COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF SVÉ
La politique et les hommes politiques d'il y a quarante ans.
Extraits du Fantasque 1844-1845.
Comment on gonvernait autrefois et comment on gouverne aujourd'hui.
Sehte perpétuelle.
Je yeux que le mérite seul dei candidats aux emplois, et non point des raisons d'influence politique, soit mis en balance dans la distribution du patronage public.
8iR C. F. MiTCALn.
Son Excellence le gouvernoar général est dans un fauteuil ; il a nés deux mains jointes sur le ventre et 8'occnpe avec la plus grande activité, à faire courir ses pouces Tun après l'autre. Son front soucieux est couvert de nuages, où l'inquiétude se roèle à une espèce de mécontentement et donne à penser, qu'il trouve extraordinairement difficile de faire prendre aux colons de ce bon pays, un gouvernement despotique, pour de belles et bonnes institutions constitutionnelles.
Près de lui, sont deux personnages que nous no décrirons pas le moins du monde, de peur que nos lecteurs les reconnaissent
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L'un, est assis anprôs d'une table } il a devant lui une masse de papiers quM) a l'air de feuilleter atten* tivement et sur lesquels il fait semblant de tracer à la hâte, quelques notes pressées. Il profite de cet air afikiré pour jeter sournoisement sur son excellence, un grand nombre de coups d'œil furtifs.
L'autre, se promène; il a deux grandes poches d'habit, remplies de journaux, qu'il tire d'une poche, déploie, parcourt, reploie et remet dans l'autre poche. Ce manège dure longtemps sans que personne ne dise mot. Pendant tout ce temps, les acteurs les plus animés de toute cette scène, sont certainement les pouces de son excellence, qui tournent a^ec une vélocité toujours^ croissante.
Enfin, le silence est rompu par l'un des personnage» que nous appellerons pour le reconnaître, monsieur Tliiatile« 11 s'approche de son excellence et lui dit: J'avais prédit que cette nomination ne plairait A personne. Ce pauvre.*, n'en fait jamais d'autres.
L'autre personnage, que je cacherai sous le nom de Dominique (2), abandonne sa place et vient en se diminuant, se placer près du gouverneur; la conversation est engagée ; je les laisse parler.
Son Excellence. — ftfais dites moi donc Daly, quelle raison m'aveas-vous donnée lorsque vous m'avez recommandé cet homme ?
Dominique. — Eh I votre excellence, il n'y a que des jaloux qui peuvent crier contre cette promotion ; une promotion semblable I une promotion méritée, qui est méritée comme jamais promotion méritée n*a été méritée.
(2) Dominique Daljr.
d'il t a quarante ans. 271
Son Excellence. — Dominique, mon ami, voue vous échauffez inutilement ; je n'ai pas besoin qu'on dépense ainsi de l'éloquence pour me persuader ; moi, je suis la froide raison ; je vous le répète, je veux que le mérite seul, soit récompensé !
Dominique. — Justement comme moi ; tenez je ne respecte que le mérite et certainement que si ce n'eut été un homme d'un mérite hors ligne, je ne l'aurai» jamais recommandé Â votre excellence.
Son Excellence. — Des raisons, des raisons.
Dominique. — Des raisons? Eh mon Dieu, j'en ai tant que je ne sais par laquelle commencer. Mais tenez, je vous en citerai une seule qui peut triompher de touï* les scrupules... Mr. Barnaixi est le grand jurisconsulte qui s'est chargé de la fameuse cause de Cadieu.
Son Excellence. — De Cadieu ?
Dominique. Oui do Cadieu, du célèbre Cadieu.
Son Excellence. — Ah ! du célèbre Cadieu ! Mais quel Cadieu? Il y en a tant de Cadieu
Dominique. — Comment I quel Cadieu ! le célèbre Cadieu! Comment I Votre excellence n'a pas connu Cadieu I le célèbre Cadieu !
Son Excellence.- Je vous assure que je n'en ai jamais entendu parler; mais dites-moi de quoi il s'agit et peutêtre que la mémoire
Dominique (à part). — Peste soit de ces gens qui ne m'informent qu'à demi ; et moi-même je ne sais pas qui diable ce Cadieu peut être. (Haut) Ce serait une trop longue histoire à raconter à votre excellence qui ne peut entrer dans de si insignifiants détails; tenez, voici des certificats publiés dans l'Aurore (1) en français et dans le Herald en anglais et qui devront fermer
(l) Joaraal fondé à Montréal par 1* Hon. Denis Benjamin Viger.
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la bouche à tous les envieux, qui ne sont poussés que par ces ingrats d'anciens ministres. L'un est du juge en chef Stuarti l'autre est du juge en chef Yalliôre; ils félicitaient notre homme sur ses heureux et brillants etforts en faveur de Cadieu, du célèbre Cadieu.
Son Excellence. — Mais, dites moi donc s'il n'y a pas d'autre raison que le célèbre Oadieu pour appuyer ma décision en faveur de Mr. Barnard, n*a-t-il eu que cette cause à plaider ?
L'Inutile (se parlant a lui même.) A peu prèsi encore estrce un homme partagé.
Dominique. — Oh I je n*ai cité à votive excellence que cette cause-là ; mais je suis certain que les annales judiciaires des Trois-Bivières nous en fourniraient bien d'autres encore, si on y voulait fouiller, mais j'ai d'autres raisons. D'abord c'est un très-honnête homme*
Son Excellence. — Uum 1 c'est quelque chose, car iU sont rares autour de moi.
Dominique (minaudant d'un sourire niais). — Oh ! votre excellence plaisante toujours agréablement. Ensuite, c'est un homme modéré et qui ne blessera les opinions de personne.
Son Excellence. — Voilà qui ne signifie absolument rien. Est-il orateur? Pourrait-on au besoin s'en servir en parlement?
Dominique. — Je ne sais; mais avec un peu de pratique il s'y fera; l'habitude fait arrivera tout.
Son Excellence. — Vous devrie» bien prendre cett« habitude-là I
Dominique. — Votre excellence sait qu'on ne peut paa tout faire.
Son Excellence.— C'est vrai, je n'y songeais pasj vous intriguez et espionnez privément ; cela doit vood
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exempter de parler en public. Mais votre homme oet-il bon écrivain? Dresserai t-il un rapport? Glisserait-!] dans Toccasion» un bon paragraphe à un journaliste ?
Dominique. — Je ne pense pas que ses profondes études se soient portées de ce côté ; mais en revanche, c'est un homme de mœurs douces et réglées.
Son Excellence. — Je n'ai pas besoin d'un moinci mais d'un solliciteur-général. Est-il au fait de l'histoire parlementaire de l'Angleterre ; a-t-ll étudié tons les précédents dont nous aurons besoin pour expliquer toutes sortes d'actes de notre façon ?
Dominique. — Eh I votre excellence, c'est un homme qui s'est jusqu'à présent, renfermé dans l'intérieur de sa famille et qui par ses habitudes tranquilles, a dû s'inquiéter peu des destinées passées du monde.
Son Excellence. — Mais, Daly, je ne vois rien qui puisse véritablement m'engager à consommer cette nomination. Le brait seul qui s'en est répandu jette beaucoup de ridicule sur notre gouvernement. Si cela continue, les hommes les mieux disposés en ma faveur ne pourront plus m'appuyer et deviendront mes ennemis les plus acharnés... surtout si on ne peut leur donner à tous des places. Voyons, n'avez-vous pas d'autres raisons pour me décider ?
Dominique. — De triomphantes, votre excellence, de triomphantes. D'abord, il a été mis en prison sous Sir John Col borne !
Son Excellence. — Eh ! toute votre province a été mise en prison par cet homme-là!. Vos Viger, vos Lafontifine, vos Morin, vos Girouard, vos.. .à propos ou étiez-vous alors, mon ami ?
Dominique. — Votre excellence sait que ma loyauté n*a jamais été soupçonnée, même par mes ennemie invétérés.
Son Excellence. — C'est vrai, je n'y pensais pas ; les
rébelles n'avaient pas encore de trésor à manier, de
. places à donner, c'est jusie, c'est juste. Mais voyons
enfin, n'avez-vous pas de meilleures raisons en faveur
de votre recommandé ?
Dominique. — J'avouerai à votre excellence que je ne sais point trop quelles sont les capacités extraordinaires dont il doit, à coup sûr, être doué ; mais il est intimement lié avec le beau-frère de votre brave * *, l'ara î fidèle et le soutien du vénérable monsieur **^
Son Excellence. — Eh 1 que ne me disies-vons cela plus tôt ; nous aurions fini voilà longtemps. Il faut leur rendre ce petit service-là ; ils nous le paient bien ! et si la postérité dit que je fus un gouverneur malheureux, je ne veux pas qu'elle dise que je fus un ingrat Je signerai, quand il vous plaira, la commission.
L'Inutile (s'avançant avec précaution). — Votre excellence! Maintenant que vous venez de faire une nomination du goiït de notre ami monsieur le ministre permanent, je reclamerai votre attention sur une autre place que j'ai promise, depuis longtemps, à un de mes amis qui au moins mérite cette marque de considération de la part du Gouvernement.
Dominique. — Je sais de quoi il s'agit, j'ai déjà parlé à votre excellence de cet emploi. Il m'irait à merveilles pour...
Son Excellence. — Tenez, tenez, messieurs, noys avons assez travaillé pour aujourd'hui, revenez demain et vous plaiderez chacun votre cause à loisir. Il ne faut
d'il t a quarante ans. 275
pas 86 presser; le temps, Targent, la patience, la politique.. .Allez, ailes, votre cause n'est pas encore perdue; il y a encore bien des hommes sur le marché.
Si nos lecteurs ont une mémoire de quinze jours, ils 86 rappellent que nous les avons laissés en compagnie de son excellence et de deux conseillers intimes ; aujourd'hui nous y retournerons avec eux ; seulement, la société sera plus nombreuse et plus respectable. En outre des acteurs précédents, on y remarquera le ministre aux cheveux blancs de soixante et dix ans, au patriotisme de cinquante ans, le tout commençant à radoter.
Son excellence a Tair morne ; ses pouces ne courent plus du tout ; un d'eux se fait gruger l'ongle et l'autre cache sa paresse dans la poche de veste de son propriétaire. M. Dominique ne fait pas même semblant d'écrire et l'Inutile a les yeux fixés au ciel, en poète qui Honge à son avenir. Le seul acteur éveillé de cette Kcène muette, est le nez du vénérable patriote qui aspire bruyamment et tix>is fois par minute, d'énormes prises de tabac.
C'est le vénérable qui comme de coutume, rompte le HÎtence et entame la conversation ; avec beaucoup de peine, les autres personnages peuvent y introduire quelques paroles.
Le Vénérable. — Votre excellence doit voir avec un certain plaisir, que quittant les nombreuses affaires privées dont les soins reclament impérieusement ma présence, je me suis rendu immédiatement à ses désirs afin de venir puiser auprès d*elle, les avis précieux dont j'ai besoin pour faire le bien du pays dans un moment aussi solennel. Je n'ai pas la pi*ésomption de ces turbulente, de ces presqu'imberbes ministresi mes pré-
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décessenrsy qui prétendaient qae le représentant de Sa Majesté ne peut agir sans l'avis de son conseil ; moi au contraire, je suis prêt à déclarer, que je ne voudrais pas« que le conseil agît sans Tavis de son excellence. S'ils avaient étudié comme moi l'histoire romaine, ils auraient pu se convaincre de la vérité de mes préceptes et avant d'agir comme ils l'ont fait, ils auraient eu présent h l'esprit le mot de ce général romain... Ah I à propos du général romain, il est de notre devoir de récompenser la noble conduite de notre adjudant général des milices, le brave colonel Gagy; j'aimerais à reconnaître d'une manière éclatante les services signalés qu'il a rendus à notre cause, durant l'élection de Montréal et pour ma part, je serais disposé à y contribuer fortement... de toute mon influence ; à propos d'influence, mes ennemis, c'est à dire non, pas mes ennemis, mais ceux de votre excellence, prétendaient que mon influence a reçu un échec fatal par le résultat de cette demiàre élection ; il n'en est rien messieurs; lisez plutôt F Aurore, ce modèle des journaux canadiens et vous verrez que notre cause est plus belle que jamais. Loin de me plaindre de cette légère défaite, je m'écrierai avec un des grands hommes de la Grèce antique : l'ennemi nous a vaincus, soldats réjouissez-vous, il nous a montré à combattre! L'histoire foissonne de faits analogues, votre excellence, et je pourrais en montrer mille qui nous démontreraient qu'une cause n'est jamais désespérée, tant qu'elle a pour soi la justice, la pureté de conscience, l'argent et la force.
Le vénérable ouvre sa tabatière, son excellence en profite pour"ouvrir la bouche.
Son Excellence. — ^Bonjour, mon cher monsieur Viger, je suis aisé de vous revoir près de moi ; j'ai éprouvé de mortelles inquiétudes pour vous, durant les Aireun»
politiques qui ont agité si terriblement votre ville. Dites-moi donc maintenant ce que nous allons faire; j'attends avec impatience vos conseils.
Le Vénérable. — J*ai déjà eu l'honneur de dire à votre excellence que je suis venu ici pour avoir les siens et non point pour lui en donner.
L'Inutile. — Je crois toute votre politique désespérée.
Dominique. — Si Ton me permettait d'avancer mon avis je dirais que je ne désespère point aussitôt. Il me semble qu'il est facile encore de former un ministère. Nous avons des places à donner ; il ne manquera pas de personnes pour les remplir; pour ma part, je sais bien que lorsqu'il est question d'un bon salaire je ne me fais pas prier et me moque du qu'en dira-t-on.
L'Inutile. — Oui, mais le pays n'abonde pas d'hommes de votre trempe ; si j'étais moins poli, j'ajouterais : heureut^ement,
Dominique. — Il ne s'agit pas de moi maintenant, mais de notre politique, de la politique du ministère provisoire.
Son Excellence. — D'abord je regrette que dans la lutte qui a en lieu vous ne soyez pas resté totalement H l'écart des partis.
L'Inutile. — ^Je considère que c'est une grande faute, un grand malheur de vous être réunis aux tories.
Le Vénérable. — &foi ! grand dieu ! je ne me suis pas réuni à eux ; ce sont eux qui se sont réunis à moi. Moi, je suis toujoui's le premier patriote du pays , voilà plus de cinquante ans que je suis ce je suis et je n'ai pas changé; ce sont les tories qui se sont faits patriotes. Je ne pouvais pas empêcher cela.
Son Excellence. — Voilà un grand malheur et le pays pourrait bien être de nouveau plongé dans de violentes commotions qui nuiront à sa prospérité.
Dominique. — Il me semble qa'il ne s'agit pas beaucoup du pays dans tx>nte cette affaire; mais de vous, de nos places, de notre avenir ; le p^ys s'en tirera toujours bien, lui, qu'il soit gouverné par les uns ou par les autres cela lui doit être égal ; il paie toujours les pots cassés et les pots qui les remplacent. La chose la plus importante actuellement est, ce me semble, de prouver que nous sommes dans le bon chemin et pour cela il faudrait profiter des leçons de feu Lord Sydenham. Croye* vous que s'il eût vécu, les gens du Canal auraient été au service des partisans de Drummond (1)? Je suis sûr que non ; il eût gagné l'élection, après Télection il eut
gagné le parlement, et nous garderions nos places. Il
ne s^amusait pas, lui, à faire l'éditeur de journal, A débiter au peuple toutes sortes de gali-viger, pardon, c'est cette Aurore qui m'a fourré ce mot à la bouche, je voulais dire, du galimathias.
Le Vénérable. — Monsieur ! vous me récompenncz mal de l'appui que je vous ai prêté !
L'Inutile. — Eh 1 l'ingratitude est graine abondante sur la scène publique, moi je connais un peuple qui se plaint amèrement de certains hommes qu'il a fait grands et qui l'oublient.
Le Vénérable. — L'histoire de l'épo'^que de la renaissance nous fournit l'exemple d'un grand ministre qui disait : ** Après avoir fait le bien et mis la main '* sur ma conscience, je ferme l'oreille aux mauvais ** propos et ne prend pour moi que les louanges." Voilà mon guide, entendez-vous, messieurs ; depuiiit plus de cinquante ans que je sers ma patrie, j'ai dû me durcir aux cris de l'envie.
(1) L'Hon. L. T. Drummond, décédé en 1882.
Son Excellence. — Voici l'heure du dîner, la séance est levée ; j*espère qu'à la prochaine, nous aviserons aux moyens de sauver le pays; mûrissez chacun le système que vous recommanderiez et vous m'en ferez un rapport : nous les discuterons tous et de l'ensemble de nos idées surgira sans doute, celle qui doit nous mènera bien. Je sais que nous sommes tous mus par de bonnes intentions, Dieu fera le reste. Bonjour mon cher monsieur Viger. (Son Excellence sort).
Le Vénérable. — Quel homme I Quel excellent homme il II ne méprise pas les Canadiens, lui, comme ses prédécesseurs. J'espère que mon pays reviendra sur Hes pas. Avec du temps et de la patience on vient à bout de tout. Qui aurait dit, il y a cinquante ans, que le Canada aurait la constitution anglaise et que je serais premier ministre 1 Voilà pourtant ce que j'ai fait avec (lu temps et de la patience. Si Dieu me prêtait vie pendant encore seulement cinquante années, j'en ferais bien d'autres. Mais, allons songer à notre pays. Allons écrire à V Aurore que notre cause est plus belle que jamais; je veux faire du bien à ma patrie en dépit d'elle ; son ingratitude ne me fera pas perdre mes cinquante ans de travaux.
lie Gouverneur-Général est aujourd'hui rendu le premier à la salle du conseil ; il est assis sur son fauteuil; une jambe est passée sur l'autre; au bout de celte jambe est un pied qui se balance de haut en bas et ft'agite rapidement de gaucho à droite, image sûre et tidèle de l'agitation et de l'incertitude qui régnent dans l'esprit de son maître. Il y a près de lui des lettres fraîchement ouvertes, il les regarde, puis jette les yeux
avec une certaine impatience vers la porte qaî ne s'oavre pas. Qaand on est seul, ce qa'on a de mieux à faire est de se parler à soi-même, on a toujours raison et Ton ne craint pas les indiscrétions, à moins que les murs n'aient dos ^reilles, ce qui arrive souvent dans les maisons habitées par les grands.
Son Excellence (se parlant à elle-même). — Ah ça I voilà qui est singulier, quand il y a beaucoup d'ouvrage sérieux à faire personne ne vient; lorsqu'il s'agit d'obtenir des faveurs pour ses amis, oh ! alors c'est différent ; c'est à qui sera le premier rendu ; on se presse; on s'arrache la porte; on se casse le cou! (Son Excellence rit en grimaçant.) J'ai h&te d'entendre leurs raisons et leurs moyens de nous tirer d'affaire. Je sais que la chose serait facile, car ces bons canadien.^ sont toujours prêts à chanter la plus grande gloire du souverain, qui, leur ayant donné un violent coup de poing, leur donne après cela sa main à baiser, témoin mon prédécesseur Bagot, qui monta au ciel sur un nuage de Te Deum pour avoir donné petite justice à ces mêmes canadiens, qui me vouent à l'exécration universelle, moi qui, comme l'autre, ne fais qu'exécuter les ordres secrets que je reçois de mes supérieurs auxquels je suis responsable, quoi qu'en puissent dire tous ceux qui jacassent à tort et à travers, sur le système constitutionnel. Dieu! si le pays savait qu'avec les meilleures intentions, je ne puis aller contre les idées crochues de ce fou de Stanley, qui ne rêve que diplomatie, que tromperie, que coups-d'état et qui croit qu'on peut amuser les colons pendant un temps indéfini, en leur accordant un an des concessions qu'on essaie de leur retirer, une autre année, qu'on discute pendant douze nouveaux mois, qu'on essaie d'accorder encore plus tard ! Quant à moi, je lui ai déjà dit qu'il faut beau-
coup de prudence dans ce jeu-là et que les colons, surtout les canadiens-anglais, sont désaffection nés au dernier point et qu'ils ne demandent qu'une occasion sûre pour se jeter entre les bras des Américains. Les Canadiensfrançais, eux, sont loyaux dans.toute la force du terme, ils sont attachés à la môre-patrie comme le sont, dit-on, ces femmes qui aiment leurs maris en proportion des mauvais traitements que ceux-ci leur font éprouver; mais vioci mes gens. Chose singulière, Daly qui a le pied bon mais qui n*a pas le sou vaillant est arrivé en voiture, et M. Yiger qui a deux fois son âge et cent mille fois sa fortune, est venu simplement à pied. Philosophie des ridicules, ridicule de la philosophie ! Voilà de ces choses qui pourraient inspirer mille réflexions.. «mais je n'ai pas le temps aujourd'hui.
Ija porte s'ouvre, on voit paraître un nez, puis quelques minutes après, son propriétaire; tandis qu'il entre en saluant à la façon des marquis de Louis JCIV, on plutôt des marquis de Molière, un homme se glisse dans la salle en furet, va se mettre à sa place comme un écolier en faute, c'est maitre Dominique ; il sent qu'il a commis une gaucherie en se laissant devancer par son excellence ; mais il ne s'en excuse point, de peur de la faire plus remarquer; avis aux courtisans et aux politiques.
Le Vénérable. — Comme votre excellence, César arrivait toujours le premier en la salle du conseil, vous lui ressemblez par la vertu sans lui ressembler par l'ambition.
Son Excellence salue gracieusement.
Dominique (tout bas). — Quand César allait au conseil avant ses ministres, c'est qu'il no méditait rîen de bon. Moi j'augure des bouleversements de la ponctuante du bonhomme.
L'Inutile entre et salue toute le monde d'un air gai et ouvert.
Le Vénérable. — Maintenant que le coLseil eet au grand complet, je vais en très peu de mots expliquer mes vues sur la position actuelle du pays et sur le moyen de ramener les'^'îmtitutions politiques de ma patrie, dans leur état nornial. D'abord, Philippe, roi do Macédoine et pore d'Alexandre-le-Grand, car voli-e excellence a dû remarquer, que j'ai fait de l'histoire, mon étude particulière, ce dont j'ai chaque jour lieu de me féliciter; je disais donc que Philippe, i*oi de Mac-édoine; mais avant de procéder il est nécessaire de bieu se persuader que l'histoire est le grand livre que doit consulter tout homme d'état; sans les exemples que l'histoire nous fournit et dont la comparaison a posé les éléments de l'économie politique, qui aujourd'hui, e^t une science pour ainsi dire positive, il faut renoncer à briguer des succès en politique ; donc, Philippe de Macédoine (l'orateur prend une prise.)
Son Excellence. — Dites moi donc, mon cher M. Viger, sincèrement, si les partisans de Molson sont en majorité ou en minorité à Montréal car de là, ce me semble, doivent partir les fondations des mesures que nous prendrons, il n y a pas de nmieu ; si le pays, h tort ou à raison, désapprouve la politique du jour, il faut lui céder , c'est ainsi que je conçois le jeu de la constitution et les dernières instructions que j'ai reçues me permettront de revenir un peu sur mes pas, atin de ramener l'opinion publique, qui aujourd'hui, est totalement irritée conti*e notre position, et on l'a senti en Angleterre.
Le Vénérable. — Eh ! à quels signes peut^on reconnaître que tel soit le cas ? Lorsque les anciens rois de Pologne étaient élus par le peuple, on a vu des monar-
d'il T a QUARAÏfTE ANS. 283
ques amenés sur le trône contre toutes les prévisions de» hommes d*état d'alors. Qui aurait penné ensuite, que les Suédois auraient été chercher à l'étranger et chez un peuple de républicains, le roi qui las a gouvernés si longtemps. Eh bien I de toutes ces contradictions et de mille autres encore que je pourrais citer, je conclus que quoique le peuple du pays tout entier paraisse au premier abord opposé à nos vues, tout esprit non superficiel, peut espérer qu'un changement intégral est sur le point de s'opérer et que d'ici à quelques mois peut-être, les mêmes hommes qui, égarés anjoui-d'hui se prononcent contre nous, se jetteront en masse  notre suite.
Son Excellence. — Vous avez bien raison, mon cher monsieur Yiger, mais dans ce moment nous ne pouvons pas balancer, calculer, augurer. Il faut agir. La constitution est lÀ qui nous tient l'épée aux reins et qui dit qu'il faut une session par année ; comment voulezvous paraître dvant le parlement avec un ministère anonyme, sans aucune loi à proposer. Nous irions devant les représentants du peuple seulement pour leur demander de l'argent ? Je vous avoue que je ne prévoyais pas que nous serions aussi reculés que cela, quand ce Wakefield, qui ne revient pas nous aider de ses conseils pour nous tirer du mauvais pas Où ses conseils nous ont fourrés, disait qu'une administration forte allait se former. Mon cher M. Yiger je suis bien triste.
Le Vénérable. — Moi, votre excellence, je mets la main sur la conscience comme...
Son Excellence (un peu impatienté).— Vous nous l'avez déjà dit, mais il ne s'agit pas tout à- fait de cela mais des personnes que nous allons appeler dans notre conseil, car il faut absolument un conseil, sans cela je m'en retourne en Angleterre, c'est évident.
Dominique (toat bas). — Aie 1 Aie! il n'est pas venu de bonne heui*e pour rien.
Son Excellence. — Il me faut un conseil, or, je me trouve dons une singulière position. Je ne puis reprendre avec moi les anciens ministres, ce serait un rôle trop honteux pour moi ; je ne pourrais jamais supporter après une pareille défaite, le regard farouche de Lafontaine, la face honnête de Baldwin, Toeil moqueur d'Aylwin.
Dominique. — Sûrement que votre excellence ne peut reprendre des hommes pareils ; c*est hors de la question, il faudrait que je quitte le conseil !
L'Inutile.— Pourtant vous êtes habitué à vous rencontrer avec des hommes de partis opposés, néanmoins pour le bien du pays...
Dominique. — Oui, oui, tout bien considéré, pour le bien du pays, je pourrais consentir à demeurer en place quoique cela coûtât beaucoup à mes scrupules de travailler encore avec des...
L'Inutile. — Pardon, vous ne me comprenez pas, je veux dire que pour le bien du pays il faudrait bien sacrifier voti:e emploi, car ces hommes-là, voyezvouis ne voudraient pas marcher de concert avec vous, du moins si je les connais bien.
Dominique ne ]*épond rien et se moi*d les lèvi*es.
Le Vénérable — Oui pour le bien du pays, Thomme, le vrai citoyen doit être prêt à sacrifier ses idées les plus chères, ses intérêts, son ressentiment même î Thémtstocle nous Ta éloquemment enseigné par son sublime...
Son Excellence. — Voyons, monsieur l'Inutile, vous qui avez toujours les meilleures idées, qu'ailez-vous nous conseiller pour nous tirer du mauvais pas où nous sommes.
L'Inutile. — Je vais parler francbement k votre excellence, maiB auparavant, j'aimerais que roon ami Dominique s'absentât vu que j*ai à dire quelque chose qui le touchera de trop près pour...
Son !Çxcellenee. — Je comprends, Dominique sorteas.
Dominique. — Voilà donc comment on me traite après tes services de toutes sortes que j'ai rendus I (tout bas) Jo ne sais ce qui me tient d'envoyer ma démission I (Il sort.) "^
Son Excellence. — Croit-il que je veux payer les dettes contractées par Sydenham ? Je crois qu'il s'est assez payé lui-même et l'aifairp de l'argent des dispenses de mariage me dispense de me marier avec lui. (bi I hi 1 hi 1 « 0on excellence rit autant que son cancer (1) peut le lui ^ pei mettre).
L'Inutile. — Maintenant que nous sommes entre nous je puis parler sans gène et sans crainte. Je dirai donc à votre excellence, que c'est le moment ou jamais de frapper un grand, coup, qui remettra les choses dans le meilleur ordre possible. Il faut, pour comprendre comme moi la position où nous nous trouvons tous ensemble, la considérer sous un point de vue élevé et impartial. D'abord le pays, égaré sans doute par des hommes qui ont, pour une raison ou pour une autre, fiiit preuve d'indépendance, considère votre excellence comme un ennemi de ses libertés, ce bon M. Viger, que quelques hommes ont maltraité au lieu de se l'attacher, a été * forcé de se faire un parti ; les tories ont été assez adroits pour vouloir s'emparer de lui comme une patate de discorde, c'est ce qui a mis le diable aux vaches ; le pays regarde M. Yiger comme un traître et ses hommes les plus charitables le considèrent comme fou.
(1) Lord Mctcalfe arait à la figure une tumeur maligne.
286 POLITIQUB XT POLlTlQUfS
Le pays a sans doute tort, maïs on ne discate pas avec le peuple, parce que le peuple voyes-vous, ne croit rien aux plus belles protestations; il ne juge que par des actes et nous n'en avons pas encore pu faire la queue d'un. Il s'agit maintenant de savoir qui doit se sacrifier ou de son excellence ou du vénérable H. Yig^r; car le peuple, lui, ne reculera pas d'un pouce ; c'est inutile de compter là-dessus d'ici à ce qu'on ait fait quelque chose de son goût -, plus on retardera plus il s'entêtera ; vouloir résonner ou calculer, ou supposer sans agir, c'est vouloir blanchir un nègre, prendre la lune avec les dents, donner du bon sens à un journal de Québec et mille autres entreprises aussi absurdes. Qui cèdei'a donc, de M. Viger ou de son excellence ? Voici ce que je forais si j'étais gouverneur... mais j^ ne suis pa» gouverneur.
Le Vénérable. — Avez-vous lu mon pamphlet sur la Belgique ? oh ! vous ne l'avez pas lu, j*en suis sûr.
Son excellence. — Monsieur l'Inutile, continuez je vous prie, je goûte assez vos idées et j'ai idée, moi, qne vous fassiez partie de mon nouveau conseil.
L'Inutile. — Merci, votre excellence; le pavé est si glissant par ici et je n'ai pas bonne jambe ; nous en parlerons une autre fois. Pour le moment je vais me borner à continuer.
Ici Dominique entr'ouvre la porte pour écouter vu que l'orateur parle plus bas qu'auparavant.
L'Inutile.-^Je connais que votre excellence ne peut rappeler tous les anciens ministres, mais pour consacrer le principe qu'ils défendaient on en conserverait un.
Dominique (derrière la porte). — Bon, il parle de moi.
L'Inutile.*-«On' prendrait M. Morin auquel on donnerait des garanties et qui lui-même,; en serait une
auprès da peuple, on mettrait sans cérémonie à la porte, et pour montrer qu'on se respecte^ Tami Dominique.
Dominique (derrière la porte). — Oh riufïtme ! L'Inutile. — Puis on appellerait avec M. Morin, quelques modérés anglais du Haut-Canada, deux ou trois réformistes canadiens-français...
Le Vénérable. — Eh ! mais, voilà justement ce que je pensais, vour avez des idées parfaitement justes.
L'Inutile. — Un moment* ce n'est pas tout; vous verrez que j'ai bien tout prévu, tout calculé. Comme la mauvaise réussite de l'élection de Montréal et la part qu'on suppose que M. Viger y a prise, ont rendu ce vénérable patriote suspect même aux yeux de ses plus anciens amis, au point que sa réélection est plus que douteuse, il faudrait que pour le bien du pays il consentit à résigner.
DoQiinique (derrière la porte). — Que va dire à ça l'histoire romaine ?
Le Vénérable (se levant furieux). — Vos idées sont absurdes, résigner I apvès cinquante ans de travaux pour mon pays, courber mes cheveux blancs comme un vaincu 1 mais ce serait avouer que j'ai eu tort 1 voilà qui est impossible 1 et son excellence n'y consentirait jamais.
Son Excellence. — ^Hum I je goûte infiniment les raisons de M. l'Inutile. Voyons la suite, nous déciderons après.
L'Inutile. — Il faut absolument que le Vénérable M. Viger se retire un moment des affaires afin d'éviter de plus grands malheurs, et je suis sûr que le peuple alors l'y appellera d'une seule voix. Il le faut pour sauver son excellence, il le faut pour sauver le pays.
288 POLITIQUI 8T POLITIQUES.
Le Yéilérable (pleurant). — Eh I .moi ! moi dans tooi cela, on ne parle pas plas de moi que si je ii'étais pas au monde. On met dans la balance quelques écervelés qu'on appelle le penple et un gouverneur qui nous est arrivé d'hier et qu'on rappellera demain. O Borne ! ta fus toujours ingrate I
Son Excellence. — Messieurs nous avons assez travaillé pour aujourd'hui ; M. l'Inutile venez diner avec moi sans cérémonie et j'espère que demain, jour de réception, mon cher M. Viger voudra bien honorer ma table de sa présence.
UN DINEB POLITIQUE.
SCÈNK lÈRB.
La toilette. — Monologie,
Dans une chambre assez élégamment meublée, dan» laquelle on remarque cependant un beau désordre, qui n'est pas un effet de l'art, un homme est debout devant un grand miroir; il s'agite, se démène, brosse ses pantalons et ses cheveux du même coup, puis il s'occupe gravement à s'attacher sur la poitrine un devant de chemise d'une blancheur éblouissante, dont il s'efforce d'attirer les cols au milieu de ses joues en attendant qu'il passe son gilet et son habit, qu'il a serrés précieusement...par terre. Je n'ai pas besoin de vous présenter ce monsieur. A son œil vif et malin, à sa figure narquoise vous avez tous reconnu notre ami l'Inutile. En attendant que sa toilette s'achève, il adresse à son miroir le monologue suivant: — mais.
d'il t a quarante ans. 289
)«aci*édié, c'est que je vais avoir l'air d'an petit maitre, d'un aristocrate, quoi! — Huml ô tempora^^ 6 mores^ comme dirait ]e sieur Giceron. Nous n'étions pas si musqués que cela du temps que nous prêchions la république une et indivisible, du temps de l'ami du Statu qvo par exemple I Oh I oh I oh I monsieur du Statu quo I comme cet animal-là doit se trouver bête à présent. Si toutefois il existe quelque part ; car j'ai toujours cru que c'était le diable en personne qui faisait ces maudits écrits. C'est égal ; on s'en fVicasse pas mal. C'est que c'est charmant ; tout le monde en est. II n'en est pas resté un seul en arrière. Yoyons donc que je calcule cela. (Il jette là sa brosse, court à son Heoi*étaire9 prend un crayon et du papier, puis il i-éfléchit.)
Par qui commencer, sacrédié ?
Mon ami Caron ! président du conseil législatif^ maire de Québec, te diable et son train à pnse cent cinquante louis; il est vrai que parceque le pauvre homme a le malheur d'être riche on lésine sur tous ses salaires; n'importe... écrivons £1160.
fiédard 1 Juge... Brrrr, et puis juge en appel.
Et juge du civil comme du criminel, comme dirait Racine — grâce au bill de Lafontaine qui a mêlé toutes
les jurisdictions une bonllie que les chats en éter
nueraient......et allons donc, (il écrit)
^ Bédard, juge à 1000.
Fiset, ditto, mais en petit 600.
Huot, protonotaire, 1000.
plus ou moins.
Parent (1) ! hein I hein I mon ami Parent, greffier du conseil exécutif 700 et du sterling encore 1
(1) Ktienne Parent.
Total, grand total I quatre mille, quatre cent cinquante louis iPas si mal joué, sacrédié, pas si mal joué... Ah I ça ' je ne veux pas dire qu'on n'ait pas joué franc jeu ! mais enfin puisque le proverbe est reviré et que c'est au plus
fin la poche ma foi, il est fort heureux que noui^
n'ayons pas été bêtes. Tiens sacrédié, je me trompais ! Tout le monde n'est pas placé. Il 7 a encore ce pauvre
D. mais dame l' lui, eut impossibUe nemo teneiur,
comme dit le droit romain, c'est une maxime qu'il faudra passer à notre Vénérable ; elle pourra lui servir.
(Il retourne à son miroir, passe son gilet et son habit et se promène dans la chambre.) Maitre Statu jnodoit s'en mordre les huit doigts et les deux pouces à l'heure qu'il est... Et puis les patriotes enragés donc! les geiis du Libéral, Jupiter qui remontre le bout du nez, Robert Shore Milnes qui en est quitte p5ur une blessure, un voyage aux Bermudes et une femme ; ma foi tons ees pauvres diables n'ont pas eu de chance. C'est fâcheux ; ils ont pourtant beaucoup sacrifié pour la pat rie... tant pii*e, ils trouveront leur récompense quelque jour dans l'autre monde. Horace avait raison. ..in medio stat virtw. Hourra pour le mitan, la vertu s'y trouve... et les bon« morceaux avec.
(Il jette un coup-d'œil à son miroir en passant.)
Saci*édié, suis-je foi^ ? J*ai oublié ma cravate, le principal, rien que cela I
(Il ôte son habit et son gilet et se met en devoir de nouer sa cravate).
Par exemple, il y a bien quelque chose qui m'inquiète, c'est qu'ils m'ont fourré tout seul dans une bagarre qui ne peut que virer mal... heureusement que ça va finir. Quel équipage! Deux qui ne sont bons à rien; un autre qui ne serait bon qu'à me vendre si je n'étais paa aussi fin que lui, le Yénérable avec son histoire romaine
d'il t a quarante ans. 291
et tout Bon ratapîa8...et puis, pour nous défendre, r Aurore, des Canadas^ qui serait bien capable de perdre la meilleure cause si les antres n'avaient pas le Jcumal de Québec de leur coté. Mais voyons, je n'avance à rien. Il parait que je me suis fait un nœud mystérieux comme le gouvernement responsable de M. Y... je n'y comprends plus goutte.
(Il s'impatiente, fln*ache sa cravate et appelle John 1 — John— (John entre).
L'Inutile. — Va dire à ma femme qu'elle m*envoie une autre cravate.
£n attendant, monsieur se met à la fenêtre et regarde ,iouer les enfants en sifflant la Parisienne.
John revient, monsieur se fait mettre sa cravate, endosse son gilet et son habit tant bien que mal et puis, recommence sa promenade.
Encore une autre chose qui ne fait pas l'affaii'e ; c'est eette briUante jeunesse canadienne qui va bien vite devenir embarrassante. Si on pouvait l'envoyer dans l'armée ou dans la mari ne... romonner d'une façon ou d'une autre. Il y a le petit chose et le petit... machine, là, qui vont bien vite vouloir tirer leur épingle du jeu. Bonne chance que le peuple tient bon pour les ganaches et les momicH de toutes sortes. Ce cher peuple, il n'aime que les vieux citoyens. Il chérit les perruques et les cheveux blancs, il en raffole. Les miens donc qui commencent à grisonner... allons, tant pis ! et tant mieux. Et puis heureusement que ces petits gueux.., la, ne savent pas ce qu'ils valent.
Il met son chapeau, ses gants, et pi*end sa canne.
Il est temps de partir. Laissons ici le langage familier, notre sacrédU surtout, et tout le bagage du comité du salut public, vtUffô, du comité de la pipe, et comme dirait le Vénérable, ainsi qu'Alexandre, Darius,
292 POLITIQUE ST TOLITIQUIS
César et Bonaparte rendons nous à la salle du conseil... c'est-à-dire à la table... et pais une fameuse table encore I (Il sort.)
SOÈNK II.
Dans un Oab. — Biologie,
' L'Inutile met le ^îed sur le seuil de la porte et commande/ qpi avait été retenu par lui, d'avancer. Le cab fait son devoir, l'Inutile va pour monter en voiture mais il fait quatre pas en arrière et jette un cri.
Sacrédié serait-ce possible ! (On aperçoit un nez a la portière.) Mais, mon vénérable, comment diable avez-vous fait pour vous fourrer-là ?
Le Vénérable. — Bonjour mon cher ami, je suis enchanté de faire ce trajet avec vous ; donnez moi donc la main. (L'Inutile voyant qu'il ne peut plus reculer refuse la main du vénérable et grimpe dans la voiture comme un écureuil). Yoyez-vous mon cher ami, nous allons chemin faisant discuter les affaires de l'Etat, la théorie du gouvernement responsable; noua allon» examiner la différence, entre Voissamption ou Vacceptaiion de la responsabilité des actes du pouvoir, avant le fait et l'acceptation de cette même responsabilité après le fait. C'était ainsi, mon cher ami, que Platon et le» péripatéticiens discutaient en se promenant, les plu» graves questions qui ont agité cette haute philosophie de la Grèce, qui comme...
L'Inutile (interrompant). — Oui, oui, mais Platon et les péripatéticiens marchaient à pied et ne s'emparaient pas des voitures des autres.
Le Yénérable. — Mais j'espère, mon cher ami, que vous n'êtes pas formalisé de ce que j'ai fait. Je vais vous expliquer cela. (En ce moment les secousses du
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cab qui est lancé au grand trot, sont si fortes, qu'à chaque soubresaut le nez du vénérable est sur le point de heurter le vinage de monsieur Tlnutile, qui, assis en face, se blottit dans un coin et se tient sur ses gardes.)- Vous savez mon cher ami à quel prix exhorbitant sont les cabs depuis que les autorités municipales de Kingston, trompées comme elles l'ont été dans les magnifiques espérances qui leur avaient fait construire pour leur marché, un palais somptueux comme celui de la reine Sémiramis ou comme celui des Médicis à Florence, tandis que leur ville n'est pas même plus grande que ne l'était la petite ville d'Herculanum, car vous savez que dans mes nombreux voyages j'ai vu Horculanum et Poropéia, ces deux villes résuscitées de leur tombeau qui, comme
L'Inutile (interrompant). — Oui, oui, «aperlotte et ce que je sais encore mieux, c'est que la corporation de Cataraquoui, que Dieu confonde, a mis un impôt sur les charretiers Cataraquois, que les charretiers Cataraquois mettent à leur tour, un impôt sur les Québecquois ; enfin, que je paie trois piastres pour me faire conduire à un mille d'ici. Je le sais sacrédié bien !
Le Vénérable. — Permettez, mon cher ami, permettez, c'est précisément ce que j'allais dire. Eh bien ! comme ma fortune est destinée, comme autrefois celle de Yalérius Publicola, à faire du bien au peuple, à sauver la patrie, à fonder des établissements qui assureront la stabilité de la constitution en même temps qu'ils en modéreront les écarts, comme ils en feront aussi le plus bel ornement, a créer d'immortels journaux comme V Aurore des Canadas par exemple) au succès de laquelle l'égarement momentané du peuple a été le principal et on peut dire l'unique obstacle, ce qui fait cependant, que je suis obligé d'en acheter presque tous les ezem- 19*
plaîres, attenda que, ce qui sous an certain point de vue ne laisse pas que de m'étonner, le nombre des sonscriptenrs en est considérablement, on peut dire même étrangement diminué et quMl faut bien que les ezemplaires de ce journal éminemment utile trouvent à se placer quelque part, et que vous sentez bien que naturellement ils doivent me revenir; mais vous saurez, mon cher ami, que je me propose de les faire relier, je veux dire cartonner, pour, lorsque la force des événements et des circonstances inattendues et même Tingratitude de la patrie, forceront son excellence à s'éloigner de nous, ou bien me forceront à m'éloîgncr de son excellence, lui en faire un présent comme un gage de mon éternelle reconnaissance et de ma sincère douleur. Eh bien ! pour toutes ces raisons et pour une foule d'autres qu'il m'est impossible de von» détailler, je considère qu'il est de mon devoir impérieux, comme du plus grand bien de la patrie, de ménager par tous les moyens possibles une fortune aussi précieuse. Je m'en allais donc pédestrement à Alwington House, comme autrefois le vieux Soorate se rendait au Pirée lorsque j'ai rencontré ce cab. Vous savez qu'il entre dans mes habitudes d'adresser indifféremment la parole aux hommes de toutes les conditions, et c'est ainsi qu'en agissait Monsieur le Vicomte de Turenne et Monsieur Marborough qui conversaient familièrement avec les simples soldats de leur armée. J'ai donc lié conversation avec votre conducteur qui m'a appris qu'il allait vous prendre. Je lui ai dit que je n'avais pas de plus grand ami que vous au monde et moyennant une rémunération de trente-six sous, il a consenti à m'emmener et me ramener avec vous. Vous voyez, mon cher ami, que cela ne vous coûtera rien de
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p]u8 et que nous aurons le plaisir de converser ensemble.
L* Inutile (à -part). — Il parait que dans ce cerveau-là Tarithmétique marche de pair avec Thistoire ancienne. Allons, il faut se résigner.
Le Vénérable. — Mais mon cher ami, vous ne dites rien f "
L'Inutile — Sacrédië, mon Vénérable vous parlez toujours !
Le Vénérable. — Eh mon cher, Vest une habitude que j*ai prise dès ma jeunesse quelqu'évènement qui se présentât, dans quelque circonstance que je me trouvasse, de ne jamais rester silencieux. J'ai lu dans Aristote que les facultés de Thomme pouvaient se développer et se perfectionner à Tinfini par un exercice continuel; or, la faculté de la parole étant le plus pi*écieux ....
L'Inutile (interrompant). — Oui-dàl Eh bien vous allez avoir une fameuse ombelle d'exercer cette facultéla H la prochaine session, quand Aylwin, Lafontaine, Ilincks et toute la bande des déplantés vont vous tomber sur la carcasse ; car le gouverneur a raison. Après tout, il faut une session et de suite encore ! Il n*y a plus moyeu de baragouiner à moins que vous ne vouliez résigner.
Le Vénérable. — Hélas I mon cher je sens bien, soyezen bien persuadé, la difficulté de noti*e position ; le peuple est égaré, je le vois bien il faudra du temps pour le ramener» mais aussi, dans les maladies étranges il faut employer des remèdes extraordinaires.
L'Inutile (à part). — Oui surtout avec des gens peu communs comme lui.
Le Vénérable. — Avouez donc aussi mon cher, que vous ne nous avez pas assez bien secondés. Je ne
296 POLITIQUE BT POLITIQUES
saaraiâ douter de vob întentioDs; mais toujours si vous eussiez voulu, votre plume habile aurait pu exposer au peuple coromenf......
L'Inutile. — Quoi I Quoi ! Moi me mêler d'écrire des balivernes pareilles. Allons donc 1 Boileau a dit :
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement» mais votre gouvernement responsable, à la façon de Barbari mon ami Biribi, ça ne se conçoit ni bien ni mal, saper- . lotte, ça ne se conçoit pas du tout.
Le Yénérablo (avec feu). — Mais! mais! mais! Estil possible? Est-il possible? Vous ne conceves donc pas la différence vraiment importante, on peut même dire, nécessaire qui existe entre les principes du goavei^ liment responsable de la constitution britannique transatlantique et les mêmes principes constitutionnels cisatl antiques ? Eh mon Dieu, si vous saviez comment j'ai étudié la constitution et le droit parlementaire dans toutes leurs modifications ou manière d'être ! C'est Morin qui vous dirait cela, lui! ce pauvre enfant! ils l'ont égaré lui aussi ! Moi qui avais tant travaillé, tant fait de sacrifices pour donner cet homme-là à mon pays.
L'Inutile. — Oui! et ce diable de pays qui ne veut pas vous le rendre, sans compter qu'ils se sont toujours entendus ensemble comme larrons en foire.
(Ici le conducteur ouvre la portière et ces messieurs descendent de leur voiture.
SciNK m.
Le Potage. — FolHogie.
Dans une pièce à deux compartiments, sont réunis les invités de son excellence à l'exception des deux personnages du cab. — Dans la première division du salon se trouvent le gouverneur, mûtre Dominique, le
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Dr. Pollock et deux militaires en grand uniforme, qui, bien qu'étrangers à la politique*ne seront point d'un petit secours, lorsqu'il s'agira c^ider à son excellence à déguster les mets et liqueurs précieuses qu'on aperçoit derrière une vaste table et un riche buffet, dans le deuxième compartiment. Si l'on trouve que cet arrangement manque aux convenances aristocratiques, il faut songer que nous l'avons choisi pour conserver les convenances diamatiques et ne pas rompre, par un changement de lieu, l'unité de cette scène. Autrefois on était plus difficile, on exigeait l'unité pour toutes choses pendant tout un acte et même pendant toute une pièce. Grâce aux progrès de la civilisation moderne, pour la comédie comme pour la politique, ce qui est tout un, on ne se pique point aussi fort d'être conséquent. Une musique militaire est placée derrière un rideau et prélude déjà aux airs qu'elle doit jouer pendant le repas. Ou annonce nos deux amis ] la porte s'ouvre à deux battants.
Le Vénérable (entrant le premier fait un triple ealut et à peine a-t-il échangé un bonjour avec «on excellence qu'il court à l'un des autres personnages). — Mon cher monsieur, n'êtes-vous point le célèbre et savant docteur Mollock...Bollock, je veux dire Pollock, que sa gracieuse majesté a envoyé afin d'extirper ce cancer on cette projection cancéreuse ou d'une nature ulcéreuse, que tous les vrais amis de la constitution bien entendue et convenablement appliquée, voyaient avec tant de douleur sur la figure dé l'illustre diplomate qui comme...
Le Docteur (lui secouant la main). — Yes, yes, yes, moa très bocop obligé à vo.
L'Inutile (à part).— Si ce pauvre homme-là a la mission d'extirper toutes les projections impertinentes
298 I>OLITIQUB ET POLITIQUES
qui 86 rencontrent sar dea figures diplomatiques, ma foi, il a une dure besogne.
Le Gouverneur (à l'Inutile). — Allons donc monsieur le rébelle, comme vous avez l'air malin aujourd'hui. Que dit la presse française par le temps qui court ?
L'Inutile. — Ma foi, mon gouverneur, la presse française ne dit que très peu de chose, ce qui me fait croire (qu'elle doit penser beaucoup. Un journaliste qui sait 8on métier a toujours deux opinions, une pour ses lecteurs et l'autre pour lui même.
I^ Gouverneur. — £h bien I quelle serait présentement votre seconde opinion à vous ?
L'Inutile. — Je dirai cela plus tard : m vino veritas.
Le Gouverneur. — Ah je comprends ! Aussi, tout est prêt. Voyons, messieurs, nous allons passer de l'antre côt^. (Son Excellence se place à la table et fait placer à sa droite lo. l'Inutile, 2o. Un des militaires, 3o. maître Dominique; à sa gauche lo. le Docteur, 2o. le Yénérable, 3o. l'autre militaire ; on sert le potage, et l'orchestre joue la marche du Sultan.)
Le Vénérable (après un long silence, pendant lequel chacun s'est noblement acquitté de son devoir). — Les anciens Lacédémoniens, qui ne mangeaient pour bien dire uniquement que d'une espèce de brouet clair, qui, selon Xénophon, était très peu appétissant, avaient aussi des notions de républicanisme exagéré et ignoraient totalement la vraie doctrine du gouvernement responsable. On peut donc aisément prévoir et on peut même assurer, que les mets exquis dont la table de votre Excellence est chargée, ne seront nullement uo obstacle à une conversation sur les principes constitionnels. Ainsi, votre Excellence me permettra de loi faire observer un argument très-fort, qui n'a encore été employé par personne et que je me propose, dans une
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série d'observations sur les observations qui suivirent > ma crise ministënelle (l) : c'est que...
Le Gouverneur (interrompant). — Je vous assure M. y... que nous commençons à trouver toutes ces dissertations- là parfaitement ennuyeuses. Cela est bien beau pour ceux qui les comprennent, mais cela ne fait pas du tout notre affaire. Vous nous avez promis le peuple de votre côté et vous ne nous donnez que des phrases. A entendre VAm^ore des Canadas^ il n*y avait pas de trou assez petit à Montréal, pour cacher les partisans de Drummond et la ville ne s*est pas trouvée assez grande pour les contenir, sans compter les Irlandais du canal, qu'ils vous ont enlevés à votre barbe et à celle de Killaly. Mais cela n'aurait pas dû vous intimider, surtout quand ils ont les baïonnettes pour eux. Vous avez eu les baïonnettes en temps opportun, et votre parti n'a rien pu faire de mieux, que de tuer un pauvi*e diable dont la mort nous fera cent fois plas de mal, que cinq cent mille exemplaires de votre crise ministérielle, ne nous feront de bien. En vérité c'est désespérant. Je vais passer pour un maladroit auprès de Tompson, ce qui fait, que Stanley passera pour une ganache auprès de Russell, et je vous assure que Stanley et moi, nous nous occupons beaucoup plus de notre réputatation que de toutes les historiettes politiques que nous débitons depuis six mois. Sérieusement, si vos gens n'ont rien de mieux à faire que cela, il faut en finir.
Le Vénérable va pour goûter à une nouvelle espèce de pot^e qu'il s*est fait servir et il se brûle à sa cuillère.
(l) Brochare publiée à Kingston «n 1844 par M. Viger.
L'Inutile. — Il parait que ceux qui mangent la soupe de votre excellence, la mangent chaude I
Le Vénérable.— Mais c'est étrange, je fais mon possible pour reconcilier mon gouvernement avec mon pays et personne ne veut me tenir compte de mes intentions ! On dit que je n'ai point de succès. Mais c'est précisément parce que mes idées ne réussissent point que nous devons, ce me semble, nous y attacher d'avantage. Je vois bien que tout le monde conspire pour se substituer à ma dynastie, comme dit le corree- }^ndant du Courrier, Mon Dieu I Si ce malheureux jeune homme-là avait lu ma crise miniëtérielle on seulement mon pamphlet sur la Belgique. (1)
L'Inutile. — Mangeons, mangeons et laissons les jeunes gens tranquilles; il ne faut pas trop les tracasser.
Le Vénérable. — Vous, mon cher monsieur Dominique, avez- vous lu mon pamphlet sur la Belgique ?
Dominique. — Non, mais je sais que c'est un trèsbeau livre. Je vais le faire placer dans ma bibliothèque. On dit que c'est un superbe ouvrage.
L'Inutile. — Oui, il n'y manque absolument que des lecteurs. Cela vient sans doute, de ce que les Athéniens étaient uu peuple frivole.
Le Gouverneur. — Il s'agit très-peu pour le moment, des affaires de la Belgique. Ce que nous avons, ressemble beaucoup à un calme plat et il faudrait on sortir. Encore une fois, monsieur l'Inutile, j'aimerais bien la suite des excellentes choses que vOus avez commencées A me dire hier.
L'Inutile (à demi voix). — ^Votre Excellence sait bien ce qui me gêne.
(l) Antre brochnre de M. Viger réimprimée à Montréal en 1831.
Le Gouverneiii* (ba«). — C'est juste. (Ilaut). J'avais oublié de vous dire M, Dominique, que j'attends d'heure en heure, des dépèches importantes. Il me semble que la malle vient d'arriver. Mon secrétaire civil est absent et il ne serait pas décent que mon secrétaire militaire mit la main là-dessus...
Dciminique (avec empressement). — Sans doute, sans doute, je vais m'en faire un devoir...
L'Inutile. — Mais au moins vous reviendrez à la iiu du dessert. Vous nous apporterez les nouvelles en guise de pousse-café.
Dominique (à part). — Si ça pouvait pousser seulement l'autre aux grandes Indes. (Il sort.)
SOÈNB IV.
Entremets^ Rôti et Dessert. — Quadrihgie,
L'orchestre joue Home sweet home. La table se couvre de nouveaux mets, une grande activité règne parmi les waiters et les affaires du pays vont au grand galop.
Le Grouverneur (à l'Inutile). — Savez- vous, depuis l'élection notre politique marche à reculons; (an Vénérable) M. V...je vous recommande cette salade aux écrevisses, elle est exquise.
L'Inutile (à part). — Tiens le Vénérable n'en veut pas I II parait que les anciens Lacédémoniens n'aimaient point les mets emblématiques !
Le Vénérable (an Dr). — Que je suis enchanté d'être auprès d'un homme aussi savant et que j'aurais de plaisir A converser avec vous, sur la pathologie interne et externe, ractéologie, la phrénologie, la gastrotomie, la bronchotomie, la cystotomîe, Toncéphalotomie et une foule d'autres tomies que vous avez, sans doute, le plaisir de pratiquer fréquemment...
Le Docteur. — Yes, y es, y es, but patridgeolomy will d ) for the moment.
La Docteur dépèce en effet, avec un appétit et une habileté vraiment chirurgicales^ une excellente perdrix qui se trouve là, en dépit des vieux règlements sur la chasse,
L'Inutile (au Gouverneur). — Si le Vénérable peut entreprendre monsieur Bollock, comme il rappelle, nous voilà bien I
Le Gouverneur. — Soyez tranquille, nou?» avout» là, un excellent paratonnerre.
La conversation suivante s'engage, en partie double, avec cette différence toutefois, que Von parle beaucoup plus fort d'un coté que de Vautre.
Le Ooaverneur — Que me con- Meilles-Tous, me jeter dans les bras des tories ; former un ministère juste— milieu, ou bien m'en retourner ?
L'Inutile. — Le premier et ]e dernier partis, sont très-mauvais et l'autre n'est pas très-facile.
Le Qouverneur — Alors, tous devries bien m* enseigner nn quatrième parti I
L'Inutile. — Eh bon Dieu!
voila cent fois que je le dis, rendre justice aux gens, lear accorder le gouvernement responsable autrement qu'en théorie, et puis avec cela, comme je le disais, il y a une certaine c-ombinaison d'hommes qui ferait parfaitement l 'affaire.
Le Gouyerneur.— Allons donc, vous me parles de ce gouvernement responsable comme si c'était moi qui l'aurais inventé.
Est-ce qu'il fftut absolument c tte chose-là? Le premier mouvement de la mère-patrie, a bien été de vous le donner, cette
Le Vénérable. — C'est singulier, je ne connais pas du tout cette science-là ; mais enfin eU« doit être bien belle, puisqu'un homme de votre réputation a daigné Tétudier Je désireiai»
pourtant savoir de vous, si pour l'ulcère très-grave, on peut même dire alarmant, qui a été la (.ause de votre voyage, vous préférerez le eorrium à l'opiiMii, ou la beUadona à l'hjrdrargire 7
Le Docteur,— Tes, yes, y«s.
Le Vénérabla — J'en étais persuadé, vous êtes entièrement de mon opinion. Il est vrai, que très-peu de sciences ont été à l'abri de mes investigation»
comme de mes recherches. Je me proposais, si je n'avais pas eu ma crise ministérielle à fiur«, d'écrire un tableau synopti^^ue des différentes maladies, soivi d'observations sur les aphoritmes d'Hippocrate, à ^la suite desquelles observations, ^'aurais ajouté quelques courtes réflexions sur l'usage que l'on devrait
î) IT. Y A OtTARANTK ANS.