‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 42 sur 57 · PROTESTATION · texte numérisé non relu

PROTESTATION

Par J. C. Taché.

Ottaoua, 21 mars 1883.

J'ai suivi la carrière littéraire de M. Benjamin Suite, avec intérêt, et cela, depuis qu'il a fait ses premières plum.es. D'abord, je conçus un grand espoir pour ce jeune homme si poli, si modeste alors et naturellement très bien doué; plus tard, le voyant si ft*ai8, si égrillard et si bon garçon, je trouvais que la maturité de son talent tardait à venir ; puis quand je le vis, c'était sa troisième manière, devenir personnel, improvisateur fécond, cultiver le genre 'drolatique, se prodiguer, se multiplier, se dédoubler, j'étais sans cesse tenté de lui dire ce que Tnrgot disait à Dupont de Nemours : — '* Mon ami, vous serez toujours un jeune homme de la " plus belle espérance."

Mais depuis que, il y a de cela un peu plus d'un mois, j*ai lu le livre que M. Suite appelle son <' Histoire des

Non.— Ces articles ont d'abord été publiés, sous fonne de oot^ respondances, dans le Journal la Minerve,

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" CanadieDB-Français/' je ne pourrais plus lui tenir ce langage ; j'ai perdu l'illusion qui me Tinspirait. Qu'at-il maur^ué au talent incontestable de M. Suite, pour tenir les promesses de ses débuts ? Peu de chose : du calme, de la patience, de l'humilité, de la réflexion et des études bien faites. De bons conseils, au lieu et place des compliments de camaraderie, lui auraient aussi rendu beaucoup de services. C'est le cas de rappeler une des maximes de ^< l'Instruction de la ^^ jeunesse," un admirable livre de nos anciennes écoles : '^ l'étude rend savant et la réflexion rend sage." Mais ça prend du temps.

Il y a près de deux ans, je crois, M. Suite, par le ministère de son éditeur, M. Wilson, s'adressait au public pour solliciter des souscriptions à son ouvrage. La souscription n'était point dans les prix doux ; mais ce devait être une édition de haut luxe, ornée de gravures et de portraits exécutés dans le grand style. De conflance, on souscrivit ; M. Suite avait toujours été un enfant g&té de la presse et dos assemblées publiques : M. Wilson était connu pour un habile organisateur; bref, l'affaire fut montée sans peine. La publication en est rendue à son quatrième volume ; comme entreprise commerciale ce doit être une excellente spéculation ; ce dont il faudrait se réjouir, si tout était à l'avenant.

Pour en finir avec la partie matérielle de l'œuvre, il faut mentionner que l'auteur a complètement résolu le pro blême économique qui consiste à faire le plus de volumes possibles, avec le moins de pages possibles, et le plus de pages possibles, avec le moins de lignes possibles.

J'aurais, bien volontiers, laissé là M. Suite et son livre, l'un entraînant l'autre, au regret de tous, dans

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