‹ Les guêpes canadiennes, compilées et annotéesChapitre 9 sur 57 · M. JOBIN · texte numérisé non relu

M. JOBIN

Le monde sera propre et net comme utie écuelle, L'hamanitairerie en fera sa gamelle.

PoEUES Humanitaires.

Ainsi que M. Valois, M. Jobin est un représentant (le 1851. Sa politique n'a pas été aussi uniforme que celle de l'inflexible patriote dont je viens de parler.

Tx>r9qu'il entra en chambre, il avait été annoncé comme Rouge. Il débuta, par voter avec le gouvernement d'alors. Plus tard, il montra de ces velléités d'opposition, qui classent un député dans l'insaisissable catégorie des loose fishes, A la tin du parlement, il fit

partie de la majorité bigarrée du vingt juin, sans qu'il tut possible de dire, à quelle nuance il appartenait. Les élections nous Tont ramené rouge écarlate ; mais ceux qui le connaissent assurant, qu'étant notaire, il a eu le soin de n'accepter les programmes de la démocratie avancée (si progra^mme il y a), que sous bénéfice d'inventaire.

Les motifs qui font agir M. Jobin sont difficiles ù saisir, on ne peut juger de lui, que par ses* votes qu'il ne daigne jamais expliquer. Il ne prend la parole que sur des questions locales et de peu d'importance. Ru revanche, il sait imiter la voix de quelques députés, et dans les moments de tumulte trop fréquents, où chacun fait son cri, il contrefait quelqu'un de ses collègues. 11 ^réussit encore mieux dans l'imitation du chien, du chat et des quadrupèdes en général.

A ces talents d'agrément, il en joint d'autres plus solides. C'est lui qui rédige les résolutions et les projets de loi que M. Marchildon fait imprimer sous son nom. Il s'en acquitte si bien, que tout le monde y e^st pris. A moins d'être dans le secret, on ne saurait s'imaginer que le député de Champlain n'est qu'un pseudonyme. (Je prie M. Marchildon de ne pas me trudurre à la barre pour l'avoir appQ\é pseudonyme.)

Les Bouges ont une maison à eux, une espèce de phalanstère, où l'on a caserne le gros du parti de crainte d'accident. Au plaisir que Ton y goûte de pratiquer en commun, les vertus démocratiques et sociales, vient s'ajouter celui d'une sécurité que l'on n'aurait point si tous les adeptes étaient disséminés dans la capitale dont la corruption ne le cède en rien à celle de Babylone ; dans cet infUme Québec, où l'on ^oit sans cesde tant de lions rugissants qui, sous la forme de ministres ou de

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leurs affidés, ne cherchent qu'à surprendre et à dévorer les pauvres consciences républicaines.

Cest M. Jobin qui veille aux détails du ménage démocratique. Il a été élu banne à Tunanimité, grâce à ses airs câlins et au sourire stéréotypé sur sa figure. C'est lui qui pourvoit aux viles nécessités de ce monde, tels que le boire et le manger, choses auxquelles ne saurait descendre le génie d'un Laberge ou d'un Papin.

Cest lui encore (ou c'est elle) qui, dans les moments de crise, berce sur ses genoux l'Enfant-Tenûblc, prépare une potion calmante pour M.Prévost et donne, les jours de fête, un coup de peigne à M. Darchc et un coup de brosse au docteur Valois.

Les divers travaux de M. Jobin ne sont pas do ceux qui font beaucoup de bruit au loin, et c'était un service à rendre aux citoyens électeurs du nouveau comté do Joliette, que de leur apprendre ce que leur représentant fait à Québec.

MM. DEWITT, HOLTON ET GALT.

•> M. Rotschild est le roi des juitK, et le juif des rois /'

Les trois députés que voici, sont les Bouges de la finance, et les financiers des Bougen.

La démocratie franco-canadienne n'est pas prêteuse ; comme la fourmie de la f^ble, c'est là, son moindre d( faut En revanche, elle est, vous ne l'ignorez pas,

incorruptible et infaillible ; od ne saurait tout avoir à la fois. Cependant, si incorruptible et si infaillible que l'on soit, il est difficile de vivre d'incorruptibilité et d'infaillibilité, même en y ajoutant Tair pur et salubre du Canada, qui n'a pas pu suffire à nournr le citoyen Latte.*

Ceux donc des adeptes qui s'étaient décidés à demeurer dans ce malheureux monde, qui n'a pa« encore de juges de paix électifs ni de parlements annuels, tout en pariant sans cesse d'emprunter à la race anglo-saxonne son énergie et son activité, lui empruntèrent réellement à la veille des élections, une certaine quantité de dollars et de bank-notes.

Il va sans dire, que les richesses subitement^ acquises du parfi, ne furent pas employées comme celles d'un gouvernement corrompu, à corrompre le peuple ; elles servirent seulement, dans quelques comtés, à mettre en ])ratique le nouvel évangile humanitaire, qui consiste à donner un peu a manger à ceux qui on faim, et beaucoup à boire à ceux qui ont soif. D'ailleurs, si tout le monde ne lit pas les journaux que la démocratie distribue gratuitement pour éclairer le peuple, et le rendre meilleur, tout le monde au moins a visité les écoles, les hôpitaux, les salles d'asile qu'elle a fondés, afin de se ])opulariser uniquement par des œuvres philantropiques. Ilassurés sur l'emploi de ses fonds, mes lecteurs n'exigent pas que je leur dise à quelles conditions elle les a obtenus ; le portrait de ses banquiers suffira, j'espère.

Démocratie rouge, ma mie, dis-moi qui te paie, ei y te dirai qui tu es ?

* Ce Monsieur était Français d'origine, instituteur à Montréal, et Tun des écrivains de V Avenir.

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M. DeWitt est un patriote d'avant trente-sept. lia de nouveau fait partie do la Chambre depuis TUnion, a marché avec K. Lafontaine, et s'est passé de la démocratie tant qu'elle n'a pas été inventée.

Lorsqu'il parlait, M. De Witt le faisait d'une voix vibrante, inégale et criarde qui rappelait par ses aceens, toute la mélodie du Yankee doodle. Cela arrivait rarement, car il se contentait de dire, à voix basse, à son voisin, les discours qui avortaient presque toujours sur ses lèvres. On croit devoir se permettre de faire observer (comme écrivait son contemporain, M. Viger), qne le métier de voisin de M. De Witt n'était j)as préei- $«ément récréatif.

Gomme il a contribué largement à l'élection de plusieurs Rouges, il n'est pas surprenant qu'il se soit fait réélire lui même ; il ne lui en coûtait pas plus, tandis qu'il y était

Il est À peu près le même qu'autrefois, sauf la démocratie qu'il n'a encore manifestée que par ses votes et par sa barbe. Comme celles du Thomas Payne canadien, et du vénérable M. De Boucherville, cette barbe est blanche et elle aurait tort d'être noire, car M. De Witt est un de ces brillants jeunes gens de la Montagne qui dépassent la soixantaine.

Je serai quitte envers lui, quand j'aurai dit qu'il s'intéresse vivement au sort des Canadiens-français dans ce monde-ci et dans l'autre ; préside régulièment à l'as^samblée annuelle .de la Société protesltante fondée pour leor conversion, et présente n la chambre un projet de loi destiné à faire une corporation de l'apôtre Normandeau, son épouse et quelques autres, pour des fins ivangé- Uques.

M. Luther Holton à la physionomie du renard, mais da renard qui a l'esprit de faire bonne chère. Il est

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<ruTie grande et forte taille et parle d'un voix lente, compassée, et presque mielleuse, qui contraste avec sa robuste personne.

Il est difficile de dire, s'il est plus financier que républicain ou plus républicain que financier.

Si on eût voulu le récompenser de ses sermons contre la corruption du ministère précédent, il n'aurait pas dit comme le renaixi prêcheur, après son exhortation antîcarnivore... sir, quelques dindons ; mais bien... quelques dêbentures !

La démocratie à l'air do croire que M. Ilolton et se^ amis, qui font beaucoup d'argent avec le Grand-Tronc, en dépensent une partie uniquement pour ses beaux yeux, et afin d'introniser pour toujours et i\ jamait^ l'équité, la bonne foi, l'égalité, la fraternité et toutes le^ vertus de Tdge d'or. La démocratie se trompe, ou ce qui est plus vraisemblable, elle fait semblant de se tromper. La législation du parlement précédent a .Miirabondamment prouvé, au chapitre des chemins de fer :

Qu'il est avec Holton des accommodements.

A la dernière élection, il fut longtemps considén» comme candidat ministériel ; mais, c'étiiit sans douti' une imjX)sture du pouvoir, car personne ne fut pl^^ empressé, ni plus âpre que lui à condamner, voire même à stigmatiser, les prétendues spéculations de son ami intime M. Hincks.

M. Ilolton, en chambre, a pour les Bouges les airi^ complaisants et protecteurs d'un Mécène. Il écoute surtout, avec un sourire indéfinissable, ceux d'entr'eux (et ils sont rares, je l'avoue,) qui s'avisent de parler religion ou nationalité. Il a une foi invincible dans ses idées, qui sont celles de M. Brown entendues avec plus de finesse^de calme et de modération. Il se contente

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pour le moment, de la division qui s'est opérée dans nos rangs, et en calcule les résultats avec un flegme tout mercantile.

M. DeWitt est presbytérien, M. Ilolton estunitairien, et M. Galt est util itai rien et ils sont tous démocrates dans ce sens-ci que, si on veut leur permettre de faire table rase des fondations et des institutions catholiques, ils s'empresseront de faire subir le même sort à celles de leurs religions qui n'ont rien.

Je ne voudrais pas abuser des fables du bon Lafontaine, à l'endroit des renards et de M. Holton, mais je ne puis m'empécber de songer à celui qui, ayant la queue coupée, voulait faire une révolution dans le même sens, et criait: à bas toutes les queues !

M. (ialt a une assez jolie figure. Si la nature Ta doté d'un printemps éternel, elle n y a pas mis une expression de candeur bien frappante. C'est le caractère et les idées de M. Holton, avec une nuance d'habileté financière de plus, et une pointe de zèle républicain de moins. Il parle avec facilité, mais il y a dans son argumentation une subtilité si évidente, dans sa voix un petit ricanement si moqueur, dans ses yeux à demi fermés quelque chose de si chatoyant, qu'à moins d'être tout à fait crétin, il est impossible de rien croire de ce qu'il dit.

C'est un ministériel du vingt juin ; mais le cinq septembre, il passa à l'ennemi au moment du combat, lorsque les deux armées venaient de se ranger en bataille. Les généraux n'avaient cependant rien à lui dire. Ceux qui font de pareilles recrues, pour peu qaMls sachent calculer, doivent connaître d'avance le jour, l'heure et la minute de leur désertion. M. Galt, dans l'opposition, est demeuré l'apologiste de M. Hincks et de la maison Jackson. Les Bouges qui ont tant fait 3i

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de propagande avec Ie8 iniquités présumées du Grand' Tronc, »e montrent maintenant plus charitables, 8an^♦ doute par ëgaixl pour leur nouvel allié.

Qui Bavium non odit amet tua carmina, Mteri t

BÉCAPITULATION.

Comment trouvez- vous que je le8 trotivc { (Question» populairb».)

Les voilà donc tous ces astres incomparables ! Tous, première grandeur, sixième grandeur et nébuleuses, tous, rf>iige cerise, rouge ordinaire et couleur de rose, ils ont passé dans le champ de ma lunette !

Kh bien, qu'en |>ensez-vous, liénévole public, admi&t gratuitement aux séances de mon observatoire ?*

Ma foi. vous m'avez Tair à ne pas en penser grand'chose. vous êtes comme moi, terriblement désappointé?* de leur peu d'éclat ; et l'on me dit que vous tenez beau* coup plus, pour le quart d'heure, à soulever le rideau derrière lequel je me tiens moilestement caché, qu'à prendre avec moi la pai*a]laxe du Soleil-Laberge ou de la Comète-Marchildon.

Kh bien soit ! Si jamais vous rencontrez du ])remier janvier au pi-emicr de mai, dans les rues de Montréal, de

* Ces portraits d'abord, avaient été publiée par feuilletons dan:»

le* joitrnnux.

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Québec*, ou du village de Teri*ebonne, un grand homme mince, efflanqué, porteur d'une robe de drap noir eu Higne du deuil de nas illusions détruites, robe à larges manches et bordée de fourrures, une barbe emasi longue que celle de M. Papin et du Juif-Errant, mises bout à lx>ut, un bonnet pointu et d'i^ne hauteur incalculable, le nez au vent comme un homme qui cherche des étoiles en plein midi, ou comme un démocrate qui se rend à la convention, et portant sous son bras Timpayable télescope que vous savez ; alors soyez-en bien sûr, cher public, ce sera moi, moi, Gaspard LeMage, membre de la société des astronomes du Nord, membre corrçs- |K)ndant d'une intinité de sociétés savantes dont M. (luévremont ne fait point partie, et au demeurant, le meilleur tils du monde, qui chérit comme son prochain toute la race humaine de tout son cœur, et les Songes par dessus le marché.

Castigat ridendo mares ! Oui je les aime mes amis les Ronges, et si je les ai ch&tiés en riant, et ce qui vaut mieux encore, en les faisant rire tant bien que mal, c*était seulement pour les corriger de quelques petits défauts très-apparents, dont ils ne se doutaient point le moins du monde.

Mais je vous entends, bon public, vous récrier, et rire de moi a votre tour. '' L'idée de ce Gaspard LeMage, de vouloir corriger V Enfant- Terrible / Le moyen, mon cher Gaspard, de donner à ce diablotin la beauté du colibris ou le chant du rossignol ? Comment vous y prendrez- vous, vous, qui n'avez point les potions calmantes de M. Jobin, pour modérer les soubresauts de M. Prévost et le faire consentir à s'occuper d'autres choses que du régistrateur de Terrebonne ? Vous alle;& ««D8 doute, avoir la prétention de faire au docteur Valois, UD nea à la grecque et un costume de sybarite. Songe:^

donc que c'est à la bonne seule qu'appartient le droit de lui passer la brosse."

Hël&Sy qu'il est impatientant d'écrire pour un public qui vous lit, et qu'il est beaucoup plus doux d'écrire pour soi-mèmei comme M. Pacaud, et l'éditeur du Semeur ! Vous ne me conn^renez, pas, mon bon public. Je sais bien que malgré tout, M. Papin croira toujourb avoir quelque faux air de Danton, et qu'il n'en rugira pas moins *^ en présence de la chambre et du pays,'' les choses les plus ordinaires, comme s'il improvisait les imprécations de Camille ou celles de C^riolan ; que M. Darcho ne détendra point ses membres raidis par la peur des chaînes, et ne renoncera pour rien au mondcy aux douceurs du collage; qu'enfin M. Prévost mourra au sein de sa patrie, à Terrebonne, dans W comté de Terrebonne, en éternuant dans le style le plus démocratique, ses adieux au peuple et à lu vie ; je sais^ tout cela, cher public, et n'ai point les illusions que vous me supposez.

Cependant, si la goutte d'eau qui tombe sans cesse sur la pierre la creuse peu à ])eu, si feuille à feuille, le vent d'automne dépouille le chêne antique de sa vei*dure, si chaque vague qui apporte au rivage l'écume des mers y laisse, avec le temps, un banc de sable, l'ellébore répété à petites doses, pourra peut-être faire quelque bien dans les cervelles les plus démocratiques.

Déjà, l'on m'assure que les brillants jeunes gens de la Montagne font claquer un qcu moins haut, le fouet terrible qu'ils agitaient si fièrement sur la tète de» ministres. MM. Darche et Bourassa ont déserté le ménage phalanstérien, et sont allés nicher ailleurs loin du peigne de M. Jobin. Enfin, qui le croirait? M. Papin en apprenant mes écrits par cœur, fait provision

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de bons moto, et a finement reproché aux repréneiitantM do Québec d'avoir Québec j>our patrie !

Au peu d'esprit que le bonhomme arait L'esprit d'autrni par complément servait Il compilait, compilait, compilait.

Mais ce n'est pas, cher public, de tout cehi dont je me soucie le plus. — Votre ami Gaspard tenait surtout à vous démontrer, que la recette des Bouges qui consiste à s'acclamer eux-mêmes envers et contre tous, pourrait trouver une contre-partie dans une galerie impartiale de leurs grands hommes. Il était comme bien d'autre»^, ennn3'é d'entendre ceux qui criaient à tue-tète il n'y u pas longtemps '' les mesures et non les hommes/' dans Timpuissanee où ils se sont trouvés de mûrir aucune mesure raisonnable, crier maintenant, ^* les hommes et non les mesures," e8.sayer à l'imposer au moyen d'une camaraderie, et d'un système de claque régulièrement organisée. Il était excédé des ovations à la Robert Macaire dans le genre du triomphe de M. Daoust de Beauhamois, que les indigènes ont vu passer sur un char en forme de nacelle, trainé par on ne sait ni qui, ni quoi, mais portant un drapeau rouge au bout d'un Hapin, et entouré d'une foule de Jeunes gens ivres de ,ioie, me dit-on, et de nymphes démocratiques brûlant en son honneur une infinité d'essences de patriotisme, de démocratisme, de libéralisme, de républicanisme, et d'une foule d'autres ismes dont l'élu du peuple respirait sournoisement les doux parfums. Il ne manquait qu'un Capitole pour y conduire le triomphateur et les anciens Romains, et les 3'ankées de Fanny Eslt^r se trouvaient éclipsés à tout jamais ! Enfin, votre ami Gaspard n'on pouvait plus d'entendre ces mêmes gens qui 8'encensaient si efiVontément les uns les autres, traiter

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de niait» et d'imbéciles, sans pi-éjudice à la corruption et «u servilisme, tous ceux qui ne pensent point comme eux.

Dans cette disposition d'espl-it, au lieu des portraits ((ue vous venez de lire, si les Kouges n'avaient pas prit^, il 3* a longtemps, un brevet d'invention pour les manifestes au peuple, j'aurais peut-être fait la folie d'adopter rette forme d écrit pour vous prouver :

Primo. — Que le peuple ne se compose pas seulement de ceux que Ton abuse, qu'on leun'e, qu'on endoctrine à Koii profit ; que la population d'un pays ne se divise ]ins en deux portions congrues, celle qui a droit dt'» s'appeler " le peuple," et qui par là-même a le droit dt^ rommander, qu'elle soit en minorité ou non, et celle qui, bien qu'en majorité, ne peut pas s'appeler ** le peuple,' parce* qu'elle possède quelque chose, sait quelque chose, et veut quelque chose et doit, par la-même, obéir à l'autre.

Secundo. — Que le peuple, bien au contraire, c'est tout te monde, les riches tout aussi bien que les pauvres, les gens qui mangent à table tout aussi bien que ceux <[ui n'y mangent pas, les savants tout aussi bien que les ignorants, les gens d'esprit tout comme ceux qui n'en (»nt pas, M. Morin enfin, tout aussi bien que M. Prévost.

Tertio. — Que les grands mots ne signifient pas toujours de grandes choses, témoin le mot " Batracomioinachie," qui veut dire " combat des rats et des givnouilles."

Quarto. — Que l'éducation agricole et industrielle, vaut bien l'éducation politique professée par dos élèves de syntaxe, ou par des gens qui n'ont jamais appris de MjMitaxe, et qui n'auront jamais de méthode.

QuiNTo. — Que nos institutions religieuses valent bien rtdles que veut nous donner le Semeur Canadien^ et nos institutions politiques celles du Cultivateur Indépendant,

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ScXTo. — Que les parlementa fiiiniielp* seraient une taxe impoëée au peuple^ l'état de guerre en permanence, et ane sottise perpétuelle en droit et on fait, comme (lirait celui qui les a inventés.

Et puis j'aurais ajouté: " Tenez mes amis (et j'aurais tlit cela aux Canadiens-Français de toutes couleurs), quoique Ton veuille tout changer, il y a une chose quç Ton ne changera pas : Tunion a longtemps fait la force et la division ne la fera jamais. Nous sommes HÎtués d*une manière toute particulière. Nous avons une langue à nous, qui en vaut bien une autre ; une religion, qu'on ne se laisserait pas arracher plus nbément que le cœur; nous avons des institutions qui font la gloire de Tune et la force de l'autre, nous sommes une jolie bande encore, qui tenons à toutes ces choses que nous appelons nationalité^ malgré que l'Institat Canadien de Montréal réuni en séance solennelle u'ait décidé, qu'a la majorité d'une voix, qu'il importait «le les conserver. Quand je songe que ça ne tenait qu'à une voix, et que cette voix pouvait être celle de l'En- Tant-Terriblc ou de M. Darche, je me sens frissonner de la tète aux pieds et refrissonner des pieds à la tète ! N0115 avons combattu bien longtemps, et avec succès, pour le* garder ces bonnes choses, mais dans ce temps fà nous étions en majorité, aujourd'hui nous sommes une minorité. Soyons unis, n'en voulons pas trop à ceux qui ont mené nos affaii*es à bien, parcequ'on leur a donné des places que nos ennemis occupaient autrefoÎB \ ne nous laissons point décrier, et aft*aiblir uniquement pour l'amour des plaidoiries sans fin de M. Dorion, des belles phrases de M. Laberge, de la grosse voix de M. Papin, des petits cris de l'Ënfan t-Terrible, ni même dee papier» collés dont M. Darche nous inonde avec tant de politesse ? "

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Voilà ce que j'aurais dit à tous mes compatriotes, et j'aurais encore ajouté un petit mot pour ceux qui se mêlent scientifiquement de cette abominable chose qu'on appelle la politique, et qui ne parlent plus qu'en ismes.

Le libéralisme outré, leur aurais-je dit, et l'esprit frondeur d'opiX)8ition qui sont dans la nature des choMcs, n'ayant plus A combattre contre le conservatisme outré, rejeté hors du pouvoir par le libéralisme modéré ont enfanté dans le Haut-Canada le cUar-grltisme, dans le Bas-Canada, le rougisme.

Le clear-gritisme qui a eu le pouvoir quelques instants, et que nous étions disposés à laisser faire dans lie certaines bornes, pour ce qui regardait le Haut- Canada, s'il n'avait pas voulu s'immiscer dans nos affaires, à nous, le clear-gritisme a assez mal joué ses rartes pour se trouver dehors un bon matin au lieu <rêtre dedans. Les Rouges ont joué les leurs tout aussi mal, ero3'ant sans doute qu'il ne s'agissait que de jeter le pouvoir à terre pour être à même de le ramasser ; ils sont ensemble maintenant et forment un milieu nouveau, où se rencontrent des ambitions surexcitées et déçues, des nullités prétentieuses et quelques talents fourvoyés. Ils sont là dans Timpuissance, perdant tous les jours quelque chose de leur force de cohésion.

" Je m'inquiète peu de ce qui adviendra des clear- (jrits ; mais les Rouges après tout (à l'exception de quelques chétifs caractères, qui s'allieront avec n'importe qui), les Rouges, s'ils voulaient penser et parler un peu comme tout le monde, ne pas se croire d'une race à part, comme les hippogriffes, les centaures, les lapithes, les ti^oglodytes, ou toute autre espèce d'êtres fabuleux, les Rouges seraient des Canadiens- Français comme nous autres. Dans le cas d'une entente cordiale,

i<? rae fliurgerai, iK^ur ma part, d'embrasser le docteur Valois. Que tout le monde se montre aussi courageux vX les choses iront bien.

" Si au contiiiire, ils aiment mieux rester avec les rUargrits qui leur ont déjà joué un mauvais tour en les (K»a8sant en avant, et en restant eux-mêmes en arrière, dans raflf'aire des vingt mille louis, en présence, cette tois-lày non pas seulement " de la chambre et du pays," iiiaii* eu présence du monde entier, s^ils préfèrent 3[. Ih-own et M. McKenzie, à M. Morin et à sir Allan MacNab, aloi^s qu'ils restent avec leurs braillards, qu'ils continuent à diviser le Bas-Canada en face du Haut- ( 'anada, afin d'avoir plus en belle à crier, que nous M ►m mes sacrifiés ; et qu'ils goûtent enfin, comme nous les av<»ns goûtées nous-mêmes, toutes les douceurs de l'allianee " clear-gritiste." Tout ce que nous pouvons faire, ce sera de dire de ces deux fractioiis divisées et dfcliues du parti libéral, avec le i>oèLe :

" Qae ces deux grands débrin se consolent entr'euz.'*

Gaspard Lb^Iage.

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