‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 50 sur 57 · LES HISTOIRES · texte numérisé non relu

LES HISTOIRES

Y étes-vous, M. Suite ?

Yraiment, ce M. Suite traite son public de la façon la moins respectueuse du monde ) il se présente à lui daps un débraillé, qui n'a pas d'excuse et parait lui supposer une naïveté obture, impossible à concevoir.

'^ La moyenne des garçons canadiens, dit M. Suite '< dans sa communication, âgés de seize A trente ans << durant cette période (16&8 à 1688), était de quatre *' cents." D^abord, M. Suite abuse de l'usage des moyennes, dans ce paragraphe; puis, en forçant la note jusqu'à comprendre les garçons de trente ans^ il se fourre les doigts dans le nez. Notre homme est toujours très positif et très monté; c'est ainsi que se présentait le baron de Crac; mais cette illustre personnage n'a jamais eu la réputation d'être un homme fort sérieux ; au fait, c'est un mauvais modèle à imiter,

Non, M. Suite, de 1659 à 1688, la moyenne des nonmariés, hommes, de seize à trente ans, n'a pas été ausbi peu que quatre cents; le chiffre minimum de cette période ne descend pas jusqu'à ce nombre. En 1659, première année de la période indiquée, les non-mariés, de seize à trente ans (garçons) devaient être au nombre de plus de quatre cents ; par le recensement de 1665, on voit qu'alors ils étaient 608, à ne compter seulement que la population fixe; le recensement de 1667 en accuse 641 ; en 1688, le recensement nous indique qu'ils étaient plus de 1,000. Quel historien, quel chronologiste et quel statisticien vous faites, M. Suite I Comme philosophe et comme logicien, donc !

Puisque la chose me revient en mémoire, je vais parler d'un passage de M. Suite qui intrigue beaucoup le lecteur.

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A la page 137 de son troisième volame, pai*lant do la compagnie de Jésus, Tim des grands ordres religieux de la hiérarchie catholique, il dit :

(< Bossuet devait leur dire nn jour : Vous êtes plus forts par ** l'intrigue que par l'estitae que Ton a de vous."

On a déjà demandé à M. Suite de nous dire à quel ouvrage il a emprunté cette citation de Bossuet ; je renouvelle cette demande, en ajoutant qu'il faudrait indiquer non-seulement Touvrage, mais Tédition et la page. Si Bossuet avait tenu ce langage, il faudrait le regretter pour sa gloire ; — mais sMi ne Ta pas fait I

Le dernier paragraphe de la communication de M. Suite se lit comme suit:

<* Les attaques de M. Taché et de ses pareils me justifient de •< toQt dire désormais."

Ceci, traduit en style réaliste, signifie que M. Suite ne propose de renchérir sur les polissonneries qu*il a déjà débitées. CWt ennuyeux et dégoûtant comme les mouches et les puces, mais c'est plus facile à atteindre^ et il y a encore du bois vert. Quant à mes pareils, dans cette occasion, cela constitue Tfime, le cœur et Tintée ligence de notre race, et je me suis laissé dire qu'ils 80nt à se demander, jusqu'où on peut être justifiable de payer les frais de pareilles sottises. Les conditions d'un contrat, pour être tacites, n'^n sont pas moins des conditions; les souscripteurs canadiens-français et les catholiques sont, bien certainement, lésés d'outremoitié dans cette affaire.

SUPPLÉMENT, Jusqu'à cette date, 18 avril 1883, M. Suite a publié trois communications, dans la Minerve^ en réponse aux nombreuses critiques et protestations suscitées par &(m 17*

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livre. Cela constitue le factura de sa défense. Les deux premières de ces correspondances sont contenues dans les lettres qui précèdent, où je les reproduis intégralement. Comme je tiens beaucoup à ce que co plaidoyer, si caractéristique de l'auteur, soit mis au grand complet sous les yeux du public, j'insère ici, sans commentaire, la troisième de ces pièces, voici :

Montréal, 6 arril 1883.

<^ MoHêieur le Rédacteur^

« On me demande comment Je répondrai à M. Taché dani <<mon livre." Voici: An mois de Juin, ringt-denx liTraitons " auront para renfermant tontes les pièces de première main qui << attestent de l'ignorance et encore plus de la maoyaise foi de u mon contradicteur. Une feuille volante, sorte d^ndez dressé (< dans ce but, permettra au lecteur de retrouver sur chaque ques- (<tion, la réponse que M. Taché s*est attirée. On verra que a mon livre '' comme il l'appelle, est surtout formé de documents ^ que ni lui ni sa petite clique ne peuvent renverser. L'histoice « se compose de preuves. Or, ces preuves, je les donne au publie « en plus grande abondance que n'importe quel écrivain avant « moi. Par exemple. Je ne répondrai pas aux gros mots. M. Taché « en a l'unique propriété Ce caractère pointu, cet engneuleur, ^ m'a toujours fait penser au vers de Corneille :

« « Les gens que vous tues se portent asseï bien I « Mille bonjours.

«BujAMor SuiTi.*'

A propos de l'incroyable appel à Bossuet, fait par IL Suite contre les Jésuites, un critique, M. P. B. Mignanlt, avait, avant moi, dans la Bévue Canadiennej demandé l'indication de l'ouvrage où Bossuet aurait tenu le langage que M. Suite lui imputo. La question est de celles qui, au tribunal de ^honneu^, ne connaissent d'autre solution qu'une justification immédiate et complète, d'autant plus facile A obtenir, quand il y a lieu, qu'elle repose sur une constatation pure et simple d'un

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fait vulgaire. A défaut de cela, il reste à r<auteur d'un pareil acte la ressource — obligatoire — de Taveu et du repentir; car il n'y a pas faute si grande que Thuniblé confession et la réparation sincère ne puissent expier.

C'est à Bossuet lui-même qu'il faut demander la réfutation des idées que M. Suite lui prête, sur la compagnie de Jésus. Je la trouve dans la péroraison du troisième sermon du grand orateur, pour la fête de la Circoncision (édition de 1816 des Œuvres de Bossuet, tome XI, page 528).

Ce magnifique discours fut prononcé à Paris, le premier jour de l'an 1687, dans l'église de Saint- Louis des Jésuites. L'aide de Meaux, planant au-dessus dea misères de la terre, en avait scruté les profondeurs puis s'arrêtant en face de l'humanité, représentée devant Iqi par la société distinguée qui encombrait le saint lieu ; — ** Mais puisque les joies de la terre, avait-il ** dit, sont si mortelles à l'ftme, ne censons de réveiller ** sur ce sujet le genre humain endormi ; répandons ** dans les saints discours le baume de la piété ; et au ** lieu de ces finesses dont le monde est las, la vive et '' majestueuse simplicité, les douces promesses et l'onc* " tion céleste de l'Évangile.

Fuis s'adressant aux Jésuites, présents au chœur :

<' Et vous, s'écria-t-il, célèbre compagnie, qui ne ** portes pa8 en vain le nom de Jésus, à qui la grâce a *^ inspiré ce grand dessein de conduire les enfants de ** Dieu, dès leur plus bas fige, jusqu'à la maturité de '* l'homme parfait en Jésus-Christ ; à qui Dieu a donné ** vers la fin des temps des docteurs, des apôtres, des '^ évangélistes, afin de faire éclater par tout l'univers, et ^ jusque dans les terres les plus inconnues, la gloire de •* l'Evangile; ne cessez d'y faire servir, selon votre <' sainte institution, tous les talents de l'esprit, de

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" l'éloqaeniïe, la politesse) la littératare; et afin de '< mieax accomplir un si grand ouvrage, recevez avec ^' toute cette assemblée en témoignage d*une éternelle *' charité, la sainte bénédiction du Père, du Fils et du " Saint-Esprit. "

Rentrez sons terre, M. Suite. Que votre œuvre, monument de honte, soit démolie pièce à pièce, et que la poussière en soit jetée aux quatre vents.

Le lecteur a compris que ce n*est pas par amour de la chose que je suis sorti du calme, de mes travaux, pour m'occuper des pauvretés de M. Suite. Il fallait multiplier les protostations, il le faut encore, pour l'honneur de notre petit peuple, et parcequ'il est malheureusement trop vrai qu'il n'^ a pas si chétive créature qui, laissée à elle-même, ne puisse faire du mal ; qu'il n'y a pas si sot détracteur qui ne puisse racoler des adhérents. La pauvre humanité a de tels penchants ; a dans son sein un tel capui-mcrtuum de tètes croches, de natures mal fuites, de volontés défaillantes ou perveraes, que le beau, le bon et le vrai ne peuvent se maintenir que de haute lutte.

On a dit, avec trop de raison, hélas, que rbistoire, telle que beaucoup la font, est — <* une conspiration *' contre la vérité." Veuillot, que nous pleurons en ce moment, mais que nous pleurons dans la magnifique espérance du bonheur étemel, Yeuillot indique deux moyens de combattre les fhusses histoires : — '' Le " premier, c'est de refaire les histoires systématique- « ment et partout hostiles à la vérité; le second, c'est <Me vérifier à fond les autres." (Pensées de L. Y., p. 293).

Le malheureux auteur des écrits qui ont soulevé un concert si général de réprobation, ne peut s'en prendre qu'à lui-même de se voir durement réprimandé. C'est

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lui, qui a choisi de mériter les reproches d'une honnête indignation et la flétrissure d'odieux éloges. La détestation, toutefois, ne s'adresse qu'à son œuvre; car la personne du coupable ne peut inspirer, à des chrétiens, d'autres sentiments que ceux d'une profonde et suppliante commisération.

18 avril 1883.

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