SALMIGONDIS
Un diner de Noël.
L*époque actuelle est un temps de fêtes Qt de réjouissances j chacun fait quelque effort pour célébrer Tarl'ivée d'un rédempteur et en même temps, de se féliciter soi-même, de n'être point mort durant l'année qui vient de finir.
Son Excellence le Très- Honorable Sir Charles Metcal fe, a cru devoir profiter de cette saison hospitalière de vœux et de grimaces, pour réunir à sa table, les ministres responsables qui ont bien voulu se charger des affaires publiques, de l'exécration générale et de mille à quinze cents Icuis par année. Je veux dire à mes lecteurs comment mon petit doigt, m'a raconté cette solennité de famille et ce qui s'y est passé. Je n'énumérerai point les gigots, les roastbifs, les plumpuddings, les côtelettes qui ont été consommés, ce serait peu intéressant, surtout pour ceux de mes lecteurs, qui n'ont pas l'avantage de pouvoir imiter
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cette ripaille gouvernementale ; par exemple, j'essaierai dQ leur donner une idée des belles choses qui se sont débitées, des toasts nombreux qui se sont bus et des speecheê qui feraient pâlir les tailleurs les plus décousus dont rhonorable compagnie s'est mutuellement régalée.
Allons, allons, à table ; voici un domestique en livrée, en bas blanc, chapeau sous le bras, qui fait trois saints respectueux en frottant méthodiquement le parquet de sa semelle; il annonce, un à un, les ministres qui composent le cabinet et enfin Sir Allan N. McNab qui, di^on, l'a composé en grande partie. Chacun se place devant un siège ; le valet se retire et revient annonçant à haute voix : Son Excellence le Gouverneur Générai I la porte s'ouvre à deux battants et Sir Charles Metcalfe paraît suivi de M. le Capitaine Higgînson, de son docteur, M. Pollock et de deux aides-de-camp, ficelés, enmoustachés, et dont le corps menace de se diviser en deux sections, à l'endroit qu'entoure leur ceinture. Le valet les suit, ferme la porte et vient se mettre en position derrière le Gouverneur. De tout ce monde-là c'est lui (le valet), qui a l'air le mieux élevé.
Le gouverneur s'asseoit, tous les convives suivent son exemple. Près de lui, à droite, est Sir Allan N. McNab, puis M. Viger, puis un atde-de-camp, puis M. Smith, puis M. le Docteur Pollock, puis M. Papinean, enfin M. Daly. A sa gauche sont M. Draper, M. Harrison, un aide-de-camp, M. Morris, M. Sherwood, M. Higginson et un aide-de-camp.
M. Yiger rompt le silence qui a suivi les saints trèscérémonieux qu'on s'est faits en se plaçant à table. L'honorable monsieur ne mange point ; il parle. Son excellence ne dît pas un mot ; elle mange. M. Daly boit quatre ou cinq coups de suite, pour se donner un peu d'assurance. M. Draper sourit gracieusement à
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Sir Allan N. McNab qui ne comprend pas ce que cela vent dire, mais Ini rend son sourire; M. Higginson lance à chacun un regard sournois et scrutateur à la fois; M. PoUock dévore ; M.Smith fait le gros dos fit prend des airs de grand homme ; il se dit en lui-même, que si le gouverneur lui prêtait son uniforme, il gouvernerait tout aussi bien que lui ; les aides-de-camp se mirent dans les vases d'argent qui sont vis-à-vis d'eux.
J'ai dit que M. Yiger a rompu le silence. Il s'adresse à Sir Allan N. McNab et lui dit en anglais, qu'il regrette beaucoup de ne pouvoir lui parler en sa langue maternelle, la langue des Chateaubriand, des Bossuet, des Fénélon, des Montesquieu, des Guillaume Barthe ! Oh ! ajoute-t-il, mon cher Sir Allan, de quelles jouissances n'êtes-vous point privées ! ne pouvoir comprendre tout ce que je pourrais vous dire si vous entendiez le français ! Mais on vous a calomnié, cher Sir Allan, vous parlez français, j'en suis sûr.
Sir Allan (en Anglais). — Non, je ne parle pas français ; mais je sais très- bien la langue gallique, qui se rapproche beaucoup, comme vous savez de l'ancien idiome gaulois. Vous devriez apprendre l'ancien gaulois, mon cher monsieur Yiger, de cette façon nous pourrions avoir ensemble, de ravissants entretiens.
Mr. Yiger (soupirant). — Hélas I le temps est si court ! Le poids des affaires de l'état ; la multiplicité des occupations que les rébelles d'ex-ministres nous donnent ; tout cela prend tellement tous les instants, que me laissent le soin de mes pauvres petites affaires privées et la considération qu'il faut que je donne aux écrits dont la presse, qui se dit libérale, inonde journellement le pays à mon égard, que vraiment, en eussà-je même le loisir, je ne me sentirais point capable de l'application que nécessiterait l'étude d'une langue comme «elle que
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VOUS parliez dans votre première patrie. (S^adressaut ensuite au goavernour-général). Et combien de fois aussi, j'ai regretta de ne pouvoir exprimer à votre excellence en ma langue naturelle, les sentiments de loyale admiration qu'elle m'inspire. (Une larme à l'œil.) Quelle affreuse idée s'empare de moi, moAsieurs ! Mes chers compatriotes, les canadiens que j'ai tant aimés, eux, qui seuls, pourraient me bien comprendre ne veulent pas m'entendre ; et aujourd'hui, les seuls amis qui me restent ne me comprennent point I (11 tire sa tabatière, prend une prise douloureuse, pleure, s'essuie les yeux, puis le nez, enfin il prend une cuillerée de soupe et ce mets national lui redonne son à-plomb.) Mais, votre excellence, je ne puis me faire à l'idée que vous ne parlez ^oint français ; vous le comprenez bien un peu, un diplomate de votre rang doit parler ou du moins comprendre le français I
Le -Gouverneur. — Hélas! non, mon cher monsieur Yiger, je ne parle point le français, mais je connais presque tous les dialectes de l'Inde. Il y en a, je vouë assure, qui sont de la plus grande douceur sans manquer pourtant, d'une noble énergie ; vous savez sans doute, que ces langues se rapprochent toutes considérablement du sanscrit, que l'on soupçonne être la première des langues parlées depuis la création et que c'est de cette mère commune que sont descendues toutes les autres.
M. Yiger. — J'ai eu maintes fois dans ma jeunesse, la tentation de faire une étude spéciale de cette branche étonnante des connaissances humaines linguistiques ; mais mon attention s'étant plus particulièrement portée vers l'histoire et vers les enseignements utiles dont elle abonde et que je me proposais d'expliquer plus tard, à ma propre piatrie, je n'ai pu suivre cette première idée \ je le regrette d'autant plus, qu'on me dit que des tracei
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de caractères sanscrits, ayant été retrouvés sur une pierre près de laquelle gisaient quelques vagues restes des ossements d*nn anaplotherium roagnura, animal antédiluvien, ce qui prouverait alors, que le sanscrit était parlé avant la confusion des langues. (Il se tourne alors vera Taide de-camp qui est à sa droite.) Yous monsieur, par exemple, vous parlez français ; alors ce sera sur vous que je me relancerai pour la conversation de la soirée.
L'aide-de-camp. — Je suis vraiment contrit ; mais outre Tanglais, je ne parle absolument rien que le chinois; j'ai eu l'honneur d'apprendre ce singulier langage, dans les expéditions de Canton et de Chusan.
AT. Viger. — Quoi, mon cher, vous êtes allé en Chine ;
expliquez-moi donc la forme, les rouages, les ressorts
de ce gouvernement phénoménal qui existe depuis tant
>jde siècles, sans bouleversement popi^^re, sans secousse,
sans révolution ? ^W
L'aide-de-camp. — Mon cher monsieur, j'étais en Chine pour aider, en quelque sorte, à renverser ce gouvernement-là et non point pour en étudier les ressorts ; j'ai vu en Chine des mandarins à un, à deux et à trois boutons, des femmes au teint olive, aux yeux obliques, aux pieds fabuleux ; j'ai vu des tètes rasées, des maisons aux mille couleurs; j'ai vu du riz, des canards en quantités inombrables ; j'ai bu, là, du thé beaucoup plus mauvais qu'à Londres; mais je n'ai pas vu l'administration.
M. Viger lève Tes yeux au ciel en signe de désespoir, puis il laisse tomber son visage dans son jabot, déterminé à ne plus dire mot de la soirée. Pendant que cette scène se passait, la soupe avait disparu, de même que les plats de résistance ; on avait couvert la table de mets plus friands, plus légers et qu'on traite avec 20*
moins de sérieuX; que ceux qui doivent apaiser le premier appétit. On parle davantage., excepté pourtant son excellence qui ne dit mot, que lorsqu'elle est interpellée et qui mange de plus en plus, justifiant le proverbe qui ne serait vrai, que si Ton désignait la soif de Tor : l'appétit vient en mangeant. Les aides-de-camp ont desserré considérablement leur ceinture. M. Papineau (1) est à Textrêmîté de la table, où il se sent mal à l'aise; on aimerait à lire sur son visage qu'il aime mieux fumer sa pipe, près de son feu, que de goûter ainsi à des grandeurs achetées au prix de la haine de ses concitoyens.
M. Smith (parlant très-haut). — Eh ! bien, Sir Alian tout va bien. Notre majorité se maintient, grâce à vos dix estimables compatriotes. Parlez-moi de cela; il n'est pas de gens au monde qui ait comme les braves Ecossais, le mérit^^ se soutenir entr'eux.
Sir Alian N. IVNRib (saluant en souriant). — Et celui bien plus grand quelquefois, de soutenir les autres; qu'en dites-vous, mon cher procureur-général ?
Ai. Smith, avale un gougeon.
M. Sherwood. — Il ne s'agit point de nationalité; il n'y a plus désormais en Canada de distinctions nationales ; voyez, messieurs Yiger et Papineau se sont dépopularisés pour maintenir la suprématie du gouvernement anglais. M. McNab est soutenu dans son élection, par des hommes de toutes les origines, et le ministère eût proposé un Arabe comme orateur si les bédouins eussent exercé quelque influence sur son existence. Il n'y a que ces ignorants Canadiens qui songent à l'honneur; ils ne veulent point suivre les sages conseils d'un de leurs journaux, qui leur recom*
(1) Hon. D. B. Papineau, cousin de feu l'Hon. L. J. Papineau.
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mande de faire comme les EcossaÎB de Sir Allan N. McNiib, de songer à lear intérêt avant de s'attacher aux principes. Nous ne sommes plus au temps des chevaliers errants; les chevaliers d a jour songent au solide.
Le Chevalier Sir Allan N. McNab tousse, se mouche et semble aussi mal à l'aise que si on lui parlait français.
M. Daly (un peu chaud). — Qu'avez-vous fait là mon ami Shcer-block, .....je veux dire Sherwood, vous allez choquer notre cher M. McNab ; vous devriez prendre garde, car *vou8 savez que c'est un homme qui en vaut dix.
M. Sherwood. — J'ai dit cela comme je dirais autre chose et je ne suis pas le seul qui, sans le vouloir, l&che quelque impertinence; monsieur le secrétaire- provincial devrait bien savoir qu'il ne reste au ministère que...
M. Draper. — Allons messieurs, vous savez que la plus grande unanimité doit régner dans un cabinet; sans cela nul gouvernement ne serait possible. A propos, messieurs, ne serait-il point à propos, de bien nous entendre sur ce que nous entendons par gouvernement responsable, afin de tou3 dire, au dehors, exactement la même chose ; car les opinions émises par quelques uns d'entre nous sont si contradictoires, que je ne puis avec le front ministériel le plus bronzé du monde, entreprendre de les défendre toutes.
M. Daly. — Moi, je comprends parfaitement le gouvernement responsable d'une manière pratique et trèsclaire. C'est le gouvernement de la majorité. Ainsi par exemple, son excellence le gouverneur, qui comprend la chose exactement comme moi, a obtenu une majorité et avec cela on gouverne magnifiquement. Et puis, avec une majorité que ne fait-on point ? Les gens
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de Topposîtion recIameut-ils contre les élections de quelques hommes élus un peu par la force, un peu par la corruption ? crac ! avec cette majorité on renverse pétitions et on maintient sa majorité. Et ce n'est point tout. On a eu le soin de protester les élections des membres appartenant à Topposition ; on fait présenter des pétitions demandant justice et au moyen de cette majorité, on renverse Télection de ses ennemis, ce qui augmente considérablement la majorité, car un membre, qui d'un côté passe à l'autre, compte pour deux.
M. le Docteur. — Mais dites-moi, messieurs, les membres de la majorité sont-ils tenus au même serment que ceux de la minorité ?
M. Sherwood. — Certainement; tout le monde fait serment d'agir au meilleur de son jugement pour l'intérêt do l'état ; or, comment peut-on mieux servir l'état qu'en chassant de la chambre des rébelles qui ne cherchent que le pouvoir.
Un aide-decamp. — ^C'est juste.
M. Viger (relevant vivement la tête). — Ck)mme cela. TOUS auriez donc l'espérance de faire entrer en chambre, mon petit Barthe ? (1)
M. Smith. — Certainement, certainement.
M. Viger. — Dieu soit loué ! Vous aurez rempli alors deux nobles buts. D'abord, vous aurez acquis un ami fidèle, un serviteur dévoué et puis, vous lui procurerez le salaire ordinaire des membres, ce qui diminuera considérablement les sacrifices que je fais pour soutenir ce cher enfant, le seul d'entre les canadiens qui ait voulu m'appuyer. (Il mange un morceau de dinde).
(1) J. G. Barthe, rédacteur de TAurore.
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M. Draper. — Mon cher monsieur Vi^er, vous savez combien je vous respecte; eh bien! vraiment, votre position me touche ; comment pouvez-vous demeurer au miniâtôre sans avoir ét^ élu ?
M. Viger. — Et vous monsieur ?
M. Draper. — Moi, je ne prétends pas à la vaste popularité que vous reclamez et au nom de laquelle vous avez dû entrer au pouvoir.
M. Daly. — Le fait est qu'il n'y a, à dii*e vrai, d'hommes populaires dans le cabinet, que Thonorable procureur-général et moi. Quant au respectable monsieur des terres de la couronne, son vote en faveur de Sir Allan N. McNab Va totalement perdu.
M. Sherwood. — Moi^ je pi-étends que Thonorable président du conseil est très populaire. Il a été élu, il y a quatre ans, à l'unanimité ; or, un homme qui a possédé la confiance publique pendant dix jours, peut la posséder pendant dix ans, ergo, l'honorable M. Viger est très populaire.
Après un argument de cette force-là, on boit un coup général.
M. Sherwood. — L'explication que nous a donnée l'honorable représentant des grenouilles de Mégantic, est certainement très bonne, entre nous, mais il faudrait quelque système à exposer en chambre, pour raccommoder la brèche qu'a faite à notre réputation, la sortie de M. le procureur-général du Bas Canada.
M. Smith. — M. Sherwood pourrait bien, ce me semble, expliquer ses vues sans égard aux miennes: je m'expliquerai après.
Le Docteur (se levant ; il tient à la main une bouteille de Champagne et un verre). — Je vais vous donner ma théorie. Supposez un instant seulement, que vous êtes rhonnête peuple et moi le gouvernement respon-
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8able. Je débouche la bouteille, pan 1 Voici beaucoup "de bruit, d'agitation, d'effervescence, de mousse; ce vin est excellent sur mon honneur (il boit) Ne le trouvezvous pas délicieux ?
Tous les autres convives ensemble. — Mais nous n'y avons point goûté.
Le Docteur. — C'est égal ; je possède votre confiance et je vous dis, que c'est du vin délicieux ] regardez comme il pétille. (Il boit encore un, deux, trois verres.) Ne trouvez-vous pas qu'il a un goût exquis ?
Tous les convives. — Mais voilà une bien icauvaiiî^ plaisanterie ; vous buvez tout le vin 2i vous seul et vous voulez que nous le trouvions excellent.
Le Docteur. — ^Justement ; je n'ai pas étudié la politique moi, je passe ma vie à extirper le cancer de son excellence, mais il me semble que j'ai vu assez de vos manœuvres, pour voir que j'ai deviné juste et que vous administrez le gouvernement comme ceci. (Il boit à même, tout ce qui reste dans la bouteille, puis il la fait rouler sur la table.) Tenez bon peuple, servez- vous maintenant; vous voyez que je songe à vous, que je travaille pour vos intérêts. Si vous voulez goûter de ce doux vin quelque jour et en faire goûter à vos enfanta, élisez-moi encore à l'élection prochaine.
Les convives restent stupéfaits et son excellence le gouverneur-général rit à gorge déployée, en faisant def» clins d'yeux significatifs au docteur et à M. Higginson.
M. Viger. — Pourrais-jc demander à M. l'aimable docteur, une explication de son énigme. Accoutumé comme je le suis, aux études les plus sérieuses et les plus profondes, je suis peu au fait de ces sortes de charades.
M. Papineau (son co4*net acoustique à l'oreille). — Je crois vraiment qu'on se moque de nous ; si je pouvais
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Heulement les entendre et leur parler, je dirai» ma façon de penser A touB ces faquins-là.
M. Daly (se dégrisant). — Eh mon Dieu ! voilà les deux Canadiens qui prennent la mouche. S'ils allaient résigner ! encore une crise ministérielle ! encore un changement de ministère! que deviendrai-je pour le coup? (Haut.) Allons vénérable monsieur Viger, estimable monsieur Papineau, calmez-vous; monsieur le docteur est farceur de sa nature; il n*a point voulu vous insulter, honorable M. Viger, respectable M. Papineau, c'est un jeune homme qui ne sait ce qu'il dit, admirable M. Viger, incomparable M. Papineau; il sait trop ce qu'il doit à des cheveux blancs et à des cinquante ans de services. Vous n'allez point résigner pour cela, j'espère.
M. Papineau. — Résigner, et pourquoi, je vous prie ? (A part.) Est-il sot cet animal-là ! croit-il que j'ai plus envie que lui de quitter mon emploi ?
M. Viger. — O I mon cher monsieur Daly, mon cher ami ; je sais trop ce que je me dois à moi-même ; je sais trop ce que je dois à ma patrie ; je sais trop ce que je dois au chef de l'état ; je sais trop ce que je dois à mes collègues...
M. Daly (ses mains tremblent, ses dents claquent les unes contre les autres ; il semble en proie aux plus violentes appréhensions). — Ah ! mon Dieu, le coup que je craignais tant va me frapper! le vieil imbécile va Vrésigner et tout remettre en question. (Haut.) Mon cher monsieur Viger, vous que je regardais comme un père...
M. Viger (continuant). — Oui, je sais trop ce que je dois à ma souveraine, à l'humanité toute entière, pour abandonner le poste d'honneur au moment du danger ; je resterai auprès de mou gouverneur jusqu'au dernier
moment; le vent furieux des factions; la tempête mugissante des...
M. Daly. — Ouf ! je respire. (Il se lève et va se jeter entre les bras de M. Viger qui, en Tembrassant, lui Barbouille le visage de tabac.) Que je vous remercie pour le Canada; vous avez par votre incomparable magnanimité sauvé la patrie encore une fois !
Sir Allan N. McNab. — (se parlant bas A lui-même.) Par la terrible claymore de mon trisaïeul, j'aimerais bien savoir ce que veut dire cette comédie-là. Vraiment, c'est quelquefois embarrassant de ne point savoir le françrais. Dois-je prendre ici le parti de M. Viger ou de M. Daly ? ' Eh ! au fait, qu'ils s'arrangent ; l'un est? un d... canadian et l'autre, un d... irishman ; je vais me renfermer dans mon apparence et les regarder faire ; la dignité de ma tenue me tiendra lieu de science ; hum !
M. Smith. — Il me semble messieurs, que nous parlons beaucoup trop de politique. Nous devrions être ici^ pour fêter le bonheur dont nous jouissons dans ce paysci, depuis l'heureuse arrivée du meilleur gouverneur que le pays ait encore eu ; (Sir Charles Metcalfe salue de la tête.) de l'homme le plus libéral, (nouveau saint du gouverneur.) de Thomme le plus doux, (autre coup de tête de son excellence.) de l'homme qui seul, a su découvrir et récompenser le vrai mérite, (nouveau coup de tête de son excellence.) de l'homme qui a ramené la paix et l'harmonie dans le pays, en accordant sa conliance à ceux de ses sujets qui estimaient ses vertus h leur juste valeur et qui étaient prêts à sacrifier tout pour faire prévaloir ses vues !...
M, Shorwood (interrompant). — Il me semble que l'honorable procureur peut dire pour lui-même, qu'il est prêt à tout sacrifier pour faire pi^ valoir les vues de son
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excellt^nce. Moi, je ne partage point pareille» doctrines et je serais bien fUché que mes collègues...
M. Smith. — M. le jeune solliciteur-général devrait être plus poli et ne point m*interrorapre ainsi, ioi*sque je parle de notre digne gouverneur.
M. Viger.— M. Smith...
M. Sberwood.— Je vous ai interrompu, comme j'aurais dû souvent vous interrompi'e en pleine chambre, lorsque vous débitez deë doctrines contraires à délies que des sujets britanniques doivent avouer.
M. Viger. — Mr. Sherwood.
M. Smith. — (presque hors de lui.) Le solliciteurgénéral est un peu jeune pour m'en mouti*er; s'il veut me donner des leçons de di*oit constitutionnel, je lui donnerai des leçons de politesse.
M. Viger. — Mon cher monsieur Smith...
M. Sherwood. — On en montre aux ignorants a tout âge; monsieur le pi-ocureur-général peut hennir s'il le veut, mais ses ruades ne sont point dangereuses. Je le...
M. Viger. — Mon cher monsieur Sherwood...
M. Daly. — (tremblant.) Vous avez raison M. Viger.
M. Draper. — Monsieur Sherwood a raison, les doc* trines de M. le procureur-général sont subversives dcM droits et de la dignité du...
M. Daly. — Vous avez raison, M. Draper ; tâchez donc de les mettre d'accord...
M. Papinean. — Eh mais, il me semble qu'on parle un peu haut, de quoi s'agit-il ?
M.~Daly. — Vous avez raison M. Papineaa, de quoi B'agit-il ?
M. Viger. — Mon cher monsieur Daly... votre excellence.
M. Smith. — (furieux.) Me parler ainsi, à moi, son supérieur ; si son excellence ne le met à la raison je résigne et le pays Réarrangera comme il pourra.
M. Daly.— (au désespoir.) Allons, à l'autre maintenant! en voilà encore un qui veut résigner! maifl quelle maladie ont donc tous ces gens-là ?
M. Morris. — Le procureur-général pourrait trôs-bien exprimer ses opinions ici et je reclame pour chacun de nous cette liberté. Quant à moi, si je pensais ne point en jouir, je ne demeurerais pas une minute...
M. Daly. — (éperdu.) Allons! encore de Thuile sur le feul...
Tout le monde est debout^ cJuicun crie et menace. Le gouverneur fait un signe approbatif à c?iacun et M. le Capitaine Higginson semble au comble de ses joies.
M. Viger. — Messieurs, mes chers et honorables messieurs, la plus grande harmonie, la plus parfaite unanimité doit régner entre nous ; sans cela, tout gouvernement libre et constitutionnel devient impossible; Bacritions nos petits ressentiments à la chose publique ; prenez exemple sur moi. Rien ne me touche, rien ne m'émeut ; je me tiens à mon poste et méprise la rage de mes ennemis. (Sir Charles Metcalfe approuve de ta tète.)
Sir AUan N. MacNab. — Après les éloquents discours que vous venez de prononcer, je crois que je ne puis mieux couronner votre éloquence, qu'en proposant un toast auquel, chacun de nous je n'en doute pas, se fera un plaisir de rendre les honneurs : — A notre très-hoble HÔTE ! puiêse Vheureuse entente qui existe entre les membres de son cabinet, lui donner une administration forte, qui puisa à jamais, défier la cabdU des rebelles et assurer au pays, le gouvernement respTnsable tel qu^ entendu jpar le digne rq^ sentant de Sa Majesté dans le Canada !
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Tous les convives burent cette santé et se rassirent, car chacun d'eux, comptait sur cette réunion, pour faire réussir quelque objet particulier.
S*il vous en souvient, lecteurs, nous avons laissé les aimables convives de Son Excellence Sir Charles Metcalfe buvant la santé de leur hôte, après une scène des plus inconvenantes. Je vais eneore une fois lever le rideau et vous faire assister à cette comédie dont le» acteurs font rire à leur dépens plus encore que ceux des théâtres ; mais ils s*en consolent aisémept, en songeant qjie du moins ils sont mieux payés que leurs confrères et qu^après tout, dans la comédie du gouvernement c'est le public qui surtout est joué.
Je continue.
M. Daly (s' approchant de M. Papineau), — Ah mon Dieu, quelle scène ! Quelles peines il me faut prendre pour entretenir la bonne harmonie, pallier les humeur» ; cela seul, me donne plus de tourment que toutes les atfaires de mon département !
M. Papineau — Hein? Vous voudriez diviser le Canada en département ? Ce serait très judicieux ; ce mode-la a été adopté en France et Ton s'en félicite beaucoup. Mais pour le moment il 7 a tant d'autres affaires.
M. Daly. — Mon cher monsieur Papineau, nous ne nous entendons pas.
M. Papineau. — Pardon, pardon ; ce ne sont que de petits nuages éphémères; j'espère que la meilleure harmonie régnera désormais parmi nous. Vous savez que l'union fait la force.
M. Daly. — Eh ! c'est ce que j'ai toujours dit. Voyez donc où nous en Berions aujourd'hui, sans l'union des
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deux provinôes ? Où serait nôtre glorieuBè majorité ? maîfl je ne reviens point de mon trouble ! Ces Bcènes-là m*épouvantent, me font un mal affreux, me bouleversent. Je suis sûr que j*en ai Tair tout bête. Ne me trouvez-vous pas bien changé ?
M. Papineau. — Non, vous me paraissez toujours le même.
M. Daly. — Pourtant je me sens tout altéré.
M. Papineau. — Vous avez soif? Cela se comprend ; les discussions, la chaleur,.. t^nez voici do rexcellcnt vin de château Margaux très raffralchissant.
M. Daly. — Ah mon Dieu I quel supplice. Que ces maudits journalistes sont bêtes; que ces gueux de membres de Topposition sont imbéciles; ils envient ma position, ils croient que je suis sur un lit de roses ! Hélas I que je suis malheureux de n'être pas instruit ; de ne savoir écrire passablement ; de n'avoir pas de métier; je me mettrais professeur, clerc de bureau, éditeur, commis, forgeron ; je n'aurais pas tant de tribulations ! mais enfin, n'ayant pas d'autres ressources il faut bien rester ministre. Jadis, c'était encore une profession qui avait ses agréments ; «mais avec le gouvernement responsable, la critique des papiers publies, les élections contestées, c'est un épouvantable enfer...
M. Papineau. — Mon cher monsieur Daly, vous connaissez mes idées politiques ; je sais comme vous, que le gouvernement responsable est impossible ; mais il faut bien faire marcher le vaisseau de l'état. Autant ce pavillon-là qu'un antre ; si nous ne l'arborions point, le peuple nous prendrait pour des forbans. Ué! hé! hé! (Il rit.)
M. Daly (à j[>art.)— Forban I que veut dire ce mot là ? C'est probablement quelque synonyme de ministre irresponsable ; mai^il ne s'agit point de cela. Il se âût
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tard ; Son Excellence est fatiguée et nous n'avons point encore parlé d'affaires ; il faut amener la conversation 8ur Tessentiel. (Haut.)- >iessienrs je serais d'avis...
M. Higginson riant aux éclats f (Il a l'air un peu échauffé.) — Ecoutez 1 Ecoutez I
Sir Allan N McNab.— Hear ! hear ! hear !
M. Viger. — Quoi! quoi! dites-moi donc de quoi il s'agit.. .afin que je puisse donner mon opinion, car vous savez messieurs que je tiens particulièrement à ne rien décider sans...
M. Draper. — Silence. «
M. Viger.— Mais je réclame un droit...
M. Papineau. — Que signifie tout ceci ?
M. Viger. — Je persiste... c'est un droit que je réclame ci>mme sujet...
M. Higginson. — Silence, écoutez ; M. Daly a un avis. Hear! 'hear!
Son Excellence lâche un éclat de rire, mais une vive douleur lui fait presqu'en même temps jeter un cri.
M. Daly. — P]h bien 1 messieurs, je serais d*avis de parler un peu d'affaires. Ne pourri on s nous pas nous occuper un instant, de la liste civile et du projet des dépenses que. nous allons proposer au parlement. C'est là un sujet qui peut ou assurer ou renverser notre pouvoir.
Mr. Viger. — En effet; de temps immémorial, c'est à l'état des finances d'un gouvernement qu'on a reconnu la bonne ou la mauvaise administration et les secousses populaires ont généralement pris naissance à la suite de mesures ou de discussions qui touchaient à la pros* périté de la nation, au trésor public.
Un aide de-camp. — J'aimerais bien savoir pourquoi on Appelle public, un trésor auquel ne touchent que les amis du gouvernement.
Le Docteur. — Eh I mon cher, c'est parceque tout le monde y verse quelque chose^ '
L'aide-de-camp. — Tiens; comme j'étais simple; ce que c'est que de ne point étudier la science du gouvernement.
M. Smith. — M. Daly a raison, il faut s'occuper do choses sérieuses ; or, il n'est je crois, rien de plus sérieux que Targent. C'est ici qu'il faut du tact, du jugement, de la prudence et l'habileté la plus consommée ; c'est moi qui me charge de cette affaire-là. Si vous le permettez mes chers collègues, je préparerai un plan et je vous le soumettrai.
M. Viger. — Il me semble que cela m'appartiendrait, mon expérience et mon fige me donnent ce me semble, droit à prendre l'initiative de cette mesure importante. Sans vouloir mettre en doute, chose que je ne me "permettrais avec personne, les connaissances de mon honorable ami le procureur-général ; je dirai que la jeunesse est prodigue ; on ne connait la valeur de l'or qu'au moment où l'on va le quitter. Tenez, moi je me donnerai pour exemple ; on ne se fait point d'idée des sommes que j'ai gaspillées jusqu'ici et cela faute d'expérionce ; chaque jour je découvre quelque dépense folle, quelque nouvel objet d'économie. Autrefois, je me servais de mouchoirs de poche blanc ; eh bien, j'ai découvert que le lavage qu'ils nécessitaient en sus des mouchoirs de couleu r, équivalait à la valeur du tabac que je prends ; aussi, je ne me sers plus que de mouchoirs de couleur, de sorte que j'ai pour ainsi dire mon tabac pour rien. Let* grandes choses peuvent s'étudier sur les petites; or, ce n'est qu'avec l'esprit d'observation le plus exercé, qa^on peut découvrir les objets sur lesquels on peut exercer l'esprit de réforme. Quant à moi, je réclame la faveur de régler les dépenses de /4'année qu'on va prendre et je
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pnia déclarer que je disposerai du trésor de l'état, comme HÎ c'était poar moi-même.
M. Daly. — Je le crois bien; eh I moi -aussi. Il me semble pourtant que ce travail devrait m'être confié, - comme le plus ancien des ministres.
M. Smith.— Eh! pourquoi cette discussion. Nous sommes tous animés du même amour du bien public; ainsi, pourquoi ne travaillerions-nous pas en commun ? Moi je déclare d'abord que je veux alléger de tout mon pouvoir les charges publiques. Je pense qu'il est urgent de faire des réductions considérables dans lés dépenses. Il me semble que l'on pourrait abolir l'emploi de sollici. teur-général qui nous donne plus de tourment qu'il ne vaut; la besogne pourrait être faite par les conseils ordinaires de la reine. Ce serait une économie de mille louis sur un seul officier ; mais comme cette réduction compliquerait considérablement le travail du procureurgénéral, on attacherait à cette charge pour surcroit de services, dépenses de bureau, ete., un contingent de quinze cents louis, en sus du salaire actuel. Par exemple le pi-ocureur-général ne recevrait rien comme conseiller exécutif; autre économie de cent louis.
M. Viger. — Voilà qui est tressage; il est vrai que c'est une idée que j'ai eue depuis longtemps. Il n'y a qu'une chose qui me parait obscure, c'est l'addition de quinze cents...
M. Smith. — Les frais de bureau dépasseront l'augmentation, j'en suis sûr; je vous pi-ouverai cela la plume H la main, l'année prochaine.
M. Viger. — C'est bien possible ; c'est bien possible. Après tout, il n'y a que l'expérience... en toutes choses...
M., Sherwood. — Voilà bien les hommes à systèmes. Comment M. le procureur-généi*al, vous voulez retrancher mon emploi ; je conçois qu'il vous gène quelquefois,
hem I mais les services rendus à TadministratioD, par un simple solliciteur-général, quoique moins bien rétribués, ne sont pas d'un moindre prix que ceux d'an procureur...
M. Daly. — (à part). Allons, voilà la querelle qui va recommencer. Si Ton m'écoutait on fermerait à tout avocat la porte du conseil exécutif.
M. Smith À M. Sherwood. — Mon cher collègue ne vous effrayez point. Si je retranchais votre emploi ce serait pour vous en donner un autre plus lucratif.
M. Sherwood. — Et lequel s'il vous plait ?
M. Smith. — L'on en créerait un ; rien de plus facile.
Le Docteur. — Dites-moi, capitaine Higginson, ce que c'est que l'économie politique.
M. Higginson. — C'est la science qui pourvoit à la meilleure administration des états. Mais pourquoi me demander cela ?
Le Docteur. — C'est que je croyais que M. le procureurgénéral faisait en ce moment de l'économie politique.
M. Smith. — Une autre réforme nécessaire dans le conseil, serait de n'y admettre que des personnes qui aient pratiqué comme avocats dans les cours de justice. Les affaires seraient de beaucoup facilitées, car il nous faut prendre plus de temps pour expliquer entre nou», la légalité d'une mesure qu'il n'en faudrait pour en étudier le fonds.
M. Daly. — Nous ne nous accorderons jamais làdessus et je prétends, moi, que l'on doit attribuer nos éternels différends à la présence d'hommes élevés dans la chicane. Mais il ne s'agit point de retrancher des ministres. Nous avons eu assez de peine à nous en procurer quelques uns I J'ai, Dieu le sait, adressé assex de lettres dans tous les coins et recoins du pays, avant de rencontrer des personnes de bonne volonté 1
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M. Smith. — Hum. Il était difficile d'entrer au ministôre avec certaines gens. Hum 1
M. Daly. — Il ne s'agit point de tout cela, mais de faire marcher les affaires et de parler de la liste civile. Moi, je pi'opose une grande réforme ; ce serait de réduire le salaire de tous les ministres, de moitié...
Messieurs Papineau, Sberwood, Smith, Draper, Morris,—Oh 1 Oh I Oh 1 Quelle abomination I II est fou 1 11 faut le faii*e résigner I...
.M. Daly. — Attendez un peu. On réduirait de moitié le salaire des ministres, mais la caisse publique se chargerait de leurs frais d'élection, de voyage, etc.
Tous les ministres. — Bravo l Bravo I Hip! Hipl Hourra 1 Daly n'a pas souvent des idées mais, quand il lui en vient, elles sont bonnes. A la santé du Mégantic !
M. Viger ((i/wirf). — Vraiment, je ne me suis jamais trouvé en si ennuyeuse compagnie ; il n'y a pas moyen de dire un mot. Tous ces hommes-là sont trop jeunes; ils ne songent qu'à leurs plaisirs, qu'à leur vanité, qu'à leurs emplois I (Haut.) Ah I ça messieurs, je crois que nous avons donné assez de temps à la table ; il serait bon de nous aller reposer afin de pouvoir demain, recommencer nos travaux autour de la table du conseil.
Tous les autres convives, à l'exception du Gouverneur Général qui digère étendu dans son fauteuil et semble, sans en penser grand'chose, écouter ce que chacun dit. — A la santé de Monsieur Yiger ! Vive le vénérable M. Viger ! Puisse- t-il toujours présider à nos travaux, nous À aider de son nom et de son expérience.
M. Vigor sourit tour à tour à chacun, se lève de table et sort après avoir fait un profond salut à Son fixellcence, qui lui sourit aussi gracieusement que l'état de son visage le lui permet.
323 * POLITIQUE BT POLITIQUSS.
M. Smith. — Maintenant qae notre président e;3t parti, nie sera-t-il permis d'exprimer une opinion ? Entre nous, je ci*oÎ8 que si on pouvoit l'engager à résigner toutes les difficultés s'applaniraient.
M. Draper. — Je pense que sa position est inconstitutionnelle ; sa résignation serait vraiment an grand bien pour l'administration, la difficulté serait de l'y décider.
M. Smith. — Je m'en charge. Je vais de ce pas le suivre et le préparer au sacrifice que nous attendons de lui. (Il sort.)
M. Daly. — En voilà un par exemple qui je crois, nuit bien plus à l'administration que tout ce que l'opposition pourrait faire contre elle. Avant de l'avoir^ entendu en Chambre, je le croyais vraiment bon à quelque choe»e, mais ses discoura à boc et à bac, ses fanfaronnades m'ont révélé que c'est un cerveau creux et qui plus est vide.
M. Sherwood. — Il m'a maintes fois donné des souleui-s dont je tremble encore; je ne comprends point ce qui ^e retient parmi nous. Celui qui pourrait le décider à renoncer à son siège au conseil, aurait droit à la reconnaissance de tout le parti auquel j^appartiens.
M. Daly (triomphant) — Je suis votre homme. Seraitce là, le plaisir de Votre Excellence ?