‹ Les Guêpes canadiennes [microforme]Chapitre 47 sur 62 · AE · texte numérisé non relu

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Bref, tout cela se serait déjà traduit par une notice communiquée au livre d'Or de la noblesse, si les pages de ce livre souffraient tout, comme les papiers. Ce cher Livre d'Or! il chatoie si agréablement la vue! On «erait si heureux d'y lire cette page... à peu près comme on l’a rêvée :

‘“ Casgrain d’Airvault—originaires de Vendée--Fief de la Rivière Ouelle et de l’Islet--Manoir d’Airvault-— Alliés à la noble famille des Letellier de St. Just.

“ Les d’Airvault portent de gueule avec gerbe et flamberge d'or; ils ont la fière devise: au champ labeur, au camp valeur !”

Hélas! cette page d'or, tant convoitée, n’existera probablement jamais. Car, avant de consentir à son insertion au livre de lu noblesse, on y regardera à deux fois, on fera des recherches, on founillera le greffe de Québec, et, dans les régistres des baptèmes, mariages et sépultures des paroisses de Québec et de Beaumont, on trouvera divers actes authentiques constatant que Jean Casgrain était traiteur à la basse-ville, c'est-à-dire préparait et servait à manger et à boire aux voyageurs et aux viveurs de ce temps-là, et qu’il épousa, à Québec, une demoiselle Duchesne dite LeRoiïide, fille d'Anüre Duchesne dit LeRoïide, de la nation des Pawnis. Ces actes établiront que Jean Casgrain n’était pas originaire de Vendée, mais de l’ancienne petite province d’Aunis, et qu'au lieu d’être sergent à la tête des troupes, il était tout bonnement cuisinier à la tête de ses plats; que s’il a fait couler le sang, ce ne peut guère être que celui de la volaille, et que ses blessures,--s’il en avait--étaient probablement des brûlures.

Donc, si le Jean-Baptiste Casgrain, Vendéen, né à Airvault; le Casgrain sergent qui combattait à la tête des troupes de France et de Navarre ; le Casgrain pour-

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fendeur et mangeur de Turcs, le nasicobole, minus-che. ville, balafré et calabré, si ce Casgrain a existé—-ce que personne ne voudra croire,—ce ne peut être Jean Casgrain le cuisinier, qui en l'an de grâce 1750, tournait des crèpes dans sa gargotte de la basse-ville, et menait à l'autel mademoiselle LeRoide, de la nation des Pawnis.

Remarauez bien que je ne méprise pas les Pawnis, non plus qu'aucune autre tribu sauvage. J'en fais au contraire grand cas, et l’on me dirait que j'ai du sang sauvage dans les veines que je n’en serais pas du tout humilié. Tout ce que je veux établir, c’est que M. l'abbé ne descend pas en droite ligne des Montmorercy ou des Caniac de Périgord.

En fait de généalogie, je dis comme le grand poète de la Grèce, Homère: ‘“ À quoi bon questionner sur la race ? Telle est la génération des feuilles dans les forêts, telle aussi celle des mortels. Parmi les feuilles, le vent verse les unes à terre, et la forêt verdoyante fait pousser les autres sitôt que revient la saison du printemps; c’est ainsi que les races des hommes tantôt fleurissent et tantôt finissent.”

Donc, mon cher abbé, veuillez m'en croire, laissez de côté tous ces travaux généalogiques. Que votre bisaïeul soit Casgrain le balafré, ou Casgrain le vendeur de saucisses, il importe peu. Les gens d'esprit ne vous en estimeront ni plus ni moins, et cela n'ajoute ni ne retranche à votre mérite personnel, que nous reconuaissons autant que vos meilleurs amis.

Vous avez très-bien dit, dans la biographie de M. Faribault : ‘‘ il est une aristocratie que l’on ne parviendra jamais à détruire : c'est celle de l’urbanité, de la politesse des manières, de la dignité et de la noblesse des sentiments.” Cette aristocratie indestructible, vous

la possédez; qu’avez-vous besoin de faire tant de frais pour en acquérir une autre ?

Ce dada qui vous tourmente est d’ailleurs, vous le savez, la faiblesse de plusieurs, et le but de ces pages n’est pas d’humilier, mais de corriger ceux qui en sont possédés.

Après cela, ayez le caractère aristo-plébéien, si la chose vous va, et je n’y mettrai pas d’obstacle, puisque cela ne nuit en rien à votre caractère sacré, qui est irréprochable.

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