‹ Les Guêpes canadiennes [microforme]Chapitre 31 sur 62 · LEP PIE TPE AR TA NAT AT VS · texte numérisé non relu

LEP PIE TPE AR TA NAT AT VS

2u6 LES SILHOUEŸTES LITTÉRAIRES.

pertinemment sur tous les sujets. Il connait son Cana: da sur le bout de son doigt, sait tout, mème ce qu'il y « de plus caché dans son pays. Avec M. de Gaspé, le plus canadien de nos littérateurs.

M. Taché dépasse la cinquantaine ; il est né à Kamonrvaska en 1821. Il a fait ses études au séminaire de Québec. Paresseux et travaillant, il étudiait co qu'il voulait et quand il le voulait.

Espiègle et turbulant, révolutionnaire * comme toute la jeunesse de 1837, il brise son cours d'études, dans une heure de boutade, pour ne pas céder à un pédagogue tracassier, à l’un de ces imbéciles qui font une tempête dans un verre d'eau.

Au sortir du séminaire, il retrousse ses manches et prend le scalpol. Remarqué pour ses talents trans cendants, il est nommé, en recevant ses diplômes, médecin interne de l'hôpital de Marine de Québec.

Cette vie sédentaire l’ennuie ; un beau matin, il prend son Chapeau, s'échappe de lu Pointe-aux-Liôvres, et va dresser sa tente à Rimouski.

C'est l’époque la plus originale de sa vie.

On comprend qu'un homme d'une pareille trempe,

n'avait pas dû rester indifférent aux agitations de notre:

province, Ayant seize ans en 1837, le patriotisme au cœur, sur les épaules un volcan, voyant tout en ébulition autour de lui, il est facile d'imaginer avec quel enthousiasme il embrassa la cause des insurgés. Il prit au sérieux, la conjuration de ceux qui ne voulaient se servir d'aucun produit du commerce anglais, ne porta que des effets manufacturés dans le pays.

* & Révolutionnaire ‘ ici, doit se prendre dans le sens d’hostile à l'Angleterre, et non autrement. M. Taché est aujourd'hui assis” tant-ministre de l'Agriculture.

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Plus tard, le défunt National de Québec so vengeait de M. Taché qui l'éreintait, et qui finit par le tuor, en représentant le fougneux patriote avec son costume de canoc, * vêtu en étoffe du pays des pieds à la tête : “culotte d’étoffe, souliers d’étoffe, veste d'étoffe, gilet d'étoffe, et cheveux de filasse.”

De ses idées d'alors, M. Taché n’a gardé qu'une chose; l'horreur du Saxon : il n'abhorre rien autant qu’un Anglais, si ce n’est un Américain,

A Rimouski, sa réputation d'homme éminent l'avait dévancée ; il eut la confiance et l'amitié de tous ; il fut la lumière et l'honneur de son comté. Sa pratique de médecin, qui l’entrainait partout sur cette côte, fuvorisait ses goûts d'aventures. Il visita les deux rives du fleuve, vécut de la vie des bois, séjourna dans les chantiers, observa les mœurs de nos voyageurs, s’assit dans le wigwam des Micmacs et des Montagnais, étudia tout.: prit note de tout.

Dans toutes ses courses sur le fleuve, dans les campagnes, au milieu des forêts, il était dans son élément. Son ardente poitrine a besoin du grand air, de l’espace, l'atmosphère des villes l’étoufte. Il subit la vie de bureau, mais ne s’y accoutume pas. S'il eut vécu du temps de. son ancêtre Joliet, il l’eut accompagné dans sa découverte du Mississipi.

Esprit essentiellement actif, incapable d’une heure de repos, M. Taché a essayé de tout, et de quelque chose encore ; il s'est même occupé de construction navale. Il'est auteur du fameux navire à trois quilles, qui afait toutes les perfections, avec un seul défaut : celui de mur: cher comme l'écrevisse, ou plutôt de ne pas murchor du tout.

* Canuck, terme de mépris appliqué aux Canadicns-français par les : personnes d'origine anglaise.

Du vivant du Mutional, quand ses rédacteurs poursuivis à toute outrance par M. Taché, traqués partout, troués de part en part par son terrible épieu, ne «avaient plus où se réfugier, ils se sauvaient à bord du navire à trois quilles, forçaient M. Taché à prendre la barre et naviguaient avec lui jusqu’à la paix.

En 1847, élu, à l'unanimité, membre du comté de Rimouski, il siégea au parlement jusqu'en 1857. Chargé par le gouvernement provincial de représenter le Canada à l'exposition universelle de Paris, en 1855, il en est revenu avec la croix de la Légion d'Honneus.

De 1857 à 1859, rédacteur du Courrier du Canada; de 1859 à 1869, inspecteur des prisons ; enfin député-ministre d'agriculture et des statistiques depuis 1869.

Il a représenté, pour lu seconde fois, le Canada à l'exposition universelle de Paris en 1867. Ceux-là seuls qui ont vu M. Taché à l’œuvre, durant cos deux expositions, savent quels services et quel honneur il a rendu à son pays dans ces deux occasions.

Au physique, M. Taché est de taille moyenne, allure vive, chevelure et barbe blondes, œil bleu clair, traits réguliers, mains parfaites, ce qui donne beaucoup de grâce à son geste, conversation facile et enjouée, rire intrumental, imitation perfectionnée de l'accordéon.

M. Taché a écrit je ne sais combien de brochures sur je ne sais combien de sujets. Partout étincellent, parmi bien des scories, des jets de lumiôre; partout on reconnait l'esprit larze, dédaignant les minuties de la forme, bondissant de sommets en sommets, pour saisir et grouper les grandes idées.

Il excelle surtout dans la polémique ; son passuge an Courrier du Canada a relevé le ton de la presse dans notre

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Habile, caustique, mordant jusqu'au sang, rusé, prudent dans son auduce, il avait été créé et mis au monde pour combattre et terrusser Cauchon. Seul, il a pu lui mettre le carcan, et il le gardera. Depuis lors, où qu'il aille, il le porte avec lui.

Modeste, M. Tuché a pourtant son orgueil. Il n'a pas. tant s’en faut, la vanité de Chauveau; mais il a sa vanité à lui propre, qui consiste à ne jamais dire comme les autres. Vif dans ses manières, on n'a pas à lui reprocher la rudesse de Cauchon; maïs il a ses moments d’aspérités. Il a aussi, quand il veut, le bon ton. l’urbanité de Chauveau.

C'est un de ces hommes tout d'une pièce, qui se détachent en relief sur une époque; en le voyunt, on pense à ces bronzes antiques coulés d’un seul bloc, que le temps n'a pu entamer ; figure digne et originale qu’on aime à regarder dans ce siècle de caractères uniformes.

Auteur, M. Taché est l’homme de sa vie. Il écrit toujcurs d'inspiration, d'un seul jet; il a pris pour habitude de ne point raturer. Sa phrase, souvent rude et incorrecte, est toujours bouillante de verve et d'originalité. Ses idées étranges vous agacent, mais vous intéressent, Quand on ne le lit pas de plaisir, on le lit de rage. Le style, c'est l'homme.

Sa Pléiade rouge, publiée sous le pseudonyme de Gaspard Lemage, est un petit chef-d'œuvre du genre: très-soigné de forme, pétillant d'esprit et de malice. 3 Cormenin l’eut signé.

Son plus beau titre est,.sans contredit, son livre : — Des Provinces de l'Amérique du Nord et d'une Union Féderale (1858), livre vraiment prophétique, révélant une perspicacité de vue qu'eut admirée De Maïstre. Ju ici avec intérêt, étudié en Europe ; il a eu parmi bien d’autres, pour admirateur M. de Montalembert. - ‘ C’est,

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dit M. Rameau, ce qu’il y a de mieux et de plus complet sur la matière.”

À l'origine de la confédération, on se contenta de le piller effrontément, sans en donner presque jamais crédit à l’auteur.

M. Taché s'est essayé même en poésie; hélas! c'est de la prose où les vers se sont mis.

En littérature, ses Trois Légendes, et l'Histoire du père Michel seront citées comme vérité de couleur locale; elles sentent bien ‘le terroir laurentien.”

En général, style fipre et inégal, mais toujours sailent. |

Dans ses mauvais jours, sa phrase ressemble à son vaisseau à trois quilles; elle ne marche plus, ou elle prend des embardées, saute de roc en roc, et va donner de la proue sur un obstacle imprévu, ensanglante en passant, l'oreille de Cauchon, écrase les doigts de Fabre.

C’est comme celà qu’un jour, elle à faiili éborgner ce pauvre X. qui avait eu l’imprudence de plagier Flammarion, et de le lui jeter en brochure par le nez. L'infortuné X. rentra chez lui, tout meurtri et penaud, remportant sur son dos toute l'édition de sa brochure, condamné pour sa pénitence, pendant tout un hiver, à allumer son poèle avec.

Pour couronner ces belles qualités M. Taché est un chrétien ardent et sincère.

Caractère scabreux, mais intègre, franc comme l'épée du roi. Diamant superbe, mais pas entièrement taille.

Au demeurant, grand cœur, grand esprit, l'un de» plus nobles types qu'’ait encore produit la race Cauadienne.

Argenteuil, 6 Fevrier, 1872.

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