DE
BT. A TSE.
Monsieur le Iîédactsur.
Il y a longtemps que je voulais vovlh écrire pour vous raconter les faiU et gestes de notre capitale, mais je •^uie 9\ paresseux, et j'ai si peu Thabitude de la plume f[ue jusqu'ici, je n'ai rien fait. Ajoute» à cela, que j'ai mes petites études obligées à faire sur divers sujets. Je n*étndie )>as beaucoup, mais on jugeant par comparaison le» divoi*ses ))arties de mon travail, je vous dirai : j'étudie beaucoup de lois, un peu de littérature, et un grain de science. Quant à la politique, elle est mon passe-temps des heures de repos; c'est pour moi, la «îience sociale que je n'étudie pas, mais dont je suIk imprègne par le milieu qui m'enveloppe. Elle entre par tous les pores, sans violence et tellement inaperçue, que chaque matin, a mon réveil, je m'en trouve totit rempli, au point de la croire intuitive, et pourtant, il n'en c^t rien ; je reçois ia politique, comme je reçois aa paRsage, les sons plus ou moins discordants d'une musique ambulante.
Au surplus, je suis chroniqueur universel, et si je n'écris pas l^eancoup, je n'en pense pas moins.
56 LES CHRONIQUES QUÊBECQUOIsES.
Je n'ai pas besoin de vous dire qu'ici, nous somme»* en plein hiver, mais, ce qui n'est pas nouveau, c'est que l'automne n'a pas été aussi fécond, cette année, en bals et en amusements de toute espèce. C'est à peine si le club des Promeneurs (Tandem club), a fait une ou deux fois son apparition dans les rues de la ville, et mal lui en arrivera s'il reparaît, car, il pousse ses chevaux à toute bride, au grand danger de la vie des citoyens, et les piétons se sont bien promis de punir ces cochers gcntilsliommes, qui vont ti*op vite, comme ils viennent d^ punir deux cochers vulgaires.
Vous ne sauriez croire, comme le nombre est grand de ceux qui aiment à saluer le soleil levant : " le îx)i est mort, vive le roi ! " — " le ministère est mort, vive le ministère ! " — et certaines dames fashionables, de la rue 8t.... ne sont pas les dernières à faire entendre ce cri de loyauté, au profit du plaisir et des jouissances. ■ Vous avez, sans doute, entendu parler <iu voyage de notre ministre d'agriculture* jusqu'au fond du Saguenay, et même jusqu'au lac Saint-Jean. Il vous^ a raconté lui-même, dans le Canaâien^ sa propriété enregistrée, suivant M. Ramsay, il vous a raconté dis-je, dans un langage d'une pureté tout attique, comme quoi, il avait couché plusieures fois, à la belle-étoile, abrité des seuls rayons de la lune; comme quoi, les populations accouraient empressées an devant du grand homme, du bienfaiteur, du messie, et que sais-je encore ; comme quoi, il daigna répondre aux nombreuses adresses <' avor bienveillance" et même, "avec éloquence."
Mais, oe que vous ne savez pas, sans doute, c'est \h réalité de tout cela, c'est le dessous des cartes, c'est If mécanisme de cette mise en scène. Avant son départ
• L'HoDOimble F. Eranturel.
LES CHRONIQUES QUÉBBCQUOISBS. 57
de la Riviôre-du-Loup pour le Saguenay, quatre habile> olaqnears avaient été envoyés en avant-coureurs, jusque Hur le*» boiils <hi lac Saînt-Jean. Ils précédaient l'illustre minintre, de porto en porte, et disaient aux populations éparpillées sur le vaste territoire : recevez le bien et vous aurez beaucoup, c'est lui, qui distribue l'argent do la colonisation. Aussi, les adresses ne firent pas défaut, <*^r les pauvres gens ont besoin de chemins.
A son retour à Chicoutimi, ou à la Grande-Buie, le ministre ne se montra pas ingrat, dit-on, car il distribua à ses admirateurs Veau lustrée en abondance ; les libations i'arent généreuses et la reconnaissance se transforma en enthousiasme et presqu'en ivresse. C'était as.sure-t-on, an spectacle d'une rare occurrence. On ne dit j)ourtant pa» que les cris de joie, tirent tomber les oiseaux du eiel, et que les ortolans arrivèrent te ut rôtis, dans les bouches ouvertes et aifamées.
J'oubliais de vous dire que le Canadien, en annonçant le départ du ministre d'agriculture, fit connaître à ses lecteurs que celui-ci était ** accom])agné " de M. Dorion. Arrivés sur le quai de la Hivière-du-Loup, les deux ministres se mêlèrent a la foule et parlèrent comme de simples mortels. L'un d'eux, dans une causerie, avoua que le ministère, était composé d'hommes sans expérience, de novices enfin I tandis que ^es adversaires avaient l'expérienco des affaires, une longue habitude de l'administration, et la connaissance de la tactique parlementaire. Il admit, que c'était là de grands désavantages, que le nouveau cabinet espérait cependant corriger, par une élection générale.
L'autre, plus impinident et plus provoquant, s'expona à de rudes répliques et échappa à de sévères vérités, en cherchant son salut sur un autre coin du quai.
58 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
Voulez-vous la fin morale de tout ceci ? la voici : — Si vous êtes le ministre d'agriculture demain, je vous promets de pareilles ovations, sans même que vous ayez besoin d'avoir recours aux claqueurs.
Peu de temps après le voyage de M. Evanturel au 8aguenay, les citoyens du faubourg Saint-Jean de Québec présentaient une adresse de félicitations à MM. Tessier et Evanturel. Cette adresse se promena, durant Hix semaines, de maison en maison, et obtint dans le faubourg, un certain nombre de signatures. lies promoteurs étaient de deux espèces, Tune, des ouvriers qui voulaient de l'ouvrage du bureau des travaux publics, — l'autre, des incendiés de 1845, qui voulaient à tout prix, être débarrassés de l'obligation de remettre au gouvernement l'argent qu'ils lui ont emprunté.
L'adresse n'avait pas de caractère politique ; on n*y félicitait les deux ministres de leurs succès que commtenfants nés dans le faubourg Saint-Jean. Comme on le voit, la réputation de nos deux ministres est toute faubourienne. Celui qui parla au nom de la députation fut M. Louis Larose, (*) qui n'est pas même un électeur. C'est sa femme qui serait électrice si les femmo^^ pouvaient voter. M. Larose s'excusa sur le peu d'importance de la députation et en fit connaître les contrariétés. N'oubliez pas que vous êtes là, en ce moment, chez M. Tessier et que M. Evanturel est à sa gauche. Nous avons eu bien du trouble, dit M. Larose, nous avions presque fini de faire signer l'adresse, lorsqu'on nous fit apercevoir que nous avions oublié M. Evanturel ; et il nous a fallu recommencer. Ensuite, nous avonn
(*) Cf H. Larose •'appelait Joseph, et non pas Louis. Il fut pluf» tard, employé à Ottawa comme suryelllatit des travaux de maçonnerie lora de la construction des édifices parlementaires.
tes CHRONIQUES QUÉBBGQUOISES. 59
été trouver M. Simard, qui nous a fait modifier l'adresse, parcequ'elle renfermait une attaque contre l'ancien gouvernement."
M. V. — 11 ne s'agit pas de politique ; nous ne voulons pas bl&mor les autres. Nous vous présentons cette adresse, pareeque vous êtes des enfants du faubourg.
La coupe était bien amôre, cependant, les deux ministres la burent en grimaçant; le plus triste, comme Inen vous pensez, fut M. Evanturel qu'on avait d'abord oablié.
Est-ce par tristeîtôe ou par pénitence, que le ministre d'agrfcnlture a pris, depuis, deux fois le chemin de la Trappe? Peutrêtre M. Langevin, son compagnon de voyage, pourra- t-îl vous en dire quelque chose.
La milice est en ce moment à Tordre du jour; on ne parle plus que volontaires, capitaines, majors de brigade, colonels, et que sais-je encore. Les majors de brigade sartout, font sensation ; ils ont déjà fait tomber deux colonels de districts, le colonel Campbell et sir E. P. Taché. Ceux qui sont nommés pour le fias-Canada, sont au nombre de dix, dont cinq d'origine française et cinq d'origine britannique. La proportion est loin d'être équitable, si Ton veut bien se rappeler que les Canadiens français, forment les trois quarts de la population. M. Chs. de Salaberry n'avait pas demandé la place de major de brigade ; il ne le fit, qu'à l'instigation réitérée de KM. Tessier et Evanturel qui lui offrirent leur appui, et lui promirent la situation. La place fui donnée à M. Carter ; voilà, comme ces deux puissants ministres soutiennent les intérêts et la cause des Canadiens français.
Le News de Québec dit que '' M. Tessier a été suvnommé trente-sous-Tessier, parceque ses notions sur U finance, ne se sont jamais élevées au-dessus de cette 4è
(iO LES CHRONIQUES QUÉBECQU0IAE9.
«omme, et que ses confrères, ne valent guère mieux, puisqu'ils n'ont jamais pei-du l'occasion des plua baâ8e$« actions à leur profit et à celui de leurs amis, ou de faire du mal à leurs adversaires politiques/' Il a probablement raison et dans tous les cas, l'influence de M. Tessier mise au profit de ses compatriotes, ne vaut pas trente sous dans le gouvernement.
Puisque j'en suis sur le compte de M. Tessier, je vou?. raconterai une petite histoire, qui, si elle n'est pan trè»* plaisante, est au moins très-instructive.
Un certain M. Cimon avait entrepris la conèitructioTi du palais de Justice de la Malbaie pour la somme de' £5,000. Tracasaier à l'extrême, il avait causé a M. Rose beaucoup de déboires. Son succesKeur l'avait enduré longtemps mais, en fin de compte, il avait été obligé de lui ôter l'ouvrage et de le faire finir par d'autres. Au moment oii M. Oinion cessa de travailler^ il avait reçu le montant do son contrat, moins environ. ^5000, si je ne me trompe ])as. L'ouvrage fut terminé, ainsi que je vous l'ai dit plus haut, par un autre et jttiyé ces 95,000 et plus. M. Cimon intenta u«i procès et poursuivit personnelleroeut l'entrepreneur pour t20,000 de dommages. C'est M. Tessier qui le poussait à cela, et qui devait lui servir de conseil dans son procèe. Devenu ministre des Travaux Publics, il ne sut que faire de son rôle d'avocat de M. Cimon, car il n'avait plus de vengeance à exercer contre son prédécesseur, mais, il devait quelque chose à son client, et pour lui être utile, il plaç:i >«a cause devant les arbitres de la province.
Les témoins du gouvernement prouvèrent que M. Cimon avait même trop reçu, mais les arbitres lui donnèrent en dommages t4,686. — M. Cimon a été pay^'. — Les frais de poursuite, reclamés par lui seulenientr
LES CnitONIQUES QUÉBECQU0I8E8. 61
b'éleTèrent à $3,000. Tel est TavaDtage pour lui, d'avoir choisi M. Tessier pour son avocat-conseil.
Devant cette décision étrange, M. Fournier,* Favocat du gouvernement, a recommandé trôs énergiquement à «."elui-ciy d'en appeler de la décision des arbitres, mais M. Tessier a préféré payer son ancien client.
Le nouvean ministère, me direz-vous, ne dépense aucun argent qui ne soit autorisé, puis qu'il fait faire des enquêtes pour établir que ses prédécesseurs n'ont pas respecté, eux, la loi. Ça c'est bien sûr, car M. Tessier dépense, depuis longtemps, des sommes qui n'ont pae été votées par la chambre.
II 7 a trois mois environ, sa dépense dépassait déjà de plus de $12,000 le crédit accordé. Vous savez que, par les votes de la chambre, on a affecté près de $50,000 à la construction d'un chemin, situé dans les seigneuries de mes tantes et de ma belle mère. Mais cela ce n'est rien, car ioi^ la chambre a voté. Après cela, il a fait poser une ehemiee au quai de Rimouski ; cette chemise cout« 17.000 ! Où est ici le vote ? Il n'y est pas, mais le quai «Bt dans la seigneurie de mes tantes et de ma belle mère. Vous voyez donc que ces gens-là, ne sont pas plus purs que les antres.
H. Tessier est un homme universel ; il donne de^ cours À l'Université; il plaide au palais chaque fois que l'occasion s'en présente ; il est commissaire des Travaux Publics à raison de £1250 par année ; il plaide dans la personne de son associé, M. David Soss, devant les arbitres provinciaux, et amasse ainsi, de toute» manières, pour les mauvais jours.
* AvtoordliQi (1881) l'uii des Juges de la Cour Suprême.
62 LES CHRONIQUES QUÊBECQUOISES.
C'est encore un littérateur fini. L'autre jour, je libal» son Emma dans le Bépertoire National,* en présence de quelqu'un qui en prit occasion de me raconter une singulière anecdote.
" Le Répertoire National venait, dit-il, de paraître. M. Evanturel tenant le livre dans sa main, montra Emma à M. C..., lui demandant ce quMl en pensait. 11 faut avouer, que c'est une triste amplification, répliqua celui-ci. — Et vous, qu'en pensez-vous ? ajouta M. Evanturel en se tournant vers M. Tessier, que M. C... n'avait pas vu."
Plus tard, M. Tessier avait fait des pr/>grÔH, et sc^ collègues de rinstitut-<.^anadien, durent refondre totalement un rapport annuel qu'il avait préparé en 6a qualité de président. Ses lettres encore, sont des chefsd'œuvres de style ; pour vous en convaincre, vou?» n'avez qu'à lire colle qu'il adressait, il n'y a pas longtemps, au caissier de la Banque Nationale, en résignant lu place de président de cette institution. Il y avait longtempe qu'il avait cessé de remplir les fonctions de président, parceque chaque ibis qu'on lui présentait uti billet de plus de $400, il se sentait pris d'un tremblement nerveux. Avec lui la banque n'aurait pas vécu longtemps.
Le bureau du Canadien est en proie à la guerre civile. MM. Evanturel et Geo. Larue, deux co-propriétaires, ne se parlent pas et sont en quei'elle ouverte; M. Barthe et M. Michon, l'un propriétaire, et l'autre i-édactciir, ne se parlent pas non plus. Cependant, tous se plaignent que le gouvernement ne fait pas a^sez pour eux, et que le Mercury avale tout. M. Thompson du Pays^ était ici
* FrécieuM compilation d'écrite canadien-français, publiée par James Huaton, en 184S.
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOlSES. G3
Vautre jour et se plaignait à M. Evanturel, dit-on, d'être délaissé. Celui-ci, aurait répondu/ le Canadien n'est \aA mieux traité que vous, et M. Thompson de répli- •laer: si c'est comme ça que vous traitez vos amis...
M. Thompson est revenu depuis, avec des lettres menaçantes de M. Dessaulles et de M. Dorion.
'* Mais revenons à nos trois chèvres; "
Je vous ai dit que la guerre civile sévissait dans les Imreaux du Canadien. 11 y a quelque temps, les co-proliriétaires, MM. les ministres Evanturel et Tessier et M. Geo. Lafiue y étaient réunis pour les atf'aires de 1 établissement ; d'autres personnes étaient encore présentes; M. Evanturel traita M. Larue de chenapan eX M. Larue appela M. Evanturel ignorant, &c. Le ministre «le Tagriculture prit une chaise pour en briser la tète <lu préteur; le ministre des Travaux Publics, se plaça entre les deux champions, pour arrêter un bris de chaises, et Teffusion du sang; il était dans son rôle.
Comme vous voyez, les choses ne vont pas au mieux, dans ce sanctuaire de toutes les vertus.
Il y a peut-être quinze jours, un frère Trappiste allait de porte en porte demander des secours pour l'établif*- ^mect du township Langevin, dont vous avez déjà entendu {>arler. Il alla tout naturellement chez le premier ministre John Sandfield MacDonald. Celui-ci. le reçut avec brusquerie en lui disant qu'il n'y avait pas besoin de Trappistes dans ce pays, et après l'avoir traité avec cette dureté, il lui donna cinq...chelin8 I
Le ministère qui sent bien qu'il ne peut vivre longtemps, n'a qu'un remède contre le mécontentement général, celui de menacer d'une élection générale, mais personne n'a peur. Le sentiment du mépris est uni-
64 L£8 CHBONIQOBS QUÉBECQÛOIsEd.
vereel et ce gouvernement, est destiné h tom ber so».<4 ies siffletB de ses propres amis.
Personne ici ne croit à Télection, que le gouvernemeni tombe oa non, et en tout cas, Ton s'y prépare.
Le comté de Lotbinière a fait Tëpreuve de M. Joly, et cette épreuve ne Ta pas satisfait; des paroîsseK entières font volte-face à leur représentant, et il est de toute certitude que celui*ci, ne sera pas réélu.
Le comté de Québec se prépare tranquillement, maif^ efficacement, et je parierai dix contre un, que les jours politiques de M. Evanturel y sont comptés. Il a eu la chance, la dernière fois, d'avoir à lutter contre un adversaire très-respectable mais aussi très-impopulaire, parcequ'il était, depuis environ quinze ans, Tun des commissaires (des chemins) à barrières.
On parle d'un M. Lefrançois qui veut se présenter en opposition à M. Cauchon, dans le comté de Montmorency. On m'assure qu'il a déclaré, ne venir de l'avant qu'à l'instigation de M. Evanturel et qu«^ celui-ci, ne lui a donné la surveillance d^s travaux de colonisation, qu'à la condition expresse qu'il se présenterait.
M. Lefrançois est d'une capacité nulle, et donner un pareil adveraaire à M. Cauchon, c'est ce moquer du <ïomté de Montmorency, ^t s'exposer à une défaite humiliante. Il est admis de plus, par les gens sensé»^ de tous les partis, qu'il n'y a pas d'homme capable de lutter dans le comté de Montmorency, avec celui qui le représente depui» près de vingt ans.
Lu commission, composée de MM. Sheppard, Bristow et T. S. Brown. siège dans l'une des chambres du parlement. Elle a commencé par le bureau de Tinspecteur-général, mais elle n'est pas restée là plus tie deux ou trois jours. Maintenant, elle est dans le bureau
LES CHRONIQUES* QUÉBECQU0ISE8. 65
'Ui commisbaire des Travaux Publics, et elle tient «ur la sellette M. Toussaint Trudeau * depuis environ deux ^maines. On m'informe qu'elle n'a pas d'autre but, qne de trouver M. Cauchon en défaut, parceque sa ])lume est constamment employée contre le gouvernement. On dit même que M. Tessier prépare les questions pour les commissaires. Mais le ton du foumalf n'est pas celui de la crainte, et si quelqu'un >«>rtébréché de cette lutte, nous gagerions d'avance, que t<* ne *»era pas M. Cauchon r*
Blaise.
MoNAÏKUR LE RÉDAUTEUR,
Merci pour la publication de ma dernière lettre. J'ai **! peu l'habitude d'écrire, et j'étais si peu content de ♦Je mon travail d'essai, que je m'attendais presqu'à un lefus,' cependant, je dois vous dire que si mes phrases lie sont pas bonnes, mes faits sont incontestables.
•Rapprends que vous n'avez plus de neige à Montréal, ft que vous marchez sur la terre, ici, nous avons encore itn peu du blanc manteau de la nature, mais pas assez pour protéger le sol contre la gelée et ses conséquences.
L'aniversîté Laval a eu une grande fête jeudi. Il ^agissait do distribuer des diplômes, et en même temps, de pleurer la mort de l'un des professeurs de ' one des facultés, le Dr Frémont, puis, d'inaugurer le
* M. Tnidefta est, aigourd'hui. assiiitai&t-miniBtre de» ohemiim ^i*i fer et ouiMiz.
t lie Imtmûl de QuêUe ; M. Cauchon on était le Rédacteur.
(>6 LES CHRONIQUBS QUÉBECQUOISES.
monument de M. Loais Jacques Casault. On i*emar* quait dans rauditoire, la vénérable et patriarcale figure de Mgr Baillargeon, et celles d*un nombreux clergé et de plusîoures centaines de citoyens. Les dames ornaient les galeries de leurs gracieuses figures et de leui"s fraîches toilettes. Tout le corps universitaire était sur une estrade élevée, et rehaussait la fête par la richesse et la gravité de ses costumes.
M. le recteur ouvrit la séance par un discours plein d'apropos, et les diplômes furent ensuite distribués. Après cette distribution, M. le Dr Sewell, prononça l'éloge funèbré'du Dr Frémont. M. Sewell ent un homme de mérite et un médecin distingué, il ent fils de Tancien juge en chef Sowell, adoré comme magistrat, mais détesté comme homme politique. Le Ih- Seweil, quoique protestant, est dévoué de toute son âme a l'université Laval, car il s'est aperçu, que les messieurs du séminaire attirent vers eux, toutes les capacités dans l'intérêt de l'université, sans demander ;i personne, s'il est catholique ou protestant.
Ce fut M. le Dr Laruo qui prononça l'éloge funèbre de M. L. J. Casault. On s'accorde à dire que M. Lame a réussi, et je suis de l'opinion de la généralité. Malts, s'il est permis à un étudiant de juger l'un de ses pn>fesseurs, je vous dirai que je l'ai trouvé bien froid. L<»î* phrases sont belles, bien formées, mai*» elles sont golées, et dures comme des glaçons. Il a été long aussi nn peu, mais a tout prendre, c'est bien.
Voilà le carnaval qui approche, et les bals qui s'annoncent à grand son de trompette ; mais ils ne menacent pas d'être aussi nombreux que l'année dernière. Les dîners leur font une concurrence redoutable. Jj&h bals I mais pourquoi nous en occupons- nous, pauvre^ étudiants ? M. Larue ne nous a-t-il pas dit, qu'utie
LSS CHRONIQUES QUÊBECQUOISEii. 67
heure de lecture, vaut mieux que toute 1h science que «lonne le monde ? Jean-Jacques Eous^^eau avait dit cola autrement avant lui, et le» saints Pères Tavaient dit avant Sousseau. Cependant, le monde va toujours son traîn et îl ne manque jamais d'adeptes. Est-ce pour K>n bien ou son malheur, c'est une autie ai)airc. Mais, <iaaod on a vingt ans, le cœur a plus d'activité que le cerveau, et un beau et suave visage de jeune fille, vous parle plus éloque|nment qu'un volume sec, terne et embrouillé de Domat, de Pothier, de Tuillier, et même <leTroplong. Je vous parle, là, de mon expérience. Je m'exécute pourtant quelquefois, et je l'etourne a|.rôs le lai à mes livres, parcequ'on me dit:— "Les livrets, i-'esi le pain, T amour doit venir après." Peut-être la i-aison parle-t-elle ainsi, mais ma mémoire me dit que lamour est venu avant le pain, et que Tamour donne 1 amour du paiu-
Quand je vous écris toutes ces choses, j'ai constauiment la rue St... devant les yeux et la coutume de Paris est loin de ma pensée.
'*A tout seigneur tout honneur;" parlons maintenant ])oli tique, c'est mon passe-temps avec les bals.
Je vous ai parlé dans ma dernière, des petits scandais de la direction du Canadien; j'ai appris depuis, que M. George Larne voulait à tout prix, éloigner M. Evanturel du Canadien^ à force de déboires et en le désintéressant. D'un antre côté, les propriétaires ont cherché, tout récemment, un rédacteur; c'est la deuxième fois, me dit -on, qu'ils font cette démarche. Ils deviennent chaque jour, plus convaincus et ils disent à qui veut les entendre, que M. Barihe n'est pas capable, et a un trop mauvais nom, et qu'il ruine le gouvernement dans
6S LE» CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
l'opinion publique. On se serait adressé les deux l'ois, à M. H...*
La milice vient de causer quelques chagrins an •gouvernement dans le comté de Montmorency. M. Suzor, le major de brigade, y est allé lui-même. Il a ou le malheur de menacer, et on me dit que s'il ne s'était sauvé, il lui .•serait certainement arrivé malheur. On m'assure que M. Suzor a également déplu par le même pix)cédé à Ste. Fo3'e. Le gouvernement s'apercevra que la persuasion vaut mieux que la menace.
M. McGee a donné une conférence ici, qui ne lui a pa*i porté chance. Cette lecture, faite au prolit des veuves de deux émiiients littérateurs irlandais, n'a produit que vingt-sept piastres, sur lesquelles il faut prendre le coût des annonces, &c. La salle était vide. Jîist-ce pour cela, qu'il a cru devoir insulter toute la race française ? (.V ne serait pas une raison.
On dit qu'il a été trôs-sensiblo, à la remarque du Morniny Citronicle, et on l'a même vu prendi'e le chemin du bureau de ce journal. Là rumeur va jusqu'à diro, qu'il aurait soupçonné un collègue d'avoir inspiré U- Chrmicle. La rumeur peut bien se tromper, mais ce qui est notoire, c'est la haine que se portent l'éciproqueraein MM. Tessier, Kvanturel et McGee.
On m'assure que MM. McDonald et MacDougall soin à couteaux tirés. M. McGee sympathise beaucoup avif«î M. MacDougall, mais déteste M. Sicotte.
Tous les ministres considèrent aujourd'hui M. Sicotttcomme une image, un beau portrait, et regardent sii capacité comme nulle. Mais aussi, tout le monde port«» le même jugement de tout le cabinet.
* Pierre G. Huot, notaire & Québec, qui fut plus tard élu député à ]» «.'hambre d'amemblée par le comté de Saguenay et la division <I«^ Québec Est.
LES CHRONIQUES QLÉBECQUOISIS. 60
Le eorrespon(iant de la Gazotte de Québec dit que le |»pemier ministre est diligent et toujours h Hon poste. Jo puis vouH dire la même chose, d'après le rapport «ju en ont fait plusieurs des employés du gouvernement. Mais aussi, quelle diflérence entre la brillante intelligence do M. J. A. McDonald et celle de M. J. S. McDonald ? Le premier est un esprit de premier ordre, )>()uvant faire honneur à tous les pays,— le second, n'est «ju'un travailleur, bon à faire un compagnon peut-être, mais jamais un maître pour me servir du langage dets sociétés s^ecrètes. Non seulement je les ai vus et rntenduR tou.s les deux, dans la chambre, mais j':û entendu les hommes de tous les partis les apprécier «omme moi.
Le Mercury de cette ville, qui vient de se louer définitivement au gouvernement pour une j)ériode de temps inconnue, dit que maintenant, il n'y a plus de principes «M» discu^HÎon en Canada, qu'il n'y a plus que des liommcH. et conclut, tout naturellement, à la conservation du gouvernement actuel. Pour ma part, à lu place de cet écrivain que l'on dit avoir soutenu avec le même zôle les deux gouvernements, je conclueniis autrement que lui; je dirais: il n'y a plus que des hommes, je choisis les plus capables, car le pays est trop avancé pour se laisser gouverner pir des imbéciles ftdes incapables. Peut-être mon raisonnement n'est-il pas juste, et la politique exige-t-elle un autre mode •l'appi^ciation que les antres choses de la vie, car je ''Jns jeune encore pour la juger, mai» ce qui me rassure. «• rst que j'entends, sans cesse, faire le même raison- 'K*ment autour de moi. Je v(»us reverrai.
Blaise.
70 LES CHRONIQUES QDÉBECQUOISES.
MoNs«iEUR LE Rédacteur.
Je vous écris pour vouh pîx)uver que je vis encore ; je suis d'autant plus vivant que l'on a frap)>é sur tout le monde, excepté sur le coupable. Vous n'avez pas été i^pargné plus que les autres ; M. Henri Parent n*e<L pas épargné non plus, et on m'a dit que M. Tessier, !«> prenant pour B^aisf, na pjis voulu l'inviter à son bal. Voilà donc encore un péché sur ma conscience. J'en demande pardon à M. Parent. M. Tessier, vous êtes vindicatif et petit pour un grand homnie ; pour venger mes victimes, je vous ôterai votre portefeuille, c'est sûr. et bien vite encore.
Un correspondant du Pays, qui signe Juvénal me reproche trois choses: de mal écrire, de m'appelei- Biaise, et de manquer de véracité. J'accepte volontiers les deux premières accusations, mais je repousse la troisième avec l'indignation d'un honnête homme. 1 1 n'y a pas un mot qui ne soit vrai dans tout ce que j»» vous ai écrit, en mauvais style si vous voulez, dan» mes deux lettres.
D'abord, Juvénal n'écrit pas mieux que moi, mal«j^ré son nom hyperbolique; il a donc tort, à ce point ûv vue, de s'appeler Juvénal Mais il a raison en un autre )>oint, car Boileau dit que Juvénal, faisait de VhyperboU. Biaise, veut peut-être dire naïf, mais il veut aussi dire franc et probre.
J'ai beaucoup joui du désarroi causé par ma premier*^ lettre, des colères et des découragements qu'elle a suscités. J'entendais tant de bruit autour de moi. qa'nn moment, Je me suis cru quelque chose, et que dans ma joie enfantine, j'ai failli crier: "c'est moi, moi Blaire, votre serviteur." Mais je me suis mordu la langutpour la châtier de l'indisci-étion qu'elle allait commettre.
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. ?1
en lai disant h ToreillG (à l'oreille de ma langue) : — ** Insensée, sers-toi de tes yeux et de ton ouïe partout où tu iras, mais sois muette, car, du moment que tu parleras, les salons, les lieux publics, les bals te seront formés au nez, et a part la triste vie que tu me feras mener, je n'aurai plus rien pour ma chronique/'
Je n'ai pas besoin de vous dire que Juvénal est un menteur, qui n'a pas même le sens commun. Il met, par exemple, en dialogue, des personnes qui au dire de tout Québec, ne se sont pas vus depuis sept ou huit mois. Quand on ment, il faudrait au moins avoir de I^esprit, c'est de rigueur. Je suis bien sûr que MM. Chapais et Cauchon n'ont* pas échangé une pai*ole en- !^mbIo, depuis la clôture des chambres ; mais, je sais qae MM. Sicotte et Tessier ont fait une visite, à M. Chapaia cet été. On m'assure que le représentant du comté de Kamonraska, et les deux ministres se sont regardés entre quatre jeux^ sans se dire un mot de ))olitique.
Los deux derniers auraient été reçus avec une grande hospitalité, et voilà tout.
Je vais vous prouver sans désemparer, comme quoi, Jucénal n'est pas digne de créance. Il raconte en ces mots au Pays^ une topchante anecdote : — ^' Je reçois à rinatant même où je fermais ma chronique, une lettre de Montréal, dans laquelle on me dit, que rencontrant à Montréal, il 3* a quelques jours, l'homme le plus spiritoel peut-être qui ait demeuré dans Québec, il vous a dit en vous saluant :
** On ne peut toujours pas dire que vous êtes juif, car vooB mangez du cauchon avec bien de l'appétit par le temps qui court."
lie Pays affirme que la chose lui a été véritablement dite, et déclare, qu'il " a eu même la faiblesse de la preodre pour un compliment."
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Or, ce D'est pas du tout Tanecdote ; pour édifier le public sur la véracité de Af . DesaatUles ^ et de son corres- ])ondant Juvénal, je vais vous la donner telle qu'elle a été dite. L'homme le plus spirituel de Québec : '< On ne peut pas dire que vous êtes en suif puisque vous avez été mangé par un cauchon !... Vous êtes de^auUé (dc^sole)."
M. Dessaulles fit une affreuse grimace, et porta involontairement la main sur ses os décbarnés, pour se convaincre que son interlocuteur avait raison.
Je vous parlais dans ma première lettre de l'afiairc Cimon. Sur les $4636 payées à Cimon, sans appel de la part du gouvernement, malgré les instances de son avocat, M. Fournier, une portion considérable de cette somme fut retenue par Tordre de M. Tessier qui, contre l'usage à ce qu'on me dit, des département publics, se chargea de payer les dettes de M. X, Cimon. et en particulier, les honoraires de ses avocats. Or, il ne faut pas oublier que M. Tessier, avant son entrée au bureau des travaux publics, était Vavocat conseil de M. Cimon.
Ce dernier, est le seul entrepreneur que M. Tessier ait traité avec largesse ; il essaie de ruiner tons les antres, parcequ'il les soupçonne d'être hostiles politiquement au gouvernement dont il est membre. Ceci e^t notoii'e dans Québec, et aussi, est-il devenu odieux à toute la classe ouvrière, depuis l'entrepreneur jusqu'au simple manœuvre.
Tous avez pu voir une correspondance dans le Canafheny où le talent de M. Tessier pour les finances, est défendu avec un grand zèle. Il n'est pas difficile de deviner l'auteur de cet écrit publié dans ce journal, la
* Rédacteur da Papt et plus tard, GooMiller Législatif,
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propriété de M. Tessier. Mais malgré ses réclamations, je tiens encore mon dire, et si vous voulez vous donner la peine de venir prendre des renseignements parmi nos hommes d'affaiires, vous verrez que je n'ai rapporté que la conviction commune. Je ne veux pourtant pas insister, car je crains qu'il ne demande un certificat de capacité aux directeurs de la Banque Nationale. Je n'ai pas oublié celui qu'il se fit donner un jour, par son ^ecrétiiire particulier.
Je vous ai raconté Témeute arrivée, il .y a quelques semaines, dans le bureau du Canadien, et je ne vous ai dit que la vérité. Le 20 janvier 1863, c'est-à-dire la Hemaîne dernière, il y avait une nouvelle rixe dans le même sanctuaire. On dit que l'émotion chez M. George Larue fut si grande, que comme Napoléon devant Hudson Lowe, il en sentit la vibration jusque dans son mollet gauche ; cotte dernière querelle entre les ami», est vraie à la lettre comme la première dont je vous ai donné les détails.
Tout cela finira mal ; M. Barthe a toujours devant le8 jeux la crainte de perdre sa place, car les mlnistroHpropriétaires avouent ouvertement, qu'il les ruine dan« Topinion publique ; mais pour dire le vrai, ils se méprisent tous entr'eux. Ils voas disent tous, par exemple, que H. Sicotte n'a aucune capacité quelconque, que c'est une belle image qu'il faudrait encadrer ; que M. MacDonald a la haute main sur tous les département», et qu'il taille A tort et à travers ; que M. McGee les compromet par ses discours et sa conduite ; que M. McDongall les voyant perdus, complote contre eux «vec M. Brown, ^ afin de conserver dans la débficle lu
* Rédacteur du Olobe de Toronto. Homme d'une gnmde énergie «tehef du parti gritdans le Haut-Canada. Il a été assassiné, par ran de ses ouvriers, en 1S80.
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Ix)iine amitié de son ancien chef; que M. Tessier est com ploiement incapable, et ne jouit pas même de la confiance de la division qu'il représente.; que M. Morris est une vieilFe femme, bonne à mettre dans un asile d'invalides ; que My Evanturel a trop de langue, trop do poils, et pas assez cle tète.
A propos de ce dernier, je vais vous raconter une amusante et véridique histoire. Quelque malin avait jeté plusieures lettres à la poste, toutes adressées au rédacteur du Canadien, L'une de ces lettres, était le compte-rendu d'une prétendue assemblée tenue à St. Pascal de Kamouraskb. La lettre faisait intervenir le curé, M. Patrie, dans l'assemblée, et lui prétait un discours rempli d'éloges à l'adresse de M. Evanturel, qui avait plus fait, dans huit ou neuf mois, pour la colonisation que ses prédécesseurs dans huit ou neuf uns. Cette lettre et d'autres écrites de la même main, assure le Canadien, demandaient des exemplaires du Canada reconquis.
M. Evanturel, attendri jusqu'aux larmes du procédé de M. Patrie, lui écrivit une lettre dans UK^uelle il U* remerciait de ses bonnes paroles, en lui disant que le him témoignage d'un homme comme lui, était rafraîchissant ]X>ur un homme public; M. le curé do St. Pascal, (j'ai pris tous ces détails dans la basse-ville, où ils sont le thème général), M. le curé de St. Pascal, n'en cx-oyait pas ses yeux, car avec la lettre, il. recevait un Canada reconquis. M. Barthe, on le comprend, étnit'au comble du bonheur; on l'appréciait enfin, après tant d^années d'oubli et de dédain ! mais malheureusement tout cela n'était qu'une déception, car M. Patrie, qui ne reçoit pas le Canadien, alla aux informations, et on lui montra la corresjK)ndance qui lui avait valu uu volume et unttouchante épitre. Comme il ne voulait pas fair*?
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continner la mystification, il écrivit au Canadien une lettre semblable a celle qu'il adressa, plus tard, au Journal, M. Barthe au lieu de la publier, écrivit une longue épitre à M. Patrie, pour l'engager à se taire, parceque l'affaire devenant publique, aurait l'effet de livrer un ministre au ridicule.
Tout cela est triste, et ce qui Test davantage, c'est que tous les malheurs viennent a la fois.
Le Pays n'a pas nie les deux voyages de M. Thompson, le beaa-frôre de M. Dessaulles, à Québec et le motif de ces voyages.
M. filackburn, du Mercuty, avait commencé à imprimer le rapport de la commission d'Ottawa, mais n'ayant ni assez de place, ni assez de caractère^ il le fait imprimer par MM. Eose, Thompson et Lemieux, les imprimeurs de la chambre. Cependant le volume portera le nom de Blackburn, et sera supposé être imprimé par lui. Aussi, MM. Rose et Thompson impnmeront pour M. Blackburn un nombre donné d'exemplaires pour un jour fixé ; puis, quand le rapport aura été mis devant la chambre, MM. Rose et Thompson l'imprimeront de nouveau pour le parlement.
Comme vous voyez M. MacDonald pratique en gran<l l'économie. Il découvre Pierre pour couvrir Paul ; il habille les gueux qui apostasient, avec les dépouilles de ses victimes. Mais, rassurez-vous, M. Blackburn et M. Sheppard, on me Tassure, seront encore ministériels, quand le ministère McGee — Evanturel aura payé sa dette à la nature.
J'ai rencontré M. Sicotte sur le chemin, il m'a l'air bien pensif. Il a dit-on, expédié M. Abbott à Montréal avec plein pouvoir de choisir un secrétaire-provincial, lui disant que quant a lui, il était fatigué de courir après des refus.
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MM. McGoe et Foley sont partis poar se rendre auprès de M. Howland, 2i Toronto, afin de ^administrer dans ses moments d'agonie, ou lui monter le courage, .si c'est seulement le moral qui est malade. Pour ma part, je crois volontiers à la maladie, car des gens bien informés, m'assurent que les quelques piastres économisées sur les salaires de quelques malheureux employés, n'ont pu empêcher le déficit de regonfler à trois mUitmè de piastres pour l'année 1862.
Ce n'est pas chose tràs-plaisante que de venir ici pour mourir, et M. Howland croit plus, avec raison, ii l'efficacité des soins de la famille, qu'à colle des remède» que lui administrerait la chambre.
Aujourd'hui, non seulement le public tout entier croit «H la chute inévitable et prochaine du cabinet, mais celui-ci y croit lui même, et plusieurs de ses membren l'ont admis.
Si on ne me trompe pas, le chemin de fer întercolonial va être une source de déboires pour le ministère, car, le Nouveau-Brunswick et la Nouvel le- Ecosse, n'entendent pas servir de jouet dan» les mains de MM. MacDonald et Sicotte.
Nos ministres doivent s'apercevoir trop tai^i, que le ^gouvernement de la chose publique, n'est pas une besogne facile, car ils n'ont à présenter aux chambres^ ni actes législatifs, ni actes administratifs ; ils n'ont que des rapports de commissions, le bagage d'autrui, que le vent de la discussion fera évanouir comme les nuages du ciel.
J'ai été bien long, je l'admets, mais cependant, j'ai oncore un petit scandale à vous raconter. Samedi matin, les regards des passants étaient attii'és pas l'aspect d'un mannequin euj^pendn à un arbre dans le champ-demars, entre la j>rison, le château St Tjouis, et l'Exécutif.
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Oe mannequin que je n'ai pas vu, avait, dit-on, six piedâ de haut, les mains attachées derrière le dos, portait chaussettes de coton noir aux pieds, et bonnet de coton blanc sur la tète, ^tait pendu par le cou, à vingtcinq ou trente pieds en Tair, tirait la langue, avait le cou de travers comme un pendu, et portait sur la poitrine cette inscription : — ^Trente^bous-Tessier.
Il resta ainsi pendu, les uns disent jusqu'à 8 heures i les autres disent jusqu'à 9 heures ^. Bientôt, les spectateurs devinrent nombreux, mais personne ne voulait décrocher le pendu ; coïncidence singulière, ce fut le ihérifqmj enfin, donna ordre de le descendre. Autre augure ; on ne le décrocha pas, on lui arracha le cou, et le cadavre fut transporté à la station de police.
On fait mille conjectures sur la cause de cette pendai- NOD, qui a, ra*a-t-oa dit, blessé au cœur M. Tessier, a\i point qu'il aurait promis une récompense à celui qui découvrirait les coupables. La police serait sur leurs traces 1 Pourquoi diable aussi, ces gens ont-ils des traces ? Mais à mon avin M. Tessier, au lieu de se fâcher, devrait rire, car, comme il s*est fait bien des . ennemis depuis quelques mois, si l'on s'aperçoit que ces «lémonstrations l'ennuient, on les lui prodiguera.
N'est pas qui veut Henri IV ^ qui disait : <* le peuple me chante, mais il paie." M. Tessier, il est vrai, n'est paa Henri IV, et notre peuple ne paraît pas vouloir s'en tenir aux chants.
Tout de même, on ne peut pas approuver ces pendaisons et ces brulades en effigie.
Blaise.
• Ce mot est de Maâtria.
78 liCS CHRONIQUES QUtBECQUOIses.
M. LE BÉDAGTEUB,
Si je vous ennuie, il est évident que je ne m'ennuie pas moi, et je senp même, que, à force de forger, je deviendrai, pour le moins, aussi bon forgeron que lo correspondant du Pay$. Peut-être me direz vous, que mes visées ne sont pas très^hautes. Cela est possible, mais je connais mes moyens, et je borne mon ambitioil à dire la vérité dépouillée de tout ornement.
Deux événements approchent, l'un, dans loi'dre religieux, Tantre, dans Tordre politique ; le carême et l'ouverture des chambres. Il e^tbien pos^sible, cependant, que par un coup de la Providence, ou, si vous Taimez mieux, de la fortune, ces deux sortes d'événements ne soient intervertis, que le parlement ne fusse jeûner le cabinet actuel, et que le carême ne soit une />^^ue pour ses rcdoiitables advei'saires. C'est au moins l'opinion universelle, et des ministres ont avoué i\ leurs intimes, qu'iln voyaient bien qu'ils s'en allaient. Ils n'ont pas même la certitude que le gouverneur général leur accordera une élection générale, ils inclinent même vers l'idée contraire. Pourquoi avez-vous ces craintes, disait un citoyen à un ministre ? Le gouverneur-généi'al no voui^ at-il pas, à votre demande, promis une dissolution, l'année dernière ?— Mon cher ami, je prends mes crainte»^ dans la situation même des choses , Tannée dernière n'est {>a8 cette année, et mille causes ont surgi depuit», les unes pour changer la position du gouverneurgénéral, et par suite, son opinion sur la dissolution, le>autres, pour nous détourner de la demander.
Mais, e^t-cc que sir Edmund Head n'a pw» eu tort dt^ la refuser à M. Brown, en pareille circonstance, et n'tit-il pas, par cet acte, porté une atteinte très-grave à lu constitution ?
LB8 CHRONIQUES QUiBKCQUOtBES. TD
^Entendons-nous; d'abord, du niomentoù un cabinet a perdu la confiance du parlement, son organe, le premier ministre, communique le fait au chef de TEtat, '«oit en déposant entre ses mains les portefeuilles de ses collègues et le sien, soit en demandant une dissolution. Dans le dernier cas, le premier ministre justifie dans nu mémoire écrit, les motifs qui rengagent à demander la dissolution. Nous aurions donc par exemple à dii-e, flans ce mémoire : que la chambre qui nous condamne, irexprime pas Topinion du pays, et que notre proicnimme renferme de grandes mesures de législation (et il faudrait les nommer), sur lesquelles il convient «le consulter le corps électoral. Si le chef de TEtat, intéressé autant que nous à étudier Topinion publique, et d'autant plus responsable à sa conscience qu'il ne i*est à personne en Canada pour ses actes publics; si le ^uvemeur-général, placé en dehors des partis, et neutre dans le débat, ne juge pas comme nous (et il y a bien «les motifs pour qu'il ne le fasse pas), nous n'aurons plus qu^à nous retirer.
— Vos réflexions me paraissent théoriquement justes, et du reste, dans les hautes positions publiques et politiques que vous avez tour à tour occupées, vous avez été à même de connaîtra mieux que moi, la doctrine constitutionnelle sur les attributs du chef de l'Etat, et sur ses obligations morales, dans le cas où un vote de la chambra le place dans^la nécessité de faira usag^ de son libre arbitre; mais veuille/, me dire, si, sir Edmund Head n'a pas eu tort, au point de vue de la l'onstitution. ou bien encore, à celui de la justice, ù^ refViser la dissolution à H. firown, et pourquoi, en ce qui vous regarde, votre position n'est plus <^lle de I« dernière cession ?
80 LES CHRONIQUES QUÊBSCQUOtsES.
— Je pourrai» répondre : j'ai déjà répondu à votro première question, quand je voua ai dît, que le chef de l*état, ne prenait son libre arbitre que du moment où son cabinet, qui est l'intermédiaire constitutionnel entre la couronne et le parlement, l'informe que ce dernier, par un vote solennel, vient de lui retirer sa confiance. Si on peut restreindre le libre arbitre, celui-ci n^exîste pas réellement. Les ministres ne peuvent pas plus le cii*« conscrire, que le chef de Texécutifne peut lui-roèmci limiter le droit du conseil, comme l'essaya vainement George III, alors même qu'il était à l'apogée de sa puissance.
— ^Mais, est-ce que le libre arbitre du gouverneur-général dans le cas dont nous parlons, n'est pas comme notre libre arbitre A nous ? est-ce qu'il ne doit pas avoir pour règles, la raison et la justice ?
— Votre réflexion est juste ; mais, en dehors de certaine* actes, est-ce que les hommes s'accordent sur les idéei^ du jiute et de VinjusiCy et, est-ce que les intérêts, do personne ou de parti, ne peuvent pas nous faire trouver des injustices où il n'en existe pas réellement? Ainni on 1868, je possédais un portefeuille, je ne trouvai injustes, ni le vote de la chambre qui condamnait MM . Brown et Dorion sans même donner le temps de le> entendre, ni le refus du gouverneur-général de leur accorder une dissolution. Les ministres défaits crièrent à l'injustice, cela était naturel. Aujourd'hui que je suij* dans la position de MM. Brown et Dorion, je trouverais ou je prétendrais trouver injustes, et la chambre qui mv donaerait un vote de non confiance, et le gouverneur' général qui me refuserait une dissolution, si toutefois je croyais, qu'un appel au peuple put me donner une majorité.