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une commune dégringolade ; mais les détestables idées dont Fauteur s'inspire ; mais les outrages qu*il adresse H la mémoire d'hommes comme Mgr de Laval, Jacques* Cartier et autres ; mais les insultes qu'il vomit, à gorge le veux-tu, contre les Jésuites ; mais les faussetés pseudo-historiques qu'il cherche à propager ne peuvent pas rester sans protestation.
Les Annales Catholiques de Paris faisaient, tout récemment remarquer qu'un des défauts des tenants contemporains des idées saines, est de ne pas savoir mettre, dans leur vie publique, le courage, la vigueur et la fermeté que doivent avoir ceux qui tiennent à exercer et À faire valoir leurs droits. La paix, voilà ce qu'on aime; mais il n'y a pas de paix désirable, en dehors de la vérité et de la justice. Pax l Fax l Et non erat pox.
Avant d'entreprendre l'œuvre pénible que j'exécute aujourd'hui, j'ai dû me poser à moi-même cette question : Ai-je mission pour protester contre les erreurs et les insultes de M. Suite ? Et j'ai pu me répondre en toute sûreté : — Oui, j'ai mission. Parce qu'il appartient à tous de réfuter l'erreur et de défendre la vérité, parce que, en me faisant écrivain, j'ai embrassé une espèce de sacerdoce, un pacte avec la justice ; parce que M. Suite, en parlant au nom des. Canadiens-Français, peut nous rendre tous solidaires de ses assertions, nous surtout qui tenons la plume ; parce que plusieurs m'ont exprimé le dé«ir de me voir intervenir, et parce que je suis certain d'être l'écho de la conscience publique, chez les miens. Ce n'est pas une critique que je fais, c'est une protestation.
Quant à la question du genre à adopter, elle se trouve résolue par M. Suite lui-même. Je n'ai pas le choix des conditions du débat ; il me faut, bon gré, malgré, accepter le terrain qu'il a choisi et faire usage, mais
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avec loyauté, des arm^ quMl a désignées, le suivre où il s'aventure, dans son nVre.
D'ailleurs, il y a des maladies contre lesquelles les nirops et les décoctions sont des remèdes inatiles, presque ridicules, ces affections ne cédant qu'aux incisions du séton et aux brûlures du moxa
M. Suite dit, dans un endroit de son ouvrage :
'• Avec des gens qui ne se ^éaeiit pas, dit un prorerbe, il ne fiuit "point se gêner: les Jésuites ont joué leur rôle ici ànotredétri- <> ment ; ils n'ont pas de titre à Timpunité ."
Tous les vrais Oanadiens-Français diront: Nous devons une dette, dette immense de reconnaissance aux Jésuites ; vous les outragez de la façon la plus grossîôre, M. Suite, et cela en notre nom ; on ne doit pas. on ne peut pas se gêner avec vous et vous ne devez pas jooir d'une impunité qui comporterait, de notre part, une infime lâcheté.
Déjà de nobles protestations se sont produites, parmi lesquelles il faut noter celles de M. Thomas Chapais, et du Cercle catholique de Québec. Il en viendra encore d'autres, je l'espère ; on ne doit pas pouvoir impunément se moquer de l'intelligence et du cœur d'un peuple qui connaît le prix de la reconnaissance. (1)
L*idéc mère du livre de M. Suite, c'est qu'avant lai personne n'a compris l'histoire du Canada. C'est lui qui, entre autres choses, a découvert les habitants ; il en a
il) Depuis que ceci à été publié, pour la première fois, de nombreuses protestations ont eu lieu, entre autres celle de M. P. B. Mignault, dans la Revue e€uuuUenne de Montréal, et celles de M. Damase Bélanger et de l'Institut iiaint-Louis de Québec. La presse Française du Canada a aussi protesté contre les assertions de II. Suite; plusieurs journaux ont même reproduit en entier oe travail, dont à la demande du public canadien, les Editeurs de Montréal MM. Cadieuz et Derome, ont publié une édition en brochure .
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fait 8on bien, sa propriété. Avant lui» on n'en parlait pas ; après lui, probablement, il ne sera plus permis d*eh parler. Il met cette idée à toutes les sauces, elle revient partout où c'est lui qui tient la pai'ole dans son livre. II ne laisse pas même à son lecteur le plaisir de reconnaître cette belle découverte, il y met l'étiquette, tou* joars, sans se lasser. Cela remet en mémoire Tanccdoto de ce peintre qui, ayant voulu représenter le roi des airs et n'ayant pas réussi, écrivit au bas de son tableau : " Cest un aigle. '*
'* L'Histoire du Canada, dit M. Suite, a été écrite par trois classes *< d'hommes : les Français, qui n'ont voulu y voir que les intérêts *< français ; les religieux, qui se sont extasiés sur les missions et les « laïques, effrayés par la menace des censures ecclésiastiques. Nous « qui ne sommes ni Français de France, ni prêtre, et qui ne craignons ^ pas les censures ecclésiastiques, nous écrivons la vérité."
A la lecture de pareille tirade, on s'indigne d'abord, on dédaigne ensuite, puis on est pris d'une immenf^e pitié. A tout cas, n'est-ce pas qu'on aurait tort de be gêner avec M. Suite ? Avant lui, on n'avait pas d'histoire vraie du Canada, c'est lui qui va l'inventer. C'est à cause de cela, sans doute, qu'une grosse partie de son livre se compose de citations prises aux ouvrages de ces trois classes d'hommes qu'il accuse d'avoir forfait à la vérité, et qu'une autre notable portion de son œuvre consiste dans une analyse, assez crue, des écrits de ses devanciers. C'est une singulière histoire que l'Histoire de M. Suite; il publie de longues listes de noms et prénoms et nous promet d'y insérer, tout rond, le recensement nominal de 1665. Tant mieux, après tout, c'est autant qu'il n'écrira p8b ; mais, à ce train-là, il pourrait n'en jamais finir, et ce n'est plus de l'histoire. On voit par-là| qu'il y a peu de nouveau dans le livre de M.
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Sulto ; et ce peu de nouveaa est justement ce qui n*e8t pas bon.
De même que notre auteur a sa marotte, de même, il a son cauchemar : ce cauchemar, c*est la compagnie de Jésus. Pour un homme qui vous promet de la nou- ^veauté, c*est faire preuve d'une impuissance radicale que de s'attaquer aux Jésuites ; car rien au monde n'est moins nouveau. Les Jésuites ont toujours é^é, comme la doctrine qu'ils prêchent, un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils; ils ont l'honneur d'une grosse part de la haine qne le divin Maître annonçait à ses apôtres.
En terminant le chapitre X de son troisième volume, M. Suite dit:
<' Dans l'espace des vingt années qni viennent de s'écouler, pas •^ moins de qilinze volumes ont été mis devant les lectenn, parlant •< toujours et à tout mx)pos de ces dix ou douze victimes volontaires «du sèle religieux.^ Les Canadiens, moins vantards, ne font pas '< tant de tapage dans la presse. Il est vrai qu'ils ont été conduits " à la boucherie malgré eux et qu'ils n'ont pu se venger, durant tout * « le temps du régime français, que par le mépris dont ils ont •' accablé les Jésuites. La légende, défigurée et grossie, remplace à *'• présent l'histoire."
Occupons-nous d'aboixi du drôle, ]*odieax vient toujours assez tôt. Quand, dans le livre dont il e»t question, on trouve écrit — nous — les Canadien» — les habitants il faut toujours lire:— moi, Benjamin Sulte\ c'est un kéri perpétuel. Donc, les Jésuites sont den vantards. M. Suite ne fait pas ^* tant dQ tapage dans la ** presse ", lui. Le fait est qu'il lui répugne de se produire. C'est à tort qu'on l'a nommé le largo al fac tottm de la correspondance. ♦
J'aime les anecdotes, ça peint les personnages et letî situations. Un habitant de Lot-et-Garonne (il y en a là
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comme ailleurs de tontes les espèces), récemment arrivé à Paris, vint un jour aux Champs-Elysées, s'asseoir sur un banc déjà en partie occupé par un vieil employé de ministère qui, au sortir du bureau, était à prendre son bain d'air et de soleil. L'homme du Sud ne tarda pas à lier conversation ; mais il débitait, d'un air si assuré, sur la capitale de la France, de telles ineflabilités, que le vieux bureaucrate, se riant en dedans, lui dit d'un ton narquois :
— Monsieur n'est à Paris que depuis peu de jours, sans doute ?
— Moâ! Non pas certes I je connais Paris comme pas an?
— Tiens, Monsieur né m'avait pas dit qu'il est du Midi. — Je n'aime pas à me vanter!
C'est cela même. Il pousse des Gascons partout, et les plus forts ne viennent pas toujours des bords de la Garonne.
" Les Canadiens, sous le régime français, dit M. Suite, '* n'ont pu se venger que par le mépris dont ils ont accablé les Jésuites." M. Suite finira par comprendre lesquels, des Jésuites ou de leurs insulteurs, les Canadiens ont en mépris. Pour faire voir ce que pensaient nos ancêtres des Pères de la compagnie de Jésus, je me contenterai de citer quelques paroles d'un laïque, d'un habitant, d'un homme qui fut choisi par ses compatriotes pour représenter leurs idées à l'époque dont parle M. Suite, d'un homme dont M. Suite dit lui-même : — "l'une " des plus belles figures de notre histoire."
Voilà bien un personnage autorisé à pnrier au nom des siens. Eh 1 bien, que dit M. Pierre Eoncher, dans son livre que tout le monde connaît: ** Histoire véri- '< table et naturelle de la Nouvelle-France " ? Lisons :
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" Pour le Bpirituel, l'on ne peut nen désirer de plui*, ** Nous iivonH un Evesque dont le zèle et la verta «ont '* au-delà de ce que j'en puis dire : il est tout à tous ; il <* f»e fait pauvre pour enrichir les pauvres et ressemble (•aux Ëvesques de la primitive Eglise. Il est assisté ** de plusieurs prêtres séculiers, gens de grande vertu ; " car il n*en peut souffrir d'antres. Les Pères Jésuites " secondent ses desseins, travaillant dans leur zèle ordi- " naire infatigablement, pour le salut des Français et " des Sauvages. "
M. Boucher dit encora, dans un autre endroit du même ouvrage : " Jusqu'à cette heure, on a vécu assez <' doucement, parce que Dieu nous a fait la gr&ce d'avoir •* toujours des gouverneurs qui ont été des gens de bien, ** et d'ailleurs, nous avons ici les Pères Jésuites qui 'éprennent un grand soin d'instruire le monde, de ** sorte que tout y va paisiblement; on y vît beaucoup '' dans la crainte de Dieu ; et il ne se passe rien de *^ scandaleux qu'on n'y apporte aussitôt remède; la ** dévotion est grande dans tout le pays. "
Pierre Boucher s'est plubieurs fois battu contre lei) Iroquois, il a souvent été exposé au danger d'être tué ou pris et tortui*é par eux. Si quelqu'un était vena lui dii^ que lui et ses braves étaient, en ce faisant, " con- 'Muits à la boucherie malgré eux ", soyez en certain, M. Suite, de cette main qui repoussait les barbares, il l'eut souffleté; car ce n'était pas ** malgré eux" que nos valeureux ancêtres volaient à la défense de leurs demeures, de leurs familles et de leurs missionnaires; vous n'a%^es pa-i compris les habitants, M. Suite, votre aune est trop courte pour les mesui-er. A qui s'adressaient nos héros captifs chez les Iroquois pour avoir soin de lean familles? Aux Pères Jésuites. Mépriser les Jésuites, être brave malgré eux, ces hommes-là; mais vous avez
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donc perdu le sens, M. Suite ? " Nous qui ne sommen, '' dit M. Suite, ni Français de France, ni prêtre, et qui ** ne craignons pas les censures ecclésiastiques, nous "écrivons la vérité." D'abord, il n'est pas probable que les censures ecclésiastiques s'exercent à réfuter do semblables balivernes. On ne tire pas du oanon pour écraser des punaises. Puis, si vous n'avez pas d'amour pour la France, si vous détestez les Français do France en leur qualité de Français, si vous dédaignez le prêtre, ai vous faites fi dos censures ecclésiastiques, vous n'êtes point des nôtres ; dans ce cas, vous auriez obtenu nos souscriptions par un abus de confiance. Si M. Suite eut annoncé qu'il devait attaquer la mémoire de Mgr de Laval, de Jacques- Cartier et autres, qu*il devait représenter comme un tort, infligé au Canada et a ses habitants, le travail héroïque de l'évangélisation des sauvages, qu'il devait parler des missionnaires et de nos pères dans la Foi, dans un langage qu'ont évité, par respect pour eux-mêmes, les ennemis de notre race, de nos croyances, de notre histoire, dans leurs plus grands écarts, il n'eût pas obtenu, parmi nous, fidèles de nos traditions, assez de souscriptions pour payer l'encre dont il a maculé son papier ; il eut été forcé de s'adresser à un antre public.
Le premier évêque du Canada, cet homme de Dieu que M. Boucher a si bien peint en peu de mots, ce grand prélat, ce grand homme, Mgr de Laval, dont la cause de canonisation s'instruit, en ce moment, en cour de Rome, voyez comme en parle M. Suite :
"Il s'était donné )a peine de naître parmi la nobleme et il
u voulait se servir de cet avantage. La colonie ne lui doit à pea "près que des chicanes. Il a toi^onrs mis des obstacles à la « création d'un clergé canadien ; en un mot, il (ut Français jusqu'au « bout des ongles et nous ne saurions l'en remercier/' Et encore :
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*< Cependant, l'évéque maintenait vis-^-Tis de M . d'ÀTaiigonr la <* position qu'il avait pride contre M. d'Acgenson. Le prétexte '< était la liberté dn commerce de l'eau-de-vie, la raiAon véritable, le "désir de gouverner la colonie." Et encore: <* Trente années de « sa vie nous le montrent sous ce jour désagréable. '*
L'ineptie le dispute à la fausseté dans tout ceci. '' 11 " a toujours mis des obstacles à la création d*un clergé «* canadien." Mais, malheureux, c'est Mgr do Laval et les Jésuites qui ont créé le clergé canadien. Dè« 1637, alors qu'il n'y avait pas encore une demi-douzaine d'eu< fants des deux sexes, nés dans le pays, en âge de fréquenter les écoles, et qu'il n'y avait encore que quelques rares jeunes garçons nés en France, capables do commencer des études, les Jésuites établissaient un collège à leurs frais, et Aigr de Laval n'avait pas été quatre ans dans le Canada qu'il fondait le grand Séminaire de Québec, la première et longtemps la seule pépinière de notre clergé canadien. D^ailleurs». au nom du bon sens, quand est-ce qu'un évèque a mis de<i obstacles à se créer un clergé au sein de son troupeau ? c'est un acte de démence que cette assertion de M. Suite. Il entremêle tout cela de petits compliments, et il y a des gens qui seraient disposés à s'en contenter. Il y en a d'autres, à qui M. Suite a tant de lois parlé de ses découvertes historiques, qu'il sont sérieusement tentés d*y croire.
— M. Suite affirme, me disait, il n'y a pas longtemps, un digne ami à moi, qai n'a qu'un défaut, celui d'avoir une trop grande confiance dans les manuscrite et dans les imprimés, M. Suite affirme qu'il a découvert des documents qui l'autorisent dans ses attaques.
Des documents 1 Quelle sinistre naïveté I
Est-ce que, depuis le commencement de la lutte, entre la sagesse et la folie, entre la vérité et le mensonge,