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BLAISE
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES
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BLAISE
MONSIEUR LE RÉDACTEUR
Il y a longtemps que je voulais vous écrire pour vous raconter les faits et gestes de notre capitale, mais je suis si paresseux, et j'ai si peu l’habitude de la plume que jusqu'ici, je n’ai rien fait. Ajoutez à cela, que j'ai mes petites études obligées à faire sur divers sujets. Je n'étudie pas beaucoup, mais en jugeant par comparaison les diverses parties de mon travail, je vous dirai: j'étudie beaucoup de lois, un peu de littérature, et ui grain de science. Quant à la politique, elle est mon passe-temps des heures de repos; c'est pour moi, la science sociale que je n'étudie pas, mais dont je sui: imprégné par le milieu qui m'enveloppe. Elle entre par tous les pores, sans violence et tellement inaperçue, que chaque matin, à mon réveil, je m'en trouve tout rempli, au point de la croire intuitive, et pourtant, il n'en est rien; je reçois la politique, comme je reçois a passage, Îles sons plus où moins discordants d'un» musique ambulante.
Au surplus, je suis chroniqueur universel, ct si je n'écris pas beancoup, je n'en pense pas moins,
56 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOIRES.
Je n'ai pas besoin de vous dire qu'ici, nous sommes en plein hiver, mais, ce qui n'est pas nouveau, c'est que l'automne n’a pas été aussi fécond, cette année, en bals et en amusements de toute espèce. C’est à peine si le club des Promeneurs (Tandem club), a fait une ou deux fois son apparition dans les rues de la ville, et mal luien arrivera s’il reparaît, car, il pousse ses chevaux à toute bride, au grand danger de la vie des citoyens, et les piétons se sont bien promis de punir ces cochers gentilshommes, qui vont trop vite, comme ils viennent de punir deux cochers vulgaires.
Vous ne sauriez croire, comme le nombre est grand de ceux qui aiment à saluer le soleil levant: “le roi est mort, vive le roi! ”—‘“]le ministère est mort, vive le ministère ! ”—et certaines dames fashionables, de la rue St... ne sont pas les dernières à faire entendre ce cri de loyauté, au profit du plaisir et des jouissances.
Vous avez, sans doute, entendu parler du voyage de notre ministre d’agriculture* jusqu'au fond du Saguenay, et mème jusqu'au lac Saint-Jean. Il vous à raconté lui-même, dans le Caxadien, sa propriété enrégistrée, suivant M. Ramsay, il vous a raconté dis-je, dans un langage d’une pureté tout attique, comme quoi, il avait couché plusieures fois, à la belle-étoile, abrité des seuls rayons de la lune; comme quoi, les populations accouraient empressées au devant du grand homme, du bienfaiteur, du messie, et que sais-je encore; comme quoi, il daigna répondre aux nombreuses adresses “avec bienveillance ” et mème, ‘“ avec éloquence.”
Mais, ce que vous ne savez pas, sans doute, c'est lu réalité de tout celà, c’est le dessous des cartes, c’est le mécanisme de cette mise en scène. Avant son départ
* L'Honorable F. Evanturel.
sommes est que en bals ne si le ou deux al luien à toute et les gentilsent de
k grand roi est vive Île e la rue iddre ce ces.
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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
de là Rivière-du-Loup pour le Saguenay, quatre habiles claqueurs avaient été envoyés en avant-coureurs, jusque sur les bords du lac Saint-Jean. Ils précédaient l’illustre ministre, de porte en porte, et disaient aux populations éparpillées sur le vaste territoire: recevez le bien ct vous aurez beaucoup, c’est lui, qui distribue l'argent de la colonisation. Aussi, les adresses ne firent pas défaut, ar les pauvres gens ont besoin de chemins.
A son retour à Chicoutimi, ou à la Grande-Baie, le ministre ne se montra pas ingrat, dit-on, car il dist:ibua à ses admirateurs l'eau lustrée en abondance ; les libation furent généreuses et la reconnaissance se transforma en enthousiasme et presqu'en ivresse. C'était assure-t-on, un spectacle d’une rare occurrence. On ne dit pourtant pas que les cris de joie, firent tomber les oiseaux du ciel, et que les ortolans arrivèrent tout rotis, dans les bouches ouvertes et affamées.
J'oubliais de vous dire que le Canadien, en annonçan le départ du ministre d'agriculture, fit connaitre à ses lecteurs que celui-ci était ‘ accompagné ” de M. Dorion. Arrivés sur le quai de la Rivière-du-Loup, les deux ministres se mêlèrent à la foule et parlèrent comme de simples mortels. L'un d’eux, dans une causerie, avoua que le ministère, était composé d'hommes sans expérience, de novices enfin! tandis que ses adversaires avaient l'expérience des affaires, une longue habitude de l’administration, et la connaissance de la tactique parlementaire. Il admit, que c'était là de grands désavantages, que le nouveau cabinet espérait cependant corriger, par une élection générale.
L'autre, plus imprudent et plus provoquant, s’expos: à de rudes répliques et échappa à de sévères vérités, en cherchant son salut sur un autre coin du quai.
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»8 LES CHRONIQUES QUÉRECQUOISES,
Voulez-vous la fin morale de tout ceci? la voici :— Si vous êtes le ministre d'agriculture demain, je voux promets de pareilles ovations, sans mème que vous ayez besoin d’avoir recours aux claqueurs.
Peu de temps après le voyage de M. Evanturel au Saguenay, les citoyens du faubourg Saint-Jean de Québec présentaient une adresse de félicitations à MM. Tessier et Evanturel. Cette adresse se promena, durant six semaines, de muison en maison, et obtint dans le faubourg, un certain nombre de signatures. Les promoteurs étaient de deux espèces, l’une, des ouvriers qui voulaient de l'ouvrage du bureau des travaux publics, — l’autre, des incendiés de 1845, qui voulaient à tout prix. être débarrassés de l'obligation de remettre au gouvernement l'argent qu'ils lui ont emprunté.
L’adresse n'avait pas de caractère politique; on n’y félicitait les deux ministres de leurs succès que comme enfants nés dans le faubourg Saint-Jean. Comme on Île voit, la réputation de nos deux ministres est toute faubourienne. Celui qui parla au nom de ia députation fut M. Louis Larose, (*) qui n’est pas mème un électeur. C'est sa femme qui serait électrice si les femmes pouvaient voter. M. Larose s'excusa sur le peu d’importance ‘de la députation et en fit connaître les contrariétés. N'oubliez pas que vous êtes là, en ce moment, chez M. Tessier et que M. Evanturel est à sa gauche. Nous avons eu bien du trouble, dit M. Larose, nous avions presque fini de faire signer l'adresse, lorsqu'on nous fit apercevoir que nous avions oublié M. Evanturel ; et il nous a fallu recommencer. Ensuite, nous avons
(*) Ce M. Larose s'appelait Joseph, et non pas Louis. Il fut plus tard, employé à Ottawa comme surveillant des travaux de maçonnerie lors de la construction des édifices parlementaires.
ici :— je vous à vous
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été trouver M. Simard, qui nous a fait modifier l'adresse. parcequ’elle renfermait une attaque contre l'ancien gouvernement.”
M. V.—II ne s'agit pas de politique ; nous ne voulons pas blâmer les autres. Nous vous présentons cette adresse, parceque vous êtes des enfants du faubourg.
La coupe était bien amère, cependant, les deux ministres la burent en grimaçant; le plus triste, comme bien vous pensez, fut M. Evanturel qu'on avait d'abor oublié.
Est-ce por tristesse ou par pénitence, que le ministre d'agriculture a pris, depuis, deux fois le chemin de 14 Trappe? Peut-être M. Langevin, son compagnon de voyage, pourra-t-Îl vous en dire quelque chose.
La milice est en ce moment à l’ordre du jour; on ne parle plus que volontaires, capitaines, majors de brigade, colonels, et que sais-je encore. Les majors de brigade surtout, font sensation; ils ont déjà fait tomber deux colonels de districts, le colonel Campbell et sir E. P. Taché. Ceux qui sont nommés pour le Bas-Canada, sont a nombre de dix, dont cinq d’origine française et cin« d’origine britannique. La proportion est loin d’être équitable, si l’on veut bien se rappeler que les Canadiens français, forment les trois quarts de la population. M. Chs. de Salaberry n'avait pas demandé la place de major de brigade ; il ne le fit, qu’à l’instigation réitérée de MM. Tessier et Evanturel qui lui offrirent leur appui, et lui promirent la situation. La place fut donnée à M. Carter; voilà, comme ces deux puissants ministres soutiènnent les intérêts et la cause des Canadiens français.
Le News de Québec dit que “M. Tessier a été surnommé trente-sous-Tessier, parceque ses notions sur la finance, ne se sont jamais élevées au-dessus de cette
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somme, et que ses confrères, ne valent guère mieux, puisqu'ils n'ont jamais perdu l’occasion des plus basses actions à leur protit et à celui de leurs amis, ou de faire du mal à leurs adversaires politiques.” Il aprobablement raison et dans tous les cas, l'influence de M. Tessier mise au profit de ses compatriotes, ne vaut pas trente sous dans le gouvernement
Puisque j'en suis sur le compte de M. Tessier, je vous raconterai une petite histoire, qui, si elle n’est pas très plaisante, est au moins très-instructive.
Un certain M. Cimon avait entrepris la construction du palais de Justice de la Malbaie pour ia somme de £5,000. Tracassier à l'extrême, il avait causé à M. Rose beaucoup de déboires. Son successeur l'avait enduré longtemps mais, en fin de compte, il avait été obligé de lui ôter l'ouvrage et de le faire finir par d'autres. Au moment où M. Cimon cessa de travailler, il avait reçu le montant de son contrat, moins environ 85000, si je ne me trompe pas. L'ouvrage fut terminé. ainsi que je vous l'ai dit plus haut, par un autre et payé ces $5,000 et plus. M. Cimon intenta un procè* et poursuivit personnellemeut l'entrepreneur pour 820,000 de dommages. C'est M. Tessier qui le poussait à celà, et qui devait lui servir de conseil dans son‘hrocès. Devenu ministre des Travaux Püblics, il ne sut que faire de son rôle d'avocat de M. Cimon, car il n'avait plus de vengeance à exercer contre son prédécesseur, mais, il devait quelque chose à son client, et pour lui être utile, il plaçu sa cause devant les arbitres de la province.
Les témoins du gouvernement prouvèrent que M. Cimon avait même trop reçu, mais les arbitres lui donnèrent en dommages $4,636.—M. Cimon a été payé. —Les frais de poursuite, reclamés par lui seulement,
nieux, bassen ou de probade M.
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s'élevèrent à 83,000. Tel est l’avantage pour lui, d’avoir choisi M. Tessier pour son avocat-conseil.
Devant cêtte décision étrange, M. Fournier, * l'avocu: du gouvernement, a recommandé très énergiquement à celui-ci, d'en appeler de lu décision des arbitres, mais M. Tessier a préféré payer son ancien client.
Le nouveau ministère, me direz-vous, ne dépense aucun argent qui ne soit autorisé, puis qu'il fait faire des enquêtes pour établir que ses prédécesseurs n'ont pas respecté, eux, la loi. Ça c'est bien sûr, car M. Tessier dépense, depuis longtemps, des sommes qui u’ont pas été votées par la chambre.
Il y a trois mois environ, sa dépense dépassait déjà de plus de 812,000 le crédit accordé. Vous savez que, par les votes de la chambre, on a affecté près de 850,000 à }:: construction d’un chemin, situé dans les seigneuries de mes tantes et de ma belle mère. Mais celà ce n’est rien, car ici, la chambre a voté. Après celà, il a fait poser une chemise au quai de Rimouski; cette chemise coute $7.000! Où est icile vote? Il. n’y est pas, mais le quai est dans la seigneurie de mes tantes et de ma beite mère. Vous voyez donc que ces gens-là, ne sont pas plus purs que les autres. |
M. Tessier est un homme universel; il donne des cours à l'Université; il plaide au palais chaque fois que l’occasion s’en présente ; il est commissaire des Travaux Publics à raison de £1250 par année ; il plaide dans la personne de son associé, M. David Ross, devant les arbitres provinciaux, et amasse ainsi, de touter manières, pour les mauvais jours.
‘1 Aujourd'hui (1881) l’un des juges de la Cour Suprême.
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C'est encore un littérateur fini. TL/autre jour, je lisais
. son Emmc dans le Répertoire, National,* en présence de
quelqu'un qui en prit occasion de me raconter une singulière anecdote. :
“ Le Répertoire National venait, dit-il, de paraitre. M. Evanturel tenant le livre dans sa main, montra Emma à M. C..., lui demandant ce qu'il en pensait. Il faut avouer, que c'est une triste amplification, repliqua celui-ci.—ÆEt vous, qu'en pensez-vous ? ajouta M. Evanturel en se tournant vers M. Tessier, que M. C...n'avait pas vu.”
Plus tard, M. Tessier avait fait des progrès, et ses collègues de l’Institut-Cunadien, durent refondre totalement un rapport annuel qu'il avait préparé en sa qualité de président. Ses lettres encore, sont des chefsd'œuvres de style; pour vous en convaincre, vous n'avez qu'à lire celle qu'il adressait, il n’y a pas longtemps. au caissier de la Banque Nationale, en résignant la place de président de cette institution. Il y avait longtemps qu'il avait cessé de remplir les fonctions de président, parceque chaque fois qu’on lui présentait un billet de plus de $400, il se sentait pris d’un tremblement nerveux. Avec lui la banque n'aurait pas vécu longtemps.
Le bureau du Canadien est en proie à la guerre civile, MM. Evanturel ct Geo. Larue, deux co-propriétaires, ne se parlent pas et sont en querelle ouverte; M. Barthe et M. Michon, l’un propriétaire, et l’autre rédacteur, n se parlent pas non plus. Cependant, tous se plaignent que le gouvernement ne fait pas assez pour eux, et que le Mércury avale tout. M. Thompson du Pays, était ici
* Précieuse compilation d'écrits canadien-français, publiée par James Huston, en 1848.
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l’autre jour et se plaignait à M. Evanturel, dit-on, d'être délaissé, Celui-ci, aurait répondu: le Canadien n'est pas mieux traité que vous, et M. Thompson de répliquer: si c'est comme ça que vous traitez vos amis...
M. Thompson est revenu depuis, avec des lettres menaçantes de M. Dessaulles et de M. Dorion.
4 Maïs revenons à nos trois chèvres ; ”
Je vous ai dit que la guerre civile sévissait dans les bareaux du Canadien. 11 y a quelque temps, les co-propriétaires, MM. les ministres Evanturel et Tessier et M. Geo. LaRue y étaient réunis pour les affaires de l'établissement ; d'autres personnes étaient encore présentes ; M. Evanturel traita M. Larue de chenapan et M. Laruc appela M. Evanturel ignorant, &e. Le ministre de l’agriculture prit une chaise pour en briser la tête du préteur ; le ministre des Travaux Publics, se plaça entre les deux champions, pour arrèter un bris de chaises, et l'effusion du sang; il était dans son rôie.
Comme vous voyez, les choses ne vont pas au micux. dans ce sanctuaire de toutes les vertus.
Il y a peut-être quinze jours, uu frère Trappiste allait de porte en porte demander des secours pour l’établissemert du township Langevin, dont vous avez déjà
parler. Il alla tout naturellement chez le
v ministre John Sandfield MacDonald. Celui-ci,
er tavec brusquerie en lui disant qu'il n’y avait
pas besoin de Trappistes dans ce pays, et après l'avoir traité avec cette dureté, il lui donna cinq...chelins !
Le ministère qui sent bien qu'il ne peut vivre longtemps, n’a q: un remède contre le mécontentement général, cel menacer d’une élection générale, mais personne n'a eur. Te sentiment du mépris est uni-
versel et ce gouvernement, est destiné à tomber sous les sifflets de ses propres amis.
Personne ici ne croit à l'élection, que le gouvernement tombe ou non, et en tout cas, l’on s’y prépare.
Le comté de Lotbinière a fait l'épreuve de M. Joly, et cotte épreuve ne l’a pas satisfait; des paroisses entières font volte-face à leur représentant, et il est de toute certitude que celui-ci, ne sera pas réélu.
Le comté de Québec se prépare trenquillement, mais efficacement, et je parierai dix contre un, que les jours politiques de M. Evanturel y sont comptés. Il a eu la chance, la dernière fois, d'avoir à lutter contre un adversaire très-respectable mais aussi très-impopulaire, purcequ'il était, depuis environ quinze ans, l'un des commissaires (des chemins) à barrières.
On parle d’un M. Lefrançois qui veut se présenter en opposition à M. Cauchon, duns le comté de Montmuwrency. On m'assure qu'il x déclaré, ne venir de l'avant qu'à l'instigation de M. Evanturel et que celui-ci, ne lui a donné la surveillance des travaux de colonisation, qu’à la condition expresse qu'il se présenterait.
M. Lefrane is est d’une capacité nulle, et donner un pareil adversaire à M. Cauchon, c'est ce moquer du comté de Montmorency, et s’exposer à une défaite humiliante, Il est admis de plus, par les gens sensés de tous les partis, qu'il n’y a pas d'homme capable «le lutter dans le comté de Monimorency, avec celui qui le représente depuis près de vingt ans.
La commission, composée de MM. Sheppard, Bristow et T. S. Brown. siégs dans l'une des chambres du
"parlement. Elle a commencé par le bureau de l’inspecteur-général, mais elle n'est pas restée là plus de deux ou trois jours. Maintenant, elle est dans le bureau
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du commissaire des Travaux Publics, gt'elle tient sut la sellette M. Toussaint Trudeau * depuis environ deux semaines. On m'informe qu’elle n’a pas d'autre but! que de trouver M. Cauchon en défaut, parceque sx plume est constamment employée contre le gouvernement. On dit même que M. Tessier prépare les questions pour les commissaires, Mais le ton du Journal n'est pas celui de la crainte, et si quelqu'un sort ébréché de cette lutte, nous gagerions d'avance, que ve ne sera pas M. Cauchon.
BLAISE
MONSIEUR LE RÉDACTEUR
Merci pour la publication de ma dernière lettre. Jai si peu l'habitude d'écrire, et j'étais si peu content de de mon travail d'essai, que je m'attendais presqu'à un refus ; cependant, je dois vous dire que si mes phrases ne sont pas bonnes, mes faits sont incontestables.
J'apprends que vous n'avez plus de neige à Montréal, et que vous marchez sur la terre, ici, nous avons encore un peu du blanc manteau de la nature, mais pas assez pour protéger le sol contre la gelée et ses conséquences.
L'université Laval a eu une grande fête jeudi. 1! s'agissait de distribuer des diplômes, et en même temps, de pleurer la mort de l’un des professeurs de l'une des facultés, le Dr Frémont, pis d'inaugurer le
nr" Trudeau est, aujourd'hui, assletaiit- mitistie pee “chemhis de fer et canaux.
t Le Journal de Québec ; M. Cauchon en était le Rédacteur.
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monument de M. Louis Jacques Casault. On remarquait dans l’auditoire, la vénérable et pätriarcale figure de Mgr Baillargeon, et celles d’un nombreux clergé et de plusieures centaines de citoyens. Les dames ornaient les galeries de leurs gracieuses figures et de leurs fraîches toilettes. Tout le corps universitaire était sur une estrade élevée, et rehaussait la fête par la richesse et la gravité de ses costumes.
M. le recteur ouvrit la séance par un discours plein d'apropos, ct les diplômes furent ensuite distribués. Après cette distribution, M. le Dr Sewell, prononça l'éloge funèbre du Dr Frémont. M. Sewell est un homme de mérite et un médecin distingué, il est tils de l’ancien juge en chef Sewell, adoré comme magistrat, mais détesté comme homme politique. Le Dr Sewell, quoique protestant, est dévoué de toute son âme à l’université Laval, car il s’est aperçu, que les messieurs du séminaire attirent vers eux, toutes les capacités dans l'intérêt de l’université, sans demander à personne, s’il est catholique ou protestant.
Ce fut M. le Dr Larue qui prononça l'éloge funèbre de M. L. J. Casault. On s'accorde à dire que M. Larue a réussi, et jo suis de l'opinion de la généralité. Mais, s'ilest permis à un étudiant de juger l’un de ses professeurs, je vous dirai que je l'ai trouvé bien froid. Les phrases sont belles, bien formées, mais elles sont gelées, et dures comme des glaçons. Ila été long aussi nn peu, mais a tout prendre, c'est bien.
Voilà le carnaval qui approche, et les bals qui s'annoncent à grand son de trompette ; maïs ils ne menxcent pas d’être aussi nombreux que l’année dernière. Les diners leur font une concurrence redoutable. Les bals ! mais pourquoi nous en occupons-nous, pauvres étudiants ? M. Larue ne nous a-t-il pas dit, qu'uné
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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 67
heure de lecture, vaut mieux que toute la science que donne le monde ? Jean-Jacques Rousseau avait dit cela autrement avant lui, et les saints Pères l’avaient dit avant Rousseau. Cependant, le monde va toujours son train etil ne manque jamais d'adeptes. Est-ce pour son bien ou son malheur, c'est une autre affaire. Mais, quand on à vingt ans, le cœur a plus d'activité que le cerveau, et un beau et suave visage de jeune fille, vous parle plus éloqueminent qu'un volume sec, terne et embrouillé de Domat, de Pothier, de Tuillier, et même de Troplong. Je vous parle, là, de mon expérience. Je m'exécute pourtant quelquefois, et je retourne après le bal à mes livres, parcequ'on me dit :—‘ Les livres, cest le pain, l'amour doit venir après.” Peut-être la aison parle-t-elle ainsi, mais ma mémoire me dit que l'amour est venu avant le pain, et que l'amour donne l'amour du pain’
Quand je vous écris toutes ces choses, j'ai constamment la rue St... devant les yeux et la coutume de Paris est loin de ma pensée.
‘A tout seigneur tout honneur; ” parlons maintenant politique, c'est mon passe-temps avec les bals,
‘Je vous ai parlé dans ma dernière, des petits scandals de la direction du Canadien ; j'ai appris depuis, que M. (reorge Larue voulait à tout prix, éloigner M. Evanturel du Canadien, à force de déboires et en le désintéressant. D'un autre côté, les propriétaires ont cherché, tout récemment, un rédacteur; c'est Ia deuxième fois, me dit-on, qu'ils font cette démarche. Ils deviennent chaque jour, plus convaincus et ils disent à qui veut les entendre, que M. Barthe n’est pas capable, et a un trop mauvais nom, et qu'il ruine le gouvernement dans
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l'opinion publique. On se serait adressé les deux lois, à M. H...*
La milice vient de causer quelques chagrius au gouvernement dans le comté de Montmorency. M. Suzor, le major de brigade, y est allé lui-même. Il a eu le malheur de menacer, et on me dit que s'il ne s'était sauvé, il lui serait certainement arrivé malheur. On m'assure que M. Suzor a également déplu par le même procédé à Ste. Foye. Le gouvernement s'apercevra que la persuasion vaut mieux que ia menace.
M. Mctree a donné une conference ici, qui ne lui a pas porté chance, Cette lecture, faite au profit des veuves de deux éminents littérateurs irlandais, n’a produit que vingt-sept piastres, sur lesquelles il faut prendre le coût des annonces, &e. La salle était vide. Est-ce pour celà, qu'il a cru devoir insulter toute la race française? Ce ne serait pas une raison.
On dit qu'il a été très-sensible, à la remarque du + Morning Chronicle, et on l'a mème vu prendre le chemin La du bureau de ce journal. La rumeur vu jusqu'à dire, val qu’il aurait soupçonné un collègue d’avoir inspiré le ne Chronicle. La rumeur peut bien se tromper, mais ce qui 1e est notoire, c’est la haine que se portent réciproquement k ue MM. Tessier, Evanturel et McGee. Go
On n'assure que MM. McDonald et MacDougall sont ta à couteaux tirés. M. McGee sympathise benucoup avec k à M. MacDougall, mais déteste M. Sicotte. pes
Tous les ministres considère:it aujourd’hui M. Sicotte 4 Fr comme une image, un beau portrait, et regardent sa ÈS capacité comme nüile. Mais aussi, tout le monde porte Es.
le même jugement de tout le cabinet.
* Pierre G. Huot, notaire à Québec, qui fut plus tard élu député à la chambre d’assemblée par le comté de Saguenay et la division de Québec Est.
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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES. 69
Le correspondant de la Gazette de Québec dit que le premier ministre est diligent et toujours à son poste. Je puis vous dire la même chose, d'après le rapport qu’en ont fait plusieurs des employés du gouvernement. Mais aussi, quelle différence entre la brillante intelligence de M. J. A. McDonald et celle de M. J. $. McDonald ? Le premier est un esprit de premier ordre, pouvant faire honneur à tous les pays,— le second, n’est qu'un travailleur, bon à faire un compagnon peut-être, mais jamais un maitre pour me servir du langage des sociétés secrètes. Non seulement je les ai vus et entendus tous les deux, dans la chambre, mais jai entendu les hommes de tous les partis les apprécier comme moi.
Le Mercury de cette ville, qui vient de se louer détiuitivement au gouvernement pour une période de temps inconnue, dit que maintenant, il n’y a plus de principes en discussion en Canada, qu'il n’y a plus que des hommes, et conclut, tout naturellement, à la conservation du gouvernement actuel. Pour ma part, à la place de cet écrivain que l’on dit avoir soutenu avec Île mème zèle les deux gouvernements, je concluerais autrement que lui; je dirais: il n’y a plus que des hommes, je choisis les plus capables, car le pays ext trop avancé pour se laisser gouverner par des imbéciles et des incapables. Peut-être mon raisonnement n'est-il pas juste, et la politique exige-t-elle un autre mode «l'appréciation que les autres choses de la vie, car je suis jeune encore pour la juger, mais ce qui me rassure. cest que j'entends, sans cesse, faire le mème raisonnement autour de moi. Je vous reverrai.
BLAISE
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MONSIEUR LE RÉDACTEUR
Je vous écris pour vous prouver que je vis encore; je suis d'autant plus vivant que l'on a frappé sur tout le monde, excepté sur le conpable. Vous n'avez pas été épargné plus que les autres ; M. Henri Parent n'est pas épargné non plus, eton m'a dit que M: Tessier, le prenant pour Blaise, na pas voulu l’inviter à son bal. Voilà donc encore un péché sur ma conscience. J'en demande pardon à M. Parent. M. Tessier, vous êtes vindicatif et petit pour un grand homme ; pour venger mes victimes, je vous ôterai votre portefeuille, c'est sûr, et bien vite encore.
Un correspondant du Pays, qui signe Juvénal me reproche trois choses: de mal écrire, de m'appeler Blaise, et de manquer de véracité. J'accepte volontiers les deux premières accusations, mais je repousse la troisième avec l’indignation d’un honnète homme. Il n'y à pas un mot qui ne soit vrai dans tout ce que je vous ai écrit, en mauvais style si vous voulez, dans mes deux lettres.
D'abord, Juvénal n'écrit pas mieux que moi, malgré son nom hyperbolique; il a done tort, à ce point de vue, de s'appeler Juvénal. Mais il a raison en un autre point, car Boileau dit que Juvénal, faisait de l'hyperbole. Blaise, veut peut-être dire naïf, mais il veut aussi dire franc et probre.
J'ai beaucoup joui du désarroi causé par ma première lettre, des colères et des découragements qu'elle à suscités. J’entendais tant de bruit autour de moi, qu'un moment, je me suis cru quelque chose, et que dans ma joie enfantine, j'ai failli crier: ‘‘c'est moi, moi Blaise, votre serviteur.” Mais je me suis mordu la langue pour la châtier de l'indiserétion qu'elle allait commettre,
di
core ; je tout le pas été nt n'est ssier, le son bal.
e. J'en us êtes venger est sûr,
énal me appeler lontiers usse Ja me. Îl que je ns mes
malgré int de ù autre perbolr.
si dire
emière elle à
qu'un ns mai Blaise, langue ettre,
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en lui disant à l'oreille (à l'oreille de ma langue) :— «“ Insensée, sers-toi de tes yeux et de ton ouïe partout où tu iras, mais sois muette, car, du moment que tu parleras, les salons, les lieux publics, les bals te seront fermés au nez, et à part la triste vie que tu me feras mener, je n'aurai plus rien pour ma chronique.”
Je n’ui pas besoin de vous dire que Juvénal est un menteur, qui n’a pas même le sens commun. Il met, par exemple, en dialogue, des personnes qui au dire de tout Québec, ne se sont pas vus depuis sept ou huit mois. Quand on ment, il faudrait au moins avoir de l'esprit, c'est de rigueur. Je suis bien sûr que MM. Chapais et Cauchon n’ont pas échangé une parole ensemble, depuis la clôture des chambres ; mais, je sais que MM. Sicotte et Tessier ont fait une visite à M. Chapais cet été. On m'assure que le représentant du comté de Kamouraska, et les deux ministres se sont regardés entre quatre yeux, sans se dire un mot de politique.
Les deux derniers auraient été reçus avec une grande hospitalité, et voilà tout,
Je vais vous prouver sans désemparer, comme quoi, Juvénal n’est pas digne de créance. Il raconte en ces mots au Pays, une touchante anecdote :—“Je reçois à l’instant même où je fermais ma chronique, une lettre de Montréal, dans laquelle on me dit, que rencontrant à Montréal, il y a quelques jours, l’homme le plus spirituel peut-être qui ait démeuré dans Québec, il vous à dit en vous saluant :
“ On ne peut toujours pas dire que vous êtes juif, car vous mangez du cauchon avec bien de l'appétit par le temps qui court.”
Le Pays affirme que la chose lui a été véritablement dite, et déclare, qu'il “a eu même la faiblesse de la prendre joue un compliment.”
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Or, ce n’est pas du tout l’anecdote ; pour édifier le public sur la véracité de M. Dessaulles * et de son correspondant Juvénal, je vais vous la donner telle qu'elle a été dite. L'homme le plus spirituel de Québec : ‘ On ne peut pas dire que vous êtes en suif puisque vous avez été mangé par un cauchon !.. Vous êtes dessaullé (des: solé).”
M. Dessaulles fit une affreuse grimace, et porta involontairement la main «ur ses os décharnés, pour se convaincre que son interlocuteur avait raison.
Je vous parlais dans ma première lettre de l'affaire Cimon. Sur les 84636 payées à Cimon, sans appel de la part du gouvernement, malgré les instances de son avocat, M. Fournier, une portion considérable de cette somme fut retenue par l’ordre de M. Tessier qui, contre l'usage à ce qu'on me dit, des département publics, se chargea de payer les dettes de M. X, Cimon. et en particulier, les honoraires de ses avocats. Or, ilne faut pas oublier que M. Tessier, avant son entrée au bureau des travaux publics, était l'avocat conseil de M. Cimon.
Ce dernier, est le seul entrepreneur que M. Tessier ait. traité avec largesse; il essaie de ruiner tous les autres, parcequ'il les soupçonne d’être hostiles politiquement au gouvernement dont il est membre. Ceci est notoire dans Québec, et aussi, est-il devenu odieux à toute la classe ouvrière, depuis l'entrepreneur jusqu’au simple manœuvre,
Vous avez pu voir une correspondance dans le Canadien, où le talent de M. Tessier pour les finances, est
défendu avec un grand zèle. Il n'est pas difficile de deviner l’auteur de cet écrit publié dans ce journal, la
* Rédacteur du ’ays et plus tard, Conseiller Législatif.
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propriété de M. Tessier. Mais malgré ses réclamations, je tiens encore mon dire, et si vous voulez vous donner la peine de venir prendre des renseignements parmi nos hommes d’affaires, vous verrez que je n'ai rapporté que la conviction commune. Je ne veux pourtant pas insister, car je crains qu’il ne demance un certificat de capacité aux directeurs de la Banque Nationale. Je n'ai pas oublié celui qu’il se fit donner un jour, par son socrétaire particulier.
Je vous ai raconté l'émeute arrivée, il y a quelques semaines, dans le bureau du Canadien, et je ne vous ai dit que la vérité. Le 20 janvier 1863, c'est-à-dire Ja semaine dernière, il y avait une nouvelle rixe dans le même sanctuaire. On dit que l'émotion chez M. George Larue fut si grande, que comme Napoléon devant Hudson Lowe, il en sentit la vibration jusque dans son mollet gauche; cette dernière querelle entre les amis, est vraie à la lettre comme la première dont je vous ai donné les détails.
Tout celà finira mal; M. Barthe a toujours devant les yeux la crainte de perdre sa place, car les ministrespropriétaires avouent ouvertement, qu'il les ruine dans l'opinion publique; mais pour dire le vrai, ils se méprisent tous entr'eux. Ils vous disent tous, par exemple, que M. Sicotte n’a aucune capacité quelconque, que c’est une belle image qu'il faudrait encadrer; que M. MacDonald a la haute main sur tous les départements, et qu’il taille à tort et à travers ; que M. McGee les compromet par ses discours et sa conduite ; que M. McDougall les voyant perdus, complote contre eux avec M. Brown, * afin de conserver dans la débâcle la
* Rédacteur du Globe de Toronto. Homme d’une grande énergie et chef du parti grit dans le Haut-Canada. Il a été assassiné, par l’un de ses ouvriers, en 1880,
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bonne amitié de son ancien chef; que M. Tessier est complètement incapable, et ne jouit pas mème de la contiance de la division qu’il représente; que M. Morris est une vieille femme, bonne à mettre dans un asile d'invalides ; que M. Evanturel a trop de langue, trop de poils, et pus assez de tête.
A propos de ce dernier, je vais vous raconter une amusante et véridique histoire. Quelque malin avait jeté plusieures lettres à la poste, toutes adressées au rédacteur du Canadien. L'une de ces lettres, était le compte-rendu d’une prétendue assemblée tenue à St. Pascal de Kamouraska. La lettre faisait intervenir le curé, M. Patrie, dans l'assemblée, et lui prétait un discours rempli d’éloges à l'adresse de M. Evanturel, qui avait plus fait, dans huit ou neuf mois, pour la colonisation que ses prédécesseurs dans huit ou neuf ans. Cette lettre et d’autres écrites de la mème main, assure le Canadien, demandaient des exemplaires du Canada reconquis.
M. Evanturel, attendri jusqu'aux larmes du procédé de M. Patrie, lui écrivit une lettre dans laquelle il Île remerciait de ses bonnes paroles, en lui disant que Île bon témoignago d'un homme comme lui, était rafraichissant pour un homme public; M. le curé de St. Pascal, (j'ai pris tous ces détails dans la basse-ville, où ils sont le thème général), M. le curé de St. Pascal, n’en croyait pas ses yeux, car avec la lettre, il recevait un Canada reconquis. M. Barthe, on le comprend, était au comble du bonheur ; on l’appréciait enfin, après tant d’années d'oubli et de dédain! mais malheureusement tout celà n'était qu'une déception, car M. Patrie, qui ne reçoit pas le Canadien, alla aux informations, et on lui montra la correspondance qui lui avait valu un volume et une touchante épitre. Comme 1l ne voulait pas faire
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continuer la mystification, il écrivit au Canadien une lettre semblable à celle qu'il adressa, plus tard, au Journal. M. Barthe au lieu de la publier, écrivit une longue épitre à M. Patrie, pour l'engager à se taire, parceque l'affaire devenant publique, aurait l'effet de livrer un ministre au ridicule.
Tout celà est triste, et ce qui l'est davantage, c'est que tous les malheurs viennent à la fois.
Le Pays n'a pas nié les deux voyages de M. Thompson, le beau-frère de M. Dessaulles, à Québec et le motif de
ces voyages.
M. Blackburn, du Mercury, avait commencé à imprimer le rapport de 14 commission d'Ottawa, mais n'ayant ni assez de place, ni assez de caractère, il le fait imprimer par MM. Rose, Thompson et Lemieux, les imprimeurs de la chambre. Cependant le volume portera le nom de Blackburn, et sera supposé être imprimé par lui. Aussi,
MM. Rose et Thompson imprimeront pour M. Blackburn un nombre donné d'exemplaires pour un jour fixé . puis, quand le rapport aura été mis devant la chambre, MM. Rose et Thompson l'imprimeront de nouveau pour le parlement.
Comme vous voyez M. MacDonald pratique en grand l'économie. Il découvre Pierre pour couvrir Paul; il habille les gueux qui apostasient, avec les dépouilles de ses victimes. Mais, rassurez-vous, M. Blackburn et M. Sheppard, on me l'assure, seront encore ministériels, quand le ministère Mc(riee—Evanturel aura payé sa dette à la nature.
J'ai rencontré M. Sicotte sur le chemin, il m'a l'air bien pensif. Il a dit-on, expédié M. Abbott à Montréal, avec plein pouvotr de choisir un secrétaire-provincial, lui disant que quant à lui, il était fatigué de courir après des refus. |
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MM. McGee et Foley sont partis pour se rendre auprès de M. Howland, à Toronto, afin de l’administrer dans ses moments d'agonie, ou lui monter le courage, si c'est seulement le moral qui est malade, Pour ma part, je crois volontiers à la maladie, car des gens bien informés, m'assurent que les quelques piastres économisées sur les salaires de quelques malheureux employés, n’ont pu empècher le déficit de regonfler à trois millions de piastres pour l’année 1862.
Ce n’est pas chose très-plaisante que de venir ici pour mourir, et M. Howland croit plus, avec raison, à l'efficacité des soins de la famille, qu’à celle des remèdes que lui administrerait la chambre.
Aujourd’hui, non seulement le public tout entier croit à la chute inévitable et prochaine du cabinet, mais #lui-ci y croit lui même, et plusieurs de ses membres l'ont admis.
Si on ne me trompe pas, le chemin de fer intercolonial va être une source de déboires pour le ministère, car, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, n'entendent pas servir de jouet dans les mains de MM. MacDonald et Sicotte.
Nos ministres doivent s’apercevoir trop tard, que le gouvernement de la chose publique, n’est pas uno besogne facile, car ils n'ont à présenter aux chambres, ni actes législatifs, ni actes administratifs ; ils n’ont que des rapports de commissions, le bagage d'autrui, que le vent de la discussion fera évanouir comme les nuages du ciel. |
J'ai été bien long, je l’admets, mais cependant, j'ai encore un petit scandale à vousraconter. Samedi matin, les regards des passants étaient attirés pas l'aspect d'un mannequin suspendu à un arbre dans le champ-demars, entre la prison, le château St. Louis, et l'Exécutif.
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