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Québec, ou du village de Terrebonne, un grand homme mince, efflanqué, porteur d’une robe de drap noir en signe du deuil de ses illusions détruites, robe à larges manches et bordée de fourrures, une barbe aussi longue que celle de M. Papin et du Juif-Errant, mises bout à bout, un bonnet pointu et d’une hauteur incalculable, le nez au vent comme un homme qui cherche des étoiles en plein midi, ou comme un démocrate qui se rend à 1: convention, et portant sous son bras l’impayable télescope que vous savez; alors soyez-en bien sûr, cher public, ce sera moi, moi, Gaspard LeMage, membre de la société des astronomes du Nord, membre correspondant d’une infinité de sociétés savantes dont M. Guévremont ne fait point partie, et au demeurant, le meilleur fils du monde, qui chérit comme son prochain toute la race humaine de tout son cœur, et les Rouge: par dessus le marché.
Castigat ridendo mores ! Oui je les aïñne mes amis les Rouges, et si je les ai châtiés en riant, et ce qui vant mieux encore, en les faisant rire tant bien que mul, c'était seulement pour les corriger de quelques petits défauts très-apparents, dont ils ne se doutaient point le moins du monde.
Mais je vous entends, bon public, vous récrier, et rire de moi à votre tour. ‘“ L'idée de ce Gaspard LeMage, de vouloir corriger l'Enfant-Terrible ! Le moyen, mon cher Gaspard, de donner à ce diablotin la beauté du colibris ou le chant du rossignol ? Comment vous y prendrez-vous, vous, qui n'avez point les potions calmantes de M. Jobin, pour modérer les soubresauts de M. Prévost et le faire consentir à s'occuper d’autres choses que du régistrateur de Terrebonne ? Vous allez sans doute, avoir la prétention de faire au docteur Valois,
un nez à la grecque et un costume de sybarite. Songez
donc que c'est à la bonne seule qu'appartient le droit de lui passer la brosse.”
Hélas, qu'il est impatientant d'écrire pour un public qui vous lit, et qu'il est beaucoup plus doux d'écrire pour soi-même, comme M. Pacaud, et l'éditeur du Semeur ! Vous ne me comprenez, pas, mon bon public. Je sais bien que malgré tout, M. Papin croira toujours avoir quelque faux air de Danton, et qu'il n’en rugira pas moins ‘en présence de la chambre et du pays,” les choses les plus ordinaires, comme s'il improvisait les imprécatious de Camille ou celles de Coriolan ; que M. Darche ne détendra point ses membres raïdis par la peur des chaînes, et ne renoncera pour rien au monde, aux douceurs du collage; qu'enfin M. Prévost moutra au sein de $8a patrie, à Terrebonne, dans le comté de Terrebonne, en éternuant dans le style le plus démocratique, ses adieux au peuple et à la vie; je sais tout cela, cher public, et n’ai point les illusions que vous me supposez.
Cependant, si la goutte d'ean qui tombe sans cesse sur lu pierre la creuse peu à peu, si feuille à feuille, le vent d'automne dépouille le chène antique de su verdure, si chaque vague qui apporte au rivage l’écume des mers y laisse, avec le temps, un banc de sable, l’ellébore répété à petites doses, pourra peut-être faire quelque bien dans les cervelles les plus démocratiques.
Déjà, l’on m'’assure que les brillants jeunes gens de la Montagne font claquer un peu moins haut, le fouet terrible qu'ils agitaient si fièrement sur la tête des ministres. MM. Darche et Bourassa ont déserté le ménage phalanstérien, et sont allés nicher ailleurs loin du peigne de M. Jobin. Enfin, qui le croirait? M. Papin en apprenant mes écrits par cœur, fait provision
roit de
public 'écrire ur du lic. Je Jujours rugira pays,” ovisait 1; que dis par ien au révost dans le le plus je sais ns que
cesse ille, le de su ’écume
de bons mots, et a finement reproché aux représentants de Québec d’avoir Québec pour patrie !
Au peu d'esprit que le bonhomme avait L'esprit d'autrui par complément servait Il compilait, compilait, compilait.
Mais ce n'est pas, cher public, de tout celà dont je me soucie le plus.—Votre ami Gaspard tenait surtout à vous démontrer, que la recette des Rouges qui consiste à s'acclamer eux-mêmes envers et contre tous, pourrait trouver une contre-partie dans une galerie impartiale de leurs grands hommes. Il était comme bien d’autres, ennuyé d'entendre ceux qui criaient à tue-tète il n’y 4 pas longtemps ‘“ les mesures et non les hommes,” dans l'impuissance où ils se sont trouvés de müûrir aucune mesure raisonnable, crier maintenaut, ‘les hommes et non les mesures,” essayer à l’imposer au moyen d’une camaraderie, et d'un système de claque regulièrement organisée. Il était excédé des ovations à la Robert Macaire dans le genre du ériomphe de M. Daoust de Beauharnois, que les indigènes ont vu passer sur un char en forme de nacelle, trainé par on ne sait ni qui, ni quoi, mais portant un drapeau rouge au bout d’un sapin, et entouré d’une foule de jeunes gens ivres de
joie, me dit-on, et de nymphes démocratiques brûlant
en son honneur une infinité d’essences de patriotisme, de démocratisme, de libéralisme, de républicanisme, et d'une foule d’autres ismes dont l’élu du peuple respirait sournoisement ‘ lès doux parfums. Il ne manquait qu'un Capitole pour y conduire le triomphateur et les anciens Romains, et les yankées de Fanny Esler se trouvaient éclipsés à tout jamais ! Enfin, votre ami Gaspard n’en pouvait plus d'entendre ces mêmes gens qui s'encensaient si effrontément les uns les autres, traiter
de niais et d’imbéciles, sans préjudice à la corruption et au servilisme, tous ceux qui ne pensent point comme eux.
Dans cette disposition d'esprit, au lieu des portraits que vous venez de lire, si les Rouges n'avaient pas pris, il y a longtemps, un brevet d'invention pour les mani: festes au peuple, j'aurais peut-être fait la folie d'adopter cette forme d'écrit pour vous prouver :
PriMo.—Que le peuple ne se compose pas seulement de ceux que l’on abuse, qu'on leurre, qu'on endoctrine à son profit; que la population d’un pays ne se divise pas en deux portions congrues, celle qui a droit de s'appeler ‘ le peuple,” et qui par là-mème a le droit de commander, qu’elle soiten minorité ou non, et celle qui, bien qu'en majorité, ne peut pas s'appeler “ le peuple,” parce qu'elle possède quelque chose, sait quelque chose, et veut quelque chose et doit, par là-même, obéir à l’autre.
SECUNDO.—Que le peuple, bien au contraire, c'est tout le monde, les riches tout aussi bien que les pauvres, les gens qui mangent à table tout aussi bien que ceux qui n’y mangent pas, les säVants tout aussi bien que les ignorants, les gens d'esprit tout comme ceux qui n’en ont pas, M. Morin enfin, tout aussi bien que M. Prévost.
TErTIOo.—Que les grands mots ne signifient pas toujours de grandes choses, témoin le mot ‘ Batracomiomachie,” qui veut dire ‘“ combat des rats et des grenouilles.”
QuarTo.—Que l'éducation agricole et industrielle, zaut bien l'éducation politique professée par des élèves de syntaxe, ou par des gens qui n’ont jamais appris de syntaxe, et qui n'auront jamais de méthode.
QuiNTo.—Que nos institutions religieuses valent bien celles que veut nous donner le Semeur Canadien, et nos institutions politiques celles du Cultivateur Indépendant.
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Sexro.—Que les parlements annuels seraient une taxe imposée au peuple, l’état de guerre en permanence,
* une sottise perpétuelle en droit et en fait, comme dirait celui qui les a inventés.
Et puis j'aurais ajouté: ‘ Tenez mes amis (et j'aurais dit celà aux Canadiens-Français de toutes couleurs), quoique l'on veuille tout changer, il ÿ a une chose que l'on ne changera pas: l’union a longtemps fait la force et la division ne la fera jamais. Nous sommes situés d'une manière toute particulière. Nous avons une langue à nous, qui en vaut bien une autre ; une religion, qu'on ne se laisserait pas arracher plus aisément que le cœur; nous avons des institutions qui font la gloire de l’une et la force de l’autre, nous ommes une jolie bande encore, qui tenons à toutes ces
hoses que nous appelons nationalité, malgré que l’Inscitut Canadien de Montréal réuni en séance solennelle n'ait décidé, qu'à la majorité d’upe voix, qu'il importait de les conserver. Quand je songe que ça ne tenait qu'à une voix, et que cette voix pouvait être celle de l'Enfant-Terrible ou de M. Darche, je me sens frissonnet de lu tète aux pieds et refrissonner des pieds à la tête ! Nous avons combattu bien longtemps, .et avec succès. pour les garder ces bonnes choses, mais dans ce tempx là nous étions en majorité, aujourd’hui nous somme: une minorité, Soyons unis, n'en voulons pas trop à ceux qui ont mené nos affaires à bien, parcequ'on leur a donné des places que nos ennemis occupaient autrefois ; ne nous laissons point décrier, et affaiblir uniquement pour l’amour des plaidoiries sans fin de M. Dorion, des belies phrases de M. Laberge, de la grosse voix de M. Papin, des petits cris de l'Enfan t-Terrible, ni même des papiers collés dont M. Darche nous inonde avec tant de politesse ? ”
Voilà ce que j'aurais dit à tous mes compatriotes, et j'aurais encore ajouté un petit mot pour ceux qui se mêlent scientifiquement de cette abominable chose qu'on appelle la politique, et qui ne parlent plus qu'en ismes.
Le libéralisme outré, leur aurais-je dit, et l'esprit frondeur d'opposition qui sont dans la nature des choses, n'ayant plus à combattre contre le conservatisme outré, rojeté hors du pouvoir par le libéralisme modéré ont enfanté dans le Haut-Canada le clear-gritisme, dans le Bas-Canada, le rougisme.
Le clear-gritisme qui a eu le pouvoir quelques instants, et que nous étions disposés à laisser faire dans de certaines bornes, pour ce qui regardait le Haut- Cunada, s'il n'avait pas voulu s’immiscer dans nos affaires, à nous, le clear-gritisme a assez mal joué ses cartes pour se trouver dehors un bon matin au lieu d’être dedans. Les Rouges ont joué les leurs tout aussi mal, croyant sans doute qu'il ne s'agissait que de jeter le pouvoir à terre pour être à même de le ramasser ; ils sont ensemble maintenant et forment un milieu nouveau, où se rencontrent des ambitions surexcitées et deçues, des nullités prétentieuses et quelques talents fourvoyés. Jls sont là dans l'impuissance, perdant tous les jours quelque chose de leur force de cohésion.
“ Je m'inquiète peu de ce qui adviendra des cleargrits; mais les Rouges après tout (à l'exception de quelques chétifs caractères, qui s’allieront avec n'’importe qui), les Rouges, s'ils voulaient penser et parler un peu comme tout le monde, ne pas se croire d’une race à part, comme les hippogritfes, les centaures, les lapithes, les troglodytes, ou toute autre espèce d'êtres fabuleux, les Rouges seraient dus Canadiens-Français comme nous autres. Dans le cas d’une entente cordiale,
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LA PLÉIADE ROUGE. pl
je me chargerai, pour ma part, d’embrasser le docteur Valois. Qué tout ie monde se morire aussi courageux et les choses iront bien.
“ Si au contraire, ils aiment mieux rester avec les clear-grits qui leur ont déjà joué un mauvais tour en les poussant en avant, et en restant eux-mêmes en arrière. dans l'affaire des vingt mille louis, en présence, cette fois-là, non pas seulement ‘ de la chambre et du pays,” mais en présence du monde entier, s'ils préfèrent M. Brown et M. McKenzie, à M. Morir et à sir Allan MacNab, alors qu’ils restent avec leurs braillards, qu'ils continuent à diviser le Bas-Canada en face du Haut- Canada, afin d’avoir plus en belle à crier, que nous sommes sacrifiés ; et qu’ils goûtent enfin, comme nous les avons goûtées nous-mêmes, toutes les douceurs de l'alliance “ clear-gritiste.”" Tout ce que nous pouvons taire, ce sera de dire de ces deux fractions divisées et dechues du parti libéral, avec le poète :
« Que ves deux grands débris se consolent entr'eux.”
GASPARD LEMAGE.