‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 36 sur 57 · LETTRES A L'AUTEUR · texte numérisé non relu

LETTRES A L'AUTEUR

Mon cher monsieur BaiiUf

Je viens de feuilleter votre livre — Les Causeries du Dimanche — et comme vous me faites l'honneur de vous 3' occuper longuement de moi, vous ne trouverez pas mal, — ne serait-ce qu'à titre de réciprocité, — que je m'occupe un peu, non pas précisément de vous, mais de 4t» que vous écrivez.

Je n ai aucun reproche bien sanglant à vous faire ; néanmoins je date ma lettre du luncUf attendu que ce que j ai à vous dire pourryt, à la rigueur, ne pas être considéré comme des douceurs, et que, tout profane qu'on puisse être, je suis d'opinion, — ce qui vous paraîtra étrange, monsieur Basile, — que le dimanche peut être

* If . A. B. Bonthier ayant publié en 1871, un volame intitulé : "Les CauBeries du Dimanche," la piquante polémique suivante N'ensuivit entre l'auteur et M. Louis Fréchette. On trouvera aussi, k la suite de cette polémique, deux lettres de l'honorable L. A. Dessaulles à l'adresse de H. Routhier, et les réponses que celui-ci y fit.

20 LKS CÀUSIBIES DU DIMANCHE*

employé à quelque chose de plus édifiant qu^à écrire, — je ne dis pas de malignes attaques contre la réputation du prochain, — mais même une simple réplique aux mauvais plaisants qui tous tarabustent.

Depuis que l'université Laval vous a accordé un troisième prix pour quelques vers assez misérablement tournés, vous vous êtes pris au sérieux, monsieur Basile. Vous écrivez souvent^ un peu trop souvent même ; car il vous est arrivé parfois d*aVouer, après avoir écrit, que vous ne connaissiez .pas même le côté le plus élément taire de votre sujet. Témoin, votre étonnement naïf, — vous qui dissertez si souvent sur les Etats-Uni», — de trouver la plus grande ville manufacturière américaine, im centre un peu plus important que Trois-Eiviôres. Témoin encore, la résolution tardive que vous avouez avoir prise, sur la tombe de Washington, de lire un peu l'histoire de ce grand citoyen, que vous insinuez pourtant avoir été un homme très-ordinaire. Pour un écrivain qui prétend connaître et juger les Etats-Unis, cette résolution implique un aveu qui, s'il ne prouve pas que vous savez toujours ce que vous dites, témoigne au moins de votre sincérité, j'allais dire de votre bonhomie.

Aussi je ne vous accuserai point de mauvaise foi. Vos intentions sont bonnes, je n'en doute pas.

^*La haine de l'Eglise, voilà la grande passion du monde moderne," dites-vous ; et une fois imbu de cette idée, vous n'apercevez plus autour de vous que spectres noirs et rouges ; vous croyez voir chanceler l'arche d'alliance ; vous vous imaginez que l'empire céleste est en péril ; vous croyez entendre Jéhovah dans les nuées vous appel- 1er à son secours, et armé d'un saint zèle — que je suis loin de désapprouver — vous volez à la rescousse du bon Dieu qui n*en peut mais, brettant, ferraillant, vous escrimant contre tous ces mécréants de libéraux et de gallicans.

LES CAUdSRIBS DU DIHANCHC. 21

race pi as oa moins sarrasine qu*îl vous faut occire à tout prix, attendu qu'avec ces gaillards-là, le ciel est toujours en danger dMnvasion.

Je ne vous fais pas un crime de cette belle ferveur, monsieur Basile ; Don Quichotte était de bonne foi.

Donc j*ai lu votre livre, et je vous en fais mon compliment.

Vous y dites des choses bien neuves, monsieur Basile, vous nous donnez des aperçus bien origfliaux ; vous vous placez pour envisager les choses a un point de v^e unique.

Ainsi par exemple, le vulgaire attribue généralement la défaite de la France à son défaut d'organisation militaire, et à Timpéritie de Napoléon III. Pour vous au contraire, c'est Dieu, le plus grand des acteurs^ comme vous dites, monsieur Basile, qui s'est fâché de ce que des acteurs ordinaires ont joué la Belle Hélène sans sa permission !

Pour la plupart des historiens, les revers qui accablèrent la France sur la fin du règne de Louis XIV, sont dûs à la mauvaise administration qui signala cette époque ; mais vous, vous nous démontrez clair comme deux et deux font cinq, que ces malheurs vinrent de ce que les Français se donnèrent la liberté grande de rire des portraits de Molière et des facéties de Lafontaine.

Ce coquin de bonhomme Lafontaine ; dire qu'il était coupable de toutes ces noirceurs, et qu'il avait toujours si bien réussi à cacher son jeu ! Il ne s'attendait guère à être ainsi démasqué, le scélérat. Des siècles d'impunité commençaient à lui donner confiance, et crac I tout est découvert.

Vous aurez certainement une autre médaille pour

cette déoou verte-là, monsieur Basile.

22 LES CAU8SRIE8 DU DIMANCHE.

Mais voici quelque chose de soigné. Tant que learn infamies ne sont pas encore divulguées, les mauva» garnements de Tespèce du bonhomme Lafontaine rient Hous cape, naturellement: eh bien, cela s'appelle lo rire des hommeë, * Mais aussitôt que vous avez levé le voile, monsieur Basile, et donné le signal convenu, on entend un éclat do rire dans les nuages : c'est le rire de Dieu.

Yous avez été particulièrement heureux dans ce my*prochemenl, monsieur Basile ; et la providence qui sait bien que vous êtes là, ne doit pas manquer, malgré tous les ricanements possibles, de s*endormir sur sen deux oreilles, en se disant sous forme d'aparté : *< Rira " bien qui rira le dernier."

Mais c'est surtout lorsque vous parlez du Canada et de ses futures destinées, que j'admire la profondeur de vos idées, monsieur Basile.

Par exemple, nos hommes d'Etat perdent lenr temps à se demander si l'annexion du Canada aux Etats-Unis, serait avantageuse ou non pour nous, et s'évertuent de part et d'autre à en peser les avantages et les inconvénients. Avec vous, la question est vite tranchée. Vous citez la bible et tout est dit: — "Ne faites point "d'alliance avec les enfants de la terre, dit l'écritore- *' sainte, et vous ne recevrez point leurs filles ponr " épouses de vos fils." Or, il est évident que les ettfanU de la terre, ce sont les Américains; or si Dieu me défend, à moi célibataire, d'épouser une Américaine, il est claire que Dieu n'est pas annexioniste ; et si Dieu n'est pas annexioniste comment pourriez-vous l'être, voas, monsieur Basile, le bras droit de la providence ?

Yous ne voulez pas non plus de l'indépendance ; votre politique " est toute d'expectative." Vous auriez pu dire d'extase, monsieur Basile. Ici encore, j'admire votre

baote sagesse. Puisque c'est Dieu qui doit tout rëgir dans ce monde, à quoi bon se casser la tète pour ces vétilles ! N'ètes-vous pas toujours là ? Lorsque le jour sera arrive, vous nous ferez connaître la décision céleste, et tout marchera comme sur des roulettes.

Si vous êtes pessimiste sous certain rapport, monsieur Basile, vous ne Têtes certainement pas à l'endroit de l'émigration Contrairement à la Minerve, au Nouveau- Monde, au Journal des Trois- Eivières, voire même à vos amours, le Courrier du Canada,qm nous chantent sur tous les tons que les Canadiens qui émigrent aux Etats-Unis vont perdre leur âme dans ce cloaque de vices, dans ce bourbier social, vous, vous prétendez qu'ils sont envoyés là par le Tout- Paissant, avec la mission d'évangéliser et de régénérer la race américaine encore plongée dans les ténèbres de l'idolâtrie. C'est très- bien cela, monsieur Basile. J'aime à vous voir quelquefois montrer le bon côté des choses.

Il est surprenant cependant, que nos hommes d'Etat et nos journalistes, n'aient pas encore songé à cela, et quMls persistent à cont^idérer l'émigration comme une plaie à laquelle il faille porter remède. M. Chauveau va vous devoir un fameux cierge, monsieur Basile. Cette question qui Tembarrassait tant, la voilà réglée du coup. Suivons bien ce raisonnement: Bien ne se fait sans la volonté de Dieu; or l'émigration se fait; donc Dieu veut l'émigration ; et comme Dieu ne peut vouloir le mal, il s'ensuit que l'émigration ne peut être qu'un bien. En quoi consiste ce bien î Vous l'avez trouvé, monsieur Basile: c^est la conversion du peuple américain an catholicisme !

Quelqu'un pourrait peut-être s'étonner, de ce que quelques milliers d'émigrants canadiens pussent exercer une semblable influence sur la république américaine.

24 LI8 CAU8ERIB8 DU DIMANCHB.

quand il est avéré que le Canada tout entier, lui, perdrait ses mœurs, sa religion et jusqu'à sa nationalité par Tannexion. C'est une réflexion qû) me semble asseï juste ; mais nul doute que vous, monsieur Basile, qui trouvez si bien la raison de tout, n'ayez déjà la répons* toute prête.

De mon côté, je hasarderais bien moi-même une petite observation : Si l'émigration canadienne doit avoir un si merveilleux résultat, ponVquoi donc ajoutezvous que la sagesse et la prudence humaines exigent que nous nous efforcions d*en arrêter le courant ? Car^ outre qu'il me semble étrange qu'on doive s'opposer à une si belle chose, je trouve encore plus extraordinaire que vous nous conseilliez, vous, monsieur Basile, de donner ainsi la préférence à la sagesse et à la prudence humaineif sur la sagesse et la prudence de Dieu. li doit y avoir làrdessous quelque mystère trop profond pour un philistin comme moi, monsieur Basile; et je vous prie de me pardonner cette timide objection qu'un homme comme vous trouvera «ans doute futile.

Une autre chose m'intrigue. C'est cet accroissement contre nature, que vous avez remarqué chez le peuple américain ; je me demande ce que cela peut signifier. Car enfin, si une population se multiplie, ce ne peut être que par des moyens plus ou moins naturels, et je ne connais pas encore, — pardonnez à mon ignorance — quelles sont ces proportions équitable* d'accroissement dont vous parlez, et qu'un peuple n'a pas le droit de dépa.*^ser. C'est probablement là encore, un de ces mystères que nul ne peut pénétrer, s'il n'a, comme vous, monsieur Basile, les lumières d'en haut à sa disposition.

L'une des découvertes qui vous honoreront le plus aux yeux de la postérité, monsieur Basile, c'est celU des différents partis' politiques auxquels notre premier

LIS GAU8BRIB9 DU DIMANCHB. 25

pôre Adam a appartenu, pendant les neuf cent trente ans qu'il a passés sur la teiTe. Adam, parait-il, était conservateur avant sl^ chute, et libéral après I Ceci n'est pas enregistré tout au long dans la Genèse ; mais peu importe, du moment que vous l'affirmez, je m'incline respectueusement. Voyea donc où les idées Miibversives vont se nicher! Il n'^ivait pourtant guère à He |.laindre, le vieux. Personne n'en voulait à sa liberté; il pouvait arranger son petit budget comme bon lui semblait; il n'y avait ni officiers-rapporteurs sourdsmaets, ni fiers-àbras, ni propriétaires de chantiers, ni défranchissement de paroisses, ni enlèvement de cane didats, ni employés du gouvernement, ni fonds secrets pour l'empêcher de se faire élire n'importe où, s'il l'eût voulu^ Comment se fait-il donc qu'il soit devenu rouge tout à coup ? Il parait que c'est ce scélérat de serpent qui est la cau?^e de tout... Voilà ! Monsieur Basile vous m'enthousiasmez I

Mais ce n'est pas seulement par la profondeur de vos idées et par votre surprenante érudition que vous brillez, monsieur Basile ; vous faites en même temps preuve d'une perspicacité, d'une pénétration étonnantes. Comme le Très-Haut, dont vous êtes le représentant parmi nous, vous sondez les reins et les cœurs. Ce n'est pas À vous que les libéraux canadiens en imposent, par exemple ! Quand ils vont à la messe, vous savez bien que c'est par hypocrisie ; quand ils se disent catholiques, vous savez bien que c'est un masque qu'ils se mettent sur la figure ; quand ils n'attaquent pas la religion, c'est qu'ils n'osent pas le faire; et quand ils la défendent, c'est pour mieux F endormir et l'exterminer ensuite... Voyez 4ienc ! notre archevêque lui-même s'j était laissé prendre, puisqu'il a invité des orateurs libéraux pour protester contre l'envahissement des Etats du Pape ! Ce

n*est pas vous, monsieur Basile, qui seriez ainsi tombé dans le panneau. ..pas si bête I Monsieur Basile, monsieur Basile, vous n'êtes pas très-charifltble; mais comme vous êtes clairvoyant !

Je suppose que c'est aussi grâce à cette seconde vue dont vous êtes doué, que vous avez découvert que j'avais diffamé les institutions de mon pays, et que vous avez écrit, tout en ro'appelant votre ami, que Je glUsaiê sur la pente de V irréligion. Vous prenez un intérêt bien vif à ma personne, monsieur Basile! Vous me donnez une foule de petits conseils paternels. Vous me conjurez surtout de ne pas m' exiler de V Eglise notre mère ; de ne pas oublier le soin de mon &me ; de quitter les sentiers malsains de la politique libérale, et de rentrer dans le giron des conservateurs qui savent si bien^ — vous me le donnez clairement à entendre, — récompenser les bons services. ..Merci, cher Basile; votre sollicitude me touche et m'attendrit. Mes yeux se mouillent de larmes; et si je ne me retenais un peu, je me précipiterais dans von bras ! Mais je me retiens.

J'ai eu le malheur de vous affliger, monsieur Basile.

Il paraît qu'un frère à moi s'est un jour enrôlé dans l'armée pontificale, et que moi, misérable, j'ai en l'impiété de n'en rien faire. Je suis bien coupable, monsieur Basile, c'est vrai ; mais que voulez-vous, il y en a eu tant d'appelés et si peu d'élusl S'il faut absolument avoir été zouave pontifical pour mériter la couronne de bon citoyen^ comme vous dites, combien y en a-t-il qui n'auront jamais cet honneur, monsieur Basile, sans vous compter... ou en vous comptant?

Allons, monsieur Basile, un peu de miséricorde; détournez vos foudres, et ne me dites plus, comme cela^ avec cet air menaçant :

Tant pis pour votre âme f

Ll<) CAUSSRIBd DU DIMANCHE. 27

Je sois nerveux, voyez-vous, et cela me glace.

Je dis nerveux, car je m'aperçois que c'est un point que vous aimez à considérer dans vos rapports avec vos amis. En effet, je vois avec plaisir que dans la réédition de vos Causeries du dimanche, vous avez retranché certains mots qui auraient pu me sonner désagréablement à Toreille, tels que lâcheté, rachat dépassé, dce.

En cela encore, vous avez reconnu que la ** sagesse " et surtout la '* prudence humaines " ont certaines règles qu'il n'ept pas bon 4'enfreindre. Vous avez fait la judicieuse réflexion que Jiévis est beaucoup plus rapproché de Kamouraska que Chicago, et... quand on a des oreilles... parbleu !

Du reste, ce n'est pas là, la seule circonstance où vous vous montriez soigneux de vos intérêts, monsieur BaHile. Vous fie manquez jamais l'occasion de faire connaître au ppblic, que vous êtes avocat pratiquant k Kamouraska ; que Thémis n'est pas insensible à vos hommages, s'il vous plaît; qu'on vous a oifert six cents louis pour prendre la rédaction du Nouveau- Mon de, et que vous avez refusé d'abandonner votre clientèle pour si peu. Enfin, quand il n'y a plus d'autres ficelles à votre service, vous faites publier dans le Courrier du Canada quelque calembour assez leste, au moyen duquel, le public est informé que vous êtes venu plaider deux causes à Québec...

Cest bien américain cela, monsieur Basile ; et m'est avis que si vous alliez encore une fois à New- York, vous rendriez bientôt des points à Barnum pour le coup de tam tant.

Vous êtes surpris de ce que je vous aie parlé de reclame ; puisqu'il faut vous mettre les points sur les f, les voilà.

28 LIS CÀU8KRIE8 DO DIMÀNCHB.

Et Bi je VOUS dis ces choses, monsieur Basile, ce n'est pas,— comme vous pourriez le croire, vous qui êtes chatouilleux,— que votre critique de mes ouvrages m'ait déplu le moins du monde. J'aurais tort, car vous dites de mes vers, et surtout de mes Loisirs, beaucoup plus de bien que je n'en pense moi-même. Non, au contraire; je dirai comme vous : *' ces lignes que je vouh adresse " ne sont dictées que par l'intérêt qu^ je vous porte."

C'est aussi par intérêt pour vous, croyez-moi, monsieur Basile, que je vous rappellerai que votre fétiche, M.VeuiU lot, écrivait quelque part,— lai qui devait publier les CouleuvreSj — qu'un poète, à trente ans, mérite d'être fouetté sur une place publique. Cela ne peut m'affecter en rien, moi qui ne crois pas en BI. Veuillot ; mais vous qui le considérez comme un oracle infaillible, cela devrait vous inquiéter.

Quel fige avez- vous, monsieur Basile ?

Votre serviteur,

Louis FRiCHKTTB.

Lundi, 13 nov. 1871.

Nouveau Monde. 23 nov. 1871.

Deux hommes ont critiqué mes Causeries du dimnnche: MM. Buies et Fréchette. Quel est le plus fort des deux ? Je proteste que je n'en sais rien. J'aurais été disposé, de confiance, à donner la palme à M. Fréchette ; aussi quand je vois qu'il copie M. Buies, cela me désenchante un peu, et ma foi, si tous deux portaient la lanterne^ je ne vois pas trop comment nous pourrions les distinguer.

Tous deux m'ont juré d'ailleurs une jolie haine, ce que j'estime çtre un grand honneur pour moi. M. Fréchette a beau protester qu'il ne m'en veut aucunement, et que mes critiques ne lui ont pas déplu le moins du monde, il ne doit pas avoir oublié la lettre d'injures qu'il m'écrivit de Chicago après la publication de mes articles. Il doit se rappeler encore, les épithètes choisies que sa vervp poétique sut lui fournir alors; et s'il persistait à dire qu'il m'aime de tout son cœur, je serais obligé d'exhumer cette production qui pourrait bien le faire rougir un peu, et révéler au public la nature singulière de l'amour qu'il me porte.

Ces messieurs ne sont donc pas dans les meilleures dispositions d'esprit, pour appiécier sainement mon œuvre ; mais c'est tout comme, et je veux bien n'en tenir ancun- compte, puisque dans tous les cas, leurs injures ^ont de celles qui honorent.

Une chose les a particulièrement amusés dans mes Causeries^ c'est le Rire de Dieu ! Ils ne peuvent s'en taire, et chaque fois qu'ils y pensent, ils sont pris d'un fou rire. C'est à qui ricanera le plus fort, et ici, je puis assigner le premier rang à M. Buies. Car le rire de M. Fréchette est plus guindé et en dépit de ses efforts de gaité, on voit que notre homme n'est pas calme. On sent le poète profondément blessé dans sa vanité, et qui ne voudrait pas le laisser voir.

Pour être plus plaisant, il a employé la forme ironique; mais une ironie de quatre colonnes, c'est un peu long et cela finit par ennuyer. Un littérateur comme M. Fréchette ne devrait pas ainsi abuser de la patience du lecteur. Il devrait varier davantage son style, et mêler au moins quelques autres figures à ses ironies. Autrement, au lieu de me blesser comme il en a l'intention, je l'avertis qu'il me fait bailler. Qu'il se relise, et

son goût littéraire Tavertira qu'une ironie de cette longueur finit par être très-fade. ^

Un autre tort de M. Fréchette, c'est de m'appeler monsieur Basile. J'admets que c'est ce qu'il y a de plus spirituel dans son écrit ; mais encore faudrait-il ne pas faire de ce sel, une dépense exagérée. Appeler un homme M. Basile, voyez- vous, c'est écrasant, et quand une fois vous avez réussi à lui appliquer ce nom^là, c'est fini, il est coulé ; mais si vous le répétez à satiété, votre adversaire sly habitue et il se relève sans se soucier davantage du nom que vous lui donnez. La première fois, il est probable que le lecteur rit beaucoup, mais la seconde fois, il ne rit qu'un peu, et la troisième fois, pas du tout ; cela devient bête.

Donc M. Fi-échette n'est pas fort, et sa Causerie du lundi est fastidieuse à l'excès. La fameuse Lanterne qui était le ne/J plus ultra de la sottise impie, avait quelquefois des pages mieux réussies ?

Incapable de comprendre les idées et les doctrines que j'ai soutenues, il a feuilleté mes Causeries et mes Lettres de voyage, avec des intentions satiriques très-prononcées ; il s'est accroché tantôt à un mot, tantôt à une phrase, quelquefois à une pensée qu'il a travestie, et il a jeté tout cela pèle- mêle devant le public, espérant que cet assemblage incohérent servirait toujours sa vengeance.

Il s'est trompé, et son écrit n'est qu'une arme de plan qu'il a mise à ma disposition pour le combattre. Il toucha à bien des choses et n'en approfondit aucune. Il manque de nerf, de cohésion et d'unité. Le lecteur qui voudrait l'analyser, ou le résumer, après l'avoir lu, serait bien embarrassé, il n'y trouverait rien.

Ses procédés sont d'ailleurs simples, et ce qui lui manque avant tout, c'est un peu d'honnêteté dans les citations. Parodier mes articles, dénaturer ma pensée, tronquer

Lis CAU8IRIS8 DO DIMÀNGHE. 31

mes phrases sont les moyens favoris dont il use et abuse.

Cependant il faut répondre ; non pas que Técrit en luimême en vaille la peine, mais parce qu'il y a certains lecteurs, qui sont disposés à accepter pour vrais, les écrits qui demeurent sans réponses. J'ai parlé de la forme qui vaut peu de chose, venons au fond qui ne vaut rien.

Il 7 a dans mes Causeries, un chapitre consacré aux Etats-Unis envisagés sous le rapport moral et religieux. Or M. Fréchette m'accuse d'avoir ainsi parlé des Etats- UhiSy sans cantiaitre même le coté élémeh taire de itwn sujet, et il en trouve la preuve dans mes Lettres de voyage. '' ^L Basile a eu la bonhomie d'avouer que Pittsburg l'a " étonné, parce qu'il ne le savait pas une si grande ville, " et qu'il ne connaît pas a^sez l'histoire de Washington <* pour le juger. Donc il ne savait pas le coté élémeii- •* taire des sujets qu'il traite. " Cette conclusion me semble un tantinet exagérée. Il sera difficile de convaincre le public, que pour parler des mœurs et des croyances américaines, il faille absolument connaître Pittsburg, et savoir que c'est la plus grande ville manufacturière des Etats-Unis. Je croirai malaisément pour ma part, que la morale et la foi religieuse des Etats-Unis soient strictement dépendantes de la grandeur de Pittsbui^.

M. Frédudtte peut penser le contraire, comme il peut dire que Chicago était la plus grande merveille du monde ; mais tout le monde n'est pas obligé d'être de son avis.

Quant à l'histoire de Washington, je crois la savoir au moins aussi bien que M. Fréchette ; mais je prétends que ce n'est pas la savoir assez pour risquer un jugement.

M. Fréchette, je le sais, a d'autres notions sur la manière de juger les hommes, et il l'a bien prouvé dans

32 LER CAU8BBIE8 DU DIMANCHE.

ses diatribes contre 868 concitoyens. Pour lai, l'histoire n'est pas nécessaire; il n'a pas besoin de connaître ses hommes pour les juger. Il s'embusque au coin d'une rue, dans une ville étrangère, à l'abri des lois de son pays et de la police correctionnelle, et il jette a la face de ses illustres compatriotes toutes les injures les plus viles, les plus grossières, les plus honteuses qui puissent sortir d'un cœur enfîellé :

Arrière, scélérats ! arrière, igQoble engeance. Brigands de bas étage et fourbes de haut rang !

Va nu-pieds de l'honneur, héros de guet^ipens, Hardis coquins, obscures filous, puissants corsaires, BretteurH, coupe-jarrets, renégats et firnssaires. Bandits, voyous et sacripants 1

On voit dans le repaire oh tout cela pullule Le ban, Tarrière-ban de toute la crapule ; Ils ont pour les trouver feuilleté les écrous, Vidé les lupanars, sondé chMue tanière Et plongé dans tous les égouts.

Ces pieuvres, ces chacals, ces vampires livides. Ces monstres devant qui p&lirait BarabcM.

J'en passe et des meilleurs. Et c'est ainsi que M.

Fréchette apprécie nos hommes publics. Gk>mbien j'ai

lieu de me féliciter, qu'il ne m'ait pas encore appelé

banditj voyou^ ou sacripant ! mais pour peu que la polé-

'mique dure, je m'attends que cela viendra.

On comprend que ce n'est pas ainsi que je voulais juger Wanhington, et comme il n'était pas mon compatriote, je ne me trouvais pas obligé, comme M. Fréchette» de traîner son nom dans la boue. Je voulais en faire an portrait digne de son nom et de sa réputation, et il fallait pour cela, des connainnances plus étendues que n'en

a M. Fréchette, non pas sur les événeraent*^ de sa vie que tout le monde connaît, maïs sur ses écrits que beaucoup de gens ignorent. Mais personne ne croira avec M. Fréchette que cette lacune dans mes connaissances, sur Jes écrits de Washington, me rendait inhabile à juger le côté moral et religieux des Etats-Unis.

En vérité, M. PVéchette a eu bien tort d'tippeler au public du jugement que j'ai porté sur ^s vers. Au dire d'un excellent poète de ses amis, et d'un grand nombre de personnes auxquelles j'en ai parlé, j'ai montré beaucoup trop d'indulgence à son égard. J'ai trop loué ses rimes, trop vanté sa faconde. Une vieille amitié était mon excuse, et je savais combien l'épiderme du poète était sensible. Je voulais le ménager, parceque je voulais lui être utile. Je ne me suis aperçu de mon erreur qu'en recevant sa belle lettre de Chicago. 8a causerie du lundi achève de me le montrer sous son vrai jour. Aussi, n*ai-je pas fini d'en parler.

A. B. JROUTÏEIER.

Nouveau-Monde 30 nov. 1871.

Il y a dans mes Causeries du dimanche deux chapitres intitulés: le Rire des hommes et le Rire de Dieu, Dans le premier, je représente la France et particulièrement Paris, se moquant de tout, réduisant tout en quolibets et en lazzis, riant des lois, riant de l'homme et riant de Dieu, et je soutiens que ce rire grivois et impie est une des causes de la décadence de la France.

Dans le second, j'explique comment Dieu à son tour s'est moqué des hommes, comment il a ri des moqueurs,

34 LES CAU8Eai88 DU DIMANCHE.

et en particulier do cette pauvre France, qui a vu réalî- (-er en quelques mois toutes les choses qu'elle appelait (les impossibilités. Il suffira pour le lecteur de relire ces deux chapitres, pour constater combien ils sont vrain dans toutes leurs parties.

Mais M. Buies et M. Fi*échette ne peuvent admettre une semblable thèse qui exclut le naturalisme, et qui mêle la providence aux événements de ce monde. II» la trouvent absurde dans la forme comme dans le fond, dans l'expression comme dans l'idée, et c'est la que M. Fréchette copie M. Buies, faute de pouvoir trouver mieux.

L'un dit que j'ai vu rire Dieu, et ce seul mot produit chez lui une désopilation de la rate, inquiétante pour sa Hanté. II n'est guère possible de se pftmer ainsi inpuiiément.

• L'autre déclare que f ai entendu le ricanement de Dieu dans les nuages, et il ricane à sa façon, qui n'est pas gaie. Ils ne peuvent s'imaginer, qu'un homme sensé emploie une expression pareille : le Rire de Dieu. Cela ne s'est jamais vu ni entendu ; cela ne se verra jamais. Pauvret* gens!

Je suis pourtant convaincu, qu'ils ont eux-mèmen employé cette expression bien des fois dans leur vie. Dans la sincérité de leurs désillusions, ne se sont-ils pas avoué souvent, que Dieu riait bien de leurs projets et de leurs rêves ? Et s'ils ouvraient seulement l'écriture Sainte, ces pauvres phraseurs y trouveraient presque à chaque page, que Dieu rit des vains projets dès homme* et d«6 peuples. Ils verraient que le chapitre de mes CauserieSf dont ils se moquent, n'est que le développement de ces deux passages des Proverbes : *• Moi je rirai '* à mon tour de votre ruine, je secouerai la tête au jonr

" de votre terreur, quand la ruine fondra sur vous *' comme la tempête../' Le Seigneur rira des moqueur».

Mais M. Fréchette n'a pas l'idée de ces choses, et pour lui, rien n^est plus simple que d'expliquer les malheurs de la France : '' ils sont dûs au défaut d'organisation ** militaire, et à l'impéritie de Napoléon IIÏ. " C'est

«impie comme bonjour et savant comme l'étonnant

M. fiuies. En effet, l'impéritie de Napoléon III, et le défaut d'organisation expliquent tout, et je n'y avais pas pensé. La capitulation de Sedan, celle de Metz, celle de Paris, la Commune, le pétrole et la suite, peuvent paraître extraoi*dinaires au premier abord et pour le vulgaire seulement ; mais quand on y songe un peu, et qu'on se représente l'impéritie de Napoléon III, et le défaut d'organisation, tout s'éclaircit. La commune et le pétrole deviennent aussF lumineux que Tin cendie de Paris. I^a providence n'y parait pas le moins du monde, et ceux qui prétendent l'y avoir vue sont deii menteui*8.

La fatalité y était peut-être, et si je ne me trompe, c'est Victor Hugo qui l'c: vue en peraonne conduisant les Prussiens par la main ; mais la providence, nenni I (.^e n'est pas moi qui affirmerai l'avoir vue.

Il parait qu'elle n'était pas à Chicago. Car M. Fréchette nous dit que l'incendie de cette ville est un cataclysme presque sans parallèle dan» les annales de la fatalité. Fatalité ! Comme ce mot sonne bien mieux que celui de Providence ! Victor Hugo affectionne surtout le mot grec : Ananké ! et pour lui tout est \à.

Voyons, poète, parlons sérieusement. Niez-vous le Mumaturel? Je ne puis pas le croire; et si vous ne le niez pas, pourquoi voulez-vous tout expliquer par les causes naturelles ? Que signifie ce besoin de vous moquer quand on parle de providence et de châtiment ?

36 ' LSH CAU8SAIK8 DU DIMANCHK.

Qnelle ent cette manie de nier les fautes de la France, et de fermer obstinément les 3'eux quand Dieu la châtit» d'une manière si visible ?

Supposons que vos causes naturelles expliquent tout parfaitement, ne saves-vous pas qu'elles ne sont que les effets d'autres causes de l'ordre surnaturel, et que pour faire disparaître ces effets, il faut supprimer les causes premières ? L'impéritîe de Napoléon, et le défaut d'organisation ne sont pas véritablement dos causes; ce sont des moyens dont Dieu s'est servi pour punir la nation française. Comment se fai^il que la France ait cru si longtemps à l'habilité de Napoléon, et qu'elle se soit crue organisée quand elle ne Tétait pas ? Comment se fait-il que ses hommes d'Etat aient commis tant de fautes, que ses généraux aient essuyé tant de défaites ? Comment expliquez- vous l'aveuglement de cette nation, qui, même après Sedan, même après la chute de 3fet£, se croyait encore forte, et jurait de ne céder ni un pouce de son territoire, ni une pierre de ses forteresses ? Comment se fait-il qu'après avoir disputé Paris aux Prussiens, il ait fallu le conquérir sur les communeux et l'arracher au pétrole ?

Ah ! vous avez beau dire, tous ces événements ont leurs causes premières, ailleurs que dans le défaut d'organisation et dans l'inhabilité impériale. Pour les expliquer, il faut se rappeler ces paroles de Bossuet : " quand ** le Seigneur veut punir une nation, il répand l'esprit *' de vertige dans ses conseils, il l'abandonne 6 ses igno- *^ rances, il l'aveugle, il la précipite, il la confond par " elle-même. "

Admettez cette intervention divine, et tout s'explique sans effort. Nonseulement tout s'explique de cette manière, mais si la Erance n'accepta pas cett explication, ses malheurs ne sont pas finis. Si elle refusait

LIS CAUâERIKB DU DIMANCHE. 37

d'admetti'e le châtiment, c'est qu'elle ne connaîtrait pas M68 vices, et dès lors comment les coriigerait-elle ?

Maïs il y a lieu d'espérer qu'elle ouvrit-a les yeux, et qu'elle confessera ses fautes. Ses journaux religieux, et ses plus illustres évêques l'ont déjà fait ; ils ont reconnu l'expiation, et c'est d;«ns l'ordre moral qu'il : ont montré tes fautes. Ce n'est pas l'impéritie do Napoléon III, ni le défaut d'oiganivation qu'ils ont accusés, mais l'impiété, l'immoralité et la légèreté d'esprit du peuple françai».

Le Siècle lui-même, a confessé la décadence intellectuelle et morale de sa nation, et l'une des cau'^es qu'il a avr;ignéc« à ccttc déchéance, c'e3t précisément le bel esprit, c'c'4-à-dire ce que j'ai appelé le Rire des hommes. " C'est l'cs.nit boulevardier qui a perdu la France, dit •* le Siècle, cet e-^prit qui se compose pour les neuf dîx- ^* ièmesde c««lemlK)urs, de jcuxde mots, de scepticisme, " et pour ce dixième restant, de forfanterie et de men- " songes ridioulus. " Je vous cite le Siècle parcequ'îl est en crédit chez vous ; et ci je savais qu'un homme de voti*e importance ne se moquerait pas trop d'un Bev. Pèie qui porte le nom bizarre de Caussette, et dont le nom de baptême pourrait bien être Basile^ je vous U citerais aussi, mais vous auriez trop de joie.....

Pourtant, comme je n'écris pas pour vous, mais pour le public, je vais en citer quelques lignes. Le B. P. Caussette est l'auteur de deux volumes d'apologétique, et d'un troisième volume intitulé : Dieu et les malheurs de la Fmnce. C'est un penseur et un excellent écrivain.

Il va sans dire qu'on recherchant les causes des malheurs de la France, il n'accuse ni l'impéritie de Napoléon ni le défaut d'organisation. Il regarde plus haut et plus loin, et c'est dans l'ordre moral qu'il trouve les causes des malheurs de sa patrie. Or la décadence 3*

38 LB8 CAUSKRICS DU DIMANCE».

(Je Te^prit par la frivolité est une de celle» qn*il dénonce, et il n'oublie pas d'accuser le Vaudeville, la chronique et le journal amusant, qui ne chei*chent qu*À faire rire et qui n'instruis«3nt pas.

*' Les aigles, dit-il, sont aussi devenus des oiseaux ^* moqueurs, la pointe a remplacé le bon sens, et le bon

** sens lui-même a été sifflé Nous avons mieux

" aimé devenir les charmeurs de TEurope plutôt que

"d'en rester les arbitres Convenons que bon

" nombre des chefs ont fait la guerre en héros du Chari- " vari plutôt qu'en disciples de Vauban &c. "

Je pourrais multiplier les citations, mais à quoi bon. M. Fréchette va me répondre en m'appeinnt M. Basile, et ce sera victorieux. Lur qui Fait son Victor Hugo sur le bout de ses doigts, lui qai est un fulgurant de la plus belle venue, et l'un des virtuoses les plus applaadis du boulevard, il va me j'eter à la tête ce vers d'Hernani :

Avec ce nom fatal tu rCen as pas fini et il faudra bien que je me rende.

Hélas ! mon nom a cela de commode qu'il sert d'esprit à ceux qui n'en ont pas, et si M. Fréchette l'avait inséré dans " mes Loisirs " le public n'aurait pas si vite oublié ces vers sonores. Mais allons toujoura, et signons-le bravement ce nom que la FatnUté ( ananké! ) a vonlii que je porte.

A. B. RouTHisa.

LK8 CAU0SRnBâ DU DIMANCHK. 39

Mon chsr monaisub Ba^lc,

Je ne prévoyais pas vraiment que ma lettre vous exaspérerait H ce point. En lisant votre article dans le iVouvêaU'Monde, il ma semblé vous entendre moduler, sur tous les tons de la gamme, cette ritournelle si pleine d'harmonie imitative:

Ça m'Agace, gace, gace !

Ça m'agace au superlatif I

Vous trépignez, vous pestez, vous grincez des dents, vous perdez votre sang-fVoid. Aussi, pauvre monsieur Basile, quel gftchis vous faites I De l'aveu même de vos rares amis, votre lettre est d'une faiblesse désespérante. Pas une raison, pas un argument, pas une idée. Eien que des insinuations, des faux-fuyanta de maladroites excuses et des injures grossières ; le tout fricassé dans un style empÂté, mal cuit, mal digéré. Franchement, monsieur Basile, à vous voir attaquer tout le monde de si grande gaieté de cœur, je vous aurais supposé plus fort à la riposte. Convenez-en, vous êtes éreinté.

N'allez pas vous livrer au désespoir, cependant I Ne fautil paa que le Rire des hommes ait son tour ? Ce rire vous ennuie, je le conçois ; mais il faut en prendre son parti ; endurez-lo ; c'est une bonne occasion pour vous de faire preuve de patience évangélique. Et puis, le triomphe des méchants n'a qu'un temps. Vous le savez bien, vous qui avez inventé le Rire de Dieu ; bien que vous ajoutiez, avec assez d'irrévérence, ce me semble, que le rire est U père de tous les vices. Avouez que le bon Dieu doit être assez peu flatté de la remarque.

Mais trêve de badinage ; mes ironies vous donnent bur les nerfs, et je veux bien, -pour vous être agréable,

40 LIS GAU8SRIB8 DU DIMANCH8.

user le moins possible de toute figure.de rhétorique qui partagerait avec moi le malheur de vous déplaire.

SoyoDs donc sérieux, puisque vous le désirez, monsieur Basile ; seulement je vous avertis que vous n*y gagnez rien.

Si vos attaques n'avaient été dirigées que contre moi personnellement, monsieur Basile, il est probable que je les aurais trop dédaignées pour en faire un sujet de discussion publique. Mais nous savons qu'il existe depuis longtemps, dans ce pays, une certaine école, maintenant peu nombreuse heureusement, qui a la pi^* tention de se fuire, suivant votre expression, bdtonniste devant Tarche cCalliance ; qui croit avoir le monopole exclusif de rhonêteté et des bons principes; qui accapare le bon IMeu et les choses saintes pour elle seule, et qui s^airog^ audacieusement le droit de jeter hoi-s de l'Eglise ton» ceux qui ne pensent pas comme elle en politique.

Cette école a pour condition d'existence de dénicher une hérésie au moins une fois par mois ; et pour cela elle furète partout. On n'a picsque pas l'idée de ce que ses mouchards sont cnpubles de faire. Ils iront jusqu'à s« glisser dans votre hôtel, à l'heuve du diner, si vous ête» en voyage ; et, le lendemain, le public lira avec stupéfaction sur le Gaurrier de Sfnnt'Hyncinthe ou le JHessager de Juliette, par exemple, que vous avez mangé du bifteck un vendredi I

Si je dis vous, c'est une manière de m'exprimer, car la viande le vendredi, la contrebande du vin de messe, •t les baignades de laGatineau, deviennent œuvres pies, pourvu qu'on appartienne à la benoite phalange»

Il y a un infllme calcul là-dessous.

Nous vivons dans un pays profondément catholique, et où, par conséquent, les accusations d'impiété et d'irréligion font toujours un grand effet sur les masses.

L88 CAUSIEIBS DU DIMANCHE. 41

Or, sitôt qae, dans cette école, on a quelque petite jalousie de métier à satisfaii-e, quelque petite vengeance personnelle à contenter, quelque adversaire a renverser afin de se hisser à sa place, le truc est bientôt trouvé ; on prend le prétexte d'une cauame du dimanche^ d'une critique littéraire de n'importe quoi, et, Téchine dévote^ ment courbée, la figure béate, le miel sur les lèvres, la plume ti-empée dans le fiel, on vous décoche quelque bonne accusation d*impiélé, ou bien Ton soufile dans le public quelque insinuation traîtresse au même effet, et, HÎ la victime n'est pas de ceux qui ont l'habitude de monter sur les toits pour faire leurs actes de vertus théologales, enfoncée, démolie, clouée!

Cette tactique a double avantage: celui de couler adroitement à fond ceux qui vous portent ombrage, et de se bien potier auprès de certain clergé, ce qui, en temps d'élection, ne nuit pas, comme vous savez, mon- HÎeur Basile.

Dans ces derniers temps, cette école a porté l'audace jusqu'à ses plus extrêmes limites. N'at-elle pas dénoncé l'université Laval comme un foyer de gallicanisme, erreur qui, suivant vous, monsieur Basile, prend 9n aource dans cette grande héréme des temps modernes^ le Naturalisme f N*a>t-elle pas dirigé ses attaques contre l'archevêque de Qnébec lui-même? Bref, elle tenterait de déloger les saints du paradis, pour peu que l'entreprise dût lui rapporter quelque chose.

C'est À cette école dont vous êtes Tun des adeptes les plus roués, monsieur Basile, que je réponds au nom de tout un parti politique, que vous enveloppes dans votre haine aveugle, et que vous aves voulu atteindre indirectement dans ma personne.

Dans ma dernière lettre, je vous accordais un certain fonds de bonne foi ; malheureusement pour vous, votre

42 LtS CAtJsEftiES BU DIMANCHl.

réponse D'est pa» de natare a conârmer ce rei^nte de bonn» opinion que j'avais d'an ancien ami.

La persistance que vous mettes à accoler moB nom à certains écrits auxquels vous savez que je n'ai jamais pris part, donne la mesure de votre honnêteté, au rooint dans la discussion. On ne me fera jamais croire que vous vous imaginez g^érieusement servir les intérêts de l'Eglise, en vous efforçant ainsi, tantôt par afBlrmation directe, tantôt par quelque perfide insinuation, de noircir vos adveroaires, et de les montrer comme des enne mis invétérés de la religion et de ses ministres.

Quel métier est cela, monsieur Basile? Si je vous adressais ici quelques uns de ces gros mots que notre êièele effémini appelle violents^ et dont le Christ s'est servi tant défais^ comme vous dites,»— race de vipères, par exemple, — n« l'auriez-vous pas un peu mérité? De quel di*oit scrutesvous ma conscience ? Qui vous a fait juge de mes sentiments religieux ? De quelle autorité me rejetes-vous du giron de l'Eglise? Prétendrios-vou» que je dois vous porter chaque mois un certificat de confession, par hasard ? Pour Dieu, mon cher monsieur Basile, mêlesvous donc de vos affaires !

Le Journal des Trois- Rivières^ pour prouver que vous avez eu raison de me vilipender, cite les lettres d'appn>bation que vous avez obtenues de certains évoques. Je me permettrai de lui dire que cela ne prouve rien. Ni Mgr de Montréal, ni Mgr de Birtha n'ont pu avoir l'in* tentlon de confirmer les réflexions gratuites que voua faites si dévotement sur mon compte daus vos Causeries ; et leurs Grandeurs, auraient-elles eu cette intention, que je serais justifiable de récuser leur témoignage dans une affaire dont les faits, s'il y en a, sont nécessairement en dehors de leur connaissance. Un évêque, pas plu» qu'aucune autre personne n'a le droit de taxer quelqu'un

L18 CAnsBRtBâ DU DIMANGHI. 43

d'irréligion, sans appuyer son jugennent sur les écrits, ies paroles ou les acte^de la partie incriminée.

Bt pais, ne vous faites pas illusion là-dessus, monsieur Basile; la masse du clergé intelligent répudie aujour^ ci*bni votre école. Vous avez ti*op forcé la note ; vous avez été maladroits à force d'être zélés ; vous êtes devenus importuns à force d'être officieux. On s*est enfin aperçu que toute cette belle ferveur, dont vous faites profession, n'est qu'un subterfuge qui sert à cacber les motifs qui vous font agir. Et, comme les bautes autorités du diocèse sont de ^opinion du pape Innocent III, qui disait: — FaUitas sub velamine sanctitatis tolerari non debetf — elles vous ont déjà désavoués par leurs écnts et par leurs actes. Elles ont noblement tendu la main H des hommes que vous aviez diffamés, — je parle toujours de votre école, — et que vous dénonciez cbaquejour comme des ennemis de l'Eglise et de l'ordre social. Biles ont très significativement invité à prendre la parole dans une grande démonstration religieuse, des orateurs dont l'un était, tout dernièrement encore, traité, par votre organe québecquois, comme un renégat de la pire espèce, comme un socialiste dangereux qu'il fallait museler à tout prix...

Ah ! monsieur Basile, prenez-en votre parti : voua avez beau jurer, maugréer, montrer vos canine^i, le règne de l'hypocrisie a fait son ♦emps. Les jours sont ]>a<«8és où tout un parti politique était pour ainsi dire mis hors la loi, et voué à l'animadversiofl publique, pour le seul crime de différer d'opinion avec les hommes qui vous soudoient. On a compris que Mgr Cœur avait raison en disant: "Le vrai chrétien doit savoir aimer même ceux qui ne pensent pas comme lui."

Ce généreux esprit de conciliation ne vous a pas éehappé, monsieur Basile; et cest là surtout ce qui

VOUS enrage. Vous exploitiez ane riche veiue, et. voilà que tout à coup le terrain manque m\xs vos piods. On vous coupe les vivres, ni plus ni moins. Qu*aliez-vouB faire maintenant aux élcctioas prochaines, si vous n'avez plus de prétexte pour i-epréscnterM. Pelletier, comme un rouge, un communiste, un démolisseur de colonnes- un assassin de Tarchevêque de Pari ;, un commis . a* -«e de Satan, et, par contre, de vous compai-er modestement à Mgr Affre mourant sur le^ barricades ? Vou . êtes tout bonnement flambé I vos deiniôrcs chances de succès s*en vont. Vous Tavez compris, et voilA pourquoi vou» vous donnez tant de mal pour prouver que Mf^r l'archevêque de Québec, en traitant Ici libéi-ciux comme des^ catholiques, a agi comme une oie; que Topposilion bascanadienne ne veut que deux cho^ses, renvei*ser l'Eglise, et saper les bases de la société, pour saiisfaire des instincts destructeurs, et qu'il n'y a qu'une bonne excommunication en masse qui puisse sauver l'oixli-e pu'olie et la religion monac^^s.

Mais, monsieur Ba^'ile, dans le cas même où vous auriez raison de nous attiibuer tant do noirceur d'âme, pourquoi toutes ces injures, toutes ces aciimonies, t/iut ce fiel ? Ne seralt-îl pas plus chrétien de suivre les conseils tout évangélique^ du digne évêque du Bellai, qui disait :—

** Mes frères, vivons tous on paix ; aimons même ceux qui s'égarent, et sachons vivre avec eux en h;irmouîe, aiin de les ramener par la chai lié. ''

Mgr Maret a dit quelque part: — " Ce sont nos injustices, nos colères et nos amei Lûmes qui éloignent de la vérité des âmes faites pour s'élever jusqu'à elle. "

Voila de nobles paroles que vous devriez peser consciencieusement, monsieur Basile ; et, si votre zèle pour le salut des âmes est sincère, peut-être auraientrelle»

ponr effet de vous faire modifier considérablement votre ' manière d'agir vis-à-vis de vos frères.

Mais non, mettant de côté ce conseil de ^aint François de Sales : ** Point de sévérité ; reprenez toujours ^en toute sorte do patience/' et ces belles paroles de saint Jean ChrysoH tome: *' Le langage de la vérité doit être calme et indulgent, " vous ambitionnez de jouer au Canada le rôle que M. Veuillot s'est arrogé en Europe : celui, comme vous dites, déloigner de Varchc les profanateurs à coups de fouet et de bâton.

Il me semble, monsieur Basile, que ce n'est pas la In morale que le Sauveur enseigne dans sa parabole du Bon Pasteur, qui cherche ses brebis égarées et les ramène doucement au bercail. Jésus-Christ, mon cher monsieur Basile, n'a pris le fouet qu'une seule fois dans sa vie, lui, et c'était pour chasser les marchands du temple, c'est-à-dire ceux qui, comme votre école, se servent du sanctuaire pour faire de l'agiotage politique, et satisfaire leurs ambitions mondaines.

Kéfléchissez bien à cela, monsieur Basile; et puisque nous en sommes à parler de l'évangile, je vous rappellerai ce que vous oubliez trop souvent, si vous l'avez jamais su, que saint Luc a écrit quelque part : — " Ne jugez pas autrui si vous ne voulez pas être jugé vousmême. " Je soumettrai aussi à vos dévotes méditations ce que Jésus disait du pharisien hypocrite qui se tenait debout dans le devant du temple, et les paroles que saint Mathieu adressait à '' ceux qui aiment les sièges élevés dans les synagogues, et qui veulent être appelés Rabbi. "

Vous êtes fort sur les faux-fuyants, monsieur Basile. Vous essayez de déplacer la question en citant certains vers où j'ai stigmatisé la conduite de nos hommes d'Etat infidèles à leur mission ; et, pour rejeter sur moi la res-

ponsabilité de l'agression, je sappose, vous avez l'air de prendre cela comme vous étant adressé. Je proteste, monsieur Basile, que toile n'a pas été mon intention i «n écrivant cela, je ne pensais guère à Vous, je voue Taffirme. Mais si vous trouvez que le bonnet- vous convient, c'est votre affaire.

Tandis que vous étiez en frais, vous auriez pu citer aussi mes vers à Tadresse des histrions sotrilèges qui tendent de» pièges aux croyances du peuple^ et dressent leurs tréteaux jusques à Vombre de» autels ; ou bien encore les i^trophes où je dis un mot de ceux qui donnent à leur» comédies politiques le sanctwiire pour décor, et jettent dans le même plateau de la balance la loyauté du prêtre avec le baiser de Judas. Puîsqu*il vous fallait absolument un bonnet, celui-là vous aurait encore mieux coiffé, monsieur Basile.

Tenez, mon ami, acceptez un conseil ; mettez votre religion un peu mieux en pratique, et inquiétez vous un peu moins de la manière dont les autres remplissent Jeni-s devoirs religieux. Nous en serons mieux, et vous n*en sei*ez pas pire. La religion bien comprise est trop l)elle et trop sainte, pour qu'on doive la mettre ainsi à toutes les sauces, et s'en faire un instrument à satisfaire ses petites passions. Au lieu de faire aimer l'Eglise, vous la feriez détester, si Ton ne connaissait mieux cette divine doctrine prèchée par celui qui disait à ses disciples: *' Apprenez de moi à être doux et humbles de exBur. "

Encore un mot, monsieur Basile.

Vous dites : '' M. Fréchette a beau protester qu'il ne '^ m'en veut aucunement, et que mes critiques ne lui ont " pas déplu le moins du monde, il ne doit paa avoir ** oublié la lettre d'injures qu'il m'écrivait de Chicago^ " après la publication de mes articles. "

LfiS CAtrSBRiSS DU DIMANCHS. 47

Rh bien, moiiBÎeur Basile, je vous défie de moiiti-er une seule ligne de ma part où je me plaigne de vos appréciations littéraireft. Si je vous ai écrit de Chicago, ce n*a dû être que pour vous faire remrrquer que vous crachiez naïvement en Tair en m^accusant de lâcheté, parce que je ne m^étais pas enrôlé dans les zouaves pontificaux, et pour vous souffler à l'oreille que de semblables mots peuvent devenir malsains dans la bouche de ceux qui les adressent a des gens qui ne demeurent pas à quatre cents lieues de distance. Vous avez prouva depuis que vous m^aviez fort bien compris, monsieur Basile.

Je terminerai, pour cette fois, en vous priant de ne plus mettre entre guillemets des phrases de votre crû, afin de me les attribuer. Vous sentez que je ne tien» pas absolument à signer vos œuvres.

Vous dites que vous n'avez pas fini. A bientôt donc, monsieur Basile! Si vous n'êtes pas satisfait, il y h encore du bois vert.

Votre serviteur,

Louis Fréghkttv.

Lundi, 27 novembre 1871.

Mon chsr monsieur Basile.

Vous avez la nature du liàvre. Vous faites des ttants, des enjambées, des voltes-faces ; le diable en pereonne vous suivrait à peine à la piste. Vous êtes ingambe, monsieur Basile ; et c'est une nouvelle qualité que j^ajoate à toutes celles pour lesquelles je vous ai déjA donné crédit.

Nom d*un petit chien, quelle soiipIesRe ! D*un bond vous sautez de Paris à Chicago, de la Lanterne au pétrole, du père Caussette à Victor Hugo, de Napoléon III à la providence, des contes de Lafontaine A rEcriturc

Kainte Et lorsque vous vous croyez hors de portée,

vous couronnez tous vos chasses-croisés par iine étourdi hsante cabriole, et, retombant sur vos pattes, vous vous écriez hors d'haleine :

— Croyez-vous au surnaturel, monsieur Frachettc ?

Comprends pas ! Est-ce que vous voudriez savoir ce que je pense de Home et des frères Davenport? Me soupçon neriez-vous d'avoir un faible pour la science du juge Rdmonds et du docteur Slade ? Tiendriez-vou*^ H connaître mon opinion sur Cagliostm? Ce n'est pas la peine, n'est-ce pas ?

D'un autre côté, si c'est une profession de foi dans la jirovidence que vous me demandez, j'aurais bien le droit de vous dire : De quoi vous mêlez- vous ? Mais, je veux être bon prince, et, puisque cela vous intéresse, monsieur Hnsile, je vais en deux mots vous édiiier sur ce point.

Je crois en une provfdence qui récompense la vertu et punit le crimb, soit dans ce monde soit dans l'antre ; mais je ne crois pas en une providence dont vous tiendriez les ticelles, vous ou aucun de votre école, monsieur Basile.

Je crois en une providence juste et bonne, au-dessus de nos préjugés et de nos misères ] mais non pas en une providence de commande, qui serait l'instrument des petits ambitieux, et l'humble servante de toutes les hypocrisies,-monsieur Basile.

Je reconnais dans la providence le suprême récrulateur de l'univers; mais je ne la crois pas complice de vos haines aveugles, de vos ostracismes injustes, de voh fanatiques intolérances, et encore moins de certaines

nutres petites saletés qui se commettent quelquefois en son nom, monsieur Basile.

Dieu nous préserve d'une providence qui s'appellerait Basile Rauthier /

Je n'ai nulle objection, par exemple, à voir le doigt de Dieu dans les malheurs qui viennent de fondre sur la France ; mais j'en aurais beaucoup à admettre que Teresa et la BeUe-Hélène en soient la cause. Vous essayez de prendre la tangente, pour échapper au ridicule de cette assertion, cela se conçoit. Mais, moi, je tiens à vous ramener au point de départ. Faites le lièvre tant que vous voudrez, je vobs avertis que je suis bon limier.

C'est votre faute aussi ; pourquoi écrivez- vous de si drôles de choses? Ah ! monsieur Basile, si le rire est le père des vicesy comme vous dites, faites pénitence, car l'Evangile dit: — Malheur à celui par qui le scandale arrive I

Il n'est point étonnant du reste, que vous n'aimiez pas cet agréable désopilement de la rate si favorable à la digestion, monsieur Basile ; pour être de bon compte, il faut admettre que le public n'est pas raisonnable, et qu'il en abuse à votre égard.

Mais, de votre coté, ne seriez-vous pas un peu sévère pour ces pauvres rieurs 7 Après tout, plusieurs grands saints ont été cités pour leur belle humeur et leurs joyeux propos. Pie IX hii-même est, dit-on, d'une charmante gaieté. Et puis, ne savez-vous. pas que les contes de Boocace ont été imprimés à Florence en 15*73, avec un beau privilège du pape Grégoire XIII, qui disait qu'en cela, il marchait sur les traces de son glorieux prédécesseur Pie Y ? Ne savez-vous pas que les contes de Lafontaine qui, suivant vous, ont attiré la colère divine sur la France, ont été publiés à Lyon, par

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