et la superstition. C'est donc M. Dessaulles qui est tout le monde !

Je vous salue, dépositaire de l'infaillibilité de tout le monde ! Je ne ^is plus étonné de vous entendre mépriser Donoso Cortès, De Maistre, Veuillot et Pie IX ! Ils sont en effet, de pauvres sires, comparés nu greffier de la

PORTRAITS ET PA8TRLS LITTÂRAIRIH. 390

paix de Montréal, verbe de l'infailUblo Tout le monde !

Je m'incline devant vous, petit 1 Prenez cependant un bon conseil : étudiez la grammaire 1 Je ne saurais trop vous le répéter: la grammaire... cela sert toujours en ce monde 1

Mais ne badinons plus sur des sujets si graves, et constatons la profonde^ir de votre aberration intellec* tuelle et morale. Vous croyez donc, brave homme, que la raison humaine est le seul guide à suivre, et que Dieu ne se révèle que par les génies supérieurs qui surgissent de temps à autre ? — Mais alors, vous ne connaissez rien du tout de rhisloire du monde !

Nier la révélation de Dieu à Thomme par Dieu' luimême, c'est nier le fondement de toute l'histoire ; et c'est ignorer en même temps ce que tous les peuples, même les idolfttreb, savent et croient fermement ! Les traditions de toute la terre, attestent cette croyance universelle a la révélation divine.

Livrez le monde A la raison et aux génies sttpérieurs, et vous vendez ce qu'ils en feront. L'histoire est là pour vous l'apprendre. Où en était l'humanité lor» de la venue de Jésus-Christ ?

Dieu s'était pourtant lui-même révélé à l'homme au commencement, et de temps à autre, il lui avait envoyé non pas seulement des génies supérieurs, mais des prophètes et néanmoins le monde entier, votre tout le MONDE, M. Bessanlles, était plongé dans l'ignorance et la dégradation.

Voilà ce que devient tout le mande, soumis à la seule autorité de la raison. C'est un pauvre docteur que Tout le mande, et quand vous le placez au-dessus des Papes, vous rayez d'un seul trait toute Vhistoire ecchsiastigve— qui n'est que le récit des triomphes constants de la Papauté sur Tout le mande.

400 PORTRAITS ET PAbTELS LITTÉRAIRES.

Avez- VOUS donc oublié cette lutte gigantesque et merveilleuse que soutint contre Tout le monde le premier de ces Papes que vous dépréciez aujourd'hui ? Pierre n'était qu'un pauvre pêcheur inconnu, et Tout lematuie était riche, puissant, soutenu par des génies supérieurs et gouverné par un homme dont un signe de tète faisait trembler l'Univers. Pourtant, t^votre Tout le numdey M. Dessaulles, fut vaincu, et Néron périt misérablement tandis que Pierre devenait immortel.

Et puisque nous en sommes à parler de l'impuissance de la raison, expliquez-moi donc, M. Dessaulles, pour- ((uoi cette déesse n'opère pas en Asie les même prodiges do civilisation qu'on Europe. Les grands i)en6eur> expliquent cette différence par l'influence du Christianisme en Europe. Mais vous aurez probablement ([uelquo autre explication à offrir. Car vous nous laissez entendre que vous êtes Cun de ces génies supérieurs par lesquels Dieu se révèle aux hommes.

Si vous avez une mission à remplir comme génie supérieur, vous feriez mieux de nous le dire franchement et de nous le prouver. Avez-vous eu quelques visions», ou des rapports quelconques avec le monde invisible ? 8i oui, hûtez-vous de nous les faire connaître. Car soyez sûr, qu*il n'y a rien dans vos œuvres qui révèle le génie supérieur.

Je n'attendrai pas cette révélation néanmoins, pour l'épondre au défi que vous portez dans votre dernier écrit. Je ne le ferai p:is au nom du vénérable ëvêqae de Montréal qui n'a pas besoin de défenseur contre vous. Il ne me connaît pas d'ailleurs, et je n'appartiens pas à :<on diocèse.

J'accepterai en mon nom seul, le défi porté, mais à certaines conditions très-jusces :

1(). Vous abrégerez vos phrases, afin que je puisse vous lire sans trop de fatigue.

2o. Vous me prouverez que vous êtes encore catholique. Car si vous ne Têtes plus, comme je crois Tavoir étabif, toute discussion est inutile, et nous ne pouvons pins avoir rien de commun avec vous.

3o. Vous achèverez votre ouvrage en prouvant tous vos avancés, et en citant toutes vos autorités. Vous êtes l'accusateur ; à vous d'appuyer toutes vos accusations de preuves, et d'en indiquer toutes les sources. Il vous arrive très-souvent de direii tel auteur, tel Pape, t«l Saint ont écrit telle chose. Ce n'est pas assez, et je ne veux pas être obligé de feuilleter vingt volumes pour vérifier une citation, vous voudrez bien citer le volume •t la page. Vous ferez votre travail et je ferai le mien.

A ces conditions je suis votre homme, et je vou^ promets des émotions.

LA PLÉIADE ROUGE par Gaapârii LbMaak 7

M. Dorioo, de Montréal 1>

M. Papin 14

M. Prévost 17

K. DorioD, d'Arthabaâka 19

M . Daou8t^ de Beauhamois 25

M. JoAcph Dufresnc. de Montcalm 26

M. Ch«. I^iberge 27

MM. fionniftto, Darche et Quévremont 31

M. Bnreau 3."

M . Valois 3J;

M Jobin 37

MM. DeWitt, Holton et Galt 3î*

Récapitulation 44

LES CHRONIQI F:S QtTÉBECQrOISES de Blakmk :,r>

LETTRE QUÉBE(îQUOISE de Pikrrot 197

LES SILHOUETTES LITTÉRAIRES de Fumwk LfeprxK... 20-»

M. J.C. Taché 2or>

M. Geo. DeB<»uclîervine 211

M. L'Ahbt* Can^min 218

M. A. (iérin-Iiajoie 226

M. P J. O. ChaiiTeaii 23:>

M F, A. H. Lame 243

M. .Ii>Reph Marmotte 248

Il TAbLK.

1*0RTHA1T8 ET PASTELH LITTÉRAIRES de Jiax

PlQUKPORT 25.>

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