UN AMI DE BLAISE
MoNsIEUR LE RÉDACTEUR.
Vous rappelez-vous l’ancienne Pléiade Rouge où M. Jobin, le député, faisait le rôle de bonne auprès de l'ENFANT TERRIBLE, et vemplissait celui de blanrhisseur et de coiffeur auprès du vieux Dr Valois ? eh! bien, M. Jobin a perdu ces deux emplois et s'ennuie. S’adressant au procurèur-général du Bas-Canada : ‘“ M. Sicotte. lui dit-il de sh voix la plus douce, c'est dommage, gardez-voir; le pauvre !... Moi, vous savez bien, ça ne me fait vien.”
—M. Sicotte.—Qu'y a-t-il donc, mon cher Jobin ?
—M. Jobin.—Ça me coûte de vous le dire, mais tout le monde est dégouté de McGee. Il est malpropre.
—" Jos ?
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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES, 191
--M. Sicotte.—Que voulez-vous y faire, mon pauvre Jos ?
—M. Jobin.— Voulez-vous m'en confier le lavage et le peignage à l'entreprise; j'ai pratiqué le métier autrefois, auprès du père Valois et je pense qu'une double lessive, très-forte, ferait l'affaire ; cependant je n'en répondrais pas encore, car il y a si longtemps que le lavage y a passé.
—M. Sicotte.—Vous voulez entreprendre là, une besogne bien difficile, et Sandfield s’y opposera et avec beaucoup de raison ; car il soutient, que tant qu'il faudra se tenir le nez pour arriver aux portefeuilles, l’opposition ne sera pas tentée d'en approcher.
—M. Jobin.—Moi, je n’ai jamais de chance. (Il s'éloigne.)
Je vous ai raconté dans mon avant-dernière lettro, ce qui se passait dans le buroau des travaux publics au sujet des édifices parlementaires d'Ottawa. Je crois vous avoir déjà dit, que MM. Brunel et Starke ? avaient abandonné la besogne des devis après un mois de travail, et qu'on avait fait venir M. Bowes, l’un des anciens mesureurs. Je puis maintenant ajouter, qu'on a aussi fait mander M. Sheard, M. Gundry et M. Paterson ; le premier, commissaire, et les deux autre, mesuleurs.
M. Sheard et ses assistants, sont occupés à corriger les quatre ou cinq cents grossières erreurs qu'ils ont commises, et il parait que M. John Sandtield McDonald a donné un terrible blowing up à M. Sheard pour ser honteuses bévues et pour son ignorance.
Vous savez que le Mercury avait annoncé que le gouvernement reprendrait les mêmes architectes ; mais M. John Sandfield McDonald a changé d’opiniou depuis, en
192 LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
disant qu'il fallait des victimes (pour satisfaire l'opinion publique). Sur les quatre architectes il n’a repris que M. Fuller, parcequ'il lui en fallait au moins un, qui pnt conduire les travaux A M. Fuller a été adjoint M. Jharles Baillargé,* sans doute pour le récompenser de ses basses intrigues auprès du commissaire des travaux publics, et du témoignage qu'il a rendu, volontairement, devant un comité du conseil législatif pour se rendre propice M. Keefer.
M. Baillai gé est d'autunt plus recommandable qu'il à dépensé £2,200 dans les lieux d'aisance de l'hôpital de la Marine, sans encore avoir pu les terminer.
On peut dire qu'il s'attache une fatalité à ces édifices d'Ottawa, et l'on peut dire aussi, à la chose publique. Vous savez qu'il y a un journal anglais de cette ville, un organe du gouvernement, qui a menacé plusieurs des anciens ministres d’affreuses révélations ; vous savez encore, qu’il existe une commission dite: commission financière qui siège à Québec, et que celui qui menace dans le journal en question, est aussi l’un des membre: de cette commission; vous savez également, que ce journal a écrit de grands articles où il accuse fortement la conduite de MM. Rose et Cauchon, comme commissaires dos travaux publics à l'égard des édifices dont je viens de vous parler. Que diriez-vous, si je prouvais que ce juge de la moralité des hommes publics a offert de vendre sa plume, et de défendre pour une considération pécuniaire, architectes et entrepreneurs ?
Je ne vous en dirai pas plus long sur son compte pour aujourd’hui; mais je puis vous assurer que j'ai mes preuves. Aujourd’hui, en sortant de l'université et en
* M. Baillargé est aujourd'hui l'ingénieur civil de la corporation municipale de la ville de Québec.
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descendant la rue de la Fabrique, j'ai jeté un regard
sur la maison qui a été témoin du complot et des mystérienses conversations,
Votre fidèle et dévoué,
BLaïtsz,
lei se terminent les ‘Chroniques Québecquoises ” de Blaise. En Septembre 1864, elles furent reprises sous le titre de ‘ Lettres Québecquoises ” et sous le nom de plume de Pierrot, mais il ne parut qu'une seule de ces
lettres. Nous l'ajoutons aux Chroniques atin de fuire un tout complot.
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1 1 MoN CHER RÉDACTEUR,
Il y a déjà plusieurs semaines que je me propose de vous écrire, pour causer un peu avec vous des affaires du temps. Les affaires du temps! allez-vous dire, voilà une bien grosse étiquette, et le moment est singulièrement choisi pour vider son sac. Entendons-nous monsieur, il y a affaires et affaires. Pour celui-ci, la grosse affaire, c'est la bourse ; pour celui-là, ce sont les bals et les concerts ; pour cet autre, l’agrandissement de la porte Saint-Jean, ou la restauration de quelques planches malades de la plateforme.* Il y a bien encore la question de la guerre des Etats-Désunis, qui peut passer pour une affaire, et même pour une affaire majeure, comme disent les hommes graves; mais toutes ces affaires-là ne sont pas mon fait; d’ailleurs, je n’ai jamais vu les Etats-Unis que dans les gravures des livres de la
bibliothèque du parlement. Et pais, le frère Jonathan ÿ n'a jamais eu le talent de m'intéresser. Donc, mon
cher monsieur, je reviens à mon sujet, par le chemin des écoliers, et je vous demande la permission de vous parler dans cette lettre, de messieurs les rouges, des
* Magnifique lieu de promenade à Québec.
+ Sobriquet donné aux Américains des Etats-Unis.
clubistes, des journalistes, des choses qu'on a faites, que l'on devrait faire, de ceci, de celà et de quibusdam aliis, pour dire deux mots de latin en passant. Si, dans mes bavardages épistolaires il m'arrivait, (il faut tout prévoir) d’être irrévérencieux à l'égard de quelque gros bonnet, biffez, taillez, rognez, amputez et dormez en paix. Ce n'est pas quand la pravince est sur un volcan (style rouge) que j'irai, de gaieté de cœur, jeter des pierres dans le carreau du voisin et m'’attirer une mauvaise affaire, à propos des, affaires du temps.
J'entre de suite en matière.
Savez-vous si les bâtisses d'Ottawa (les näilée disent : les bêtises d'Ottawa) sont terminées ?— Non, ni moi non plus.—Est-il probable que le transport du siège du gouvernement s'effectuera cet automne ?—La Gazette de Montréal le dit.—Pourtant je ne le crois pas.—Pourquoi je vous prie ?—A cause d'une certaine affaire qui est devenue un signe des temps. Les différents bureaux du gouvernement ont reçu ordre de faire leur approvisionnement de bois pour la rude saison. N'est:il pas tout naturel de conclure que la prochaine session du parlement aura lieu dans l’enceinte du vieux Stadacona ? Donc, c'est une bonne affaire pour les Québecquois, et une mauvaise, pour certains messieurs de la basoche qui s’attendaient à voir pleuvoir dans leurs études, les notes passablement grosses de messieurs les fourfisseurs des employés du gouvernement—combien d'assumpsit et de capias de fumés! Un mot sur l'organe démocrate de Québec. Depuis un mois il est passé de vie à trépas, en laissant pour déplorer sa perte une foule de créanciers inconsolables, et le grrrr.…. parti national sans organe. Depuis quelque temps, cette pauvre Tribune dont le souvenir nous est encore si cher, donnait des signes dé faiblesse et de langueur, que ses amis
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reconnurent bientôt pour ceux avant-coureurs de la mort ; ainsi, elle parut un jour (et le public s’en émut) privée des annonces qu’elle savait si bien faire ressortir. Trop faible, après avoir soutenu cette lutte contre les annonces de ‘état, que l’histoire consignera dans une de ses plus glorieuscs pages, elle s'était vue forcée de suprimer les annonces que sa trop grande faiblesse lui défendait de retenir. Malgré cet état désespérant, son courage ne l’abandonna pas.
Grâce au zèle désintéressé de l’illustre Aubin, * des émissaires tribunaux furent envoyés à toutes les lumières du barreau qui servent sous le drapeau rouge, même les plus connus du public, furent obligés dans l'intérêt de la Tribune, de s'annoncer de nouveau dans ses colonnes. L'éditeur, rendu défiant par l'expérience, voulut avant tout recevoir le prix de ces annonces, et les avocats, dans l'intérêt de la cour, se virent forcés de payer d'avance le prix de leurs reclames.
La Tribune n’est plus !! et comme celle du parti dont elle était l'organe, sa mort n’a pas entrainé la chute de l’état. Puisqu’elle est morte, qu’elle repose en paix, je n'en parlerai plus. Ce n’est plus une afaire.
Si la Tribune est trépassée, son petit bonhomme rit encore. Aussi, je me permets de vous passer un mot sur son compte et sur ses comptes. Voilà certes parler d'affaires. Je tâcherai d'illustrer par un dialogue la manière dont M. Aubin reçoit les visites de ses créanciers. La scène est dans une modeste chambrette de la rue Donacona. A gauche, une table sur laquelle sont éparpillés des comptes, des copies de sommation et quelques épreuves du dernier numéro de Îa Tribune. A droite, un secrétaire rempli de lettres datées du secré-
* Autrefois rédacteur du Fantasque.
tariat-provincial et signées par différents membres du cabinet McDonald-Dorion. Un homme blanchi par l'âge est assis près de la table, sa main droite presse nerveusement son o8 coronal comme pour en faire jaillir une idée lumineuse. Sa main gauche lacère une lettre portant la signature d'un procureur quelconque. Un coup, légèrement frappé à la porte, le fait tressaillir, Entre un homme appartenant au corps respectable et respecté des créanciers, relieur de son métier.
—M, Aubin.— Votre très-humble, faites comme si vous étiez Cinna et prenez un siège. Le temps est beau n’est-ce-pas ?
—Le Relieur.—Fort beau, je suis venu pour cette petite affaire; vous savez... ce billet de £36... qui est échu aujourd'hui.
—M. Aubin.—Pourquoi vous ai-je donné ce billet, je ve me rappelle pas au juste ?
—Le Relieur.—Vous vous souvonez qu'il y a six moix vous me donnâtes ce billet pour vous avoir broché quatre milles exemplaires du rapport de la commission Financière et Départementale.
—M. Aubin.—Ah bah! Et puis ?
—Le Relieur—EÆEt puis... c'est aujourd’hui le quinze août, et vous me devez £36.
—M. Aubin.—Le quinze août; mais... vous vous trompez, mon cher monsieur, le quinze août n'est pas encore arrivé.
—Le Relieur.— Vous badinez ?
—M. Aubin.—Au contraire, je suis on ne peut plus sérieux, je vais vous prouver insfanter, comme deux et deux font quatre, que vous faites erreur.
Ecoutez, vers la mi-janvier dernier, l’hon. M. Dorion,*
+ Sir A A. Dorion est aujourd'hui juge en chef de la cour du ban: de la Reine pour la province de Québec.
ment
dormai dette d circons
Voili
En p U. Te:
m'emp son m que le gouvet ne l'ol même de son
APR homm servit.
selon justifi
alors procureur-général, me manda dans son cabinet. “ Mon cher Aubin, me dit-il, le moment est arrivé où “ les services que vous avez rendus au parti vont rece- “ voir leur récompense ; au premier de mai, vous vous ‘ transporterez à Ottawa et vous poserez votre gaz à “ l’eau dans les bâtisses du parlement pour éclairer la “ législature de votre pays. En récompense de votre “ travail, vous recevrez le quinze août prochain 840,000 “argent courant.” Je n'ai pas reçu les $40,000, donc ergo, le quinze août n'est pas encore arrivé.
Le créancier sortit peu satisfait de la logique écrasante de son débiteur, pour souffler un mot de cette affaire à Dame Thémis et à ses adeptes. Heureusement pour la sureté de sa dette, notre relieur n'avait livré que mille exemplaires brochés du fameux rapport des trois fameux banqueroutiers, et trois milles exemplaires dormaient dans son atelier, affectés au paiement de la dette de M. Aubin. Le gouvernement est notifié de la circonstance et qui vivra verra.
Voilà encore une mauvaise affaire pour M. Aubin.
En parlant d’affaires, peut-on oublier l'honorable J. U. Tessier? comme ami de son messager, je ne puis m'empêcher de plaindre la malheureuse existence que son maître lui fait passer. Vous savez sans doute, que le messager de l'Orateur du conseil est payé par le gouvernement; vous savez également, que sa position ne l’oblige pas à faire le marché de l'Orateur, j'irais même jusqu'à dire qu'il n’est pas tenu de cirer les bottes de son honorable maître.
Approuvez-vous, M. le rédacteur, la sévérité d’un homme qui va jusqu’à déduire sur les gages de son serviteur, le prix d’un œuf félé selon les uns, et cassé selon les autres ? Cette sévérité est d'autant plus injustifiable que le pavé de Québec est excessivement mau-
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