MON CHER AMI
“,.. Tu te plains d’insomnie: écoute mon aventure, ‘et fais-en ton profit.
‘“ En juillet dernier, j'étais allé rendre visite à un ‘“ ancien compagnon d’études, qui vit dans les Cantons “de l'Est. Après une journée de route fatigante, j'ar- ‘‘rivai chez lui harrassé; et je ne tardai pas à lui ‘“ demander un lit, me promettant une bonne nuit de “sommeil. Mais je comptais sans mes hôtes; j'étais à ‘‘ peine assoupi, que je m'éveillai assailli par une nuée “de punaises. Impossible de dormir. J'allumai ma ‘“ lampe, et, assis sur mon lit, j’allongeai la main vers “ deux petits rayons de bibliothèque, accolés au mur. ‘ J'en tirai un volume, Je l’ouvre: le Panthéon cana- ‘ dien de M. Bibaud. Une plume maligne avait écrit ‘“ au-dessous du titre; imprimé sur des feuilles de pavot. “ L'idée de lire ne me vint même pas. Je déchirai les ‘ feuilles une à une, les roulai en pillules entre mes ‘ mains, et je m'amusai à les jeter sur les punaises, que
Suivi !
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enlevé.
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“je voyais se promener sur le couvre-pied. J'observai “ qu’aussitôt qu'une pillule tombait dans le voisinage “d’une punaise, celle-ci baillait et restait assoupie. « Curieux de ma découverte, je saisis un second volume. « Je regarde: Charles Guérin. Une feuille est déchirée, ‘ roulée en pillule. Je n'avais pas lancé la quatrième, “ que toutes les punaises ronflaient d’un sommeil léthar- “gique, et me laissaient dormir tranquille jusqu’au “ lendemain...”
Pour être juste, il faut dire que M. Chauveau a écrit à une époque où les lettres canadiennes en étaient à leurs premiers bégaiements. Le public littéraire existait à peine. Ilest venu trop tôt dans un siècle trop jeune.
M. Chauveau était né homme de lettres. S'il avait suivi sa vocation, au lieu d’être un accident littéraire, il serait devenu un maître. La politique nous l’a enlevé. Il lui aurait fallu concentrer sa vie, il l’a éparpillée. La littérature canadienne regrette en lui son enfant prodigue. L'’ambition a commencé sa ruine, l'adulation l’a achevé.
Grand mandarin des écoles, il y fait ses entrées en palanquin, porté sur les épaules des inspecteurs. Elèves et maîtres lui tiennent les cassolettes d’encens sous le nez.
Vous ne savez pas depuis quand M. Chauveau déteste les Français ? Depuis son voyage à Paris. Lui qui croyait parler le pur accent du faubourg saint-Germain, il ne pardonne pas aux Parisiens de l’avoir pris pour un Anglais.
Il a été fort indigné de voir qu'il y avait, en France. quelques individus qui ne le connaissaient pas.
—Tu crois, lui disait en ricanant Cartier, qu'à
chaque station, le maire de la ville va venir te présenter une adresse !
Si vous voulez savoir l’anecdote du Vatican, demandez à l'honorable Langevin. Il y a aussi l’anecdote de
l’université-Laval, l’anecdote de Gérin, l’anecdote… M Mais non, je veux être bon prince. Quelques unes de ciné
. . . . , + Le mes biographies auront besoin d’un grain d'épice. le
. L'entrée de M. Chauveau au ministère de l’Instruc- lénnis tion Publique a inauguré, dans ce département, une ère Lavi nouvelle. Sous l'influence de cet esprit éclairé, l’éduca- l'aut tion populaire s’est répandue, s’est relevée, L'
M. Chauveau est le plus poli de nos hommes publics, et m’ar: le plus aimable. auta
Il a trop d'esprit pour être grave; lui seul se prend Elle au sérieux, Ceux qui l'ont connu enfant, disent qu'il stann n’a pas vieilli; ceux qui l’ont connu depuis, le savent. Di Il arrive enfant à tout âge. Il n’a pas, il ne peut pas jourd avoir d’ennemis ; il n’a que des moqueurs. La faiblesse ont e est le fond de son caractère ; la délicatesse, le fond de Âr son esprit; le fond de son cœur est la bonté. crach
Quand les grelots de la popularité auront fini de son- les pi ner, que restera-t-il de M. Chauvean ? vos à
Comme orateur? Rien; si ce n’est, peut-être, une Ga] page de son üGiscours à l'inauguration du monument de de l'it Sainte-Foye. as dot
Comme poëête? Quelques strophes, la neige? poésie seron incorrecte, chevillée, mais gentille d'inspiration, qui Le restera, à moins qu'elle ne fonde aux rayons de la cri- Il 4 tique. ELA Entro
Comme prosateur ? Il y a longtemps que Charles Gué- La rin a suivi la pente du ruisseau. elle d
Vivra-t-il comme homme d'Etat ? se do
Je laisse à d’autres de le décider, J'ai voulu seule- l'hém ment juger l’homme de lettres. entr’e
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Argenteuil, 8 mars 1872. ‘M.