‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 37 sur 57 · LIS 0AU8SB1S8 DU DIMAMCRX · texte numérisé non relu

LIS 0AU8SB1S8 DU DIMAMCRX

le célèbre jéBuite et écrivain catholique, ie père de Olonia ? C'est Tabbé de Longuerue qui le dit.

Au reste, moi, monsieur Basile, j'aime à rire; et si vous tenez absolument à me corriger de ce défaut» commencez par ne plus écrire. Jusque* là, je me tien h les côtes, c'est plus fort que moi.

Mais revenons à la providence.

Tous êtes scandalisé, monsieur Basile, de ce que j'aie employé le mot de fatalité au sujet du désavStre de Chicago. Encore une hérésie I... Ma foi, monsieur Basile, libre à vous de voir des châtiments dans toutes les calamités qui arrivent ici- bas; pour moi, je crois qu'il nous serait téméraire de vouloir sonder tous les mystères de la providence, et d^assigner à son action le cercle étroit de nos préjugés et de nos passions. Et puis, monsieur Basile, si tous les malheurs qui nous frappent devaient donner la mesure de nos iniquités, il faudrait d'abord admettre que notre pauvre Saint-Roch pourrait rendre des points à Sodome et Gomorrhe. Et le séminaire de Québec I Et notre couvent des sœurs de la charité I n'ont-ils pas été incendiés, chacun trois fois an moins?...

Allons donc, monsieur Basile, vous vbyes bien que vous êtes fou I

Tenez, vous n'avez pas été, que je sache, chargé d'interpréter les décrets de la providence ; le Très- Haut ne vous a pas nommé son agent général ; les enseignements qui ressortent des grands événements qui se passent bou» nos yeux, n'ont pas besoin de votre éloquence pour porter leurs fruits. Laissez faire le bon Dieu; il entend son métier; et, s'il est de mon goût, il doit détester les officieux. Avec cela, qu'en voulant toucher à tout^ vow gâtez les meilleurs plats. Ouvres l'Ecriture, et voua

trouverez cette consolante parole : — Diea ch&tie ceax qu'il aime I

Maintenant, monsieur Basile, à mon tour I Vous me permettrez bien de vous poser quelques petites questions, n'estrce pas ? J'aimerais, moi aussi, à connaître votre opinion touchant la somme de surnaturel qui doit entrer dans certaines choses d*ici-bas.

Par exemple, dites-moi, monsieur Basile, faut-il voir le doigt de Dieu dans la lettre anonyme, remplie d'injures que M. Tabbé Patry, curé de Saint-Pascal, a reçue de Eamouraska, pendant votre élection, de la part d'un certain saint homme que vous connaissez Won?...

Y a-t-il eu intervention directe de la providence dans la distribution de faux billets de banque, qui s'est faite sur une si grande échelle, à la même époque, dans le comté de Kamouraska, par l'entremise de vos agents électoraux?...

Y avait-il du surnaturel dans les peintures à fresques rien moins qu'odoriférantes, dont on a si souvent badigeonné vos dieux lares à la barbe de votre immense popularité?... \

Pour ma part, j'ai peine à voir, dans ce dernier fait ^^urtout, autre chose qu'un acte purement humain.

Quoiqu'il en soit, en attendant que vous nous exposiez votre manière de voir et de sentir ces choses, je vous parlerai A mon tour, de ce que les gens sensés regardent comme la cause la plus directe de ce que vous appeliez la décadence du peuple français. Vous y mettez trois cdonnes ; quelques lignes me suffiront.

Ecoutez bien, monsieur Basile. Quand on voit la plus belle nation du monde à plat ventre, pendant dixbaît ans, devant un aventurier de l'espèce de Napoléon Illy on n'est plus étonné de la voir sans force et sans

énergie, an jour de Tépreuve. Ce sont ceux qai se sont inclinés devant le parjure; ceux qui ont donné le titre d'homme providentiel à un conspirateur sans verjj^ogne ; ceux qui, comme vous, monsieur Basile, ont trouvé le mot de malheureuêe entrqmse pour pallier le crime de Boulogne- sur-Mer; ceux qui ont appelé sauveur de la patrie, régorgeur du deux décembre ; ceux qui se sont agenouillés devant tous les attentats à la morale publique; ceux qui ont adoré le succès aux mains teintes de sang, que nous devons tenir responsables de la démoralisation qui a envahi la Krance, pendant ces dernières années I Vous parlez de révolution ; mais vous avez sanctionné et acclamé la plus hideuse de toutes les révolu tion>j, h Tavènement de Tancien carbonaro des Eomagnes. Et, encore aujourd'hui, que la pauvre France épuisée, essaie de se relever en inaugurant un régime d'ordre et d'honnêteté, votre M. Veuillot soulève les esprits contre le gouvernement établi, et prêche la révolution en faveur d'une dynastie À jamais jugée et condamnée. La révolution qui met un monarque sur le trône, est-elle plus légitime, que celle qui fonde une république ? Pour Dieu, monsieur Basile, comprenez-vous donc vous- ^êmel

Mais il est inutile de traiter ces questions-lA avec vous ; vous n'y entendez rien, et vous ne voulez rien y entendre. Tous n'avez qu'un principe, l'intérêt; qu'un désir, arriver. Pour votre école, la morale, la sincérité, le patriotisme, les convictions, niaiseries que tout cela !

Le succès, voilà le grand but. A vos yeux, celui qui conserve encore quelque croyance au fond du cœur, pour qui la vertu civique n'est pas un vain mot, est un imbécile, une tête chaude, un écervelé, un exalté qui n'a pas assez de jugement pour choisir le parti politique qui saura le pousser. Monsieur Basile, avec

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008 principes- là, on va tout droit où la France en est rendue aujourd'hui...

Mais assez sur ce sujet. Nous parlions tout à Theure lie vos évolutions chorégraphiques, je constate qu'il y a surtout un point où vous aimez tout particulièrement à revenir gambader. Ce sont mes Loisirs, Pauvre petit livre, il n'a jamais tant fait parlei de lui. Je croyais ce ]>éché de jeunesse enterré pour toujours dans la poudre (le l'oubli, et voilà que vous le réveillez À tout propos, jM)ur en faire les appréciations les plus multicolores qui aient jamais accueilli nouvelle publication. Un jour, ce petit volume est très- passable, ma foi ! inépuisabU fécondité, richesse fie couleur merveilleuse, expression tou- Jofirs riche, vers presque toujours beau, vol parfois majestueux y quelquefois sublime, le plus souvent plein de grâce et d'harmonie, tours de force étonnants, pages admirables, chants d'une rare beauté, un vrai poète^ etc., etc. Un peu plus tard, vous vous accusez d'avoir été partial ; voue regrettez bien tous ces compliments, et vous avouez ingénuement avoir été mauvais juge. Enfin, dans v<>tre dernier Aviiclo, mea Loisirs, ne valent plus rien «lu lout; ce ne sont plus que des vers sonores, et il m'aurait fallu y introduire* le nom de Basile, pour y mettre un peu d'esprit. Mauvais moyen, monsieur Basile; ceux qui vous ont baptisé reconnaissent aujour- «l'hui sa complète inefficacité sous ce rapport.

Quant à mon petit volume, je vous l'admets une foin pour toutes, monsieur Basile, ça ne vaut rien ; et voun auriez pu vous épargner toute cette dégringolade pour en arriver à être parfaitement de mon avis là-desaus. En reb&chant toujours la même rengaine, vous finissez par vous contredire, et vous découvrez inutilement vos ficelles. Un peu plus d'habileté, parbleu I ou vous me forcerez de ne plus discuter avec vous. 4*

Et pais, vous n'avez aucan ménagement poor xpt^ lecteurs. Vous nous conseillez de relire vos chapitre» 8ur le Bire des hommes et le Rire de Dieu I Décidément vous voulez nous assassiner, monsieur Basile.

Et dire que vous citez le Siècle^ Torgane des litrespenseurs I Mais vous le lisez donc ! Et ce qui plos ohI, vous le regardez comme une autorité... Horreur monsieur Basile, horreur !

Cachez mieux vos ficelles, encore une fois.

Je ne vous citerai point le Siècle, moi, je ne le Iîh jamais ; mais je vous mettrai sous les yeux un mot que le grand philosophe catholique Balmès, semble avoir écrit expressément pour votre école : —

" Je suis profondément convaincu, dit-il, qu'on met " en danger les intérêts du catholicism'e, toutes les Ibi^ *< qu'on l'identifie, en faisant son apologie, avec ant* " cause politique quelconque."'

Répondez à cela, monsieur Basile I

Votre serviteur,

Louis FatoHETTE.

Lundi, 4 décembre 1871.

Nouveau-Monde 6 deo. 1871.

Je n*ai pas encore fini de répondre à la première lettre de M. Fréchette, et le voilà qni m'en décoche une seconde. Est-ce assez cruel 7 Le traître I II sait bien que je n'ai pas comme lui des MsirSf que les neuf dixièmes de mon temps sont consacrés à des objets beaucoup pins dignes que lui de m'occuper, et que le

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dixième restant, n'est pas employé aniquemont à aligner des phrases, mais à penser — chose qu'il n'a pas la peine de faire, lui !

Pourtant s'il calcule là-dessus pour m'échapper, il se trompe. Je suis tenace de ma nature, et je n'ai jamais fait défaut à ceux qui me demandent la faveur de quelques étrivières. Je m'y engage, M. Fréchette; j'en fais la promesse avec Boilean.

C'est de tous, bon monsieur, que je veux bien parler Vous avez des défi&uts que je ne puis celer ; ÀBses et trop longtemps ma l&cbe coraplaisaisance De Tos jeux criminels a nourri l'insolence. Mais puisque vous poussez ma patience à bout Une fois, en ma rie, il faut vous dire tout.

Mes adversaires, en général, ont peu d'haleine et ils ue vont pas loin. La polémique produit sur leur cerveau le même effet qu'une machine pneumatique. Le vide s'y fait bientôt, et toutrà-coup l'air manque Vian ! c'est fini.

M. Fréchette fera comme les autres, et déjà il annonce pour se di8j)enBer de répondre, que mes écrits sont cPune faiblesse désespérante, et ne contiennent pas une raison, pas un argument, pas une idée. Convenez-en, ajoute-t-il, vous êtes éteinte.

Un peu de patience, s'il vous plaît, ô matador 1 Sitôt (lit n'est pas sitôt fait. Quand vous aurez conduit la polémique pendant trois mois, vous pourrez imprimer cette vant£u*dise, si la chose vous convient ; mais pas maintenant, personne ne vous croira. Comment ! voua m'auriez éreinté d'un seul coup, vous, l'exilé chicagouin, le giacfwr errant I Mais une telle chute serait sans exemple dans les annales de la fatalité ! Non, ne vous mettez pan cela dans la tète ; une si grande présomption la ferait tourner.

D'ailleurs, n'est-ce pas un peu contraire aux principes de l'école libérale d'éreinter ainsi les gens? N'e8t>ce pas votre école qui reproche sans cesse à Louis Veuillot d'éreinter ses adversaires ? Et vous, modèle de douceur et de charité, vou^ m'éreintez sans merci du premier coup? Allons donc, c'est une saillie spirituelle que vou» avez daigné vous permettre ; vous n'êtes pas sérieax* Laissez-moi vivre encore un peu, et causons. J'observe avec plaisir que si M. Fréchette est sensible à la critique, il ne s'y montre pas toujours indocile ; il tient quelque compte de mes conseils littéraires.

Je me suis moqué jadis du titre absurde de giaûur errant qu'il se donnait dans la voix d'un Exilé, et j'ai constaté à Chicago, qu'en faisant réimprimer cette poésie, M. Fréchette a supprimé le giaour et c'est donné le titre moins recherché de voyageur. Ce n'est pa8 encore le vrai mot, mais il n*a pu trouver mieux.

L'autre jour, je lui ai conseillé de changer de ton, en lui représentant qu'il abusait de l'ironie, ot qu'une figure de rhétorique ne devait pas avoir une longueur de quatre colonnes. Eh ! bien, il a suivi mon conseil, et sa seconde lettre bourdonne à mon oreille une toute autre chanson. Je n'ai plus affaire à l'homme qui ril, mais à l'homme qui crie. C'est un autre excès, si vous voulez, mais n'importe, cela varie.

Enfin, je lui ai reproché d'abuser un peu de mon nom de baptême, et sa seconde lettre répète un peu moint souvent cette appellation. C'est toujours cela de gagné, mais je veux obtenir d'avantage. Dans son propre intérêt, et au seul point de vue du goût littéraire, M. Fréchette devrait supprimer entièrement cette inconvenante familiarité.

Je n'invoquerai pas, pour l'en convaincre, les principes de la bonne éducation ; il ne les comprendrait pat

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plus que les questions religieuses. J'en appellerai tout HÎmplement à son goût littéraire, s'il en a. Ne B*aperçoit-il pas qu'en m'appelant ainsi Jf. Basile, avec une persistance ridicule, il descend au rôle du gamin qui insulte un gentilhomme ? Non ; mais le public s'en Hperçoit. Cette seule faute enlève à sa polémique, la gravité et la dignité qui conviennent à un chef de parti. Car M. Fréchette déclare modestement, qu'il éci-it au nom de tout un parti politique. S'il veut jouer son rôle dignement, et le faire prendre au sérieux, il faut dépouiller ce ton de gamin. Scapin n'a jamais été chef de parti.

A part ces inconvenances de langage, j'observe que M. Fr^ehette glisse rapidement sur le terrain de l'invective. X'ai déjà averti mes lecteurs, qu'il m'appellerait bandit, voyou ou sacripant, comme nos ministres, pour peu que la polémique continuât, nous y arrivons. Dans sa première lettre, M. Fréchette me représentait avec un tact littéraire plus que douteux, brettant et ferraillant pour Jihovah qui n'en peut mais; de là, à bretteurs et coupe-jarrets^ épithètes qu'il adresse à no» ministres, il n'y avait pas loin. Mais dans sa seconde lettre, il m'applique le mot de Jésus aux pharisiens : race de vipères ! c'est un terme un peu raide et qui fait présager une suite orageuse.

Néanmoins, j'ai bonne patience^ et je me trouve encore singulièrement ménagé, quand je relis ce que M. Fréchette a dit des hommes les plus éminents de son pays. Donc, laissons- le dire et disséquons un peu sa dernière philippique.

M. Fréchette y prend la pose modeste du chef du parti libéral, et il déclare la guerre à tonte l'école catholique. Le Nouveau- Monde, le Journal des Trois- Rivières, le Courrier du Canada, le Courrier de Saint

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Hyacinthe, le Messager de Joliette y reçoivent, toar à tour, qaelqae ruade du célèbre Pégat?e, et il s'abrite lui-même avec son école derrière l'université Lava! et sa grâce Mgr Tarchevêque die Québec. Avec tout cela, il y parle de leurs grandeurs, les évèqnea de Montréal et de Birtha, de Mgr Cœur, de Tévèque du Bel lai, de Mgr Maret, de saint François de Sales, do Saint Jean-Cbrysostôme, de saint Luc, de saint Mathieu, de Louis Veuillot, etc., etc. Jusqu'à mon adversaire politique, M. Pelletier, qui se trouve là je ne sais comment, ni à quel propos.

Comment M. Pi'échette a-t il pu composer un semblable fatras ? Comment at-il pu réunir tous een <lifférents noms, et tous ces divers sujets, dans rétroit espace d'une lettre 7 C'est une merveille d'incohérence et de divagation. Je dois ajouter, qu'en ce qui me concerne, c'est en outre, un tissu de mensonges et d'insinuations niaises.

n est faux que j'aie jamais, comme M. Frécbette l'affirme, ** montré M. Pelletier comme un communiste, " un démolisseur de colonnes, un assassin de l'arche- ** vèqne de Paris, un commissaire de Satan." Il est faux ^' que je me sois jamais comparé à Mgr Affre."

Il est faux que j'aie jamais '' voulu démontrer que '' Mgr l'archevêque de Québec, en traitant les libéraux ^' comme des catholiques, n'est qu'une oie.** Il est faux que j'aie jamais tenté de *• démontrer que '' l'opposition bas-canadienne ne veut qu'une choee, '' renverser l'Eglise et saper les bases de la société, ** etc., etc."

En face de ces dénégations, M. Frécbette qui parle tant de l'honneur, doit savoir ce qui lui reste à faire.

Maintenant, de quel droit M. Fi*échetteose-t-il traitier devant le public, le nom de l'archevêque de Québee el

celui de Tuniversîté Laval? — De quel droit veut-il représenter Tarchevèque comme un ami des libéraux ? CTest encore une de ces inconvenances et de ceH faussetés dont son écrit est encombré ; et s'il entendait !e$ lois de V honneur comme r Opinion Publique^ il rétracterait ces insinuations.

Ces mêmes lois de V honneur l'obligeraient aussi d'expliquer cette phrase obscure et énigmatique : — *' La *' viande le Vendredi, la contrebande du vin de messe, ''et les baignades de la Gatineau deviennent œuvren '' pies, pourvu qu'on appartienne à la benoite phalange." J« n'y comprends rien ; mais à votre air mystérieux, on pourrait soupçonner qu'il y a là-dessous quelque crime.

Après avoir tenté de démontrer que les libéraux sont les meilleurs gens du monde, M. Fréchette dit: — '< mais dans le cas même où nous serionâ dans l'erreur, " ne serait-il pas plus chrétien de suivre les conseils '' évangéliques du digne évèque du Bellai qui disait : — " mee frères, vivons tous en paix ; aimons même ceux '* qui S'égarent." Et M. Fréchette accumule ensuite les citations» pour prouver que le chrétien doit être patient et charitable.

Certes, le public lui saura gré de cette découverte et de la belle démonstration qu'il résume dans cette parole de saint Luc : ** Ne jugez pas autrui si vous ne '' vouiez pas être jugé v ous-mème."

Mais il y a pourtant une lacune dans son argumentation. Il a oublié d'illustrer par des exemples, la doctrine qu'il prêche et qu'il défend, comme si quelqu'un la contestait. Je veux combler cette lacune et je trouverai des exemples admirables dans la *' Voix d'un Exilé. " On y verra comment M. Fréchette sait mettre en application, les belles doctrines de clémence et de charité qu'il a découvertes dans Mgr Maret, dans saint Fran-

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çois lie Sales, dans saint Jean-Chrysostôme et dajis maint Luc. Je prie le lecteur de me suivre avec attention.

M. Fréchette a le malheur de dittërer d'opinions politiques avec nos ministres; il n'approuve pas leur ligne de conduite, et il veut en informer le public. Alors son cœur de chrétien se rappelle ** les conseils " tout évangélîques du digne évèque du Bellai : — mes *' frères vivons tous en paix, aimons même ceux qui *' s'égarrent ; " ceux do saint Ohr^'sostôme qui disait : — " le langage de la vérité doit être calme et indulgent, " et saint Luc: ** ne jugez pas autrui, si vous ne voulez "pas être jugé vous-même" et saint Mathieu et saint François de Sales et Mgr Maret, et débordant de clémence, il s'écrie : —

Je le8 ai vu, ces gueux, honte à l'espèce humaine ! L'œil plein d'hypocrisie et le cœur plein de haina, Le parjure à la bouche et le verre à la main, Erigeant l'infamie et le vol en science. Pour vendre leur pays, troquer leur conscience

Contre un ignoble parchemin.

Mandat, serment, devoir, honneur, vertu civique Rien n*est sacré pour eux ; dans leur rage «ynique Ils bâillonnent la loi pour mieux la violer. . . . Puis, à table, viveurs ! ici truffe et Champagne ! Griseit-vous bien, ô vous que le boulet du bagne Devrait seul faire chanceler !

11 y a vingt strophes de cette douceur! Et c'est ainsi qu'on peut différer d'opinion et dire aux getis sa manière de voir, en tenant compte du précepte de saint Jean Chrysostôme: " le langage de la vérité doit être calme " et indulgent. "

Parmi nos ministres il y en a un, auquel M. Fréchette est particulièrement tenu de faire connaître sa pennée.

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c'est Sir George Etienne Cartier. Entre chefs de parti, il n'est pas facile de toujours s'entendre, et M. Fréchette devait à la vérité une explication. Il ne pouvait pas se dispenser, dans la position qu'il occupe, de dire un peu à Sir George ce qu'il pense de lui. Il ne fallait pourtant pas le juger, afin de n'être pas jugé lui-même. Aussi M. Fréchette y a mis des formes. Il n'a pas oublié ses grand» principes de charité chrétienne, et prenant sa voix la plus doucereuse, il a dit : —

Hais lui, le chef, qu'est-il, ce vantard hypocrite Qui porte sani roagir tant d'inûimie écrite Sur son Iront impudent? oui, qu' est-il après tout? Hargneux quand il se tait, insoient quand il parle Paillasse à Burlington, déserteur à 8t. Charles, Bampant à Londre et gueux partout

II a, pour parvenir mis tout à son service ; Il escompte le vol, il pressure le vice, Ce vieillard tout suintant de prostitution ; Pour qu'il puisse à Windsor paraître en bas de soie Tout, le coffre public et la fille de joie Sont mis à contribution.

Au revoir, doux exilé.

A. B. RoUTHtlK.

Mon ohse monsisue Basili.

Ah ! par exemple, vous êtes trop exigeant. J'ai tout fait pour vous être agréable ; j'ai même renoncé aux figures de rhétorique qui n'ont pas l'honneur de vous revenir; et voilà que vous voulez me priver du plaisir de vous donner le nom si euphonique que, dans un moment de prophétique inspiration, votre parrain a cm

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le plus propre à désigner votre ' intéressante Hidividualité. En cela, paraît-il, je me rends coupable d'une inconvenante familiarité. Pourtant, monsieur Baeile, vous vous autorisez si souvent de notre vidBe amitié^ pour me décocher une foiile de petite traits pins ou moins assassins, il me semble que je puis bien m'en prévaloir jusqu'au point de vous appeler par votre petit nom. Et puis, vous l'admettrez, ce nom-là a je ne saii^ quel cachet particulier; il a comme un parfum, sui generi* ; enfin il me plaît ! Basile I cela en dit si long en quelques lettres ; cela peint si bien mon homme 1 II ebt probable que c'est précisément pour cette raison-là, que ce doux nom vous turlupine tant. Alors tant pin, je n'y puis rien. Je me suis prêté jusqu'ici à presque toutes vos petites exigences ; mais sur ce point, inutile pour vous d'y revenir si souvent, — je suis inflexible comme un dieu terme.

i>onc, Basile tu as été, et Basile tu seras. C'est plu» fort que moi.

Vous n'avez pas le droit de vous plaindre, du reste. Il me semble, que je suis accommodant comme pas un. Voyez ! vous mlaccusez d'avoir des défauts ; je ne. le conteste pas ; V Imitation de Jésus-Christ nous enseigne qu'il faut se mépriser soi-même. Vous prétendez que j'ai peu ou point d'esprit ; je m'en glorifie en songeant que vous appelez les Dupanloup, las Thiers, les Favre, les Simon, les Pelletan, les Picard, des phraseurs san^ science véritable. Vous insinuez avec gr&ce que ma clientèle ne vaut pas la vôtre ; je suis d'autant mieux disposé à l'admettre que je n'ai jamais fait la courbette au gouvernement pour obtenir la charge d'avocat de la couronne pour le district de Kamouraska. Vous dîtes que je n'ai aucune notion de savoir-vivre et de bonne éducation ; je ne m'en affecte guère, attendu que je

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trouve an correctif éloquent daus vos Causeries, où tous me donnez le doux nom (Tarn presque a chaque ligne. Enfin, voas^jontez que mes vers ne valent rien ; c'est bien triste, mais je me console en me rappelant que vous m*avez prié, plus d'une fois, de corriger les vôtres. Convenez que je prends bien les choses, monsieur Basile.

Et puis, voyez encore I Vous m'appelez traître, matador, gamin, Scapin ; vous me jetez à la figure les mots de niaiséries, de mensonges, de police correctionnelle ; que dis-je, vous êtes aAsez impitoyable pour m'écraser sous l'épithète horripilante ^ exilé chicagouin,,. et ]q we rétorque pas. Avouez-le, monsieur Basile, vous avez rarement rencontré un adversaire d'aussi bonne composition que moi.

C'est peut-être ce qui vous a engagé à prévenir le public que notre polémique doit encore durer trois mois; k moins que vous n'ayez fait cela pour vous excuser de mettre quinze jours à répondre à chacune de mes lettres. Dans tons les cas, je n'oserais pas, moi, assumer la tâche de vons enivre aussi longtemps ; et cela pour deux raisons. D'abord, je ne suis point payé à tant la ligne ; et puis, si je dois juger de vos prochains articles d'après cenx que vous avez déjà publiés, le débat me semble à peu près clos OT'heure qu'il est. En effet, vous avez tout rengainé et tout avalé. Vous n'avez pas gardé une seule de vos positions ; vous n'avez pas paré une seule de mes attaques, et dans votre dernier article surtout, vous abandonnez entièrement le terrain sur lequel avait commencé la discussion.

Voyons si la chose n'est pas exacte.

le Vous m'avez accusé d'irréligion et d'impiété : — rengainé I

2o Vous avez écrit qae j'avais diffamé les institutions de mon pays : — rengainé !

3o Vous m*avez taxé de lAcheté parce je ne me suin pas enrôlé au service du Pape : — rengainé 1

4o Vous avez pi*étendu que les libéraux canadiens qui se disent catholiques sont des hypocrites: — rengainé!

5o Vous les avez montrés comme des ennemis de Tordre et de la religion : — rengainé I

60 Vous avez avancé que j'étais blessé de vos appréciations littéraires, et que vous aviez une lettre pour le prouver : — rengainé !

Voilà, monsieur Basile, le chapitre do vos reculades; passons à celui des.pilules qu'il vous a fallu digérer.

lo Je vous ai pris en flagrant délit de mesquine réclame : — avalé 1

2o Je vous ai accusé de faire le nécessaire auprès du clergé ^dont les plus hautes autorités vous répudient ouvertemo^Qt : — avalé !

3o J'ai fait voir le suprême ridicule de votre raisonnement au sujet des grandes questions qui intéressent le pays : — avalé 1

4o J'ai montré votre école se servant du crucifix comme d'un marchepied, et du sanctuaire comme d'un tripot : — avalé I ^

5o J'ai prouvé que, tout en faisant si grande parade de vos principes religieux, vous fouliez aux pieds ler^ enseignements de l'Eglise dans vos discussions scandaleuses : — avalé I

J'en passe et des meilleures.

Vous sentez bien, monsieur Basile, qu'en face d'un adversaire de cette force, un homme sérieux n*a rien de mieux à faire qu'à cesser toute discussion, à moin» que, comme moi, il ne s'amuse à rire des divagatîonn

d'an esprit malade qui vous répond Garcassonne lorsqu'on lui parie Pon toise. Je vous l'ai déjà dit^ on aime A rire, et c'est à cette circonstance que vous ê(e8 redevable de l'attention qui s'attache à notre petite polémique, et de la complaisance que je mets à vous faire poser.

D'honneur, je vous croyais plus fort, monsieur Basile.

Je m'attendais à des sophismes, à quel<(ue chose enfin ; mois non, rien, moins que rien !

Des raisonnements de la force de celui ci, par exemple : M. Fréchette n'a pas le droit de citer les auteurs sacrés, lui qai a commis des ph Hippiques comme la Voix iTun Exilé ; et deux longues colonnes pour délayer cette ineffabilité.

Voyons, monsieur Basile, tendez les oreilles, et essayez de comprendre. En supposant même que j'aurais manqué aux préceptes chrétiens, en attaquant politiquement des \iommQ% politiques ^ je ne me suis jamais fait fort de parler au nom de la religion, moi. Mais vous, monsieur Basile, c'est autre chose. Quand vous vous posez en modèle de toutes les vertus, en défenseur de Tarche d*alliance, en interprète infaillible de la doctrine évangélique, n'ai-je pas le droit de vous dire que vous méconnaissez cette même doctrine, en éclaboussant à cœur-joie la réputation de votre prochain, et en essayant de faire de la religion la complice de vos haines injustes et de vos ambitions mesquines ? Comprenez-vous, monsieur Basile, que nous ne sommes pas dans les mêmes conditions, et qu'en • citant les Pères de l'Eglise et les évangélistes qui parlent de charité, je n'ai pas eu la prétention de me donner comme inattaquable sous ce rapport, mfais que tout se réduisait à voua dire : médecin, guéris-toi toi-même ?

66 LSS CAUS1SRIE8 DO PIMANGHS.

Vous devez saisir la chose, monsieur Basile ; C6la me semble assez clair, même pour vous I

A propos ôe la Voix d'un Sxiléf si vous tenez, — comme tout me porte à le croire, — à ce que le Nouveau Monde la reproduise en entier, je pourrai vous en adresser la dernière édition, monsieur Basile. Vous y trouverez certaines notes explicatives, appuyées sur des faits de notoriété publique, qui vous édifieront complètement au sujet de certaines choses que vous feignez de ne pas connaître, telles que Tidylle de ia Gatineau, par exemple. Cela pourra, en même temps, intéresser tout particulièrement les lecteurs du NbuveOM Monde, dont le rédacteur en chef éUit Tun des héros de cette romanesque aventure. Du reste, il y a là de quoi amuser bien des gens, car la nomenclature est jolie. Les églogues de Kamouraska n'y figurent pas encore ; mais qu'à cela ne tienne, je puis mettre un post-scriptum qui relaterait, par exemple, les faits et gestes d*un saint homme que vous connaissez, lequel fut interrompu, un soir, dans ses nocturnes et sentimentales œuvres de piété, par de mauvais plaisants qui lui présentèrent un certain vase qui n'est point le pot aux roses. C'est à votre service, monsieur Basile.

Comme vous êtes gauche aussi ! On dirait que vous ne vous étudiez qu'à me donner des armes pour vous combattre. Ainsi, par exemple, tout en me gratifiant des jolies épithètes que je citais plus haut, vous avez l'aplomb de dire que je glisse sur la pente de CinveeUve ; et à l'appui de cette assertion, vous avancez carrément que je vous ai appliqué le mot de race de vipères. D'abord, vous avez rêvé cela, monsieur Basile; mais l'eussé-je fait, qu'auriezvous à dire ? N'avez-voua pa»*» écrit cette phrase dans vos Causeries du dimanche, en parlant de saint Jean Baptiste : '< Les pharittiens

baissaient la tète devant ce langage énergique que notre iiècle efféminé appelé violent^ et dont le Christ s'est servi tant de fois, race de vipèreSj etc.î "

Plus loin, vous jurez vos grands dieux, avec un sérieux impayable, que, pendant votre élection, — en 1867! — vous n'aves jamais traité votre advei-saire M. Pelletier, de démolisseur de colonnes et d'asKa-ssin de M'gr Darboy. Elle est bonne la farce! Mais songez donc, mon cher monsieur Basile, qu'à cette époque, Mgr Darboy se portait fort bien, et la colonne aussi I... Mais vous êtes d'une naïveté incroyable, ou bien vous conspirez contre ma vie ; vous avez juré de me faire crever de rire.

Vous niez aussi avoir voulu faire la leçon à Mgr de Québec, qui a publiquement traité les libéraux comme de» catholiques. C'est bien ; j'aime à vous voir, une fois an moins, à la question. Aiais alors dites-moi, monsieur Basile, que signifie donc cette phrase que je lis dans votre pamphlet : — " Jl ne faut pas cesser de le combattre (le libéraUsme canadien)^ car de toutes les doctrines subversives^ c'est la plus spécieuse et la plus insinuante ? "

Et cette autre : — " La nouvelle école qui s introduit parmi nous, c'est le catholicisme libéral, et c'est elle que nous sommes disposés à combattre ? "

Kt encore celle-ci : — " Défions-nous de ces tangentes qui conduisent à l'abîme, sous les beaux noms de libéralisme et de catholicisme libéral. ? "

Enfin, n'avez-vous pas écrit un chapitre tout entier, pour démontrer que les libéraux canadiens, qui forment i'oppoBition nécessaire à tout gouvernement constitutionnel, sont les disciples de Voltaire, et que, lorsqu'ils se disent catholiques, c'est pour mieux atteindre leur but qui est de détruire la religion. ?

68 LSâ cAtrssBiss du dimânchs.

, Qae donnez-vous à entendre par là? N'est-ce pas exactement comme si vous disiez à Mgr de Québec : " Monseigneur, vous invitez des orateurs libéraux à prendre la parole dans une démonstration en faveur du souverain pontife ; c^est une folie que vous faites ; ces libéraux sont tous imbus de doctrines voltairien nés ; s'ils font y te de religion, c'est pour mieux cacher leur jeu. Il ne faut pas cesser de les combattre, autrement ils nous conduiraient à l'abîme. Vous n'entendez rien à ces choses-là, vous Monseigneur ; mais c'est moi, Basile Bouthier, qui vous le dis."

Et ce n'est pas là la seule circonstance oii vous vous placiez en opposition directe avec votre premier supérieur ecclésiastique, monsieur Basile ; j'y reviendrai plus loin. En attendant, sachez que vous faites un nouvel accroc à la vérité en disant que j'ai représenté Mgr l'archevêque de Québec comme un ami particulier des libéraux. J'ai seulement fait ressortir le contraste qui existe entre votre conduite si intolérante et la sienne, qui est toute de conciliation. Mgr de Québec n'ignore pas, lui, qu'il y a deux espèces de libéralisme : le libéralisme religieux, qui est condamné par l'encyclique Quanta cura, et le libéralisme purement politique, dont les principes sont laissés à la libre discussion des hommes.

Etudiez donc un peu, monsieur Basile, avant d'aborder les sujets que vous avez la prétention de traiter. Ouvrez les grands auteurs de théologie, le cardinal Bellarmin, par exemple, et vous verrez la différence qu'ils font entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique, dans leur origine et dans leurs attributions : —

" D*oii suit, dit Bellarmin, une double différence, " entre la puissance politique et la puissance ecclésiae- ** tique : lo Différence du côté du sujet, puisque la

•' puissance politique se trouve d^ins la multitude ^ et la %" puissance ecclésiastique dans un homme immédiate- *' ment^ comme dans son sujet ; 2o Différence du côté '' de la cause, puisque la puinsance politique, considérée *' généralement, est de droit divin, et en particulier du •* drjit des gens. Tandis que la puissance ecclésiastique ** est de toute manière de droit divin, et émane immédiate- " ment de Dieu. "

l^t ce assez clair, qu'en dites- vous?

Et puis, vous n*ètes pas plus vëridique en disant que je ni*abrite derrière Tuniversité Laval.

Non, monsieur Basile, vous vous trompez ; seulement j*honore et vénère cette institution, tandis que votre ^cole et vous même, avez pluis d'une fois déjà essayé de lu mordre au talon. Voilà la différence.

Quant à ce qui est de m'abriter derrière Mgr l*ar- <*liovèque, il n'y a pas de danger qu'on puisse vous en reprocher autant, à vous, qui lui passez cavalièrement devant le nez en allant chercher, pour votre livre, dos approbations ôpîscopales dans un autre diocèse.

Vous direz peut-être que voti-e pamphlet a été îtnpriraé à Montréal; mais personne n'ignore qu'il a traboiti paru dans les journaux de Québec; et comme vouK appartenez à ce dernier diocèse, les lois du bon sens i'omme celles du savoir-vivre, vous faisaient un devoir i\\* vous adresser d'abord à Mgr Taschereau.

Comment n'avez-vous pas senti la grossière inconvenance que vous commettiez là ? Ne savezvous pas (|ue c'e.>t un sanglant soufflet que vous avev donné à la face de voti-e archevêque ? Oh ! je sais bien, moi, ce qui vouH a empêché de demander son approbation; c'est que vous saviez que vous ne l'obtiendriez pas. Si Je ne dis pas vrai, prouvez- le en en publiant une. Je vous détie, entendoz-vous, je vous défie de l'obtenir! 6*

70 LB8 CAUSSRIB8 DU DîMAirOHC.

Et puis, que signifie cette longue réclame que vous venez de publier en faveur de Tœuvre du père Ifonnot^ * quand vous savez que la prédication de cette œuvre, jusqu'alors simplement tolérée dans le diocèse, vient d'être expressément défendue par Tarchevôque? N'estce pas une autre preuve de votre esprit d'insubordination ?

Je veux bien croire que cette œuvre est excellente en elle-même, et que la permission de la prêcher n'a été retirée que pour des considérations toutes particulières- Mais, est-ce bien à vous de vous faire le juge de ces considérations, et de dire à votre archevêque : — " Vous trouvez, voua, que les sommes recueillies pour cette œuvre ont atteint un chiffre qu'il ne serait pas sage de laisser dépasser; eh bien, moi, Basile Routhier, je prétends que vous avez tort, et si vous nous empêchez de prêcher dans la chaire, je prêcherai dans les journaux ! " Voilà pourtant ce que vous faites, monsieur Basile.

Mais pourquoi raisonner avec un homme qui regarde l'invention de l'imprimerie comme une œuvre diabolique; qui blftme tous les progrès modernes, comme propageant nécessairement le naturalisme ; qui dit que notre siècle marche comme une écrevisse, et qui affirme que le journalisme est une des plaies de l'humanité?

Le fait est, monsieur Basile, . que vous n'êtes pa» capable de dire un mot sans vous enferrer à faire pitié. Prenez donc le parti de vous taire. Lisez Vlmitatùm de Jésus Christ, vous y trouverez cette phrase: — "Si les hommes prenaient autant de soin à déraciner le» vices de leur cœur, et à y semer les vertus, qu'ils s'en donnent à agiter des questions, on ne verrait pas tant de maux et de scandales parmi le peuple/'

LSSVAUSERISS DU DIMANCHE. 71

" Un zèle trop ardent, dit le père de Colonîa, mène Boavent au delà du but, et fait tomber dans Tégarement. *' Prenez garde, monsieur Basile 1

Un mot de plus. Vous dites dans votre dernière lettre, avec un air de touchante humilité : ** Mes adversaires en général ont peu d^haleine, et ils ne vont pas loin. La polémique produit sur leur cerveau le même effet qu'une machine pneumatique. Le vide s'y fait bientôt, et tout à coup Tair manque. "

Il n'y a toujours pas de danger que cet accident arrive au vôtre monsieur Basile; car il n*est pas difficile de s'apercevoir qu'il renferme trop de vent pour que l'air y manque jamais.

Votre Serviteur,

/ Louis Faf GHETTI.

Mabdi, 12 décembre 1871.

Nouveau-Monde, 13 déc. 1871.

11 faut empêcher M. Fréchette de s'égarer trop loin ; car si je le laisse aller h tous les caprices de Pégase, le lecteur ne saura bientôt plus de quoi il est question. il ne faut donc pas perdre de vue qu'il s'agit de mes (kLUserie* du dimanchty et de la savante critique que M. Fré<;hette en a faite.

J'ai répondu aux reproches qu'il m'a adressés au «ujetde Washington et des Etats Unis. J'ai développé «t justifié mes deux causeries intitulées : Le Rire des hommes et le Rire de Dieu; M. Fréchette n'a rien répondu «t ne peut rien répondre.

li ne me reste plus qu'à démontrer qa*au Heu d'être sévère, j'ai été extrêmement indulgent pour M. Fréchette ; ce sera facile. On y verra une fois de plus, ce que Ton gagne à être conciliant.

Qu*ai-je dit des poésies de M. Fréchette, et que nie reproche-t il le plus amèrement ? Je pourrais résumer Tappréciation que j*ai faite de " mes Loisirs " en disant, que c'est un recueil de vers harmonieux, qui ne contient pas une idée." Or M. Fréchette admet que fen ai dit plus de bien qu'il rCen pense lui-viême. Donc ne parlons plus de cette œuvre de jeunesse qui a veilli si vite dans les souvenirs du lecteur.

Venons à la Voix d'un Exilé qui est Toeuvro capitale du poètOy et qui contient quelques uns de ses beaux rêves politiques. Ma critique de cette poésie atteignait à la fois la forme et le fond. A la farme^ je disais que les trois pièces se ressemblaient ; que la seconde année était la répétition de la première^ et que la troisième était semblable à la seconde ; qu*il y avait des strophes très belles à côté de vers ridicules, et que le ton était déclamateur, faux et cassant. " Sa lyre" ajoutais-je, devient une petite caisse qui fait un bruit a<60urdissant. mais qui sonne creux. Ce sont des clameura furieuses, des cris discordants, des éclats de cymbales, des bruits de grelots fêlés et du boum* boum.

Au fond, j'accusais M. Fréchette do diffamer ses compatriotes et les institutions de son pays, et Je l'avertissais qu'il glissait sur la pente de l'irréligion.

Cette double critique était-elle marquée au coin de la haine ou de la bienveillance ? Le lecteur en jugera bientôt. M. Fréchette m'accuse d'envie et de jalousie de métier; il croit même que je veux le renverser et me hisser à sa place.

LES OAlTdE&IES DU DIMANCHE. 73

A Ba place! Pour quoi faire? Qu'aurain-je à lui envier, et en quoi son Bort Beraitil préférable au mien ? Il a vu Chicago; moi aussi. Il a perdu son élection par trois centa voix do minorité ; j'ai perdu la mienno par quarante voix. Il a publié " mes Loisirs, " et moi, les " Causeries du dimanche. " Quant à " La voix d'un Exilé " je vais démontrer qu'un honnête homme devrait rougir de l'avoir éciite.

Donc, je n'ai rien à envier à M. Fréchette, et je le prie de garder sa place. Qu'il veuille bien remarquer en outre, que lors de la publication de ma critique, il rénidait à Chicago et ne pouvait me nuire en aucune manière.

Examinons maintenant plus en détail cette " Voix d'un Exilé," puisque M. Fréchette ne veut pas se contenter de la critique générale et pleine d'indulgence que mes causeries du dimanche contiennent.

C'est en vain que M. Fréchette a voulu forcer son talent pour être terrible. La " Voix d'un Exilé " n*a fait trembler personne, et n'a produit aucune secousse politique en notre pays. C'est en vain, qu'il a épuisé le répertoire d'injures des poissaixles et des gens de la halle, pour salir la réputation de nos hommes publics; Técume de sa bouche n'atteint personne. Sir Narcisse Belleau, qu'il appelle Jocrisse, Harpagon, et les ministres qu'il nomme Tartuffe, Roquelaure, Lacénaire, Judas, Erostrate, Mandrin, ne s'en portent pas plus mal.

Ses clameurs furieuses, ses contorsions d'énergumènes, 868 hérissements de Méduse, ses fulgurations égosillées, tout cela est tombé à plat. Le sifflet a fait justice du Ifiche insultenr, qui avait abandonné son pays pour le vilipender, et ses amis eux-mêmes, n'ont pu distinguer dans tout ce tapage, que des Imiits de grelots fêlés et du boum-boum.

74 LS8 CAU!)ERIS8 DU*DIMANCHI.

Chez M. Fréchette pourtant, l'outil n'est pa<» manvais. Ce qui manque, ce sont les matériaux, c^ent ridée. En vain le sculpteur ornementera la boue, il n'en fera jamais du marbre. C'est ce que M. Fréchette oublie, et nous pouvons appliquer à sa poésie cette critique de fioileau : —

Bt quand la rime enfin se trouve au bout du ven. Qu'importe que le reste y soit mis de tniTers 7

Pour lui, une seule chose est importante: bien penser ? Non, mais bien mouler son vers, et à force de travail et d'imagination, il réussit à lui donner une apparence une forme, qui, de loin, ressemble à une idée; comme certain oiseau domestique ressemble à un paon. On le voit, faisant la roue, comme l'oiseau de Junon ; mais en approchant l'illusion s'évanouit.

Citons un peu, et démontrons la vérité de notre appréciation par un exemple.

Après avoir représenté nos ministres A table, dans vne orgie dégmi^ante, se félicitant d'avoir tout trahi, tout vendu et tout sali, M. Fréchette ajoute : —

Mais il manque à l'orgie un nouTean camarade Il faut à ces ronés un roi de mascarade, Un roi de la bamboche, un roi de carnaTal I Oui, je l'avoue, il manque une chose à la fdie t Le stigmate, il est vrai, décore bien la tête. Hais pas comme un bandeau royal.

Eh bien I puisqu'il le faut, pardonne 6 ma patrie Dans les sales bourbiers de la truanderie Plongez-vous pour trouver un roi digne de vous ; Un roi digne de vous, s'il s'appelle Cartouche, S'il a le vice au cœur et le fiel à la bouche Et surtout s'il sort des égoûts 1

tË9 OAnsERtSS Oit DIBlAMOâS. 75

Que signifie ce dévergondage de paroles ? Quel est ce roi delà bamboche qu'on ne pourra trouver qu'en plongeant dans Uê sales bourbiers de la truanderie f

Je n'y comprends rien, et je suppose que M. Fréchette ne se comprend pas lui-même ; et cependant, tout ce *' boum boum" n'a-t-îl pas l'air de signifier quelque cbose ?

Lisez encore :^

Quand donc poarrais-je ▼oir, 6 jour de délivrance L'astre des peuples se lever 7

L'astri dss peuples, what is that ?

O peuple, les cimchats ont maculé ta Joue, Un bouffon te harcelle, un pierrot te bafoue, On te hue, on te berne, on te pique, on te mord.

Mais soyons clément pour la forme, et venons att fond.

On a vu comment M. Fréchette vilipendait nos hommes les plus illustres, et dans quel style ignoble il les accable d'outrages. On- a vu quelques unes des fiasses injures qu'il prodigue à Sir George Etienne Cartier. Voici maintenant comment il juge M. Chauveau : —

Un homme ? Non, pas un, mais le spectre d'un homme Encore un pauvre Adam qui fait tomber la pomme ; Devant la pomme, hélas 1 que d'astres ont pAli.

O Pégase! Des astres qui p&lissent devant une pomme I Honte à eux ! Ce n'est pas Castre des peuples qui pâlirait ainsi.

Lui ne l'a pas cueillie, oh t non ; mais il la mange, Comme si pour n'avoir Jamais pétri la fonge On put en être moins sali.

Cest évident: s'il la mange, peu importe qu'il ne Tait pas pétrie I

76 LBS .CAUSERIES DU DIMANOHE.

Veut-on fcjavoir comment M. Fréchette apprécie la malheurease victime du plus lâche assassinat, rillustrc Thomas d'Arcy McGee ? Qu'on lise : —

L*un d'eux Tient de tomber seul aa coin d'une borne, 8a cerrelle a jailli de son crâne sanglant ; Ses complices émus, œil troublé et face morne, Se sont regardés en tremblant.

Patriote on le rit combattre sa patrie 1

Démocrate, il en vint à courtiser les grands I .

Irlandais, il fut traitre à l'Irlande meurtrie 1 Canadien, il rompit nos rangs I Les honorables liK, Oui met, Archanibault, et plasieurs autres sont traités de la même manière, et je n'ai pas besoin, j'espère, d'en citer davantage pour me justifier d'avoir accuvsé M. Fréchette de ditfamation.

Il me reste à montrer comment M. Fréchette apprécie les institutions de son pays et pourquoi j'ai pu dire qu'il glissait dans l'irréligion. On connaît les sentiments profondément ^-monarchiques et religieux de notre peuple j on coiitiait son respect pour les autorités civiles et religieuses. On sait que partout, où le libéralisme n'a pas encore pénétré, le roi et le prêtre sont deux personnes inviolables et sacrées.

Voyons comment M. Fréchette travaille à remplacer ces grands principes d'ordre par ceux de la démagogie et de la révolution.

Après avoir déclaré que le stigmate déshonore moins une tète que le bandeau royal, il fait l'éloge des Etats- Unis et il s'écrie : —

Là, Washington jeta la semence féconde

Qui, principe puissant, fera du nouveau monde

Le vrai berceau du genre humain.

Là, point de rois ventrus f point de noblesses nées

Par le mérite seul des têtes couronnées

Vers le progrès divin marche à pas géante.

tl8 OAUSSRIBS DU DIMANCHE. 77

Personne n*Hvait encore osé dire que les américains marchent à pas géants vers le progrès divin. C'est encore une belle découverte que nous devrons à M. Fréchette ; et la cause de ce divin progrès, c^est qu'il n'y a pas la de roiê vnetms, ni de noblesses nées. Liberté, Egalité, Fraternité ! Telle est la semence féconde jetée par Washington, qui fera du Nouveau Monde le vrai berceau du genre humain. Jusqu'à présent, nous avions cru que le vrai berceau du genre humain était l'Orient, et que c'était Jésus qui y avait jeté la semence féconde. Nous étions dans l'erreur.

La monarchie 1 la noblesse, vieilleries que tout cela.

Mais il faut voir comment la confédération s* est accomplie, suivant M. Fràchette; c'est le sublime du genre. Le poète débute par la description d'une nuit Bombre.

Car c'est la nuit que Passassin conspire,

Le crime aime Pobscarité.

Et ces loups se sont dit : Taffaire est assurée, Le bercail est à nous ; à l'œuvre t à la curée I

Le berger dort au lieu de ▼eiller à son poste Et le dogue est devenu vieux.

Le berger, c'est le clergé et le dogue c'est Papineau I Et saten regarda s'accomplir l'œuvre immonde Il est de ces horreurs dans l'histoire du monde.

Mais comment le clergé art-il laissé s'accomplir Vceuvre immonde f Comment les évèques, au lieu de protester, ont-ils pu, les uns applaudir et les autres, accepter ce crime abominable, dont '* les héros " se nommeront dans Favenir JudaSy Erostrate, Mandrin^ Jocrisse^ Roquelaure, JLacénaireéc.f — Voici l'explication de M. Fréchette: — Et pour mettre le comble à ce scandale obscène, On triste aveuglement donne à l'horrible scène Le sanctuaire pour décor.

78 LES CAUSER! Kt3 DU DIMANCHE.

Un triste aveuglement^ telle a été la faute du clergé canadien.

Puis hourrah !.. .«la ribote a ses franchee condées, Et comme chacun fuit les fanges débordées, A Tassant du pouvoir elle monte en Tainqueur.

La suite prochainement.

A. fi. ROUTHIER.

Nouveau-Monde, 15 déc. 1871.

L'Evénement m'arrive avec une troisième causerie du lundi de M. Fréchette. Mes causeries du dimanche lui servent toujours de titre, quoiqu'il n'en soit plus question depuis longtemps.

Il est évident que M. Fréchette veut changer de terrain. Il fait des efforts inouis pour m*en traîner bien loin de la Voix d'un Exilé, Je l'y ramènerai toujoun* malgré lui, et je lui remettrai toujours devant les yeux, cette œuvi*e honteuse qu'il aurait dû désavouer, avant de reparaître au milieu de ses concitoyens.

En réalité, toute la question entre nous, est de savoir si j'ai jugé M. Fréchette avec rigueur on indulgence. Afin de prouver que ma bienveillance pour lui h éfé extrême, il faut bien que j'analyse un peu La Voix d'un Exilé, J'ai commencé ce travail dans ma dernière lettre, et je le terminerai, sans me soucier d*avantage du galimatias qu'il entasse dans le journal de M. Fabre.

Au surplus, que puis-je avoir de commun avec un homme qui débute ainsi ; — ** M, Basile, vouk êtes de la ** nature du lièvre. Vous faites des sauts, des enjam-

" béoe, des volies-faces ; le diable en personne vous '* suivrait^ peine à la piste. Vous êtes ingambe, M. " Basile ; et c'est une nouvelle qualité que j'ajoute à *' toutes celles pour lesquelles je vous ai déjà donné *' crédit.

*^ Nom d*un petit chien, quelle souplesse ! D'un bond '* vous sautez de Paris à Chicago, de la Lanterne au ** pétrole, du P^ère Caussette à Victor Hugo, de Napo- *^ iéon in à la providence, des Contas de Lafontaine " à rEcriture sainte. ..Et lorsque vous vous croyez hors '* de portée, vous couronnez tous vos chasses-croisés " par une étourdissante cabriole, et, retombant sur vo.h " pattes, vous vous écriez hors d*aleine : croyez-vous ** au surnaturel, M. Fréchette ?

" Comprends pas ! Est-ce que vous voudriez savoir ce ** que je pense de Home et des frères Davenport ? — Me " soupçonneriez-vous d'avoir un faible pour la science "du juge Edmonds et du docteur Slade? Tiendriez- ** vous à connaître mon opinion sur Cagliostro? "

Je désire que V Opinion Publique déclare sur la foi de l'honneur, si c'est là ce qn*elle appelle écrire comme M. Villemot — " Nom d'un petit chien '* que ça me parait beau ! C'est inoifensif au moins, mais je ne puis pas en dire autant de La Voix dun Exilé.

On a vu ce que M. Fréchette pense de la confédération. On se rappelle son jugement plein de mansuétude. Ce fat un grand crime accompli " pendant la nuit sombre, " c'est-à-dire, pendant Téclipse du poëte à Chicago. ^* Le berger (le clergé) dormait au lieu de veiller à son '' poste et le dogue (Papineau) était vieux. " Les plus grands scélérats qui aient jamais vécu sous le soleil, aj^ant noms ''Judas, Cartouche, Mandrin, Lacénaire"&c., ont profité de cette nuit néfaste " et le triste aveu-

80 L1SS CAU81SRIB8 DU DIMANCHB.

glement " du clergé " a donné " au plus grand de»» forfaits " le Sanctuaire pour décor. "

Une si grande abomination ne peut rester^ongtemp»^ impunie, et le poëte excite le peuple à ae venger;

** Deboat, peuple, debout I Soudain le peuple se lève, et il Yrappe " le premier coup de foudre. " C'est le nom que M. Fréchette donne à l'assassinat de M. McGee. (1) Ce grand coupable tombe, " et ses complices émus se sont regardés en tremblant " Mais ce n'est que " la première victime. "

« Tu viens donc de frapper ta première Tictime << O peuple I et qui peut dire où tu t arrêteras ?

<< Un sort terrible attend les courtisans des rois ** Quand le peuple n'a plus dans sa justo colère « Qu'un poignard pour venger ses droits. "

Le poète jette un regard sur l'avenir, et il voit arriver " un sauveur qui dre-^se une oriflamme où le mot liberté s'écrit avec du sang et qui est suivi d'un escadron de hardis Sanscu lottes. Il entend passer dans l'air " le vent des révolutions. "

<< C'est l'heure des tyrans et c'est l'heure des braves

<< L'heure des rétributions '< l'Espagne se raidit, déjà rugit la Krance. . . . * ' Le monde entier s'émeut au nom de Juares. "

et notre tour arrive. Il f:iut que le peuple se fasse justice. " Aveugles opprosseurs, vous tissez vos suaires, on laixlant le lion qui dort. " Un sort terrible voa.^ attend, ^' quand le peuple n'a plus dans sa juste colore qu'un poignard pour venger ses droits. "

(l) Député aux Communes et assassiné à Ottawa, sur la rue Hparks, le 7 Avril 1868, peu après deux heures du matin, Immédiatement après l'ajournement des Communes.

EsMl po8Hible d'afficher pias ouvertement la démagogie, et le Père Duche$ne a-t-il été plus incendiaire? — Je ne le croîs pas.

Telle est " La Voix d'un Exilé " au fond. Vous ne lûeres pas qu'elle est cent fois pire que la la forme. Mépris des institutions monarchiques, mépris de nos hommes publics, mépris de notre clergé, excitation à la révolte, appel à la révolution, justification de l'assassinat politique, voila les funestes enseignements qu'on y trouve.

Ht pourtant, M. Fréchette soutient que je l'ai calomnié, en disant dans mes Causeries qu'il diffamait nos institutions et qu'il glissait sur la pente de l'irréligion. Le lecteur peut en juger maintenant en con. naissance de cause.

Je pourrais m'arrêter ici, mais il me faut^maintenant défendre un peu ma vie privée, contre les attaques si délicates de mon adversaire. C'est une des misères de fécrivain de se trouver souvent, aux prises avec des gens sans respect, ni savoir-vivre. Il faut en prendre »on parti, et se munir de patience.

M. Fréchette me reproche trois choses bien honteuses : lo d'avoir écrit une lettre anonyme au Rev. M, Patry curé de Sai nt- Pascal ; 2o d'avoir distribué de faux billets de banque par mes agents électoraux dans le comté de Kamouraska ; 3o d'avoir vu ma porte " badigeonnée do peintures à fresques, rien moins qu'odori* forantes, à la barbe de ma popularité. " (Sic.)

Il est à peine cro3'able qu'un homme qui se respecte e^qui vent respecter ses lecteurs, jette dans le publie d'aussi niaises vilenies. Je demande pardon aux lecteurs (^ Nouveau-Monde, d'être obligé de descendre sur un terrain que la bassesse de mes adversaires affeelionne. Je dis obligé^ car il y a des gens qui tiendront

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82 LB8 0AUSSRIB8 DU DIMANCHB.

moins compte de tonte la discussion, que de ces vile» accusations. Je dis mes adversaires f car je sais qae M. Fréchette n*est pas seul à chercher des griefs contre moi. Toute la petite presse voltairienne, sceptîqaeetlibérale est liguée contre moi. Mais grftce à Dieu, je puis me moquer d*eux tons, et je leur livre en pâture, ma vie privée comme ma vie publique.

Eh I bien, M. FréchettCi voici mes réponses :

10 II est faux que j'aie jamais écrit une lettre anonyme auBev. M. Patry, et je vous somme de prouver cette accusation ; sinon, je vous appliquerai Tépithôte que vous méritez.

2o II est faux que j'aie jamais fait distribuer de faux billets de banque par mes agents électoraux. Prouves encore.

3o Badigeonner ma porte est un exploit dont vous pouvez envier la gloire ; pour ma part, je préfère en ôtre victime. C'est moi, qui ai révélé au public ce fait déshonorant pour la paroisse de Eamouraska, afin de mieux prouver que j'avais l'honneur d'être détesté par la canaille. Si votre but est de faire renouveler la chose, vous ferez mieux de descendre ici vous-même, les '' badigeon neurs " manquent de chef.

11 me plairait avant de terminer, de revenir sur le " Rire grivois " que M. Fréchette approuve et sur '* Teresa " et la '* BelleHélône *' qu'il persiste à admirer. Pour justifier ces sentiments, il allègue que les CoDte« de Boccace ont été publiés en 1573 avec un ''bean privilège" du pape Grégoire XIÏI, et que ceux de Lafontaine ont été publiés par un jésuite. #

Mais il faudrait voir un peu lo Ce " beau privilège " de Grégoire XIII, qui pourrait bien ètre^pocryphe» comme la pragmatique sanction de saint Louis ; 2o l'édition des Contes qu*il accompagnait, et qui pouvait

LES CAUSSRIS8 DU DIMANCHB. 83

bien être expurgée. Les Contes de Boccace ne sont pas tons obscènes, et il a écrit dea livres sérieux.

Quant aux Contes de Lafontaine je puis faire les mêmes réservesy et j*ajoute que M. Fréchette tient trop compte de l'approbation d'un jésuite, et pas asses des approbations épiscopales qui ornent mea ** Causeries.*' Qu'il en dise ce qu'il voudra, il ne convaincra personne de l'innocence de ces Conter et de leur auteur.

Digne prédécesseur de Béranger, le ^* bonhomme " Lafontaine a passé sa vie dans la débauche, et sa vieillesse dissolue a fkit fuir ses meilleurs amis. Quand il est revenu dea égarements prolongés des sens, il a, luimême, exprimé la même idée qui se trouve dans ** le Rive des hommes," et il a accusé de ses erreurs :

Les penseurs amusants, les vagues entretiens. Vains enfi^nts du loisir, délices chimériques, Les romans et le jeu, peste des républiques. Par qui sont déToyés les esprits les plus droits, Ridicule fureur qui se moque des lois I

A. B. HOUTHIXR.

AtoN CHER MOlfSIXUR BasILI,

Si VOS instincts n'étaient pas «i mauvais, vous me feriez pitié, et j'abandonnerais la discussion par pur sentiment d'humanité.

J'ai vu, un jour, sur une grande route de la Louisiane, uo serpent que la hache d'un passant indigné avait eoapé par morceaux. Ses tronçons mutiles se tordaient convulsivement; sa gueule jetait une bave sanglante; f»oD dard impuissant s'agitait encore, et sa dent

84 LB8 CA08CRISS DtT DIttANCtIS<

Venimeuse mordait la poussière du chemin. Eh bien, parole d'honneur, tout serpent qu'il était, je le plaignais presque ; et c'est à peu près le sentiment que je vîenu d'éprouver en lisant votre dernier article.

Vous vous tordez, vous écumez, • vous mordez à tout ce que vous pouvez mordre ; et, en désespoir de cause* vous vous rejetez sans cesse avec fureur sur mes écrit*» passés, sans vous douter que vous ennuyez le public à force de répétitions et de divagations interminables. Vous parlez si souvent de mes vers, monsieur Basile, que je commence à croire que vous voudriez m*amener à parler des vôtres. Mais soyez tranquille là-dessus; votre troisième prix ne m'a pas rendu envieux, et votre gloire ne m'offusque pas. Le seul mal que je vous souhaite, c'est que vous en écriviez de meilleurs, et j'en serai heureux.

Tout en parlant de mes écrits, et on les sassant et ressassant à Tinfîni, vous essayez d'y trouver la prouve que vous êtes justifiable de m'avoir taxé d'irréligion, et de ra'avoir montré comme un diffamateur des institutions de mon pays. Il faut voir l'argumentation 1 Si vous continuez, vous allez inventer un nouveau mode de raisonnement auquel on donnera votre nom ; cela s'appellera de la logique à la Basile !

D'abord, pour prouver que j'ai diffamé les institutions de mon pays, vous citez les vers que j'écrivais, pendant mon séjour aux Etats-Unis, contre nos ministres et contre quelques uns des hommes flétris dont ils s'entouraient.

On voit cela d'ici : Paul Denis, J. B. Daoust, dos Institutions I ! l II ne manquait plus que cela.

Quant à mM. Cartier, Chauveau, Oui met et autres, je ne crois pas que même leurs admirateurs loh plus fervents songent à les mettre au rang àHnstituti(ms

Lttfl CAUBKRlBâ DU DIMANCHK. 85

nationales. Il n'y a que vous qui puissiez avoir une pareille idée. Je ne déHenpère pan de vous les voir bientôt transformer en monuments publics... si cela paye.

Basile, va !

Mais passons au plus sérieux : à la question de religion.

Ça, par exemple, c'est à encadrer; cela vaut son pe^nt de sucre d'orge.

Tenons-nous bien.

Je ne puis plus être catholique, parait-il, attendu que je ne suis point monarchiste, que je suis contre les privilèges de castes, que je suis démocrate enfin ! C'est plus mal écrit que cela sans doute, mais c'est le sens.

Bien, monsieur Basile ! vous avez toute ma reconnaissance. Je suis heureux que vous me donniez l'occasion de prouver, une fois pour toutes, votre ignorance crasse à l'endroit de la doctrine catholique, dans t^QH rapports avec les gouvernements civils. Il y a assez longtemps que vous et votre école essayez de faire croire au peuple que le mot de république est synonyme d'hérésie ; que la démocratie est une impiété, et que le système monarchique est la seule forme de gouvernement autorit^ée par l'Eglise. Vous allez boire la coupe jusqu'à la lie. Je ne m'amuserai pas H raisonner la chose avec vous, monsieur Basile ; je vous l'ai déjà dit, la logique la plus simple n'a aucune prise sur votre carapace. C'est avec les propres paroles <les auteurs catholiques les plus en renom, des théologiens les plus orthodoxes, que je veux vous confondre.

Citons le cai-dinal Bellarmin, d'abord :

" Remarquez, dit-il, que les /orme» du gouvernement, <«en particulier, sont du droit des gens, non du dr^it 6*

^^ naturel; puisqu'il dépend entièrement de Isl multitwk *^ de conHtituer au-dessus d'elle même un m, des contulf " ou des magistrats ; et moyennant une cause légitime, " la multitude peut changer une royauté en aristocratie, ou " en démocratiey et vice versa,"

Est-ce assez révolutionnaire cela, rponsieur Basile? Excommunié Bellarmin !

Voyons maintenant ce que dit Saavedra:

" Comme la puissance, dit-il, ne peut rester ^* répandue dans tout le corps du peuple, à cause de la *' confusion qui aurait rogné dans les résolutions et '^'exécution ; comme il fallait nécessairement qu'il y *< eût quelqu'un qui commandât et quelqu'un qui obéit, '* on se dépouilla de la puissance, on la déposa en un " seul, ou en un petit nombre ou en un grand nombre; " c'est-à-dire en l'une des trois formes de toute répn- " blique, la monarchie, l'aristocratie ou la démocratie."

Saavedra est-il un impie, monsieur Basile ?

Consultons maintenant Suarez:

"La puissance civile, dit-il, toutes les fois qu'on la " trouve en un homme ou en un prince, est émanée de ** droit légitime et ordinaire du peuple et de la commu- " nautéj soit prochainement, soit d*une façon plus éloignée ; " et pour qu'elle soitjuste, on ne peut t avoir autrement.^

£s^ce assez démocratique cela, monsieur Basile ? Excommunié Suarez !

Daniel Concina, dans sa théologie chrétienne dogmatico-marale, publiée à Rome en 1768, dit en propre* termes :

*' La puissance qui réside dans le prince, dans le roi ** ou en plusieurs, soit nobles, ^o\t plébiiens, émane de ta '* communauté ellemême, prochainement ou d'une manière " éloignée ; car cette puissance ne vient peint, immé- *^ diatement de Dieu.... Ainsi nous tenons pour faitoi««

LK8 CAUSSRIKS DU DIMANCUK. 87

*' Topinion qui affirme que Dieu confôre immédiatement '* et prochainement cette puissance au roi, au prince, à *' un chef quelcohque du gouvernement suprême, à ** r exclusion duf consentement tacite ou exprès de la repu- " blique. "

ËAt-ce assez républicain cela, monsieur Basile?

Excommunié Concina !

Passons à Billuart :

'^ Cette puissance de Dieu réside dans la communauté *^ immédiatement et de droit naturel; mais elle ne réside *' dans les rois et les autres gouvernants que médiatement '* et de droit humain."

KB^ce assez démagogique cela, monsieur Basile ?

Kxcommunié Billuart I

Mais ce n'est pas tout ; le (^ompendium de Salamanque s'exprime ainsi :

** Tous affirment que les princes reçoivent de Dieu " leur puissance cependant on dit avec plus do vérité ** qu'ils ne la reçoivent pas immédiatement, mais '* moyennant le consentement dupeuple^ car tous les hommes '' s<mt égaux en nature, et, par la nature, il n'y a ni ** supérieur ni inférieur."

Kstce assez subversif cela, monsieur Basile?

Ne vous semble-t-il pas entendre pétiller le pétrole 7

Continuons encore. Que dit Busenbaum dans sa théologie morale, augmentée par saint Alphonse de Ligori :

" Le pouvoir de faire des lois, dit-il, appartient à la ** communauté des hommes^ laquelle le transfère à un ou A *' plusieurs, afin que ceux-ci gouvernent la communauté ** elle-même. "

Excommunié Busenbaum I Excommunié saint Alphonse de Ligori !

Ouvrons maintenant saint Thomas d'Aquin :

** L'autorité, dit-il, a été introduite par le droit de.H gens qui est le droit hunialn. "

Le savant docteur enseigne expressément la même chose en plusieurs endroits : 1, 2, Quest. 90, art. 3 ad 2 ^ et Quost. 97 art. 3 ad 3. Excommunié saint Thomas d'Aquin I

Dans son Traité des Lois, le Cardinal Crotti énonce exactement la même opinion, et presque dans les même» termes.

Excommunié le Cardinal Gotti !

Je pourrais citer encore :

Marianna. (De Lege).

Dominique Soto, (Lib. 1 Quest. 18, art. 3).

Ledesma, (2e part., Quest. 18, art. 3).

Covarruvias, (in Pract. cap. I) ; et une infinité d'autres théologiens, dont les doctrines, tout aussi démocratiquen font autorité dans rEglise.

Et dire que vous excommuniez tous ces braves gens d'un trait de plume... O Basile ! Quand je vous disais que vous délogeriez les saints du paradis, si cela payait I...

Voyons, soyez franc pour une fois. Ces autorités* sont-elles suffisantes pour vous convaincre qu'on peni être autre chose que royaliste, tout en restant catholique? Ces citations en disent-elles assez pour voni^ prouver que vous ne faites qu'exhiber votre ignorance, lorsque vous représentez la religion comme nécesBRÎrement liée à la monarchie, et que vous me calomniex lorsque vous m'accusez d'impiété sous prétexte qn» je suis démocrate ?

Mais rappelez-vous donc, vous qui cites la bible .^ propos d'annexion, que si ^ieu a donné un rci au

LB8 CAU^ERrBS DU DIMANGHB. 89

peuple hébreux, l'Ecriture dit expressément que c^était pour le punir de ses prévarications.

Tenez, monsieur Basile, étudiez! vous n'êtes qu'à l'a b c de ces questions-là. En attendant, je vous dirai avec Balmès:

*< Si vous vous obstinez à prêter au droit divin un '^ sens étrange qui n'est point le sien, présentez moi un " texte de l'Ecriture sainte, un monument des traditions '^ reconnues comme article de fm dans l'Eglise catho- '' lique, une décision des conciles ou des pontifes, qui ** démontre que votre interprétation est fondée. Jusqu'à " cette démonstration, j'aurai le droit de dire que vouh *^ imputez au catholicisme des doctrines qu'il ne " professe pas, des dogmes qu'il ne reconnaît pas."

Une autre preuve que je suis un hérétique, parait-il, c'est que j'ai différé d'opinion avec une partie du clergé au sujet de la confédération. Je répondrai k cela, monsieur Basile, quand vous m'aurez démontré que chaque curé est infaillible ; que la religion nous défend di» différer d'opinion avec un prêtre surtout en politique ; ou tout au moins, que le clergé était unanime i\ approuver ce changement radical de constitution, sans appel au peuple.

Du reste, dans le cas même où j'aurais manqué sur ce point, ce n'est pas à vous de me le reprocher. monsieur Basile I

Croyez-vous qu'on ignore en haut lieu, quel est raateur des diatribes insolentes que la Gazette de» campagna a publiées contre les autorités religieuses dn diocèse 7

Toujours pris dans vos propres pièges... pauvre Basile!

Il parait que vous avez encore sur le ccinir c^ que j'ai dit de vos écrits sur les Etats-Unis. lie fait est que

î>0 LÏ8 CAtJSKRlBS t)U DIMAKCMÏ.

c'étoit coriace ; mais pourquoi diable vous mettez- vouh toujours le doigt dan h l'œil ? Vous écrivez à tort et à travern sur le compte des Américain» ; vous entassez à leur sujet, dans des colonnes de journaux, les plu» ébouriffantes platitudes qui puissent germer dans une cervelle détraquée ; et puis vous venez, api*ès cela, nouîj avouer tout naïvement que vous n'aviez jamais visité leur pays ; vous ouvrez les yeux grands comme de» piastres en vous apefcevant qu'il y a des plaines dann l'ouest ; vous êtes tout ébahi de trouver Pittsburgh \\u peu plus grand que Trois-Rivières ; vous tombez des nues en voyant des sujets religieux dans Jes sculpture»* du capitole ; vous admettez ingénument, à Chicago, que vous avez eu jusqu'à présent des idées fausses au sujet des Etats-Unis, et — sublime du genre ! — vous confessez que vous n'avez pas encore lu la vie de Washington...

Basile. Basile, Basile !

Quant à vos chapitres sur le Rire de Dieu et sur le Rire des hommes, vous pouvez vous y cramponner tant que vous voudrez; je ne tiens pas plus à en faire voir le ridicule qu'à démontrer que vous êtes plus Basile que jamais, lorsque vous tirez gloire de ce que vous n'avez perdu votre élection que par quarante voix, contre un jeune homme comme vous, dans un comté on vous aviez en votre faveur toutes les influences du gouvernement et des faux billets de banque; tandis que j'ai pei*du la mienne par trois cents voix, dans une division beaucoup plus populeuse, quand le goavar nement, les chemins de fer et les grandes compagnie» commerciales employaient des sommes fabuleuses, et même la coercition pour faire triompher mon adversaire, qui avtiit en outre tous les avantages que donne une haute position et une popularité cultivée depuis vingt ans. Au reste, pour un homme qui méprise tant Topi-

LB6 CAUdERIBâ DU DIMANCHE. 91

nion populaire, je trouve assez extraordinaire que vous vous incliniez ainsi devant le vox populi,..

Tenez monsieur Basile, je trouve dans l'Opinion rmblique de la semaine dernière, une si belle peinture de vous et de votre école, que je ne puis m'empêcher d'en faire deux courts extraits. Le premier est de la plume de M. Mousseau, un conservateur bien connu :

" Tou« les honnêtes gens, dit-il, sont profondément '* dégoûtés du rôle odieux joué par de jeunes ambitieux ** qui, pour faire leur petit bonhomme do chemin, ** cherchent à se rendre indispensables dans la sacristie '* en nxorigénant les évéques, et en jetant de la boue à la ** ligure de journalistes catholiques, qui sont au moins ** leurs égaux sinon leure su))érieurs à tous les points *' de vue. Que ne combattent-ils l'impiété ? Non: ils ^^ aiment mieux aigrir des jeunes gens respectables qui ne ** demandent qu*à marcher sincèrement dans les rangs de la *^ grande armée religieuse. Ils se croient de taille .i ** sauver seuls Tautel et ne veulent pas d'associés ** Ces jeunes missionnaires croient qu'il est de bonne ** politique de donner du b&ton à tous ceux qui pour- ** raient leur aider. "

Le second porte pour signature le pseudonyme de Balsamo :

" Du moulent, dit l'auteur, que l'opinion publique et " ta réputation des honnêtes gens sont livrées à ces " énergumônes qui croient que tout leur est permis **pour la gloire de leur fausse religion, il n'y a plus de " limites à l'exagération, à l'invraisemblance et même "à la malhonnêteté. N'y aura-t-il pas une réaction *^ paissante dans le pays pour mettre un terme au règne "de cette démagogie religieuse beaucoup plu» dange- ** reuse encore que la démagogie politique ? "

i)2 LCh^ CADsERtBS DU DIMANOHS.

Oui, heu rendement, monsieur Basile, cette réaction »e fait. Quand on voit, comme il y a quelques jours, daiiK un banquet on l'honneur de Tlmmaculée Conception, à la même table que notre archevêque, deux candidate qui, aus électionn dernières, étaient représentés par vos journaux et par certains prêtres de votre école, comme des apostats, des garibaldiens, des pétroleurs, des communistes et des complices de Tassassinat de Mgr Darboy, — l'un d'eux a été tout particulièrement diffamé par vous, — on peut avoir espérance dans l'avenir ; le règne du cagotisme est fini î c'est le tour des honnêtes gens et des catholiques sincères, qnellei< que soient leurs convictions politiques.

Tiens, mais vous parlez anglais aussi, monsieur Basile I Vous avez écrit what is that^ sans une seule faute d'orthographe ; certes, ce n'est pas mal, ça ! Kh bien, j'ai une chose à vous dire, et je vais vous la dire en français, moi, monsieur Basile:

Vous m'avez encore, dans votre dernier article, jeté le mot de lâcheté à la figure ; or, je sais où vous voudriez m'amencr avec cette tactique d'escobar, et voilà pourquoi je ne vous demanderai pas ce qu*on kc demande en pareil cas entre hommes de bon ton. Du reste, je me souviens de ce qu'un grand poète a dit de ces journalistes de robe courte qui se retrar^chent derrière leurs principes pour insulter les honnêtes gen;» impunément:

.... Qand od va chee eux pour chercher leurs oreillei*, I<«ur8 oreilles n'y sont jamais I

Ne vous y liez pas trop cependant, monsieur Basile , car si la mesure devenait comble, je pourrais bien trouver quelque jour sous ma main l'instrument qu«

LKS CA0SSRIfi8 DU DIMAIYCHJt. 93

tout ^ontîlhomme a à sa disposition lorsqu'il H*agit (!«» cbâtîer un manant.

Tenez-vous le pour dit, monsieur Basile»

Votre serviteur^

Louis FaÉCHftTTft.

Lundi, 18 décembre 18TI.

NouvBAU-MoNDB, 19 déc. 1871.

M. Fréchette continue de se promener dans la ruelle de rj^rèif«m«nf avec une pancarte au dos portant cette inscription; Cavseries du dimanche par A, B. Bouthier. C'est une réclame qu'on ne me reprochera pas, j'espère. S'il lui plaît d'être mon facteur, je ne m'y oppose pas» et c'est un peu pourquoi je voudrais que la chose durât trois mois.

J'ai conseillé à M. Fréchette, dans son propre intérêt, (le ne plus m'appeler Basile, et je lui ai représenté que cette figaroterie nuisait à sa dignité de chef de parti. Mais il s'entête, et déclare que je lui demande une chose impossible. ** Basile tu as été, dit-il, et Basile tu seras, c'est plus fort que moi."

Qui est-ce qui esc plus fort que lui ? Est-ce Basile ? Il faudrait l'admettre plus clairement et sans détour. Mais observes le nouveau progrés de Scapin : il me tutoie. Basile tu 'as été et Basile tu seras. Quand les puissants de ce monde vous tutoient, il parait que c'est vn signe de faveur.

byGooQle

94 LM8 CAU8BRIEB DU l^IMANCfiS.

"Le roi m'a tutoyé, me voici grand d'Bspagtie/' Mais quand cette familiarité vient de M. Préchette, ell« a une toute autre signification.

Il me tutoie I hélas, quel mal ai-je donc fait ? Que voulez- vous I Le polémiste est toujours exposé à quelque humiliation. M. Fréchette est d'ailleura atteint de la *' Basiliophobie '' et il n'est pas seul. Je coonaia plu* sieurs personnes qui souffrent de cette maladie. Quand il entre dans un restaurant, on me raconte qa'il lui arrive quelquefois de dire : " garçon, encore un verre de " Basile."

Je ne dis pas cela pour me plaindre et il y a un peu de ma faute d'ailleurs. J'ai eu l'imprudence de dire que mon nom a cela de commode, qu'il sert d'esprit à ceux qui n'en ont pas. M. Fréchette m'a cru sur parole, et depuis lors, il a toujours mon nom sur \e» lèvres. A quoi tiennent les choses? Si au lieu de m'appeler Adolphe Basile, je portais les deux noms do Louis Honoré, M. Fréchette n'aurait plus rien à dira.

Sa dernière lettre prouve une fois de plus qu'il a de la faconde, et c'est tout. Il se i*épète d'une manière désolante.

Quand il était à Chicago, il avait contiticté l'habitude de rendre certains sons à certaine époque, chaque année. C'était régulier et monotone comme le murmure d'une fontaine. Quand le temps arrivait, il tournait le robinet, et la poésie de l'année précédente recommen* çait a couler.

Le même phénomène se renouvelle dans ses Ookaeries du lundi. Depuis quati*e semaines j'entends grincer le robinet tous les lundis, et le même flot d'injures, de fadaises et de plaisanteries ridicules coule de source, et se répand dans VEvènement comme ches lui. Bendon» cependant justice à M. Fréchette; il se donne de U

peine. Il cherche toujours à dire quelque chose, et s'il ne dit rien, ce n'est pas sa faute ; Teifort est visible et il est juste d'en tenir compte.

Notons d'abord ses répétitions.

Pour la quatrième fois il affirme qu'il me croyait plus fort, que je le fais crever de rire, que je ne réponds rien du tout à ses attaques, que je ne maintiens pas un seul de mes avancés, que mes écrits ne contiennent rien, moins que rien, etC' Il récapitule ensuite toutes 908 victoires sur moi, dans un style de restaurant :

lo Je vous ai pris en flagrant délit de mesquine réclame; avalé!

2o Je vous ai accusé de faire le nécessaire auprès du clergé dont les plus hautes autorités vous répudient ouvertement ; avalé t

3o J'ai fait voir le suprême ridicule de votre raisonnement au sujet des grandes questions qui intérettsent te pays ; avalé !

4o. J'ai montré votre école se servant du crucifix comme d'un marche-pied, et du sanctuaire comme d'un tripot; avalé!

60. J'ai prouvé que tout en faisant si gi*ande parade de vos principes religieux, vous fouliez aux pieds les enseignements de l'Eglise dans vos discussions scandaleuses ; avalé !

Ainsi, voilà cinq grandes victoires bien comptées, et le lecteur ne doit pas douter un instant de leur authenticité. H. Fréchette l'affirme.

Quand tout cela est-il arrivé ? Quand M. Fréchette m'a-tril fait " avaler " ces cinq couleuvres? Je serais bien empêché de le dire, parceque je ne me rappelle pan '^ avoir foulé aux pieds les enseignements de l'Ëglise/' ni m'ètre " servi du crucifix comme d'un marche-pied," ni " avoir fait le nécessaire auprès du clergé," ni " avoir

06 LSS CAU6JSRIE8 DU DIMANCHS.

traité des grandes questions d'une manière ridicule/' ni même *' avoir fait aucune réclame/' Ëstrce que j'aurais fait tout cela sans m'en apercevoir? Allon»» donc. " Avalez " tout ce que vous voudrez M. Préeliette, même un verre de ^' Basile '' ; mais je vous jure que je n'ai pas *' avalé toutes ces vilaine!» choses^.

Ce n'est pas tout. M. Fréchette ne me fait pas «oulement "avaler"; il me fait "rengainer." Vous avez tout " avalé " et tout " rengainé " s'écrie-t-il, et il le prouve ; j'ajoute quelques commentaires à son accablante énumération : —

lo " Vous m'avez accusé d'irréligion et d'impiété \ ret)gaîné." J'ai dit que vous " glissiez sur la pente d« l'irréligion," et je l'ai prouvé irréfutablement.

2o '' Vous avez écrit que j'avais diffamé les institutions de mon pays ; rengainél" Je ne- rengaine pas, je l'ai prouvé dix fois.

3o. ** Vous m'avez taxé de " lâcheté " pour ne m'ètre pas enrôlé au service du Pape \ rengainé I " Je n'ai jamais dit que vous étiez " lâche" de ne vous être pae* enrôlé au service du Pape. J'ai dit que vous aviez 'M&chement " abandonné votre pays pour on diffamer, les hommes et les institutions. Et cette '' lâcheté " est un fait que vous ne pouvez nier ; il est prouvé à satiété.

4o '' Vous avez prétendu que les libéraux canadiens qui se disent catholiques sont des hypocrites ; rengainé!" J'ai dit qu'il fallait combattre les libéraux, et que le libéralisme est une hérésie. Je le dis encore après Pie IX, et je ne le rengaine pas !

5o. Vous avez montré les libéraux comme de;^ ennemis de l'ordre et de la religion ; rengainé ! " Je ne rengaine pas, et je dis encore la même choses niai» je ne confonds pas les deux termes libéraux et oppositionistes ; ils ne sont pas synonymes.

60. " Vous avez avance que j'étais blessé de vos appréciations littéraires, et que vous aviez une lettre pour le prouver ; rengainé!" Mais non, monsieur, ce n'est pas rengainé. Prenez patience, vous la verrez cette lettre ; mais je ne puis pas tout faire à la fois.

Donc cinq avalements et six rengainés, voilà le bilan de la campagne triomphante que M. Fréchette prétend avoir faite contre moi. Ce n'est pas plus malin que ça, i»t le lecteur peut juger si je suis *' roulé ! " A tout ce que je pourrais répondre, M. ?Véchette va répliquer : ** Avalé ! rengainé ! " et il m'alignera cela par douzaines, s'il le faut, avec des numéros C'est décisif. — I^s numéros surtout en im)X)bent.

Mais voici d'autres numéros qu'il ne faut pas oublier. M. Fréchette, sous peine d'être affiché comme un calomniateur, vous êtes tenu de prouver : lo que j'ai montré M. Pelletier comme un communiste, un commissaire de Satan ; 2o que je me suis comparé à Mgr Affre ; 3o que j'ai voulu démontrer que l'archevêque de Québec n'est qu'une oie; 4o que j'ai tenté de démontrer que l'opposition Bas-Canadienne veut renverser l'Eglise; 5o que j'ai écrit une lettre anonyme au Bev. M. l'ïitry, &c.

Ne négligez pas, M. Fréchette, de prouver toutes ces choses. C'est peut être désagréable deTous placer dans cette impasse ; mais c'est votre faute et non la mienne.

N'oubliez pas non plus que " la viande le vendredi et la contrebande du vin de messe " ont besoin d'explications claires. Quant à l'idylle de la Gatineau, je n'en connais rien, et je n'ai rien à y voir, puisque vous déclarez maintenant que cela ne me regarde pas. Mais Afor» pourquoi me jeter ces choses à la face, si elles ne me concernent en aucune manière ?

C'est votre école, dît M. Fréchette. Quelle école? Suis-je main tenant un chef d'école? £t supposé qoe je le sois, qu'ai-je à faire avec la conduite, ou les faits et gestes de mes confrères de la presse ? Pourquoi en serais-je responsable ?

Que dirait M. Fréchette si je lui appliquais le joli procédé dont il use à mon égard, et si je lui disais :

"Vous êtes un libre-penseur et un impie; vous avez ^^ diffamé, insulté, méprisé la religion et ses rainîsti*et» " dans r Avenir et le Pays. Vous avez été excommunié " par Mgr Tévèque de Montréal, condamné et flétri à " Eome, &c, "

Et si, passant à un autre ordre de choses, j'ajoutais : C'est vous M. Fréchette qui êtes venu une nuit ** badi* *' geonner ma porte, en portant un certain vase qui '* n'était pas le pot aux roses ; C'est vous qui êtes venu '^ lâchement, la nuit, briser mes vitres à coupe de ** pierres, &c."

M. Fréchette répondrait a tout cela : — Ce n*est paji moi. Mais je répliquerais suivant son système : si ce n'est pas vous, c'est votre école, et celui qui portait le " pot aux roses " est votre disciple. Donc, M. Fréchette, " avalé le pot aux roses 1 "

En terminant, M. Fréchette revient avec une inconvenance impardonnable à Sa Gi*&ce Mgr l'archevêque de Québec, et il veut absolument démontrer que sa Grâce et moi, nous sommes en guerre. C'est une véritable injure pour l'archevêque que tout ce morceau ; et quant à moi, on comprend si j'ai droit d'être blessé.

Le rôle de M. DessauUes, l'ami de M. Fréchette ne nte convient psis le moins du monde.

Trois faits sont invoqués par M. Fréchette, qui d« veulent rien dire du tout, ou qui sont faux.

lo C'est calomnier l'archevêque que d'aflSrmer qu'en combattant le libéralisme et les libéraux, je me trouve en opposition directe avec Sa Grâce. 2o II est inexact de dire que Sa Grékje aurait refusé son approbation H mes '' Causeries, " si je l'avais demandée. Je suppose que M. Fréchette ne se prétend pas initié aux secrets de l'archevêché là-dessus. J'ai faiipour la publication de mes " Causeries " ce que je devais faire : j'ai obtenu l'approbation des évêques du diocèse où j'ai publié. Si M. Fréchette veut connaître l'opinion des autres évêques, il peut leur soumettre mon livre. Quant à moi je ne suis pas tenu de satisfaire sa curiosité, et de lui communiquer les lettres privées que j'ai pu recevoir à cette occasion. 3o La lecture du Bov. P. Monnot était publique, et j'avais le droit de l'apprécier. Son œuvre eât excellente, et quand il affirme que Sa Sainteté Pie IX Ta à cœur, je ne puis soupçonner que c'est un mensonge.

J'ignore ce qui a pu se passer entre le P. Monnot et Mgr l'archevêque, et quand je le saurais je n'en parlerais pas ; cela ne me concerne en aucune manière. La lecture m'a plu, et j'ai cru que j'avais le droit de le dire, voila tout.

A. B. EOUTHIBR.

Evénement, 27 déc. 1871.

Mon cher monsieur Basile.

Vous êtes né sous une mauvaise étoile ; tout le monde conspire un peu contre vous. Aussi vous pleurniches, vous faites votre lippe, vous vous tournez de tous côtés

IQO LBS GAUBKRIES DU DIMANCHl.

pour chercher des sympathies ; et, lorsque vous n'apercevez autour de vous que des sourires sarcastîques et moqueurs, vous vous écriez du ton que prennent les moutards quand ils vous menacent de le dire à maman : " M. Fréchette n'est pas le seul à m'en vouloir; tonte la " presse voltairienne et libérale est liguée contre **moi!..." Pourquoi ne pas dire tous les ennemis de Dieu, monsieur Basile?... C'est évidemment ce qne vous aviez dans la pensée; dites-le, allez; ne vous gênez pas, vous en avez dit de pires.

•Une chose vous a surtout agacé les nerfs. C'est la comparaison que VOpinion Publique a faite de me» articles avec ceux de Villemot. Cela vous crispe, vous indigne, vous surmonte. Vous citez quelques lignes de moi, et, prenant votre pose à effet, vous intimez Tordre à VOpinion Publique de " déclarer sur la foi de rhonnenr si c'est là écrire comme M. Villemot l " Voyons, monsieur Basile, calmez-vous. Je conçois que vous eussiez préféré que le compliment s'adressât aux Causeries du dimanche; mais c'est votre faute ausî»i. Pourquoi m'avez-vous comparé vous même à Lamartine? Vous avez donné mauvais exemple aux autres, monsieur Basile ; subissez-en les conséquence^s.

Si je ne connaissais mon Basile à fond, le commencement de votre article du quinze m'aurait intrigué ; ou plutôt j'aurais soupçonné le typographe de vous avoir joué un mauvais tour. Je cite mot pour mot:

" Mes Causeries du dimanche lui servent toujours de *' titre, quoiqu'il n'en soit plus question depuis long- '* temps. Il est évident que M. Fréchette veut changer " de terrain. Il fait des efforts inouïs pour nCentraiper " loin de la Voix d'un Exilé."

Comprenne qui pourra. Pour moi, monsieur Basile, je comprends une chose, c'est que notre polémique vou^

LES CAUdERIES DU DIMANCHE 101

a telleraeDt bouleversé le cerveau, que vous ne savez plus du tout ce que vous dites. Je n'essaie pas de réfuter: la logique à la Basile, vous savez, on ne raisonne pas avec cela; on reproduit, voilà tout.

Vous avez un tic douloureux, monsieur Basîle. Ce tic tient même du rhumatisme, il change de place. Autrefois c'étaient Mes Loisirs qui vous faisaient trépigner; maintenant c*est la Voix cTun Exilé. On a beau vous parler d'autre chose, essayer de vous distraire, impossible. La Voix d'un Exilé, vous ne voyez plus que cela, vous ne parlez plus que de cela. C'est plus qu'un tic c'est une manie. Vous disséquez chaque phrase ; vous examinez chaque mot à la loupe. Parfois c'est |jour y trouver des blasphèmes ; —j'ai fait voir dans ma dernière lettre la façon adroite dont vous y parvenei^ ; — le plus souvent c'est p(»ur y découvrir une expression trop violente, une peinture trop réelle, une diffamation quelconque.

'* Quand on est poète et gentilhomme, dites-vous, *'dans vos CauserieSy il y a des expressions dont la '* crudité doit révolter, et qui doivent être laissées aux '' poissardes. Quelle que soit la haine qui déborde du *' cœur, il y a des injures, des invectives qui appar- " tiennent au bourbier et qui ne doivent pas sortir de " la bouche d'un homme bien élevé. "

Il y a de rudes choses dans la Voix dun Exilée c'est vrai, monsieur Basile. La phrase n'y est pas toujours musquée ; le vers ne s'y présente pas toujours en gants blancs. Enfin, ce n'est pas de la poésie de salon et, — je ne le contesterai pas,- -c'est peutêtre mauvais genre. Mais que voulez- vous, monsieur Basile; dans mon indignation contre les gens de votre espèce, si j'ai ouvert le vocabulaire des poissardes, c'est que je l'ai trouvé entre Jes mains de M. Vouillot, voivQ illustre maître, \e iji^ 7*

102 LES CAUSERIES t>0 DIMANCHE.

du gentilhomme^ celui que vous proclamez être, quant à laformey le premier écrivain de son temps.

Vous n'avez probablement pas lu M. Yeuitlot plu;^ que les autres auteurs que je vous ai déjà cités ; eh bien, moi qui le lis quelquefois, je vais vous faire connaître un peu «a manière. Vous me direz si la Voix cTun JBxiU n'est pas un modèle de m&nsuétudo et de bon ton, comparée aux Satires et aux Couleuvres du grand défenseur de l'arche d'alliance.

Voulez- vous des expressions à l'eau de rose ? Ecoutez :

" Peuple en train de pourrir, — mordre dos fanges, — ' champ de la peste et de la pourriture, — ce que dit, ** l'ulcère sur les corps dévorés, — odeur de gros vices, — " pain des anges vomi des chiens 1 etc."

Voulez-vous savoir comment M. Veuillot traite se;» adversaires, lisez ; je cueille au hasard :

'' Cuistres, valetaille, . faquins reîtres, ribduds, *^ crapauds volants, bourriches, bêtes, vauriens, singes, ** coquins, bélîtres, bavards, oisons, charlatans, vantards *' hurleurs, carognes, gueux insolents, canaille, chena- ** pans, bandits, pillards, chacals, goujats, pirates, *• monstres, avortons, bâtards, égorgeurs, scélérate, '* vampires, renégats, porcs, gorilles, taureaux, vipère:*, ^* assassins I "

Voulez- V0E8 de gracieuses images, du style u'homme bien élevé :

— Pied-plat ! que n*e»4u né dant ta Sparte ti chhe ;

Bâti comme tu Vee, plein de htmtt, tonphre

7^ aurait /ait dieparaitre au rOND du libu 8BCR1T.

— Sane blâmer «on amour pour ea mère Cybèle, J^eêtime quHl ae griee à lui prendre le pie.

'^. . . . Noui voyonê eur la êcène

Ignoble et vomiseant, le chœur de ce» eali».

— Cynique j lâche j et tout fumant De viny éP orgueil et de viande,

— Mai» pressé de produire^ il cherche eneor ta forme ; Il oràqui bt ne peut ponobi. Un sa/je interrogé Lui du : Pais .... (un kot bas) tu seras soulagé.

Voulez- VOUS du style " troussé " par le premier écrivain ih soti temps quant à la forme :

Le beaa Finoche d'ordiaaire Va sécrétant son petit lait.

Il n'a ni style ni stylet, Nature, sauf Vair pistolet^ L'a d'un esprit tont débonnaire Troussé f

Voulez-vous de ces vers où la chasteté de TexpressioTi lo dispute à la délicatesse de la pensée? Il n'y a que rembarras du choix :

Qnand Je voyais la gloire ....

Comme une fille immonde aux bras des ftolisêons.

— Le dandy préférant la crasse à la disette. Lui vend, avec son nom, les restes de Frisette. . . . Le sire est éreinté ; saura-t^U faire souche f

— Qui lavera le corps de la prostituée ?

— Un jour que vous trotties, la brise Fit voir votre jambe bien prise ; Cette jambe prit un lion ....

— Sans mépriser à fond quelques restes d'appas, Elle maintient ses droits au rang de vierge sage ; Pour le monde et pour Dieu, son âme et son corsage, Tout est réglé comme un compas.

— . . . . Pétrarque, sans retards, Peupla Carj^ntras de bâtards.

— Pondu dans l'ombre, en débarras, Par mademoiselle sa mère ....

— InvUe à ton lit les escrocs Et tes titis toujours plus sales . . .

Va, gueuse, etpr«ni9-en à mourir^ Et qu'on te voie enfin pourrir Dans tes ordures colossales I

C'est la première fois, monsieur Basile, que ce que vous appelez la ruelle de V Evénement donne asile à de pareilles ordures ; et moi, le mal élevé, le libéral, Vîmjney j*ai rougi en transcrivant ces infamies qui ont pourtant été écrites et signées par le chef de votre école, il n'y a pas encore cinq ans. Cependant malgré toute ma répugnance à pêcher dans un pareil bourbier, il m'a bien fallu le faire afin de montrer au public ce qui se cache sous vos capuchons de faux moines. Osez maintenant parier do la Voix d'un Exilé, et dire que j'emprunte mon style au vocabulaire des poissardes !

Tenez, mon cher Basile, finissons en avec la Vaîjr d'un Exilé, Voulez-vous savoir toute ma pensée 7 Je vous dirai avec M. Veuillot: — "J'ai écrit comme j'ai " senti ; je ne m'accuse ni ne m'excuse de l'amertume *' de mes expressions, " seulement j'avouerai que cette satire était beaucoup plus dirigée contre votre écol^ hypocrite, envieuse et servile, que contre le parti purement politique qu'on appelle conservateur. Je n'ai fait aucune distinction, car vous étiez intimement liés alors. Mais aujourd'hui que ce parti vous répudie ouvertement, il gagne immensément dans mon estime ; et si j'avais à l'apprécier de nouveau, je ne manquerais pas, monsieur Basile, de faire une distinction qui ne serait pas en votre faveur, je vous l'afiirme.

Cher saint homme, doux chrétien, eharltable apôtre^ comme vous savez bien tronquer une phrase, reti*ancher

LEfl GAU8SRIEH DU DIMANCHE. 105

une ligne, falsifier une idée, pour faire croire à ceux qui ne m'ont pas lu, que j'ai sanctionné Tassassinut politique, à propos de la mort de McGee, et que j'ai engagé le peuple à ne pas s'arrêter làl Je vais reproduire au long le passage que vous défigurez si perfidement, en soulignant ce que vous avez retranché; len lecteurs jugeront jusqu'à quel point les saints de votre acabit peuvent être considérés comme d'honnêtes gens :

PouTtani aublioru tout quand le ecupabU tombe. . . . Que diâ-jej eouvroru-nau» lejront ctun double deuil : Après avoir pleuré ta vertu dans la tombej Pleurons sur son propre eereueU !

Tu TÎenA donc de frapper ta première victime, O peuple I et qui peut dire où tu t^ arrêteras f Le otLiUK/ait glisser sur la pente du CRii», Et le gouffre est béant au bas !

Arrête y peuple ! ... Et vous, vous tisses vos suaires, Aveugles oppresseurs que Pon paie à prix ior! Quand donc eesserez-vous^ imprudents belluairet , De larder le lion qui dort ?

Ifâtes-'vous ! conjurez V orage populaire /. . . .

Cette citation est plus éloquente que tous les commentaires. Votre calomnie est-elle assez évidente, ô fervent prêcheur ? Un autre que vous aurait hontf. monsieur Basile.

Quant à mon appréciation de Vilhtstre M. McGee, il me semble qu'elle est beaucoup plus flatteuse encore que celle qu'on faisait X immortel M. Cartier, lorsqu'il l'appelait chien puant (stinking dog) en plein parlement. J'ai rendu justice au talent de l'orateur, <ln poète et de l'homme d'état en disant :

Bon torse était sculpté pour les grands piédestaux.

Et puis, bi, devant sa mort tragique, je n*ai pu me résoudre à jeter un voile sur sa trahison, je n*ai jamain porté l'irrévérence jusqu'au point d'écrire ce que votre M. Veuillot écrivait sur le cercueil d*un de ses adversaires politiques:

Traître à son roi, traître à son sang,

Traître à l'honneur hnmain, traître à la foi chrétienne,

MoinB hommis qu'aninuU paiêsanlj

Moins animal encor que fumier eroupUsani,

Indigne d'avoir face humaine,

Gorgé de l'or abject d'un traître plus puissant,

Par U àiahU écrasé daru lajange en patsant,

Ce seigneur a crevé comme une outre trop pleine.

Avalez encore celle-là, monsieur Basile; et si cela ne suffît pas, je suis prêt à vous en servir de ce genre ad infiniium. A force de vous éborgner avec les pointes que vous essayez de me lancer, vous finirez bien par ne plus voir clair du tout, et vous me laisserez tranquille. Kn attendant, je taperai jusqu'à ce que vous soj-ez aplati comme une punaise. J'ai fait vœu de vous y faire songer à deux fois avant d'attaquer les autres ; et vour^ verrez si je sais tenir parole, monsieur Basile.

Pour aujourd'hui continuons.

Je vous avais prié de me dire, ce rae semble, si noun (levions voir le doigt de la providence dans les lettren anonymes que M. le curé de Saint- Pascal avait reçues d*un saint homme de votre connaissance. Au lieu de répoudre à ma question, vous vous écriez gauchement comme le marmot qui s'accuse en voulant s'excuser: *' Ce n'est pas moi ! ce n'est pas moi ! "

Mais qui a dit que c'étj^it vous ? Est-ce qu'on ne peut plus parler d'un saint homme, sans que vous pi^eniez la chose pour vous maintenant? L'orgueil vous perdra, monsieur Basile. C'est bien assez, croyez moi, de vont»

donner pour un saint, sans vouloir monopoliser les huit I)é2^itades pour vous tout seul. Soyez plus raisonnable.

Cependant votre dénégation répond indirectement à ma question, car si ce n'est pas vous^ il y a certainement du surnaturel dans cette affaire, et voici pourquoi. Un jour vous avez remis une lettre à un certain postillon. Le hasard. ..non la fatalité... allons donc, la providence, veux-je dire, permit que cette lettre fut la seule qui se trouv&t dans la malle de Saint- Pascal. Dans cette lettre, qui n'était pas signée, M. Tabbé Patry était traité d'apostat, de renégat, etc., — style Veuillot. Si cette lettre ne vient pas de vous, et que vous ne teniez pas à nous faire croire à quelque gaucherie de la providence, vous avez un excellent moyen de vous justifier, monsieur Basile. Voyez comme je suis accommodant ; montrez-nous seulement une lettre de M. rabl)é Patry, déclarant qu'il n'a aucune preuve positive que vous lui ayez jamais écrit de lettres anonymes, et je me rétracte. Vous voyez que je vous accorde plus que le l)énéficc du doute.

Mais vous ne pouvez obtenir cette lettre, entendezvous ; c'est là le troisième déti que je vous lance depuis le commencement de notre discussion ; et vous allez faire encore le mort comme d'habitude. Car il faut noter que vous avez abandonné depuis quelque temps la' tactique des chasses-croisés ; vous faites le mort. Mais c'est bien inutile, allez; ce moyen-la ne vous réussira pas plus que l'autre. On connaît son Basile.

Quant aux faux billets de banque, j'ai dit qu'ils avaient été rais en circulation par vos agents électoraux ; qua'nd vous aurez nié le fait sans échappatoire, je ))rouverai.

Passons à une autre dénégation. Il est heureux que vous ayez compris que vous commettiez une pyramidale naïveté, en niant emphatiquement avoir

108 LIS CAUSJ&RISS DU DIMANCHX.

jamais accasé M. Pelletier d'avoir démoli la colonne Vendôme et fusillé Mgr Darboy, en 18671 Aussi vous ne vous attachez plus maintenant qu'aux autres membres de la phrase ; c'est-à-dire que vous niez avoir appelé M. Pelletier commissaire de Satan, et vous être comparé à Mgr Affre. Mais vous êtes encore plus Basile que je ne. croyais, ou bien vous êtes comme ces grands coupables qui ne voient que des accusateurs partout, qui tremblent au bruit des feuilles, et qu'un regaixi scrutateur déconcerte. Ce n'est pas ma faute si vous ne comprenez pas le français, mon cher monsieur Basile. Personne n'ignore, par exemple, ce que j'ai voulu dire en parlant de ''la viande le vendredi," de la " contrebande du vin de messe," et de " l'idylle de la Gatineau." Je n'irai par* ennuyer le public en vous donnant d'interminables explications pour vous seul. La moindre chose, ce me semble, qu'on puisse exiger d'un adversaire, c'est au moins assez d'intelligence pour comprendre ce que parler veut dire. Il y a longtemps qu'un autre moins patient que moi, vous aurait dit ce que M. de Talleyrand disait un jour A quelqu'un qui ne voulait rien comprendre : " Vous êtes un imbécile, comprenez- vous ? "

A Dieu ne plaise que j'aie cette opinion-là de vous cependant, monsieur Basile j car, bien que vous ne saisissiez pasr toujours très facilement ce qu'on voiw <ionne à entendre, vous avez d'autres facultés qui compensent amplement: celle de faire des distinctions subtiles, par exemple. En voici une qui mérite certainement toute notre attention : Les libéraux canadiens, dites-vous, sont des ennemis de la religion et de la société, c'est entendu ; mais il ne faut pas les* confondre avec les simples oppo9itioni*ie$ qui, eux, jieuvent être de fort bons sujets. Voilà qui est bon à

LES CAUSERIES t>U DIMANCHE. 109

eonstater, et, qui m'explique bien des choses. Je vois maintenant que e*e8t en vertu de cette heureuse distinction que tous les transfuges politiques qui se î<ont ralliés à M. Cartier, de brigands infâmes qu'ils étaient, sont tombés tout à coup en odeur de sainteté. Ainsi George Brown, D'Arcy McGee, P. G. Huot, A. Tourangeau, J. G. Blanchot, J. P. Rhéaume, etc., n'ont jamais été libéraux ; c'était par erreur qu'ils s'appelaient ainsi eux-mêmes. Ils n'étaient qn' oppositionistes ; ce qui n'est pas du tout la même chose... O Basile, cher monsieur Basile, charmant monsieur Basile, vous êtes ** le plus beau jour de ma vie". ..Seulement j'aimerais, — et beaucoup d'autres aussi, sans doute,— connaître, parmi nos députés, par exemple, ceux que l'on doit considérer comme des libéraux, c'est-à-dire des impies, et ceux qui ne sont qu* oppositionistes. Faites-nous donc une petite liste à cet effet, monsieur Basile. Cela simplifierait bien des choses, vous comprenez ; et puis c'est important, puisqu'il s'agit du salut de nos âmes.

Parions que vous allez faire le mort là-dessus aussi !

J'aurais beaucoup d'autres choses à vous dire, monsieur Basile ; mais comme ma lettre est déjà longue, je gai-de cela pour vos étrennes.

En terminant, permettez-moi de vous demander si vous avez médité assez longtemps sur les paroles de Bal mes que je vous ai citées il y a déjà trois semaines, et dans lesquelles^ le grand philosophe disait nu'on faisait tort au catholicisme en Tidentifiant avec une cause politique quelconque. 11 me semble que je vous avais demandé votre avis là-dessus, monsieur Basile.

J'attends.

Votre serviteur,

Louis FafcHETTE.

110 LK8 CAU8ERIE8 DU DIMAKCHI.

NouvEAU-MoNDi, 27 (iéc. 1871.

M. Fréchette deviént^erplexe. Il ne sait pi as exactement s'il doit continuer de m'injurier et d'inventer des histoires absurdes, ou s'il ne doit pas plutôt clore la discussion par des coups de b&ton.

** Si la mesure devenait comble, dit-il, je pourrais bien '' trouver quelque jour sous ma main, Tinstrument que ** tout gentilhomme a à sa disposition Toi'squ'il s'agit de " châtier un manant.'*

Je crois sincèrement qu'il s'en tirerait mieux avec le bâton qu'avec la plume ; et b'il avait dans la main un bâton aussi long que plusieurs de ses mots favoris, je tremblerais même à la distance oi!^ je me trouve. Apres avoir manié pondant trois ans le fouet êacré^ et l'avoir usé sur les épaules de nos ministres et du clergé, il doit être en effet très-fort dans l'art de la bastonmule.

Jl y a néanmoins trois raisons qui me rassurent.

lo. 11 pose en principe que tout gentilhomme a à sa disposition cet instrument^ mais il ajoute en ce qui le concerne qu'il pourrait bien le trouver quelque jour sotra aa main. On voit donc qu'il ne l'a pas à «a ditfpositi&H ; il pourrait seulement le trouver quelque jour^ mais il, n'en est pas sûr. Il pourrait aussi ne pas le trouver^ el alors... que deviendra le gentilhomme. Un gentilhomme qui n'a pas un bâton à sa disposition, est-ce un gentilhomme ? — Et pourtant sa phrase semble avoir été écrite plutôt avec un bâton qu'avec une plume.

Enfin ! j'ai la chance qu'il n'en puisse trouver ; mais s'il en trouve, je suis victime de VAnanké !

2o. Saint François de Sales, saint Jean-Chrysoetôrae, Mgr Maret, l'évêque du Bellai, dont M. Fréchette admire tant la douceur et la modération, viendront A

LES CACôSRIES DU DIMANCHE. 1 1 1

mon secours. Il sait par cœur tous leur» écrits (il l'a bien prouvé I) et quand il lèvera le bâton sur moi, il se rappellera saint François de Sales qu'il nie citait l'autre jour: " point de sévérité ; reprenez toujoure en toute sorte de patience," et le bâton lui tom liera des mains.

3o. Il aura pitié de moi !

Li.se% vous-même, si vous en doutez :

** Mon cher monsieur Basile, si vos instincts n'étaient ** pas si mauvais, vous me feriez pitié, etj'abandon- <' nerais la discussion par un sentiment d'humanité.

'* J'ai vu un jour, sur une grande route de la Loui- '* siane un serpent que la hache d'un passant indigné ** avait coupé par morceaux. Chaque tronçon mutilé ** se tordait convulsivement ; sa gueule jetait une bave '< sanglante, son dard impuissant s'agitait encore, et sa " dent venimeuse mordait la poussière du chemin. Eh " bien, parole d'honneur, tout serpent qu'il était je le " plaignais^ presque ; et c'est à peu près le sentiment **que je viens d'éprouver on lisant votre dernier " articlei!'

Admirons en même temps la bonté de ce cœur et la beauté de ce style.

tTai vu urijauff (comme c'est dramatique et solennel !) sur une grande route de la Louisiane (pourquoi unt» grande route ?) un serpent (comment ! il y a des i«erpeDts aux Etats-Unis, et ils se promènent sur les cprandes routes /) que la hache d'un passant indigné avait coupé par morceaux» Tableau ! on voit la hache, le passant et les morceaux ! Le passant est indigné, Poarquoi? L'histoire ne ledit pas, mais il est certain qu'il était indigné; sans cela, eut-il coupé le serpent? Kt surtout, eut-il eu la cruauté de le couper par morceaux? Chaque tronçon mutilé (y a-t-il des tronçons qui ne sont pas mutilés f Le lecteur décidera ; mais M.

112 LES CAUSlRIBS DU DIMVNCHB.

Fléchette affirme que ceux qu*il a vus sur la grande route de la Louisiane étaient mutilés. Je ne puis pas le contredire; je n'y suis pas allé) se tordait convulsivement; (c'est atfreux, ces tronçons qui se toi-dent... mais qui se tordent convulsivement !) Sa gueuU jetait une bave sanglante, (Si elle jetait ça loin, ça devait être horrible I) Son dard impuissant s'agitait encore (encore j) et sa dent vmimeuse mordait la poussière du chemin, (L'imbécile de mordre ainsi la poussière des grandes routes; ce serpent devait être encore plus indigné qiu^ le passant. Il y a une obscurité dans toute c^tte phrase, on croirait que chaque tronçon avait sa gueule, son dai-d et sa dent !)

Je continue la citation :

Eh bien, parole d'honneur^ tout serpent qu'il était, je le plaignais presque f La belle âme! il le plaignait ;>r<'^uf, tout serpent qu'il était, et de peur qu'on en doute, il en donne sa parole d'honneur! Mais le mot presque me taquine; il ne le plaignait donc pas tout>à-fait. Dans quelle pro])ortion le plaignait-il? Le poète aurait dû (*clairer ce recoin obscur de 8on sentiment, et nous expliquer ce qu'il entend par plaindre presque. Pour moi qui connais toute la mansuétude du poète, je crois qu'il le plaignait entièrement, et qu'il n'a pas 0:9e le dire ; ce diable de Basile était capable de le soupçonner de faiblesse pour le serpent !

]i!t cestà peu près le sentiment que je cien s fT éprouver en Usant votre dernier article. A peu près \ Encore une obscurité. Il n'a pas éprouvé en me lisant tout-à-fait le même sentiment qu'en contemplant le serpent, tout serpent qu'il était, mais c'est à peu près ce sentiment-là. Maintenant, comment s'appelle ce sentiment qui est à peu près une presque compnssiynf A ceux qui ont tait

Lies CAUBERISS DU DIMANCHE. 113

lie profondes études psychologiques de me répondre. Moi, j'y perds mon laiin.

Cependant, je persiste à croire qu'il y n un fond de pitié dans cet ci peu près de presque-compassion, et sans en pouvoir déterminer la proportion, j'espère qu'il y en a assez pour adoucir au moins les coups de bâton. Voilà mes ti-ois raisons d'être rassuré à l'endroit du bâton, et le lecteur avouera qu'elles ne sont pas sans mérite.

Les citations que je viens de faire sont tout ce que contient l'article de M. Fréchette, à part les extraits qu'il a faits d'un grand nombre de théologiens.

Quel savant que cç poète! c'est un vrai puits de science. Les ouvrages de tous les théologiens lui sont familiers, et je le soupçonne d'en savoir par cœur le plus grand nombre. Bellarmin, Suarez, Concinat, Billuart, Busenhaum, Gotti, Mariana Soto, Ledesma, (yovàrruvias sont ses amis intimes; il ne fait rien sans eux et VEvénfnxent en gémit sous le fardeau, faute d'habitude.

Vous riez? Mais c'est positif, tous ces grands théologiens sont là, rangés en bon ordre au-dessus du ** crime d'Orcival," et M. Fréchette a la vanité de 4'roire qu'il fait au milieu d'eux très-bonne figure. Iféhvsl Hélas!

îl faudrait pourtant, M. Fréchette, économiser un peu sur les théologiens ; si non, vous finirez par compromettre gravement celui qui vous fournit tontes ces <*îtations.

Mais à quel propos, me dira-t-on, M. Fréchette peut-il citer tous ces auteui*s ? c'est difiiciie à dire, mais je m'en «loute. Quand M. Fréchetie est réduit à quia, il a une ressource dont il use largement. Il me fkit dire des choses auxquelles je n'ai jamais pensé, et il me réfute. Il prend alors ses ciseaux et il accumule les citations

114 LS8 CAUSERIES DU DIBCA.NOHI.

pour prouver des vérités de LaPalisse. C'est ainsi qu'il a invoqué un grand nombre d'autorités pour me prouver, il y a quelque temps, que la charité chrétienne ordonne d'être charitable.

Aujourd'hui, il s'agit des formes du gouvernement. Il me fait dire : " que le mot république est synonyme d'hérésie, ei que le système monarchique est la seule forme de gouvernement autorisée par l'Eglise." Tout le monde sait que je n ai jamais dit cela, et M. Fréchette le sait mieux que personne.

Mais il affirme emphatiquement la chose et il s'écrie toujours dans son style de restaurant : vous allez avaler la coupe jusqu'à la lie! Il avait dit quelques lignes auparavant : cela vaut son pesant de sucre (Torge. Il se croit toujours au restaurant et voudrait absolument nous faire avaler quelque chose.

C'est donc pour prouver qu'un gouvernement peut être catholique sans être monarchique, que M. Fréchette a entassé sur ma tête, comme pour m'écraser toutes les grandes autorités que j'ai nommées. C'est à peine croyable, n'est-ce pas ? et si LaPalisse vivait encore, il féliciterait M. Fréchette d'avoir démontré cela.

Allons M. Fréchette, ce n'est pas cela qu'il faut prouver. Tout le monde admet que les formes de gouvernement sont du droit des gens et non du droit naturelf et que l'une ou l'autre peut être adoptée suivant les circonstances particulières de chaque peuple. Donnez à la France, si vous le pouvez, une république eathoKque, et je la préférerai à la monarchie de Louis Philippe, et à l'empire défVint.

Mais il ne s'agit pas de cela, et c'est en vain que vous tentez de m'entrai ner sur un ten;ain où voq» m'échapperiez par la tangente. U s'agit de vons et

LK8 OAUdEBIEB t>U DIMANCHI. 115

non pas de Bellarmin ou Suarez. C'est vous que j*ai accusé, et non pas Marîana ou Covarruvias.

Je vous ai accusé d'avoir diffamé nos hommes publics dans un style de charretier. Ne Tai-je pas suffisamment pix)uvé î

Je vous ai accusé d'avoir méprisé nos institutions. N'ai-je pas établi que vous avez dit tout le mal possible 4I08 institutions monarchiques, qui sont les nôtres, et de la confédération qui est notre forme actuelle de gouvernement ?

J'ai dit que vous glissiez sur la pente de l'irréîigion. ^'ai-je pas démontré que vous avez injurié tout notre clergé, excité le peuple à la révolte contre les autorités légitimes, justifié l'assassinat politique, et que vous appartenez à l'école libérale condamnée par Pie IX ?

J'ai dit que vous aviez lâchement abandonné votre pays pour le mieux diffamer. N'est-ce pas exacte, et ne l'avez-vous pas admis vous-même dans la Voix dHun Bjilé, quand vous avez dit aux libéraux du Canada :

J'ai déëerté Tarène

La noble arène où vonfl lattea ; Avant la fin du jour, j'ai quitté la bataille T^nmhaâour indolent je n'étais pas de taille A tenir ferme à vos côtés.

Justifiez VOUS M. Fréchette, et c'est pour cela qu'il faudrait invoquer tous ces grands noms que voti'e a viseur (héologique connait si bien.

Prouvez-nous par Bellarmin ou Billuart que le stiçmate déshonoré moins une tête que le bandeau royal, et que pour trouver un roi digne du peuple canadien il faut plonger dans les sales bourbiers de la truanderie

Prouvez-nous par Busenbaum ou Ledesma ou Covarravias, que pour marcher à pas géants vers le progrès divin il faut qu'il n'y ait ni rois ventrus, ni noblesses nées.

116 LES CAUSKRIBS DU DIMANCHS.

Prouvez-nouB que la confédération est une horreur, une œuvre immonde accomplie par des brigands et qa*en l'acceptant le clergé a mis le comble à ce scandale obscène.

Prouvez-nous par tous vos théologiens, qu*il est permis d'exciter le peuple à la révolte, sans cause légitime, et de lui mettre en mains 'Mans sa juste colère un poignard pour venger ses droits. "

Quand vous nous aurez prouvé tout cela, je vou» permettrai de vous vanter d'avoir dîné à la même table que votre archevêque^ en V honneur de V Immaculée Conception (sic) ! L*lmmatmlée Conception honoi-ée de voir M. Fréchette dîner à la même table qne notre archevêque.

Quel langage ! Quelle mauvaise éducation 1 et quelle fatuité I

Puisque vous êtes en train de parler de vos succèN parlez- nous donc, M. Fréchette, de cette soirée à Tunivei:6ité-Laval, où votre Voix d'un Exilé a été sifflée par des jeunes gens de cœur et de courage, pour T honneur de cette institution. Si vous refusez de nous raconter cela, je serai obligé de le faire pour vous.

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