‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 32 sur 57 · UN CHAPITRE DE CONTRADICTIONS · texte numérisé non relu

UN CHAPITRE DE CONTRADICTIONS

Le parti connervateur et le parti libéral.

»* Le parti conservateur est U plus êûr dépositaire des traiitiona natitmaUê, le guide politique le plut prudent; et e^ett en lui, que dans cette heure solennelle de notre histoire, doivent t^ absorber tous les partis, tontes les nuances d'opinion.. Les hommes extrêmes que nous voyons déplorer si amèrement la fin du régime de l'union, et conseiller au peuple de pousser M loin bt résistance à la confédération, sont ceux-là même qui, jusqu'à leur avènement au pouvoir, ne voulaient point de l'union et qui, le cas échéant, accepteraient de grand cœur l* annexion.

Si leurs alarmes patriotiques étaient sincères, redouteraientils moins notre absorption dans r immense république américaine qae notre alliance avec trois on quatre provinces, divisées d'intérêts, destinées à se contrebalancer, et dont une seule est supérieure en population et en richesses au Bas-Canada.

" Ne nous laissons pas prendre à de tfoines déclamations, à des snbterfuges de parti, et regardons au fond des choses . . .

<< 8i le parti libéral avait vraiment à coeur V intérêt du Ba*- Canada, il ne prolongerait pas lious le régime de la confédéralion la lutte que, depuis dix-huit

aujourd'hui .

*< C'est en vain que nous cherchons encore à nous diviser en libéraux et en conservateurs. Il est aussi impossible de définir ce que c'est qu'un conservateur canadien, que de dire en quoi un libéral ne l'est pas. .Depuis quinze ans, /<; parti conservcUeur domine en maître dans le pays. Son mérite intrinsèque ne suffit peu pour expliquer un si long règne. Ses vertus seules ne justifient pas la faveur d'une si constante fortune . . Au lieu de s*identifier avec la cause du pays, il a cherché au contraire à F absorber dans la sienne, an lieu d élargir ses vues à mesure que son importance grandissait, il est resté intolérant, rancunier, eg<Hste ... Il ne peut plus obtenir l'absolution pour ses fautes politiques, en montrant ses états de service re> ligieux. On sait que pour conserver le pouvoir, il vend s^il le faut, son âme ,.. Politique étemelle de dénigrement systématique, vipère, à la langue visqueuse, hydre toujours renaissante, harpie hideuse, affreuse lèpre y éponge imbibée de fiel et de cyanure de potassium, et qu^un parti politique a pressée par tout, sur le chemin de ses adversaires pour les flétrir ou Us mettre à néant, eux et leurs actes, (Toute cette phrase est peut-être la plus ridicule que la presse ait jamais commise.)

l^ORTRAITS ET PA8TELK LITTÉRAIRES.

ans, il /ait sans suech au parti conservateur. Cette lutte ne peut avoir pour effet que de diviser U08 forces au profit des autres provinces et de ncutraiiser notre influence nationale.... Le fuit est qu'ils avaient bien tort de kc plaindre et bien peu raison de déclamer. Z' Union nous a donné vingt cinq ans de Vezistence poli^ tique la plus douce que Von puisse imaginer. S'ils l'avaient connue, les grands peuples eussent envié notre paisible bon heur j notre honnête prospérité .. .Tandis que le ministère conservateur s'appuiera sur la majorité Bas-Canadienne, V opposition est fatalement eondamnée à subir le joug de la majorité Haut-Canadienne et L ne triompher qu'à son profit . . . C'est donc un grand bonheur pour la province de Québec que le peuple se prononce avec une unanimité si complète en faveur du parti conservateur; c'est la garantie de nos droits ; c'est, en un mot, le pouvoir placé entre nos mains . . .

h^ Opposition Bas-Canadienne est annexionniste^ mais elle n^ose mar-* cher droit à son but. Elle n'accepte ni ne rejette franchement la confédération, elle la subit et achève de perdre dans cette si.* tuation fausse ce qui lui reste de force . . . Lorsque les libéraux sont parvenus au pouvoir, ils n^oiU absolument rien fait. ,, etc. , etc., etc."

(Discours). ^^ Est-ce que mot qui vous parie j^ ai jamais été conservateur dans le sens étroit du mot? Est-ce que j'ai jamais ét^ considéré comme tel par ceux auxquels VétroitesH de leurs idées et Caveuglement de leurs postions donnent le droit de s'appeler conservateurs par droit de naissance....

** Aussi je n'éprouve aucune hésitation à me rallier à un parti qui comptera tant de libéraux dans ses rangs. . .Je renoue avec* eux de vieilles sympathies. . .

<< Le parti conservateur n'a dû son long succès qu'à une chose, son titre de défenseur de l'Egliise. ..

Sans ce titre, il y a longtempti qu'il serait tombé, et qu'usé, par ses méfiûts, son règne se serait évanoui . . .etc., etc., etc.

La ConfédiratioH^

BIBR.

U Union ^lait un elnt transitoire. Sa mission historique était de préparer la voie à la confêffcration ; il y a dix ans qvCeile aurait dû disparailt c pmr faire place à Védifire politique dont elle avait jeté les bases. La ooniédération, loin d'dtre venue

aujourd'hui.

Notre Situation est de celle»»

qu*on n'ose à peine analffser, tant elle ne présente de tour côtés, qu'av;;e(:/ désole, que svrfn-e stérile, Tl faut pourtant dire enfin tout haut ce que toui> disent toiit bas ; écarter le voilr qui couvre des maux qui vont

PORTRAITH ET PAnTKLS LITTÉRAIRES.

trop tôt, vient peut-être trop

tord // n'y avait pour te Uus-

Oanada qu^une seule conduite à suivrcj l'accepter en principe.

S'il Teut tout d'abord repoussée, il eut commis une de ces fautes politiques qu'il est difficile de réparer.... L union av(\it fait son letnpSf l'indépendance est une chim^et risolement est impossible ; il fallait choisir entre ces deux termes: ia conféUtration

m r annexion Il y aura pour

les Canadiens - Français trois grands éiements de puissofwe dans la confédération .... La cause du Bas-Canada a donc pour elle toutes les chances favorables- Les alliances ne sauraient lui manquer .... De tontes les provinces, c'est le Bas- Canada qui est le mieux placé pour profiter des avantages de la lutte et eu sortir triomphant. . . .

Nous entendons chaque jour def esprits aigris par le^ insuccès politiques, décrire les ennuis dont nous menace ta confédération- Ils laissent de côté avec soin les avantages incontestables qu'elle nous promet... .etc., etc.

Un'yn plu» moyen de soutenir que c'est par amour de la natiotmlilè que Von a repoussé la Confédération, et qu'on la combat encore ; car, enfin la nationalité terait pour le moins aussi ' exposée sous le régime américain.... etc., etc., etc.

toujours grandissant, et auxquels il n'y a qu'un seul remède^ que personne n'a le courage d'indiquer, quoique chacun soupire après le moment où il sera hardiment appliqué et où il produira guérison complète.... La Confédération n'a nen apporii au pays qu'il n'eut déjà, et lui tait payer des semblant d'avantages et des simulacres de force aussi cher» que s'ils étaient des biens réels, des gages assurés de grandeur. Les Provinces ont vn% ensemble leurs faiblesses', mis en commun leurs misères .'....

Ce grand changement polit i que na pas fti^oduU le pluf léger remous. Faul-il s'en étonner y faut-il s'étonner de ce que fun ion contractée avec de petits veup/es aussi nécessiteux que nous, s'nt restée sans fruit, tandis-que ù contact de quarante millions d'habitants en pleine activité nous eut transformés j' .... La tentative de fonder une Confédération anglo-canadienne à côté des Etats-Unis, est donc visibleblement condamnée à l'insuccès..../;^ Confédération, hâtivement achevée, condamnée à une tâche au-dessus de ses forces, ployant sous une dette énarme^ ne pouvant nous assurer ni la prospérité à l'intérieur, ni la sécurité à l'extérieur disparaîtra fatalement de la scène, le lendemain du jour où, réalisant le programme qu'on lui a assigné, elle s'étendra de l'Atlantique au Pacifique. ...Avec l'annexion ce serait tout le contraire ; et dans V accroissement rapide, merveilleux d^' la prospérité générale^ de la fortune publique, nous ne nous apercevrions pas vraiment de ce qu'il nous fiiudrait verser dans le trésor public de plus que maintenant... .etc., etc.

rORTEUilTS ET PASTELS LITTÉRAIRES.

Ac?uxt du Nord- Ouest

aujourd'hui.

« Une discussion calme et rai'^ sonnée, un examen conscifncimœ^ et ni Vacquisilwn du Nord- Ouest ni Tannezion de la Colombie n'avaient lieu. Il aurait fiillu expliquer d'une façon plausible cette acquisition qui ne pandt avoir été fiiite que pour nou8 procurer le spectacle d'une guerre civile dans un coin de la Puissance .... etc., etc., etc.

L'argent consacré à Tachât dn Nord-Ouest est de l'argent placé à fond perdus ....

«Au88ii5t que le drapeau fédéral flottera de l'Atlantique au Pacifique, le drapeau Anglais repassera les mers. . . . etc., etc.

'* On trouvera dans le discours de Sir Oeorge sur les négociations au sujet du territoire du Nord-Ouest des explications claires, convaincantes, déciêives.

Il nous semble qu't'/ n'y a rien à répliquer à ce raisonnetnent victorieux,.,,

^^Le résultat obl^ufait le plus grand honneur aux négociateurs canadiens et en particulier à Sir George. . . . Personne n^ osait espérer des conditions aussi avantageuses que celles obtenues. . . .

A l'adresse des libéraux : <• On repousse l'acquisition du territoire du Nord-Ouest, parce que cela complète et consolide l'Union Canadienne dont on souhaite la chute, et que cela nuit à l'extension des Etats-Unis. Ce n'est pas au point de vue canadien que l'on se place, mais au point de vue américain ....

C'est ainsi qae M. Fabre a jagé toutes les questions. Pour être plus sûr de ne pas errer, il a toujours écrit le pour et le contre. A vous de choisir Messioura.

Je pourrais faire repasser devant vos yeux, lecteurs, ses dires sur un grand nombre de questions, telles que Tanncxion de la Colombie, le chemin do for du Pacifique, le traité de Washington, Témigration, le tarif, la colonisation, etc., etc. Mais à quoi bon ? Vous vous trouveriez toujours, dans le même embarras, entre ses opinions d*hier et celle d'aujourd'hui, et ça deviendrait ennu}^eux.

Des questions politiques passons aux hommes, et voyons si ses jugements sur les personnes valent mieux :

Chauveau.

aujodrd'rui. Sans vues politiques, sans indépendance personnelle, bornant son nabileté à r intrigue et m force à la rase, mettant son ambition dans le succès des manœuvres qui protègent son établissement particulier ; ni homme d étal: ni administrateur, ni oralevr parlementaire, ni môme homme d'affaires ; le premier ministre est incapable de combiner et de mener à bonne fin une entreprise politique sérieuse, Toire même de trancher à moins d'un an d'hésitations, la plus simple question pratique. . . .

*« 8a politique est de louvoyer pour échouer.

M Que Ton ne pense pas que nous exagérions: fiiible mais intrigant ; ayant l'épiderme sensible mais aussi l'esprit fertile en ressources, M. Chauveau est plus aisé à renverser qu'à déjouer ....

M, miR.

" Le chef du Cabinet, M.

Obaaveau, est un ancien ministre retiré des luttes depuis dix ans, estimé de tous les partis et plus propre qu'aucun autre à mener à bonne fin une œuvre de rapprochement et de conciliation....

Il n'a point d'ennemis et il n'est l'ennemi de personne ...Ora/eur et écrii ajn, il jettera de l'éclat tfur notre gouvernement provincial et lui imprimera un cachet Irançais.... Les journaux modérés de l'opposition ont rendu hommage, avec une bonne grâce dont il faut les féliciter, au talent du premier ministre en même temps qu'à V énergie doublée de modération dont il a fait preuve dans les luttes du passé et qu'il saura déployer plus que jamais à la tête des affaires...

Par son caractère comme par son talenlt monsieur Chauveau est le représentant le plus convaincu et le plus brillant du sentiment canadien-français....

U éloquent homme d*état réalisera, nous en sommes convaincu, toutes les espérances que sa haute renommée de patriotisme et de talent a fiût concevoir."

Il a jugé tous les chefs conservateurs de la même manière que M. Chauveau. Tantôt il les a élevés aux nues (quand ça payait), et tantôt (quand ça ne payait plus) il les a traités comme des nullités.

Mais, dira-t-on peut-être, il n'a pas agi de même à l*égard des chefs libéraux. Vous croyes ?

Voici ce qu'il a écrit de

Jf. Blake.

Biia. aujourd'hui.

'*M. Blake n'est pas de ces "M. Blake est arrivé, en si advenatres incommodes, qui vous peu d'années, à la haute position

POaT&AITd ET PASTELS LITTÉRAIRES.

harcellent saiiH cemse et dont on Me débarrasse à tout prix. C^est au contraire un ennemi que l'on connerve avec 8c»in. Comment le remplacerait-on? Où trouver un tacticien m maladroit qu'il yuMW Ron temps à préparer à son parti d'humiliantes défaites, et uu gouvernement de fiiciles triompher ? Battu, il mérite toujours de l'être. C'est rare " . . . .

etc., etc., ete.

qa'il occupe maintenant par la seule force de son caractère et de son talent. Il a conquis de suite sur son parti, une autorité morale rarement obtenue à ce degré, môme par les hommes len plus habiles, et dans le monde politique, un prestige qui h promptement dépassé celui de ses rivaux plus anciens que lui dans l'arône. Il est arrivé de

suite au premier rang etc..

etc., etc. •

A présent, on aimera peut-être à savoir, si M. Fabr^* ne voit double qu'à l'égard des hommes politiques, et H*il juge mieux ses confrères, journalistes et écrivains.

Ouvrons encore V Evénement :

MM, Pravencher et Carie Tom,

HISB.

•< Entre la littérature et les finances M. Provcncher n'a point encore fait un choix. La conséquence de l'indécision de sa vocation est que son style a le teint pâle et que ses phrases n'ont point envie de vivre. Son esprit manque la plaisanterie et sa verve fume. **

" Il ne parait pas avoir des convictions invincibles. ..."

*<Oarle Tom, rédacteur de la Mine ve était essentiellement un écrivain sage, un secrétaire fidèle. Il ne faisait pas de bruit dans le monde ; on ignorait son nom parmi les politiques. Jamais on ne lui attribua un bon article ; quaufl par hat^ard il en écrivait un, on le citait comme d'un autre. Du commencement de ses articles on n'en apercevait pas la fin: elle se perdait dans les espaces où ne pénétre jamais un lecteur., etc.

Auionao'aui.

«Je porte au canctère dr Provencher une vive sympathie, à son talent original, solide et fin, une sérieuse estime.

« Quant à Carte Tom, Je tiendrai à honneur d'alterner avec lui comme chroniqueur. De tous ses lecteurs, je suis peut-être celui qu'il amuse davantage.

Personne ne rend plu ^w moi justice à sa verve pUâaante, »

son charmant esprit.**

PORTRAITS ST PA8TKLS LITTÉRAIHX8. 351

M. A. B. RouîMer.

HIER. aujourd'hui.

^< M. Boathier est un écrivain «On veut porter haut M. de talent, très-versé dans les Routhier qui, laissé à ses propres questions politiques, qui jouera forces n'irait pas loin, même en certainement plus tard un rôle littérature .... M. Routhier s'est considérable dans la carrière perdu dans notre estime et dans publique. celle des bons juges depuis qu'il

8a place est marquée à la écrit. Nous ignorons s'il éclipse Chambre, et le plus tôt il ira la M. Ernest Gagnon au piana prendre le mieux." mais à coup sûr il &it plus mau-

vaise figure dans les journaux :

il plaisante plus lourdement et a plus méchant style."

Je suis las de citer, et mes lecteurs doivent être satisfaits. Pourtant, puisque le nom de M. Ernest Gagnon h'cHt trouvé sous ma plume, il sera amusant de voir comment M. Fabre Ta jugé. Avec sa voix fausse et flntée, il ne juge pas seulement les politiques et les ocri vains, mais encore les artistes. Voyez :

Jf. Ernest Gagnon,

HIER. aujourd'hui.

» M. Gagnon est un artiste " M. Gagnon est artiste, si délicat et fin, un homme d'es- toutefois il suffit pour mériter ce prit. . ..etc., etc., etc. titre déjouer du piano tons les

jours et de l'orgue tous les dimanches. Il sait autant de musique qu'on en peut savoir lorsqu'on ne l'a point apprise autrement qu'en l'enseignant aux autres. Peu à peu ses élèves l'ont formé, etc., etc., etc."

Si je voulais continuer à feuilleter VEvénement^ je ])Ourrais allonger ce chapitre outre mesure. Mais il faut en finir avec ce personnage, auquel j*ai peut-être donné déjà trop d'importance.

Qu'il aille donc en paix! En paix surtout avec luimême, puisqu'il y a en lui, deux hommes qui sont toujours aux prises.

M. I. O. DAYID.

11 j a. â Paris, mm Jmrmàl à» DAmu, n éerÎTain qoî «^iirne DiTÎdL et cette cû^BStare âgnifie |irnwi', c*eetràdire tout le noode. A VOfimim, PMàqmt, on a fait ■iîeaz eofore : €*e^ le joamal lai-Bême^ qai a cette ÉigBÎficfttîoa. Il etA TopinioB de toat le monde, c^est^dîre qall n a dî ofHDioii9;«ni priacîpes ■■ dcxtriaes.

Si IL MoosB«aa était son sieal rédarteor, la gasetie aoraît aa iBoin«^ ane coalcar politiqae. Mais IL David ef^ toajoars à «es côtes, tenant daas sa nuin ane époage en gaise de plame, et repassant constamment cette «>ponge sar la palette de son coU^;ae.

Lorsqae VOpiMiat RmbHqwt parât, son prospecta» dirait qaVlie serait vie rame tUfBKUtQtmaU poiitiqme iMc). EaÊoUifUfmaa était certaineaient de trop et jaoïais programme n*a été rempli d'ane manière plos «ingaliare.

Une rermt eatmUéûememt f^Lti^mt doit aroir de» prin> ripes arrêtés, ane ligne de condaite ferme, an chef et an drapeaa. Or rO^ûuoa PMt'qwe n'a rien de loat cela, le drapeaa de M. Moasseaa n^'êtant pas celai du journal.

Le prospectas disait encore :

"^ Xoas n*oablîerons jamais que le joamalisme est un >acerdoee.**

BwÊBm tmeatis. aaurî ; je a*invente rien, et je ne plaisante pas ; Toas troaTeres cène phrase textaetle dan^ le Xa 1 da joamaL II ne ikat pas reinx)cher aux r^ dactears de n*aToir pas tena cet engagement* qnt était aadessas de lears forces. M. Moasseaa admettra Tolon tier^ qa*il a*a jamais ea de dispositions pour le sacer-

POBTBAIT8 ST PASTBLB LITTÉRAIRB0. 353

doce ; et si M. David en eut jadis, il y a longtemps qu'il n'en a pins.

Une antre promesse qae M. David n'a pas tenue, est relie qu'il faisait dans son premier article. ** Un non- *< vel enfant, disait-il, est né au journalisme canadien... ^ Il grandira et se développera..." Il ne trompait personne en se présentant avec l'innocence de l'enfant qui vient de naître ; mais son erreur a été de ne pas grandir. Il menace même de prolonger l'enfance, jusqu'à l'âge où les autres y reviennent, après avoir passé par la virilité. *

On ne saurait dire que M. David porte bien son nom. Mais on peut affirmer qu*il n'a rien de Goliath. Il est petit, fluet, efféminéy et parait avoir vécu de sirops et de limonade. Sa physionomie est d'ailleurs assez intelligente, et ses traits sont assez jolis, malgré leur expression un peu béate. Il a quelquefois des airs penchés, et le ton amoroso ; mais c'est tout de même, un minois plaisant.

Il a les cheveux brun.s, un peu frisés — presque autant que ses phrases qui ne manquent pas de fioritures—des yeux d'un bleu pftle, et un nez de perroquet. Plût an ciel qu'il n'eut pas autre chose de cet oiseau des tropiques I

Ijb joueur de Begnard parle en quelque endroit :

De femmes qui Jamais n'ont pu fermer la boache Et qui sur le prochain tous tirent à cartouche.

M. David a quelque chose de cette nature des commères; Il a toujours la bouche ouverte, et il pérore sur tout ; mais il ne tire qu'à poudre, et ce n'est pas lui, qui aurait la malice de vouloir loger dans A^ cervelle du voisin, nn plomb qu'il n'a pas dans ta sienne. ^

Quand il est appelé à faire une lecture, il éprend de^ airs plus mâles, et une pose plus virile. Mais alors son

354 l>0RTRAIT6 ET PABTELS LITTÉRAIRES.

tic particulier est de se ci-oire l'industrie faite honim«. Illusion étrange, puisque personne n*a moins que lui, des idées pratiques sur Tindustrie. Mais quand il a fait oet effort pour paraître un homme, il s'affaisse, et reprend son allure enfantine.

On appelait feu Eric Dorion V Enfant terrible; M. David devrait s'appeler l'Enfant pas terrible. Il avait jadis, des principes trôs-libéraux; il lui en reste encore quelque chose, juste assez pour ne pas rompre avec 6c^ anciens amis, et juste assez peu, pour que le parti conservateur le tolère. Quand il lui arrive de céder encore à sa nature libérale, et de casser un petit carreau de vitre avec un petit caillou de sa petite fronde, on sourit.

Il est d'ailleurs si bon, si doux, si sensible. Malgré 8es tendances nationardes, c'est un agneau, que j'estimerais toujours, s'il ne sortait pas de son rôle.

S'il continue, il aura passé dans le monde sans faire trop de bruit, mais il aura fait encore moins de besogne. Son tort est de se croire né grand homme, et de ne pan travailler à le devenir. Comme journaliste, il a toujours peur qu'on ne lui reproche de montrer trop de Kèle religieux ; qu'il se tranquilise, il est sous ce rapport, d'une modération immodérée.

Il appartient à l'école ni pour ni contre, et quand il est obligé de se prononcer entre deux hommes, ou entre deux doctrines, il déploie des ressources infinies pot^r -qu'on ne sache pas ce qu'il pense — ce qui fait que ses^ meilleurs articles sont couleur d'invisible.

Quelle est la cause de cette hésitation perpétuelle qui dit oui et n6n, se porte à droite et à gauche, flatte celuici, caisse celui-là, et reste suspendue entre le ziste et le zeste ? — Nous croyons qu'il y a faiblesse naturelle d'esprit, mais aussi, beaucoup de calcul.

Portraits kt pastels littéraires. 355

M. David, reprochant à M. F. X. A. Trudel * une aigreur que celui-ci n'a jamais eue, dit: " Dans un pays *' comme celui ci, les ménagements et Tesprit de con- *' ciliation sont nécessaires à celui qui veut parvenir,^^

Voila donc le secret des appréciations, et des critiques à Teau de rose de M. David I Voilà le fin mot de sa morale I // veut parvenir le jeune homme, et pour cela, dit-il, il faut des ménagements et de la conciliation. Ce motto explique toutes ^es complaisances pour certains }ioiiime8, et certaines doctrines biâmahles. Je comprends maintenant pourquoi, il admire tant M. Buies, Tignoble auteur do La Lanterne, et M. Fréchette, et ^. Des- >aalles, auquel il vient de faiie sa cour en me décochant un trait inoiïensif. II tient à conserver des amis partout, dans le camp de Timpiété, comme dans celui de la religion. C'est ainsi qu'il n*a pu trouver un seul mot de blâme pour Tincrédulité de M. Papinean, dans le [ïortrait qu'il en a fait. Sa conscience pourtant lui criait qu'il fallait en parler, et à force de travail il a réussi à composer cette phrase obscure.

*' Il est en religion ce qu'il est en politique, libre et '' indépendant, défiant de Tautorité, n'acceptant rien *• sans discussion, et croyant difficilement ce qu'il ne *^ comprend pas. Inutile de signaler les résultats de '' cette indépendance en matières religieuses, chacun les ** voit et peut les juger."

C'est tout. Saisissez bien, lecteurs, toute l'habileté de ce style ni pour ni contre. Avec cette manière de parler, un rationaliste n'est pas un incrédule, ni un impie; c'oBt un homme libre et indépendxmt.

Hélas I M. David, croyez-moi, tonte cette habileté ne mène à rien. Dire franchement et ouvertement la

* M. Trudel est «njourdliui sénateur.

vérité vaut toujours mieux, et ceux qui s'imagîncnf qu'il faut la couvrir d'un voile pour la faire accepter, «ont voués à la médiocrité.

Un profond penseur, qui est en même temps un :<rand écrivain, a fait le portrait de Vhomnie médiocre. Je le copie pour l'instruction de M. David, qui devra s y reconnaître comme dans un miroir.

/** L'homme médiocre est juste-milieu, sans le savoir. 11 l'est par nature, et non par opinion ; ])ar carnctère, et non par accident... Le trait caractérintique, absolument caractéristique de l'homme médiocre, c'est sa déférence pour 1 opinion publique. Il ne parle jamai>, il répète toujours .. 11 a le plus profond respect pour ceux qui sont connus, n'importe à quel titre, pour ceux qui ont beaucoup imprimé. Il ferait la cour à son ennt*mi, s'il devenait célèbre.

"L'homme médiocre peut avoir telle ou telle aptitude spéciale ; il peut avoir du talent, mais l'intuition lui est inteixlite. 11 n'a pas la seconde vue ; il ne Taur.i jamais. Il peut apprendre; il ne peut pas deviner. Il admet quelquefois une idée, mais il ne la suit pas dnn*« ses diverses applications ; et si vous la lui pi-ésonto% en t^^rmes différente, il ne la reconnait plus; il la repous^^e.

'* Il admet quelquefois un principe ; mais si vouh arrivez aux conséquences de ce principe, il vous dira qut» vous exagérez.

•* Si le mot exagération n'existait pas, l'homme m«**diocre l'inventerait.

'' L'homme médiocre aime les écrivains qui no disent ni oui ni non sur aucune question, qui n'affirment rien, qui ménagent toutes les opinions contradictoires.

** Il trouve insolent, toute affirmation, parce que touttafHrmation exclut la proposition contradictoire. Maii^

si voas êtes un pea ami et un peu ennemi do toutes choses, il vous trouvera sage et i-éservé.

" Il fait semblant do dire quelque chose et ne dit absolument rien.

" Il reste à Thomme médiocre en activité, en fonction , une inquiétude : c'est la crainte de se compromettre. Aussi, il exprime quelques pensées volées à M. de la Palisse, avec la réserve, la timidité, la prudence d'un homme qui craint que ses paroles trop hardies, n'ôhranlenl le monde ! ''

Hamussez tout cela, ^, David, c'est votre propriété.

De Maistre a dit :

" Je ne sais comment le mauvais choque moins que le médiocre continu."

0*081 une observation dont j'ai souvent reconnu la vérité, en lisant les écrits de M. David. Ils n'appartiennent pas au genre mauvaiSf mais au médiocre continu. Ou n'y trouve rien d'original, et presque rien qui soit au-dessus des lieux communs.

Quand il parle industrie, il nous fait l'effet d'un joueur de serinette : il joue toujours le même air, et il semble croire que cet air la, va sauver le pays.

Quand il parle politique, il est incolore et insaisissable. Estril conservateur? — Sans doute, lisez telle phrase. Est-il nationard ? — Mais oui, lisez la phrase suivante. — Mais il était partisan de Sir George Cartier? — Sans doute, lisez la biographie qu'il en a faite. — Ah ! j'avais cru qu'il était un de ses adversaires ? — Mais oui, il l'a combattu sur tous les husting de Montréal.

On peut varier ce dialogue et le prolonger indéfiniment, au sujet de toutes les appréciations que M. David s publiées sur les hommes et les choses.

Je me rappelle le compte rendu qu'il faisait un jour, d'une polérpique importante entre le J^ouveau Monde et M. Cauchon ; on pouvait le résumer comme suit : Lo Nouveau Monde avait raison, mais M. Cauchon n'avait pas tort ; cependant le Nouveau Monde, tout en aj-ant raison avait eu quelques torts, et M. Cauchon, sans avoir tort avait commis quelques fautes; de sorte que l'un avait raison au milieu de ses torts, et que l'autre avait des torts au milieu de sa raison ; si bien, que ni l'un ni l'autre n'avaient tort ni raison, et que M. David seul avait raison — si toutefois il n'avait pas tort — h^-pothôse dont il reconnaissait toute la vraisemblance.

Un autre jour, il s'agissait d'une accusation portée par M. Langelier contre M. Gendion, député de Bagot, et qui avait fait quelque bruit en Chambre. M. David exposa d'abord les faits :

*' M. Langelier a accusé M. Gendron, d'avoir soustrait " un document important qui aurait dû être mis devant ** le comité des chemins de fev. M. Gendron fut indigné ** et l'affaire fut portée devant la Chambre, et M, *' Langelier fut soumis aux plus fortes censures. Chose *• étrange ! M. Bachand, de qui M. Langelier prétend /avoir eu les renseignements qui l'ont inspiré, a ** déclaré que M. Gendron était incapable de commettre ** l'acte qu'on lui reprochait."

Suit le jugement que M. David daigna prononcer, afin d'éclairer l'opinion publique, et de faire connaître enfin, qui des deux adversaires avait raison :

'* Quoiqu'il en soit, nous ne croyons pjis que M. (îea. . '^ dron ait commis, au moins malhonnêtement, l'acte qu\)ii ** lui reproche, et nous ne croyons pas non plus, que M. •' Langelier l'ait accusé malicieugement de cette faute."

Voilà qui s'appelle parler ! et de manière à être coinpris. Le lecteur a dû être satisfait, ou bien il est difficile.

PORTRAITS ET PASTELS LITTfcRAIRBS. 359

Ainsi, c'est bien simple et bien clair. Ni l'un ni l'autre n'ont tort ni raison. M. Gendron a t-il commis, oui ou non, la soustraction du document ? M. David n'en sait rien, pui»qu'il commence en disant: quoiqu'il en isoit ; mais il croiï tout de même, que M. Gendron n'a pas commis, au moins malhonnêtement ^ l'acte qu'on lui impate. Comment peut-on soustraire honnêtement un docament ? C'est au lecteur do deviner. Quant à M. Lange! ier, qui a accusé M. Gendron d'un acte infamant, ot qui l'a injurié sur tous les tons, il n'a pas agi maViûeusement. Comment cela? On n'en sait rien, et ]e lecteur devra deviner encore. Mais quand M. David rroitf il faut supposer qu'il a de bonnft raisons pour cela, et croire avec lui. Si vous voulez en savoir plu» long, vous ête^ un téméraire.

Le Courrier de St. Hyacinthe s'est permis cette témérité; mais M. David lui a répondu par un second article plus entortillé que le premier, et dont voici la conclusion :

" Cela dit, je prie le Courrier de St, Hyacinthe de croire, •* que je ne me générai pas plus à l'avenir que par le *' passé, de dire franchement ma façon de penser, à la '' peine d'encourir les colères du Courrier.''

Voilà qui était franc et net, et le Courrier a dû être convaincu. C'est bien admirable de pouvoir parler ainsi ; car il faut tant de courage pour dire franchement aa façon de penser^ et décider carrément entre deux adversaires, que l'un a raison et que l'autre n'a pa^ tort!

Je n'insisterai pas sur cette indécision constante de M. David, et je ne citerai, ni le portrait de Mgr. Bourget, ou il a pris tant de soin de ne se prononcer sur aucune des questions intéressantes que tout le monde voudrait connaître — ni la biographie de Sir George Cartier, qui

est la contre-partie des discours de M. David dans les t^lections de 1872.

Ce qae j'ai dit suffit pour démontrer, que M. David iio manque pas d'habileté à danser sur la corde, qa'unr certaine école tient suspendue entre le vrai et le faux ; et je passe à Texamen de son style.

M. David n'est pas historien, mais portraitiste.

Quand il peint, il est généralement élégant, vif et délicat. Il est observateur et groupe assez bien le> traits principaux. Mais quand il raconte, il est long, monotone, et ennuyeux. Il omet des faits importants, et tient compte de détails insignifiants, probablement pour plaire à tels membres de la famille qui y jouent un certain rôle.

Même dans le portrait, il lui arrive assez souvent de manquer de goût. Il abuse surtout des images. Il 1rs entasse, les répète et les mêle.

Ainsi il dira du juge Valliôres:

^^ Sa belle imagination faisait jaillir des étincelles de.^ *' pensées les plus arides, et les chargeait de paillette^ *' (for et <f argent, de rayons lumineux." Le lecteur voit la confu.Mon de ces étincelles avec les paillettes d'or tt d'argent et les rayons lumineux !

'' Sa mémoire était au niveau des autres facaltè^ ; *^ c'était une mine inépuisable, une source intarissablt* *' comme son esprit." Mine inépuisable rendait bien l'idée, quel besoin y avait-il d'ajouter, sowce intarissable *

<^ Un esprit fin, brillant, prompt comme l'éclair, qui *' s'épanouissait en gerbes de feu, en fusées étincelantes. ^' et s'échappait de sa forte tète comme la vapeur dc)« *^ puissantes machines qui la contiennent." Eclair, gerbes de feu^ fusées, et après tout ce brio., .vapeur I Quel mélange !

PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES. 3(>l

^ Sa conversation était un feu roulant de bons mots, -'d'anecdotes, de reparties, et de plaisanteries que les *' anciens se répètent encore au coin du feu, tout bas, '• quelquefois."

Après cet encombrement de bons rnotSf danecffotes de réparties et de plaisanteries, on se demande poui*quoi les anciens se bornent à les répéter quelquefois et tout bas I

Dans le portrait de Charles Michel de Salaberry, je retrouve le même entassement de mots exprimant la même idée :

" Un cœur de lion, une intrépidité à tout oser, à tout braver,.. Vif, brusque, impétueux,., niaXxire de soldat, pleine iPélan, de vivacité et d'entrain... Sévère, rigoureux, intlexible...

Dans les pages les plus brillantes de M. David, il y a «le ces taches, qui démontrent l'absence de goût et de tact. J'en pourrais citer des exemples dans presque tous ses portraits, et spécialement dans celui d'Emma liajeunesse. Mais le seul fait d'avoir placé cette actrice, si célèbre qu'elle puisse être, dans sa Galerie Nationale, au milieu de nos grands évêques et de nos hommes <rétat les plus illustres, est un manque de tact absolu.

M. David ne sait pas toujours choisir le style qui convient aux portraits. Ainsi, on ne peut débuter plus mal qu'il n'a fait dans celui de Sir L. H. Lafontaine :

" JSous voilà, encore/ en face d'une vie illustre, etc., ** etc. Cette biographie m'a causé beaucoup de troubles •* et de recherches."

Nous vailà, encore ! Quelle exclamation étrange et quel début ! C'est le lecteur qui a dû s'écrier en commençant : " Vous voilà, encore, M. David !

Trouble n'est pas français dans le sens que M. David lui donne. Mais lors même qu'il le serait, il n'y avait

362 PORTRAITS BT PA8TIL8 LITTÉBAtRES.

pas de raison d'informer le public de tout ce trauble-ÏÀ, Le portrait est par lui-même assez troublé.

Un autre défaut du portraitiste est de n'avoir pas 8u tirer parti des sujets qu'il a traités, et en faire ressortir les enseignements. Je n'en citerai qu'un exemple.

Il y avait un magnifique rapprochement à faire entre Papineau et Morin, entre l'orgueil de l'un et l'humilité de l'autre, entre la piété de celui-ci et l'incrédulité de celui-là. M. David n'y a pas pensé I Et lui, qui n'avait pu articuler un mot de blâme pour l'incrédule, il a trouvé du persifflage pour l'homme pieux : '* M. Morin " avait plutôt Tair d'un évêque en visite pastorale " qu'un candidat en quête d'un comté ; il parlait avec *^ la simplicité et la franchise du bon curé qui fait le '^^ prône à ses paroissiens depuis vingt cinq ans."

Terminons ce pastel, déjà trop long, par ces paroles de M*, de Bonald :

" Un écrivain doit avoir en morale et en politique des ** opinions décidées, parce qu'il doit se regarder comme ^^ un instituteur des hommes : pour apprendre h douter, ^* les hommes n'ont pas besoin de maîtres."

Je prie M. David de méditer ce conseil, et d'en faire sa règle de conduite.

Malgré quelques défauts de style que j'ai indiqués, il dit généralement bien ce qu'il pense. Mais ce que je lui reproche, c'est de penser trop peu !

En pensant davantage, il pourra peut-être s'élever andessus du médiocre, et si jamais il émigré au pays des Liliputiens il y sera fait nardac comme le héros de Swift,

PORTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES. 3i]3

M. L, A. DESSAULLES.

C'était hier, c'est-à-dire il y a plus de douze ans. La littérature canadienne n'était pas née, s'il faut en croire l'abbé Casgrain qui devait la mettre au monde. Chanveau, Taché, Crémazie avaient bien tenté Taventure, mais en vain. Cette diablesse de littérature ne voulait pas voir le jour, et tout restait à créer pour la génération qui allait éclore.

Mais l'âge d'or approchait.

Le gros Fréchette voj-ait épanouir ses blondes années; \e petit Marmeiie chevauchait bruyamment sur le faite «le la maison paternelle; le brillant chevelu Faucher de^ St. Maurice couvrait sa tête d'un sombrero ; le jeune < rameau ébauchait les contours de sa belle baigneuse; le . sémillant Dr. Larue prenait des leçons de boxe pour »e préserver des blackeyes; il ne manquait plus que le beau David, qui faisait alors ses dents, et qui allait bientôt commencer sa galerie nationale si mêlée.

Donc la littérature allait naître... pour son malheur, hélas ! La politique était née depuis longtemps, et elle menait une vie passablement tapageu.se. Le parti national était encore dans le néant— je n'affirme pas qu'il en soit sorti. Mais les libéraux et les conserva, teurs étaient aux prises, et la lutte se poursuivait avec une ardeur terrible. Le National et VAvenir^ qui avaient eu une vie obscure et courte, venaient de trouver sur le champ de bataille une mort peu glorieuse.

Le Pays était resté seul sur la broche, vomissant l'injure et brandissant un bout de grammaire.

Le parlement siégeait dans la vieille cité de Champlain, et les séances devenaient acrimonieuses et inter-

364 POBTtlAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES.

minables. Lo conseil législatif lai-même, se laissait aller à l'excitation, et voulait prendre na part dans la querelle politique. Un soir, j'entrai dans sa galerie, et j'écoutai. Un homme se leva et prit la parole.

Il était petit, maigre et sec. Une moustache noir« bien entretenue voilait sa bouche, et m'empêchait de voir si ses dents étaient blanches comme celles de Tabbé Casgrain, ou en deuil comme celles de M. Marmette. Ses yeux me parurent d'un brun jaunâtre, assez vifs, capables d'exprimer la haine plutôt que l'amour. Son aspect n'avait rien de souriant ; son geste était raide, ^a voix dure.

Tête et physionomie grêles. Je ne sais quoi de mesquin dans la pose. Cheveux très-noirs et plats, ouverts sur un front qui n'était pas assez large, je devrais dire, étroit comme sa pensée. Ni jeune ni vieux, mais plutôt jeune quand on le voyait de loin. Un timbre qui vibrait comme un cuivre, mais qui n'avait rien de sympathique.

Il parlait en avocat, en avocat qui a une tête, mair^ qui n'a pas de cœur. Du reste, rien dans l'apparence qui dénotât le libre-penseur; on l'eût pris pour un bedeau tout aussi bien que pour un socialiste. Sa voix était désagréable, mais son langage était poli: du miel dans la forme, de la moutarde dans le fond ; des fleuTH à la surface, un tonneau de poudre en dessous. Le discours était d'ailleurs compassé, didactique et froid.

Tel m'apparut cet homme.

Il ne m'attira pas à lui, et cependant je l'écoutai jusqu'au bout.

Ce qu'il dit alors, je ne m'en souviens guôre ; mais je sais qu'il parla de tendances humanitaires^ de progrès indéfini enrayé par t intolérance, de libertés populaires restreintes par Vabsolutisme, etc, etc, etc. Je compris que

c'était \k le fond de sa rhétorique, et quand il daigna n'asseoir, je n'en fus pas fôché.

Vons venez d'entendre M. DessauUos, me dit mon voisin ; c est nn homme de grand talent.

— Je suppose qu'il a fait ses preuves avant ce soir.

— Oh ! oui, reprit mon interlocuteur, en me jetant un i*egard étonné ; j'avoue qu'il n'a pas été fort aujourd'hui. Mais sa réputation est faite.

— Surfaite, peutrêtre ?

— C'est possible. Franchement, j'en parle par ouidire ; et personnellement je ne sais pas trop ce que valent ses écrits.

— C'est pourtant ce qu'il faudrait savoir.

Ainsi se fonde bien souvent la réputation d'un homme. On l'entend déclamer avec force contre les abus du pouvoir et le fervilisme des cansciencesy revendiquer les droits du peuple et la souveraineté nationale^ et l'on s en va répétant comme un porroquet : cet homme parie bien ; il a de grands talents.

Verba volant Ce propos vole de bouche en bouche, et le public finit par se laisser persmider, sans en rien connaître en réalité. On parle de confiance. Le piédestal s'érige sur un ouï-dire, et la médiocrité arrive à la réputation, que la position et le succès finissent par consolider.

Le succès ! Voilà le fondement unique de bien de» gloires. Cet homme a du succès ; donc il le mérite. Kaisonnement absurde, que tout le monde accepte et dont chacun reconnaît cependant la fausseté.

Jamais un écrivain n'a obtenu un succès égal à Voltaire ; et ce grand ennemi de l'Eglise ne fut aprè^^ tout, qu'un génie de troisième ordre.

L'abbé Delille a été admiré ot encensé toute sa vie, pour des vers qui ne valent pas une page de Dofioso Cortès.

Jean-Baptiste Rousseau fut longtemps appelé le grand poète lyrique de la France, et ce n*est certainement pas un modèle.

Notre siècle a vu fleurir la gloire des Scribe, des* Flaubert, des Théophile Gautier, et de cent autres qui ne sont que des hommes médiocres.

lyhistoire H la main, ont peut dire avec vérité qu'en général, le succès appartient à la médiocrité servie par la réclame. Le génie qui méprise la réclame est souvent condamné à l'obscurité. Voltaire n'a jamais négligé ce détail, et quand il croyait utile de communier pour assurer le succès d'une pièce, il communiait, V infâme !

M. Dessaulles est aussi de ces hommes médiocres qui aiment à s'entourer de certains bruits de cymbales. 11 pose en prophète, ot ses disciples ne lui ménagent pas les louanges. Ils sont peu nombreux, par bonheur, qt ne savent rien. C'est ce qui explique, comment le fatras d'érudition exhibé par leur maître, les jette danh l'admiration. Quel savant! s'écrient-ils, et quel grand écrivain 1

Une autre opinion, partagée par un plus grand nombre, circule aussi dans un certain public sur le compte de M. Dessaulles. On le regarde comme un homme dévoyé et dangereux, mais très-capable. Cent un impie, dit on, mais un homme de grands talents.

Ces deux opinions sont fausses à un degré difTérent. Ceux qui proclament M. Dessaulles un grand savant et un grand écrivain, ne connaissent pas évidemment la signification de ces deux mots ; et quant à ceux qui se contentent de lui reconnaître des talents supérieurs, il^

PORTRAITS ET PA8TBL8 LITTÉRAIRES. 3f)7

sont aussi dans Terreur, parce qu'ils n'ont pas lu pcj^ I ouvres, et ne le jugent que par ouï-dire.

Cîe n'est pas ainsi que nous apprécierons M. Des- >aulles. Nous examinerons ses œuvres, et nous démontrerons avec impartialité : lo que M. Dessaulles n'eyt pas un écrivain, quoiqu'il ait beaucoup écrit : 2o qu'il «•st bien loin d'être un savant, quoiqu'il ait beaucoup lu.

M. Dessaulles a longtemps rédigé le Pays^ l'organe du )»arti libéral en Canada. C'était un journaliste ai-dcnt et qui avait des apparences de conviction. Il manquait d'habileté et de stratégie ; mais il avait du courage et de Taudace. Il ne savait pas choisir le tem]>s ni le lieu de la bataille ; mais il s'élançait toujours à l'assaut du pouvoir avec une furie digne d'un meilleur sort.

Il combattait au premier rang de l'opposition, et ne exemptait pas les blessures qu'il recevait, ni les morts qui tombaient à ses côtés. On lui reprochait même avec raison, de sacrifier inutilement ses soldats.

Ce n'était pas lui qui portait les meilleurs coups à 1 ennemi ; mais il pouvait se vanter de porter les premiers. On lui rendra d'ailleurs cette justice qu'il n'a jamaib tué jiersonne, pas même le clergé qu'il désirait tant exterminer.

Imprudent à l'extrême, il semblait prendre plaisir à t^ compromettre et à compromettre ses amis. Bien loin (le l'aifi:uiIlonner pour le faire avancer, il fallait sanR cesse le retenir.

— Vous allez trop loin, disait le chef, vous nous ecinipromettez.

— Je dis ce que je pense.

— Vous le dites trop, ce que vous peiii^ez. Le peuple est catholique, et...

— Dites qu'il est préjugé et endormi dans la superstition.

— Comme vous voudrez, mais il n'est pas prêt à accepter vos idées.

— Il s'y habituera.

— Pardon, il ne s'y habituera pas ; et en froissant se^ convictions comme vous le faites, vous nous empêchez d'arriver au pouvoir. Vous nous rendez impossibles.

— Pas du tout. Le libéralisme régnera ici commt? ailleurs. Son triomphe est certain, et les jours de la superstition achèvent. Nous vivons dans un pays libre, et la liberté de penser est le premier de nos droits.

— Je ne conteste pas le droit, mais l'opportunité d'exprimer vos idées. Je ne parle pas au nom de la science, ni de la liberté, mais au nom de l'intérêt politique. .U^ voue en prie, soyez prudent.

Mais le journaliste libre-penseur était comme uu cheval fougueux qui ne peut souffrir aucun frein ; et le lendemain, il attaquait le clergé ou les institutions religieuses avec un redoublement d'ardeur et de malice.

C'était du moins un homme franc, dira-t-on.

Non, il n'était pas franc. Il disait beaucoup plus qu'il n'aurait dû, dans l'intérêt de la cause politique qu'il représentait; mais il se gardait bien cependant, de dire tout ce qu'il pensait.

Aujoui*d'hui encore, il déguise la moitié de sa i)ensét\ en ne nous disant pas franchement qu'il ne croit pas en la divinité de Jésus-Christ.

M. Dessaulles a d'ailleurs le. caractère distinctîf de» vrais hypocrites: il ap))elle Tartufes les hommes religieux, c'est-à-dire les hommes sincères par excellence.

Pai*ce qu'il insulte ouvertement le clergé, parce qu'il se moque de nos croyances, parce qu'il outrage audaricusement notre sainte Mère TËglise, il se targue de franchise et de droiture. Mais ce qu'il ose dévoiler fait aleviner ce qu'il cache encore, et révèle la profondeur de son hypocrisie.

Son journal le Pays, a toujours voilé ses véritables tendances, autant que sa nature le lui permettait ; et toute sa carrière de journaliste a été une duperie continuelle. Il affichait aloi*s les couleurs d'un catholique libéral, et il était au fond un libre-penseur des plus avancés.

Comme journaliste, il n'a rien produit dont on se souvienne. Il n'a jamais su, et ne saura jamais bien la langue française. Il ne respectait guère plus la grammaire que le clergé. Ses phrases étaient mal bâties, et d'une longueur... A rendre ses lecteurs poitrinaires.

Il eut quelques polémiques avec M. J. C. Taché, et les rieurs ne furent pas de son côté. C'est à lui, s'il m'en souvient bien, que M. Taché fit croire que Donoso Cortès et le marquis de Yaldegamas étaient deux hommes différents. C'est depuis ce temps-là, qu'il méprise Donoso Cortès y compris le marquis.

II soutint d'autres luttes qui firent quoique bruit, principalement contre Mgr. Raymond et contre M. Caachon. Il ne sortit pas de la première avec les honneurs de la guerre, et ne fit preuve ni de science ni •ie bonne foi.

La seconde fut longue et ennuyeuse, et les deux adversaires parurent de force à peu près égale — ce qui n'est faire l'éloge ni de l'un ni de l'autre. Tons deux se distinguèrent par l'audace, la grossièreté et le mauvais style. La lutte finit faute... d'injures, leurs dictionnaire!) étant épuisés.

SouH sa direction, le Pays ne fit pas fortune, non plu>* que son parti, et quand il l'abandonna, le journal était mourant. Ses amis le regardaient de plus en plus comme un obstacle à leur avancement, et ils profitèrent de la première occasion venue, pour s'en débarrasser. Ils lui trouvèrent une douce retraite, d'aucuns disent une cachette, où l'indiHciplinable fut enfoui.

Pour répandre à Montréal les bienfaits de la librepensée, M. Dessaulles n'avait pas seulement un journal à sa disposition ; il avait aussi une tribune, celle <le l'Institut Canadien. Il était l'âme de cette association, si toutefois on peut dire qu'elle avait une âme. En perdant son journal il gaixiî^ la tribune, et c'est de la. que depuis plusieurs années, le prophète rond ses oracles.

C'est de là, que le Greffier de la Paix déclare la guerre à TEglise, juge son évèque, cx)ndamne le Pape et les Conciles !

De la tribune sa parole tombe dans la rue, et elle y resterait mêlée à la boue qu'elle aff*ectionne, s'il n'avait le soin de la ramasser lui-même, et de la reproduire en brochure. C^est ainsi, et seulement ainsi, qu'il p^ssera à la postérité. * Tant pis pour lui ! Car la postérité sera sévère, à l'égard de ce pygmée qui passe sa vie à diffamer le catholicisme, et à réhabiliter les scélérats.

Nous avons sous les 3'eux sa brochure sur Galilée, ses lectures sur la guerre américaine^ et les annuaires de r Institut Catiadien de 1868 et de 1869, et enfin sa dernière élucubration " La grande ,guerre ecdé^iastiqueJ' Quel bagage littéraire ! Et que cet homme nous fait pitié !

Il n'y a dans tout ce fatras, ni esprit, ni science, ni style. Un seul mot peut qualifier justement cet ent^v^sèment d'inepties, et de mensonges : c'est plat.

Pour justifier ce jugement, je dois entrer dans quelques détails, et pour procéder avec ordre, je veux

PORTRAITS £T PA8TKLS LITTéRAIRRS. 371

démontrer d'abord : que M. Dessaulles ne sait pa^ écrire, et qu'il ferait bien de revoir sa syntaxe.

Le style est une puissance,, a dit un grand penseur.

M. Dessaulles n*a pas cette puissance-là. Dire qu'il a le style de tout le monde, serait peut* être exact, parct» que ce serait dire qu'il n'en a aucun ; mais je veux être plus précis, et je dirai qu'il a un style d'avoué.

Le premier venu, parmi les avocats, i-édige t^es proc^ures dans le style de M. DessauIIes. Il est embari*as8é, obscure, dift'us et incorrect. Il est monotone, comme son ton. De la première phrase à la dernière, c'est toujours la même chanson, et cotte chanson n'est pas gaie. Rien qui repose, rien qui amuse, rien qui égaie un peu l'aridité de l'argumentation. Eien mémo qui pique la curiosité, ou excite et soutienne l'intérêt.

Y trouvons-nous au moins des sentiments? Non. Quelques jolies figures de rhétorique ? Non. De la facilité, de la verve, de l'élégance, de l'harmonie ? Non, rien de tout cela.

M. Dessaulles a trouvé le secret d'être long, sans être fécond. Il se répète d'une manière désolante, et toutes ses arguties sont étirées, de telle sorte qu'on n'a pas besoin d'en voir la fin quand on en connait le commencement. Mais ce qui est fort est bref, a dit Ernest Hello. C'est une grande vérité, et la longueur des phrases de M. Dessaulles donne la mesure de sa faiblesse.

H. Dessaulles est amer plutôt que piquant, haineux plutôt que sarcastique, emporté plutôt qu'enthousiaste. Il y a des écrivains qui se perdent dans les nuages ; M. Dessaulles se perd dans ia fange, la fange du dénigrement et du mensonge.

Lors même qu'il voudrait fréquenter les nuages, il ne le pourrait pas; sa nature s'y oppose. Elle le tient iitlaché à la terre, et le beau idéal est au-dessus de sa

portée. 11 n'a ni tmaginution, ni sensibilité, ni cet amour de i*art qui distingue les natures d'élite. Il n'a pas même cette chaleur du polémiste, qui donne de la vie à l'argumentation, et qui tient le lecteur en haleine.

Il est lourd, il est froid, et son rire même est ennuyeux. C'est le rire haineux du sophiste pamphlétaire, que l'aspect du mal seul réjouit. La haine a fait élection de domicile, dans ce style difforme et exagéi*é, elle n'en sortira pas.

Je eerai juste, et je ne reprocherai pas à M. Dessaulle<i de faire des phrases vides. Ses phrases sont, pleines, mais pleines de choses creuses. Il y met du sel, autant qu'il peut-^ce qui n'est pas dire beaucoup-— mais ce sel est gros et imbibé de narcotique. On s'endort vite à manger de ce sel-là.

Ce que je dis des phrases de M. DessauUes, je puis le dire de sa tête. Elle n'est pas vide, mais très-mal meublée, et tout y est dans un pêle-mêle incroyable. Beaucoup de choses, mais rien de complet, rien de clair, rien de brillant, rien d'ordonné : un vrai chaos.

Cela explique le désordre de tous ses écrits, qui n'ont aucune symétrie, ni gradation. On dirait qu'il ignore entièrement ce qu'est la disposition dans le discours ; et tontes ses œuvres manquent d'unité et d'ensemble.

Les seules transitions dont il use, dans sa dernière brochure, quand il veut passer d'un sujet À un autre, sont les suivantes: Maintenant monseigneur^ à présent monseigneur t fai voulu vous dire monteigneur^ il était temps de vous dire monseigneur, etc.

Faisons un pas de plus, et entrons dans un examen plus détaillé de ce mauvais style d'avoué.

Ni élégante, ni vive, ni cadencée, sa phrase se traîne, se mêle, et arrive péniblement au bout. Bien loin d'avoir des ailes, elle n'a pas même des pieds, et quanti

elle s'égare dan» ane proposition incidente, elle n'eu pect pi as sortir.

Je n'en chercherai pas longtemps des exemples. Voiot la première phrase, de la première lecture de M. Den- Kaulles, snr la Guerre Américaine :

'< Nous sommes aujourd'hui les témoins inquiets et attentifs det calamités nationales que l'irrésistible enchaînement de la cause et de l'effet, comme le disait si bien le colonel Masson, devait tôt ou tard /dire fondre sur un peuple dont tous les autres peuples enviaient la merveilleuse prospérité et le développement sans exemple dans le monde, mais qui avait commis la faut^^ de conserver dans son organisation sociale et politique un principe morbide, le cancer vénéneux de l'esclavage, de cette institution infime entre toutes qui devait corrompre les idées et fausser les notions des hommes qui seraient appelés à gouverner le pays."

Disséquons un peu cette phrase, qu'on ne panloinieratt pas à un élève de seconde. Il ne s'agit plus ici de style, mais de grammaire ; et je demande bien pardon aux lecteurs des leçons de syntaxe que je vais être obligé de donner à M. Dessaulles.

La phrase citée, contient quatre propositions différentes, qui auraient dû être exprimées en quatre phrases. H. Dessaulles a trouvé plus expéditif de tout mêler dans une seule, et vous ne devrez pas être étonnëh. lecteurs, s'il vous faut la relire deux ou trois fois pour la comprendre. Elle commence par l'expression d'une idée, entre incidemment dans une autre, passe à une troisième, et se termine par le développement d'une quatrième idée, ce qui forme en total : un salmigondih.

Qu'on demande à un élève de seconde de reconstruire cette phrase, et il la divisera comme suit :

''Nous sommes aujourd'hui les témoins inquiets et

374 PORTRAITS BT PA8TBLS LITTÉRAIRES.

attentifs des calamités nationales que Tirrésistible enchaînement de la cause et de Teffet, comme le disait si bien le colonel Masson, devait tôt ou tàvà faire fondre (ces deux mots sonnent mal) sur la nation américaine. Ce peuple dont tous les autres enviaient la merveilleuse prospérité et le développement sans exemple avait commis une faute : il conservait dans son or/ranisation sociale et politique un principe morbide, l'esclavage (l'élève supprimerait cancer r^n^n^ux). Cette institution de vait corrompre les idées et fausser les notions des hommes qui seraient appelés à gouverner le pays."

Ainsi ferait l'élève, et M. Dessaulles voudra bien s'en souvenir.

'< La grammaire n*e8t pas ce qu'un rain peuple pense."

Quoiqu'on soit de taille à guen'oyer contre les conciles, ri est toujours bon de savoir la syntaxe. Elle est surtout bien utile, quand on veut démolir l'Eglise à coup de brochures.

Remarquons bien que la phrase citée, n'est pu» Isolée. Je puis montrer des pages entières aussi défectueuHCs.

En jetant un coup d'œil sur une lecture de M. Dessaulles, faite à Tinstitut-Canadien le 23 décembi*e 1861, je lis ce qui suit à la première page (les italiques sont de moi) ;

^' Sentant les difficultés de plus d'un genre qu'éproui'e en ce pays, Thomme qtU veut s'instruire, comprenant^ par leur propre expérience qtie l'éducation que Ton reçoit au collège n'est rien autre chose qu*un point de départ, un simple acheminement v^rs l'instruction, n'est réellement que le moyen de savoir quelle marche il faut suivre pour arriver à V acquisition des connaissances sans lesquelles un homme ne saurait se distinguer dans les professions

Hbérales, seule pépinière possible des hommes d'état, sauf quelques remarquables exceptions ; sentant que le seul moyen de suppléer à la rareté des livres est de recourir d la communion des idées par la discussion et Vexamen en commun des matières qm font habituellement le sujet des inveHtigations de Tesprit ; comprenant enfin que quand on n*a pas à sa portée les ressources nécessaires pour s'instruire seul, on peut y suppléer jusqu'à un certain point par des réunions dont le mobile est l'émulation, et dont l'objet est renseignement mutuel, le travail associé; ces deux oents jeunes gens décidèrent de suppléer au manque de capitaux par une recrudescence d^énergie et communauté d'action qui leur permirent d'arriver par l'asHOciation au hut que chacun d'eux, pris isolément ne pouvait atteindre.

'* Comptant sur la libéralité et la sympathie du publie, '' qui tait rarement défaut à ceux chez lesquels la '• sincérité d'intention se prouve par des actes utiles, *' ces jeunes gens, presque tous sans moyens et à cette •' époque de la vie où l'homme sent que de son seul travail '• dépend son avenir, décidèrent de se former en corpn *' délibérant, pour ainsi dire afin de se prêter main-forte les '* uns aux autres dans la t&ehe, toujours précaire et '^ difficile pour V individu de se préparer une carrière et de '* devenir un homme /orf et instruit."

Et bien ! lecteurs, que pensez-vous d'un discours qui débute ainsi ? Que dites-vous d'un homme, qui fait de telle» phrases, et qui se croit plus fort que les Papes et les Conciles? Comment trouvez-vous ces bons jeunes gens qui, sentant que, comprenant que, puis resentant que. et recomprenant que, quand on etc., etc., décident pour suppléer aux ressources, de suppléer au manque de capitaux f

Savez-vous, que ces jeunes gens étaient joliment futés ? En etfet, le meilleur moyen de suppléer aux re»-

îiïtJ l»ORTRAïT6 KT PA8TELÇ LITTÉRAIBE8.

tources pécuTiiaires était bien de suppléer au manque de capitaux ! Il est bien étrange, que ces jeunes gens n'y eussent pas pensé auparavant.

Mais comment suppléer à ces capitaux qui suppléeraient si bien aux ressources f C'est simple comme bonjour : il suffisait d'une recrudescence d! énergie ; et il parait que ces jeunes gens-là en avaient de la recrudescence !

Mais alors, pourquoi M. Dessaulles dit-il ensuite, qu'ils étaient tous sans moyens et comptaient sur la libéralité du public f Ils n'étaient pas sans moyens, puisqu'ils avaient la recrudescence d'énergie pour suppléer aux capitaux gui suppléaient aux ressources^ et ils ne devaient compter sur la libéralité de personne. Avec la seule recrudescence, ils pouvaient se former en corps délibérant pour ain»i dire ai se prêter main-forte,.. les uns aux autres^ et non pas le»* autres aux uns.

Par ce moyen, la tâche difficile pour V individu de devenir un homme fort, devenait facile. En se prêtant mainforte les uns aux autres, ils acquéraient une recrudescence de force, et quoique individus ils devenaient /orts.

Et voilà pourquoi M. Dessaulles, qui était à la tète de ces bons jeunes gens recrudescents, est devenu/orf en grasnmaire tout individu qu'il fut.

Sa dernière brochure a surtout révélé sa force, comme vous allez voir. Ouvrons-la et citons-en la première page. Remarquez que je ne cherche pas, et que je prends toujours la première page des écrits que je critique.

^^ Il y a si longtemps que l'idée ultramontaine la plus exagérée, que la prétention à la suprématie absolue du Pape sur le temporel, se prêchent sur tous les tons au milieu de nous ; il y a si longtemps que les représentante» de cette idée ont réussi cf étouifer (on dit réussi à étouffer et non pas cf étouffer) la discussion libre et se ionnent

leai-s coudées franches, parce quHls croient nous avoir timeni au point de pouvoir parler seuls ; il y a si longtemps que Ton nous sert comme articles sérieux, comme définitions obligatoires, de simples amplifications de collège, de purs verbiages (f 'élèves de rhétorique, où Von se montre nussi neufs sur les principes du droit public que sur les faits ^ rhistoire; que (ce dernier j'ti^ vient un peu tard) j'ai regardé comme un devoir de présenter l'autre p^iint de vue de la question et de montrer où nous mènerait la réalisation ^e Tidée ultramontaine.

*' L'ultramoiitanisme sait que la proposition

d'appliquer le droit chrétien sans développer ce qu'il entend par là, sera regardée par une population con- Hantc et peu instruite comme la meilleure chose que i\>n puisse lui proposer.'*

Cette dernière phrase où M. Dessaulles parle d*une proposition à proposer nous rappelle celle d'un conseiller municipal qui débutait ainsi : je veux proposer une proposition et je propose,.. Si M. Dessaulles avait eu moins de recrudescence d*énergie, il aurait dit simplement que r application du droit chrétien serait regardée comme h meiUeure chose à proposer, et la phrase eut été plus française.

Mais la recrude^ence d'énergie lui joue quelquefois de mauvais tours. A part les inexactitudes et lés longueurs que Ton a pu remarquer dans la citation que je viens de faire, on observera que M. Dessaulles exprime le contraire de ce qu'il veut dire dans les lignes suivantes :

" Ils (les ultramon tains) se donnent leurs coudées franches, parce qu'ils croient nous avoir amenés au point de pouvoir j^ar/fr seuls.''

L'idée de l'auteur, c'est que les ultramontains croient pouvoir parler seuls, mais, dans le sens réel de sa phrase, c'est lui qui peut parler seul. O recrudescence d'énergie /

;]78 PORTRAITS ET PASTCLS LITTÉRAIRÏS.

Je pourrais continuer a feuilleter la dernière brochure, et y trouver des échantillons de stjle, qui prêteraient à de plaisants commentaires. Mais je crains, vraiment, de lasser le lecteur.

Cependant, j'ai dit que M. Des^aulles ne sait pas sa syntaxe, c'est-à-dire^ n'entend rien à la construction d'une phrase, et je tiens à le prouver irréfutablement.

Pardonnez-moi donc, lecteur si je vous fais lire encore quelques-unes de ses périodes les mieux réussies ; et quand vous serez tenté de demander grâce, songez qu'il m'a fallu tout lire, moi ! Je citerai d'ailleurs sans commentaires :

" Ainsi pour avoir voulu décréter excatkedrd de gallicanisme un Archevêque et deux prêtres, auteurs d*un document connu des seuls Bvéques— je fais ici abstraction de cette déplorable habitude, suite d'une grande étroitesse efesprit on fanatisme odieux de présenter toujours comme digne de tous les mépris et de toutes les haines, ceux qui ne sont pas ultramontains de coeur ou de profession; car au point où en sont les choses, il va falloir haïr et mépriser bien des millions de catholiques qui ne veulent plus suivre le parti de la domination et de Técrasement dans l'Eglise — j)our avoir voufUy dîs-je, décréter ex-cathedrâ de gallicanisme un Archevêque et deux prêtres, parce qu'on jugeait ce moyen le meilleur pour discréditer celui-là à Rome, ou a tout simplement forcé ces deux prêtres, bien à leur corps défendant évidemment (on dirait que ces deux prêtres n'ont qu'un corps), de publier un fait qui, non-seulement nous montre le Nouveau-Monde sous son vrai jour comme calomniateur impudent des ecclésiastiques qui ne veu> lent pas tomber dans les exagérations, mais qui compromet aussi le seul évêque qui eut pris copie du docn-

ment et fut en même temps en antagonisme ardent avec rArchevèque *

" Au reste, /ai vu mieux que personne par les colères qu'éprouvaient ceux des membres de Tlnstitut qui poussés à bout par les obaessions de leurs femmes ou de leurs mères, au de leurs sœurs ; obsessions qui étaient eommandées à celles-ci au confessionnal, et qui se résumaient presque à chaque heure, à la maison, dans ces observations aigres-douces que les femmes qui s*abandonnent, aveuglément à la direction d'un confesseur intrigant, savent glisser à propos de tout dans les conversations de la table aude\& veillée ; obsessions enfin qui, pour quelquesans d'entr'eux, devenaient des piqûres de chaque minute ae la vie de famille et produisaient constamment des querelles et des refroidissements entre parents ; fai vu^ dis-je, par les colères manifestées par ceux qui étaient ainsi le point de mire de la pression sacerdotale, hésitaient entre leur indépendance au dehors et la paix à la maison, fai vu quel odieux système V. G. a intronisé parmi nous."

Cette phrase impossible rappelle involontairement la

chanson populaire :

J'aivQl j'ai val Compère qu'as-tu ra !

M. Dessaulles a vu quelque chose, évidemment. Main il est lent à vous le dire ! Il me semble qu'il aurait bien pu nous apprendre qu'il a vu intronisemfine chose, qui, en bon français ne s'intronise jamais, sans nous parler de toutes ces obsessions affieuses qui se résument en observations aigree-douces, et deviennent des piqûres de chaque minute de la vie de famille.

Encore une citation et j'ai fini. Ne perdez jamais de vue la phrase principale, si c'est possible, au milieu den incidentes oui l'engloutissent :

380 POBTRAITd ET PABTBL8 LITTÉRAIRES.

" Mais la recrudescence de folie (ne pas confondre avec la recrudescence d'énergie qui supplée aux capitaux^ lesquels supplient aux ressources pé''uniaires) que nous voyons le ** Nouveau- Mfjnde '* et son accolyte manifester si crûment sur le chapitre de leurs prétentions à la supr<^matie cléricale universelle; la guerre sans merci qu'ils continuent de faire à tout ce qui^ de près ou de loin, se rattache à l'idée libérale en politique ; idée qui pourtant ne se résume que dans le droit qu'ont les peuples de surveiller et contrôler les gouvernements qui tiennent d'eux leurs pouvoirs, et je ne puis sincèrement pas voir ce que cette idée peut comporter de si damnable ; — l'intolérance aveugle qu'ils montrent envers tous ceux qui osent parler modération et donl^er des conseils sensés — témoin M. le G. V. Raymond que ces feuilles <^*hypocrisie, de mensonge et de discorde remercient de se» longs services en lui donnant avec unq si remarquable grossièreté de formes un brevet d'hostilité et de désobéissance au Pape ; et puis les prodigieux eiibrts que font toutes nos feuilles cléricales pour bien inculquer dans notre population l*idée que la législature est catholiquement tenue c/'exécuter les moindres désirs des évèques ; et surtout la dernière et étrange mesure que y, G. vient d'adopter à Tégard des paroissiens de Beauharnais qui ne paient pas de dîmes; tous ces faits enfin qui démontrent aux plus aveugles que le " clergé tend réellement à n||^ifier les institutions, braver les fois« contrôler les esprits en tout ordre de choses, dominer arbitrairement les consciences et tout régir dans l'état ; tous cesfatts, dis je m'ont convaincu que ce serait déserter la cause de la liberté et de la souveraineté nationale que de supprimer au plus fort de la lutte un écrit destiné à protester contre l'esprit non-seulement dominateur» mais

subversif de notre ordre social et politique, dont le clergé fait preuve depuis quelques années.'*

Une récompense honnête est offerte à qui divisera^ abrégera et reconstruira d'une manière intelligible, cet entassement de phrases qui n'ont de liaison entr'elles, que des " et puis " " et surtout " " enfin " " dis-je."

Je crois pouvoir m'arrêter ici dans l'examen du style do M. DessauUes. Les longues citations que j'ai cru devoir infliger au lecteur complètent la démonstration commencée, et prouvent surabondamment qu'il ne connaît ni les règles de la syntaxe, ni celles de la composition littéraire.

Son impuissance sous ce rapport est établie par luimême. Je n'ai eu qu'aie laisser parler, et le jargon qn'il a fait entendre a révélé toute son ignorance des belles-lettres.

Il n'a pas même la notion de l'Art, et la chose ne devra étonner personne. Car CArt est Vexpresswn sensibU du Beau, et le Beau est la splendeur du Vrai. Or M. DessauUes — je vais maintenant le démontrer — adore le Faux et par conséquent le Laid,

Ernest Hello a comparé la parole à la lumière, et, dans une page admirable, il en a révélé les similitudes cachées.

Mais pour qu'elle soit lumière, il faut que la parole 8oit vérité. Le mensonge qui souille la parole, c'est le nuage qui voile le soleil et qui enfante la tempête.

Or, c'est au service du mensonge que M. DessauUes a engagé sa parole. C'est pour jeter l'obscurité dans les ftmes, et le doute dans les consciences qu'il s'en sert. Travail honteux et coupable, que ses défauts rendent

heureusement impuissant, mais dont les intentionfi doivent être flétries.

Où donc a-t-il puisé ce goût pour le mensonge qui sa fait tant remarquer dans ses œuvres ? A quel mobile obéit il donc, quand il se range ainsi parmi les détracteurs de la vérité ?

Hélas ! C*est un fait pénible à constater dans notre pays si catholique ; M. Dessaulles appartient à cette école moderne qui a pris le surnaturel en haine. 11 ne pourrait pas dire comme Hernani :

entre aimer et haïr je suis resté flottant.

Il a bien résolument pris le parti de haïr, et celle qu'il haït s'appelle Téglise catholique. Oui, l'énergumène s'est choisi cette ennemie ! Et il se croit armé pour la combattre ! Hélas ! hélas I

Le sentiment qu'on éprouve en parcourant ses ridicules pamphlets, c'est une pitié profonde pour l'orgueil immense qui les a dictés.

C'est le brin d'herbe insultant le cèdre du Liban. C'est le grain de sable voulant résister à la mer, et en arrêter le flux.

Si du moins cet homme avait quelque science véritable. Si du moins il savait écrire et empêcher son lecteur de bâiller. S'il connaissait cette belle langue française qui est une puissance dans la bouche de l'homme d'esprit. Mais, non, rien ! Il ne sait pas même sa syntaxe ! Et il s'insurge contre les Conciles, et contre la Papauté qu'il appelle la Curie Rotiuiine I Quelle misère! Je n'aurais jamais mesuré la profondeur de l'impuissance humaine si je n'avais pas la M. Dessaulles.

Certes, MM. Eenan, Peyrat, Michelet, Quinet et Vacheroty m'en avaient déjà donné une idée, mais inoom-

PORTRAITS BT PASTELS LITTiCRATKIS. 383

plôte. Ces hommes du moins disent en français ce qae Satan lear inspire, et s'ils ont la folie de l'impiété, Il n'ont pas le ridicule de l'incapacité totale. M. DessauUes i^éunit les deux en lui, et sa rage anti-chrétienne e^t une folie aussi étrange qu'impuissante.

Etre né dans la foi catholique, avoir reçu une éducation chrétienne, avoir vécu avec le peuple canadien, le plus religieux de tous les peuples, et se moquer — comme le fait M. DessauUes — de la foi de ses ancêtres et de la religion de sa patrie, c'est une honte dont on ne mesure pas bien toute l'étendue, et un égarement dont une intelligence mal douée est seule capable.

Plusieurs pages do " La Grande guerre ecclésiastique *' prouvent aussi que M. DessauUes hait Pie IX I A ce ««igne je le reconnais : il est de la race des traîtres et des sots. La grandeur l'offusque ! La vertu le met en fureur !

Pie IX est le type le plus parfait de la grandeur qu'il ait été donné au monde de posséder depuis des siècles. En le dénigrant, M. DessauUes donne la mesure de son abaissement intellectuel.

J'aurais voulu ne rien citer de ce pamphlet schismatiqne, que le greffier de la paix vient de lancer comme la plus sanglante injure, à la face de ses compatriotes.

Mais pour que cet homme soit à jamais mis au ban de l'opinion publique, pour que la race canadienne-française tout entière en rougisse et le fasse sortir de ses rangs honorables, il faut bien faire connaître un peu ce pamphlétaire haîneux et menteur.

Il ne m'appartient pas de relever, un à un> tous les mensonges historiques qu'il a accumulés dans La grantle guerre erclésiastiquey et qu'il a plagiés dans les encyclopédies malsaines qui font ses délices. D'aillea», ce serait rééditer un travail fait depuis longtemps,

et bien long, que tous les lecteurs peuvent trouver euxmêmes, dans les bons ouvrages d'histoire ecclésiastique.

Prenons un fait tout récent et que tout le monde connaît parfaitement, excepté M. Dessaulles. Nous avons tous été les témoins de ce qui sest passé au Concile du Vatican. Nous savons tous, que ce Concile fut rassemblée la plus imposante, la plus vénérable, la plus savante et la plus sainte, qui se soit peut-être jamais vue.

Nous croyons tous, les vérités que ce Concile, assisté du Saint-Esprit, a proclamées, et nous saurions mourir s'il le fallait, pour notre foi au dogme de rinfaillibilîté Pontificale. Nous avons tous admiré,, pondant ce Concile, la conduite si digne, si sage et si pleine de modération et d'intelligence de l'immortel Pie IX.

Nous avons tous appris que les opposants au dogmt* de l'infaillibilité Pontificale ne formaient qu'une intime minorité, mieux ornée d'imagination que de savoir, et trop mêlée à la société moderne et à ses funestes transactions. Mais nous savons tous en même temps, que cette minorité s'est depuis ralliée a la majorité, et i\ accepté franchement, comme vrai, le dogme qu*elle avait combattu.

Eh bien ! voulez-vous savoir comment l'homme qui ne sait pas sa grammaire a jugé le Concile du Vatican ?

Il représente les Pères du Concile, se montrant le poing et s' injuriant d'un côté à l'autre de la salle conciliaire. Il déclare du haut de son greffe de la paix : que la vraie science ecclésiastique et la véritable droiture (Vintention s'étaient réfugiées dans la minorité du Concile^ que le?» opposants étaient les esprits vraiment éminents du Concile, ses vrais savants, et surtout ses orateurs toujours sincères dans leurs citation? historiques, que les évêques de la majorité étaient des ignorants ou dos menteurs ; qu'eu

adhérant au dogme après sa proclamation, les évêques de la minorité ont abdiqué leur conscùnce, et n'ont pan agi par cofvicUon, mais qu'ils ont cédé à la priissonce d'un sy&tème^ sous lequel les consciences ne sont pas tibreSy et que leur Ste est injustifiable en saine raison et en conscience éclairée.

Quant k Pie IX, voici en quels termes M. Dessaullen apprécie sa conduite ;

** Et pour couronner le tout, le Pape lui-même, qui %>emblait faire de la proclamation de son infaillibilité u|p question personnelle, et qui n*a pas même reculé devant l'intimidation directe et les reproches acerbes pour l'obtenir, le Pape lui-même dit un jour, dans une réunion où se trouvaient plusieurs évèques do lu minorité, qu'il y avait trois classes d'opposants au dogme de l'infaillibilité : les ignorants, les esclaves de César et les lâches..."

Dans d'autres endroits il poussa encore plus loin l'outrage, et il parle de Cécrasante tactique vwentée par la mainte curie pour éfouffer le droit de la minorité et emporter d'assaut UNE doctrine condamnée par toute la tradition ET QUE TANT DE CATHOLIQUES INSTRUITS BT

.SINCÈRES REPOUSSENT. Il appelle la Rome papale le type de C immobilité politique et sociale^ de la stagnation intellectuelle et infîustrielle et de r opposition instinctive et opiniâtre à toute espèce de progrès. Puis se démasquant de plus en plus, rénergumène s'écrie que VinfaiVibUtté est la plus terrible aberration de Chittoirej et il cite cette parole d'un prêtre nu'il dit mort dans le sein de l'eolise : '< c'est )a plus grande insolence qui se soit encore autorisée du "nom de Jésus-Christ! "

C'est ainsi que le Concile du Vatican n'a pu trouver grâce devant le savant, le pur, l'immaculé M. Dessanlles. Comme vous le voyez, c'est un historien véridique ! Ce

grand fait d'histoire contemporaine est jugé avec impartialité et justice !

Eh bien ! lecteurs, ah uno disce omnes ; par ce eeiil fait, jugez de la véracité et de la science du brochnrier. S'il travestit ainsi le plus grand événement du XfXème siècle, le fait historique le plus récent et le mieux connu du monde entier, vous pouvez imaginer quelle capacité de mensonge il déploie, quand il passe en revue les événements des siècles passés.

Il a feuilleté l'histoire avec le désir impie de trou\*«r l'Eglise toujours en défaut; il a parcouru les ency^opédies et les pamphlets des ennemis de l'Eglise, et il a compilé, compilé, compilé toutes les calomnies, tous let^ mensonges que les siècles ont accumulés sur la tète de cette institution divine.

Chaque fois que l'Eglise s'est trouvée en désaccord avec un gouvernement, avec une association, ou avec un simple laïc, c'est toujours Elle qui a eu tort ! Contre Elle, la science a toujours eu raii^on, la littérature, toujours raison, la politique, toujours raison !

On ne saurait concevoir une haine plus invétérée et plus stupide en même temps. C'est le premier canadienfrançais qui, à la honte de notre race, soit arrivé à cet excès, voisin de la démence !

Dans quelle position se trouve-t-il aujourd'hui ? Quelle est sa religion ? A quelle Eglise appartient-il ?

Il nie l'Infaillibilité Pontificale; il repousse l'autorité du Concile du Vatican et conséquemment de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Donc il ne croit pas que cette Eglise soit d'institution divine] donc il ne croit pas davantage à la Divinité de Jésus-Christ. Car si VEglise est une institution humaine, Jésus-Christ n'est pas Dieu.

Cette conclusion est rigoureuse, et M. Dessaulles ne peut pas y échapper. Que lui reste-Uil alors pour arriver à la connaissance de la vérité ? Quel guide» va-t-il offrir à Thomine pour le conduire à sa fin ? A quelle autorité, Thumanité aura-^elle recours dans ses perpétuelles incertitudes?

Ilélas ! M. Dessaulles a eu le triste courage de répondre H ces questions par les lignes suivantes :

" Il faut donc toujours en revenir là, Mgr., malgré tant d'efforts de logique et tant de rhétorique perdue :

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