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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOIRES, 183
—M. Tessier.—Mon cher monsieur, j'ai trop de soucis pour badiner, je vous l'assure. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il est devenu évident pour moi, que la connaissance des quatre règles élémentaires de l’arithmétique, est chose très-utile, Tant que je n'ai pas été ministre et que je n'ai attaqué personne, on m'a laissé tranquille et j'ai même pu, en me taisant, ou en disant Oué!.…. tout court, passer pour habile; mais depuis, j'ai filé ur bien mauvais coton. J'ai voulu chiffrer sur la dette publique, et le Journal de Québec m'a pris à tâche, et plus impitoyable que lui, me poursuit comme mon ombre, ce Blaise maudit, que je voudrais avoir sous le talon pour l’écraser et l’anéantir.
M. Thom.—Vous aviez affaire à forte partie en vous attaquant au Journal; car c'est un rude jouteur qui x passé sa vie à écrire et à lutter. Je vous avoue que je ne pourrais vous apprendre à vous défendre contre lui ; il en a tant démoli déjà de plus forts que vous et moi. Quant à Blaise, j'en ai bien entendu par-ler, mais je ne l'ai pas lu. N'’avez-vous pas de bons
écrivains pour vous faire défendre ?
—M. Tessier.—Les écrivains sont rares, je veux dire les bons.
—M. Thom.—Il faut bien que celà soit puisque vous vous servez de M. Barthe !
—-M. Tessier.—Que voulez-vous, mon cher M. Thom ! si je pouvais au moins découvrir cet abominable Blaise, qui est partout, entend tout, voit tout et dit tout. J'ai placé des sentinelles dans l’université, dans la chambre, dans ce bureau, dans celui du Canadien et partout enfin, pour le surprendre et le faire saisir; mais il est insaisisable, et se rit de ma police.
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M. Thom.—-Celà est bien triste, mais à votre place je le laisserais dire et fairo, et je le ferais taire à force d'habileté et de brillants actes d'administraticn.
—M. Tessier, —Oué ! comme vous y allez vous! C'est plus fucile à dire qu'à faire. J'ai fait Æmma,* il a ri d'Emma. J'ai fait un rapport comme président de l’Institut-Canadien, on m'a changé mon rapport de fond
en comble, parcequ'il n'était pas écrit en français; ila choses; livré mon rapport aux sarcasmes de la foule. J'ai écrit princip une lettre à la banque Nationale en me retirant ; il a en- enseigt core ri de cette œuvre que j'avais pourtant bien tra- M. vaillée. Jai fait un discours à l’université, le jour de M. son inauguration ; il a dit, et j'ai bien peur que ce soit le sentiment universel, que j'avais été stupide et niais. TA J'ai voulu parler à mes électeurs de la dette publique, et —M. j'ai fait une erreur de vingt neuf millions de piastres. Le prendre Journal me l’a dit assez souvent, et Blaise est venu quand enveïra
crueilement mé le reprocher après lui. Enfin, j'ai fait
dans mon rapport des travaux publics, des calculs sur et je vor le commerce qui m'ont perdu à jamais ; mais je n'ai pas neuf m été plus bête ici qu'Howland et McDougall. . ; même je —M. Thom.—J'ai lu les débats auxquels vous faites ment ls allusion, et je dois dire que vous avez raison. dada 1 —M. Tessiér.—On dit que je suis ignorant ; mais au Rs moins, je ne suis pas le seul de mon espèce. J. Sañd- que Je tield, notre chef, s'en fait beaucoup accroire depuis le jugen qu'il est ministre, mais il n’est pas fort non plus, lui. M. Te Il ne sait pas écrire sa languo, dito pour Foley, idem pour mage, «( Howland. McGee a bien la langue affilée, mais des An- jugemer glais qui sont bons juges, m'ont dit qu’il écrivait, lui dans sor aussi, incorrectement la langue anglaise.. Pour Evan. port sur turel, vous le connaissez comme moi, ce n est pas le avec le LG ÉMUEE LIU puis da * Voir-le Répertoire national, vol. 3, page 17. ridicule,
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diable, ce-n'est rien du tout ; et pourtant, il se donne vis-à-vis de moi, comme vous avez pu le lire dans Blaise, des airs de matamore et d'homme d'esprit qui vont mal à sa taille. Je le laissé speecher et je lui enlève, au nez, les nominations.
—M. Thom.—Monsieur, je vous laisse, car mes écoliers m'attendent, Vous m'avez parlé de bien des choses; mais j'ai compris que vous m'avez mandé principalement, poÿr savoir si je ne pourrais pas vous enseigner à calculer 1... d
—M. Tessier.—Oué! c'est pour ça principalement.
—M. Thom.—Quel âge avez-vous ?
—M. Tessier.—Quarante-cinq ans.
—M. Thom.—Il est trop tard monsieur, pour apprendre, à votre âge si vous ne savez pas déjà; mais quand vous serez embarassé dans vos calculs, je vous enverrai l’un de mes plus jeunes élèves, le premier venu. et je vous promets qu'il ne fera jamais un erreur de vingtneuf millions de piastres. Du reste monsieur, quand même je vous montrerais à calculer, ce n'est pas soulement la faculté de compter seule qui sufiit, il faut encore le jugement, qui seul, vous permet de vous bien srvir de vos chiffres. J'avoue en toute humilité, que je n'ai pas encore trouvé le secret d'enseigner le jugement.
M. Tessier lui dit comme il sort.—C'est bien dommage, car nous avons partout des erreurs graves de jugement; Foly, dans son affaire du Grand-Tronc et dans son rapport des postes, MacDonald, dans son rapport sur la milice et ses difficultés, sur ce même sujet, avec le gouverneur-général et le duc de New-Castle, puis dans la commission d'Ottawa, qui nous livre au ridicule, et moi, dans mon rapport. Je vous en prie
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M. Thom, si vous trouvez le secret du bon sens vendez moi le, je vous le paierai bien, je vous le promets.
M. Thom sourit d’un ai. narquois, et s'éloigne, en fai. sant un salut de biais, pour ne pas laisser voir sa phisionomie moqueusê,.
M. Howland survenant au moment même où M.
Thom laisse le bureau des travaux publics, demande au commissaire le nom du partant.
—M. Tessier.—C'est M. Thom, le célèbre instituteur qui enseigne à chiffrer ; je l'ai fuit Venir pour prendre, de lui, des leçons d'arithmétique.
—M. Howland.—I guess, that man:is clever, will you
engage him for me also.
. Tessier.—J'ai parlé pour nous tous, car, vous le
savez nous en avons tous besoin ; mais ce qui m'attriste, c'est qu'il m'a dit qu’il n’enseignait pas le jugement.
--M. Howland.—What a pitty, for we were humiliated most dreadfully by Rose the other night, and.
A cet instant la porte se ferme, et on n'entend plus que des sons confus. .
‘ Je vous apprenais dans ma dernière, que j'avais reçu une lettre d'unde mes amis, sur l’organisation de la milice ; je vous l'envoie pour que vous la publiez, à votre loisir, ia extenso.
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LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
Mon cHer BLAIsE,
Je ne vous connais pas et cependant je vous aime. Je vous aime parce que vous osez dire de grandes vérités ; je vous aime parce que je trouve chez vous l’indépendance et la sincérité, et que ces deux grandes qualités deviennent de plus en plus rares dans notre monde politique ; je vous aime enfin, parce que vous êtes détesté par plusieurs. On dit que vous êtes trop malin; mais n'avez-vous pas cent bonnes raisons de l'être davartage ? On vous accuse de dire des personnalités, mais le moyen de ne pas s'apercevoir qu'Evanturel a une crinière, et que Tessier tient toujours les deux mains dans ses poches pour y caresser «on portefeuille. Enfin, on va jusqu'à dire que vous êtes lourd; mais à un esprit léger comme M. Fabre, vous devez nécessairement paraître avoir beaucoup de poids. Donc, je vous donne l’absolution de tous les péchés qu'on vous met sur la conscience, et je veux même vous faire pécher encore.
Connaissez-vous un peu, en quoi consiste l'organisation militaire opérée dans les campagnes avec les 8250, - 000 obtenues dans la dernière session par le ministère McDonald-Sicotte. Savez-vous un peu, quel sera le résultat de cette organisation d’une milice de 25,000 hommes, dont les trompettes n'ont été jusqu'ici embouchées que par MM. les ministres pour répandre par la province, la bonne nouvelle de cette œuvre colossale ? Non, vous ne le savez pas, car si vous le saviez vous en auriez déjà dit plus que je puis vous en dire.
J'ai des intelligences dans la campagne, et grâce aux informations que j'en ai reçues, je puis vous édifier un peu sur je Fate Dans plusieurs paroisses que je con-
nais parfaitement, et qui ont montré un zèle et un en: enthousiasme sans pareils, voici ce qui a été réalisé.
Grâce à l'ambition de quelques-uns et à leur engouement pour les titres de capitaine, lieutenant et autres, des compagnies se sont formées et sur avis donné uu gouvernement de la formation d'icelles, des habillements et des armes ont été expédiés à grands frais. Il y a êu des démonstrations militaires. Les compagnies ont exhibé, à plusieurs reprises dans les rues, leurs baïonhettes flamboyantes et lours accoutrements, Mais ce fut tout ; et quand le spectacle ne fut plus nouveau
“ L'ennui naquit un jour de l’uniformité.’
la bannière fut pou à peu désortée, et en définitive, voici ce qui est resté.— Douze ou quinze par coinpagnie continuent encore à s'exercer assez régulièrement, et les autres trouvent qu'il vaut mieux laisser dormir leurs carabines dans leurs maisons, et se prome 1er ou aller à leurs travaux, bien chaudeinent enveloppés dans les belles capotes que le gouvernement leur a données. Au bois, à la grange, à la boutique, jusqu’à l'Eglise, vous les rencontrez affublés de leurs capotes--à tel point que vous prendriez le village pour une caserne, où pour le uamp des américains du nord. Dans les rues, vous apercevez çà ot là, de grands gaillards qui, appuyés sur leurs longues carabines, et les yeux tournés vers le fleuve, so proposent de-faire ce printemps, un massacre général des outardes et des canards. Vous y rencontrez aussi des pelotonhs de soldats nains, et en les questionnant, vous apprenez que leurs pères sont soldats, et que leurs mères ont coupé, taillé et adapté à leur petite taille Ics capotes de leurs papas, Voilà les fruits de l'organisation dans ces localités. Aussi, le ministère McDonald-Sicotte devietit-il populaire; car disent les
gons, pourrt m'ave nourri avoir grand habille ment Au :
et vou les $25 Est-i cette bi améric:
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à 81,204 plinés € Alors de ce q avez lai.
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Je dev pour pari me pard a quelqu tion act:
l'avenir.
mais enfi de gout f
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gons, c'est la seule administration à qui le Seigneur pourra dire quand elle mourRA: ‘J'étais nu et vous m'avez donné un vêtement; j'avais faim et vous m'avez nourri de canards.” En attendant, le ministère doit avoir le remords d'avoir créé dans ces ‘paroisses de grands flâneurs, qui auraient travaillé pour gagner leur habillement, mais qui maintenant, se chauffent gaiement au soleil sous la capote du gouvernement.
Au reste, ce qui se passe là, se passe partout ailleurs, et vous voyez dès lors où sont allées et à quoi ont servi les $250,000 de la province.
Estil besoin de vous dire maintenant, ce que ferait cette belle milice organisée dans le cas d’une invasion américaine ? Mais vous devez le deviner. Cest à peine si, dans chacune de ces compagnies, qui coutent 81,000
à $1,200, l'on trouverait douze à quinze hommes disciplinés et capables des évolutions les plus élémentaires.
Alors done, mon cher Blaise, vous n'êtes pas informé de ce qui se passe dans les campagnes, puisque vous avez laissé l'administration se vanter d’avoir organisé une milice et de n'avoir dépensé dans cette organisation que $8250,000.
Pourtant, tout le monde conviendra que cette organisation, telle quelle, est ce que l'administration McDonald-Sicotte & fait de mieux! Que penser donc du reste ?
Je devrais m'arrêter ici, mais je suis M. P. P., membre pour parler, et j'ai une démangeaison de dire, que vous me pardonnerez j'espère. Je me suis mis en tête, il y a quelques jours, de composer une chanson sur la situation actuelle du ministère et sur ses craintes pour l'avenir. Je ne suis guère plus poète que M. Bureau, mais enfin, me suis-je dit, je pourrais bien avoir autant de gout pour la poésie que MM. Tessier et Evanturel en
LES CHRONIQUES QUÉBECQUOISES.
ont pour le portefeuille, et j'ai chansonné. Voici le dernier couplet, que vous voudrez bien communiquer à M. Bureau qui, sur les banquettes ministérielles, rossemble à un maître-chantre au lutrin :
Air de la Marseillaise.
En vain gardons-nous l'espérance De vraincre nos fiers opposhnts.
Ils rient de notre résistance
Et comptent déjà nos instants ! (bis) Mais quand apparaîtra l'aurore
De ce jour trois fois malheureux, Aux honneurs faisant nos adieux, En chœur nous chanterons encore :
Au coffre, chers amis; volons chers compagnons Volons, volons (bis.) Qu'un flot d'argent inonde nos maisons !