‹ Les Guêpes canadiennes [microforme]Chapitre 55 sur 62 · CONTRADICTIONS · texte numérisé non relu

CONTRADICTIONS

Le parti conservateur et le parti libéral.

HIER

“Le parti conservateur est le plus sûr dépositaire des traditions nationales, le guide politique le plus prudent; et c'est en lui, que dans cette heure solennelle de notre histoire, doivent s' absorber tous les partis, toutes les nuances d'opinion..Les hommes extrêmes que nous voyons déplorer si amèrement la fin du régime de l'union, et conseiller au peuple de pousser si loin la résistance à la confédération, sont ceux-là même qui, jusqu'à leur avènement au pouvoir, ne voulaient point de l’union et qui, le cas échéant, accepteraient de grand cœur l'annexion.

Si leurs alarmes patriotiques étaient sincères, redouteraientils moins notre absorption dans l'immense république américaine que notre alliance avec trois ou quatre provinces, divisées d’'intérêts, destinées à se contrebalancer, et dont une seule est

* > en population et en au Bas-Canada.

us laissons pas prendre de nes déclamations, à des abtenuges de parti, et regardons au fond des choses...

“Sile parti libéral avait vraiment à cœur l'intérêt du Bas- Canada, il ne pre Ongerait pas sous le régime de » confédération la lutte que, uis dix-huit

AUJOURD'HUI

“C'est en vain que nous cherchons encore à nous diviser en libéraux et en conservateurs. Il est aussi impossible de définir ce que c'est qu’un conservateur canadien, que de dire en quoi un libéral ne l’est pas.. Depuis quinze ans, 4 parti conservateur domine en maître dans le pays. Son mérite intrinsèque ne suffit pas pour expliquer un si long règne. Ses vertus seules ne justifient pas la faveur d’une si constante fortune .. Au lieu de s'identifier avec la cause du pays, il a cherché au contraire à l’absorber dans la sienne, au lieu d'élargir ses vues à mesure que son importance grandissait, il est resté intolérant, rancunier, egoïste...Il ne peut plus obtenir l’absolution pour ses fautes politiques, en montrant ses états de service religieux. On sait que pour conserver le pouvoir, il vend s’il Le faut, son âme...Politique éternelle de dénigrement systématique, vipère, à la langue visqueuse, hydre toujours renaissante, harpie hideuse, affreuse lèpre, éponge imbibée de fiel et de cyanure de polassium, et qu'un parti politique a pressée par tout, sur le chemin de ses adversaires pour les flétrir ou les mettre à néant, eux et leurs actes, (Toute cette phrase est peut-être la plus ridicule que la presse ait jamais commise.)

fil i:

546 oRTRAITS ET PASTELS LITTÉRAIRES.

ans, { fait sans succès au parti conservateur. Cette lutte ne peut avoir pour effet que de diviser nos forces au profit des autres provinces et de neutraliser notre influence nationale.... Le fait est qu'ils avaient bien tort de se plaindre et bien peu raison de déclamer. L'Union nous a donné vingt cing ans de l'existence politique la plus douce que l'on puisse imaginer. S'ils l'avaient connue, les grands peuples eussent envié notre paisible bonheur, notre honnête prospérité...Tandis que le minisière conservaleur S'appuiera sur la majorité Bas-Canadienne, l'opposition est fatalement condamnée à subir le joug de la majorité Haut-Canadienne et à ne triompher qu’à son profit... C’est donc tn grand bonheur pour la province de Québec que le peuple se prononce avec une unanimité si complète en faveur du parti con.

servateur ; c’est la garantie de nos droits; c'est, en un mot, le pouvoir placé entre nos mains .., L'Opposition Bas-Canadienne est annexionniste, mais elle n'ose mar cher droit à son but. Elle n’'accepte ni ne rejette franchement la confédération. elle la subit et achève de pe:äre dans cette 8ituation fausse ce qui lui reste de force ...Lorsque les libéraux sont parvenus au pouvoir, ils n’ont absolument rien fait. ..etc., etc. etc.

(Discours). “ Æst-ce que moi qui vous parle j'ai jamais été conservateur dans le sens étroit du mot? Est-ce que j'ai jamais été considéré comme tel par ceux auxquels l'étroitesse de leurs idées et l'aveuglement de leurs passions donnent le droit de s'appeler conservatcurs par droit de naissance...

“ Aussi je n'éprouve aucune hésitation à me rallier à un parti qui comptera tant de libéraux dans ses rangs...Je renoue avec eux de vieilles sympathies...

“Le parti conservateur n’a dû son long succès qu'à une chose, son titre de défenseur de l'Eglise.

Sans ce titre, il y à longtempx qu'il serait tombé, et qu'usé, par ses méfaits, son règne 8e serait évanoui...etc., etc. etc.

La Confédération,

L'Union élail un élat transiloire. Sa mission historique était de préparer la voie à {a conf'édéralion; il y a dix ans qu'elle

.aurail dû disparailre pour faire place à l'édifice politique dont elle avait jeté les bases. La confédération, loin d’être venue

AUJOURD AUT

Notre siluation est de celler qu'on n'ose à peine analyser:

tant elle ne présente de tous côtés, qu'aspecl désolé, que sur fare stérile. T faut pourtant dire enfin tout hatit ce que tour disent tout bas; écarter le voile

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trop tôt, vient peut-être trop tard... {n'y avail pour le Bas- Canada qu'une seule conduile à suivre, l'accepler en principe.

S'il l'eut tout d'abord repoussée, il cut commis une de ces fautes politiques qu'il est difficile de réparer. L'union avait fail son twmps, l'indépendance est une chimère, l'isolement est impossible ; il fallait choisir entre ces deux termes: /a conféderalion ou l'annexion. ...Il y aura pour les Canadiens - Français fr'ois grands éléments de puissance dans la confèdéralion .... La cause du Bas-Canada a donc pour elle toules les chances favorables. Les alliances ne sauraient lui manquer .... De toutes les provinces, c’est le Bas- Canada qui est le mieux placé pour protiter des avantages de la lutte et en sortir triomphant....

Nous entendons chaque jour des esprits aigris par les insuccès politiques, décrire les ennuis dont nous menace la conf'édéralion. Hs laissent de côté avec soin les avanlages inconteslables qu'elle nous promel...etc. etc.

[n'y a plus moyen de soutenir que c'est par amour de la nationulilé que l’on a repoussé la Confédération, et qu'on lu combat encore ; car, enfin la nationalite serait pour le moins aussi exposée sous le régime amérivain... ete., ete., etc.

toujours grandissant, et auxquels il n’y « qu’un seul remède, que personne n’a le courage d'indiquer, quoique chacun soupire après le moment où il sera hardiment appliqué et où il produira guérison complète, ...La Confédération n'a rien apporié au pays qu'il n'eut déjà, et lui fait payer des semblant d'avantages et des simulacres de force aussi chers que s'ils étaient des biens réels, des gages assurés de grandeur. Les Provinces ont um ensemble ({eurs faiblesses, mis en commun leurs miseres !..., Ue grand changement politique n'a pas produil te plu: léger remous. Faut-il s'en étonner ?

faut-il s'étonner de ce que l'union contraclée avec de petils peup'es aussi nécessiteux que nous, soif restée sans fruil, tandis-que le contact de quarante millions d'habitants en pleine activité nous eul transformés ?....La tentative de fonder une Confédération anglo-canadienne à côté des Etats-Unis, est donc visibleblement condamnée à l'insuccès....La Confrderalion, hätivement achevée, condamnée à uneläche au-dessus de ses forces, ployant sous une dette énorme, ne pouvant nous assurer ni la prospérilé à l'intérieur, ni la sécurité à l'extérieur disparaîtra falalement de la scène, le lendemain du jour où, réalisant le programme qu’on lui a assigné, elle s’étendra de l'Atlantique au Pacifique. ... Avec l'annerion ce serait {out le contraire ; et dans l'accroissement rapide, merveilleux de la prospérité générale, de la fortune publique, nous ne nous apercevrions pas vraiment de ce qu’il nous faudrait verser dans le trésor public de plus que maintenant. .,,etc., etc.

Achat du Nord-Ouest.

HIER

& Ontrouvera dans le discours de Sir George sur les négociations au sujet du territoire du Nord-Ouest des explicalions claires, convaincanles, décisives.

I1 nous semble qu’i/ n y a rien à répliquer à ce ruisonrement viclorieux. .…..

4 Le résultat oblenu fail le plus grand honneur aux négociateurs canadiens et en particulier à Sir George.... Personne n'osail esérer des condilions aussi avanlageuses que celles obtenues...

A l'adresse des libéraux : “ On repousse l'acquisition du territoire du Nord-Ouest, parce que cela complète et consolide l'Union Canadienne dont on souhaite la chute, et que cela nuit à l'extension des Etats-Unis. Ce n'est pas au point de vue canadien que l’on se place, mais au point de vue américain...

C'est ainsi que M. Fabre

AUJOURD'HUI

« Une discussion calme et rai:

sonnée, un examen consciencieur.

el ni l'acquisilion du Nord- Ouest ni l'annexion de la Colombie n'avaient lieu. Il aurait fallu expliquer d'une facon plausiole celle acquisition qui ne parait avoir été faite que pour nous procurer le spectacle d’une guerre civile dans un coin de la Puissance....etc., etc., etc.

L'argent consacré à l’achat du Nord-Ouest est de l'argent placé à fond perdus. ..,

“ Aussitôt que le drapeau fédéral flottern de l'Atlantique au Pacifique, le drapeau Anglais repassera les mers...,.etc., etc.

a jugé toutes les questions.

Pour être plus sûr de ne pas errer, il a toujours écrit lo pour et le contre. À vous de choisir Messieurs.

Je pourrais faire repasser devant vos yeux, lecteurs, ses dires sur un grand nombre de questions, telles que l'annexion de la Colombie, le chemin de fer du Pacifique, le traité de Washington, l'émigration, le tarif, la colonisation, ete., ete. Mais à quoi bon? Vous vous trouveriez toujours dans le même embarras, entre ses opinions d'hier et celle d'aujourd'hui, et ça deviendrait

ennuyeux.

Des questions politiques passons aux hommes, el voyons si ses jugements sur les personnes valent micux :

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M. Chauveau.

HIER

“Le chef du Cabinet, M.

Chauveau, est un ancien ministre retiré des luttes depuis dix ans, estimé de tous les partis et plus propre qu'aucun autre à mener à bonne fin une œuvre de rapprochement et de conciliation...

Il n’a point d’ennemis et il u’est l'ennemi de personne ...Oraleur et écrivain, il jettera de l'éclat sur notre gouvernement provincial et lui imprimera un cachet français....Les journaux modérés de l'opposition ont rendu hommage, avec une bonne grâce dont il faut les féliciter, au talent du premier ministre en même temps qu'à l'énergie doublée de modéralion dont il a fait preuve dans les luttes du passé et qu'il saura déployer plus que jamais à la tête des affaires.

bar son caractère comme par son lalent, Monsieur Chauveau est le représentant le plus convaincu el le plus brillant du sentiment canadien-français....

L'éloquent homme d'élat réalisera, NOUS en SOMMES CONVaiNCU, toutes les espérances que sa haute renommée de patriotisme et de talent a fait concevoir.”

Il a jugé tous les chefs maniere que M. Chauveau.

AUJOURD'HUI

Sans vues poliliques, sans indépendance personnelle, bornant son habileté à l'intrigue et sa force à la ruse, mettant son ambition dans le succès des manœuvres qui protégent son établissement particulier ; ni homme d'élal, ni administrateur, ni oraleur parlementaire, ni même homme d’affaires ; le premier ministre est incapable de combiner et dé mener à bonne fin une entreprise politique sérieuse, voire même de trancher à moins d'un an d'hésitations, la plus simple question pratique...

“ Sa politiue est de louvoyer pour échouer.

“Que l’on ne pense pas que nous exagérions: faible mais intrigant ; ayant l’épiderme sensible mais aussi l’esprit fertile en ressources, M. Chauveau est plus aisé à renverser qu’à déjouer. ...

conservateurs de la même Tantôt il les a élevés anx

nues (quand ça payait), et tantôt (quand ça ne payait plus) il les a traités comme des nullités.

Mais, dira-t-on peut-être, l'égard des chefs libéraux.

Voici ce qu'il a écrit de

il n’a pas agi de mème à

Vons croyez ?

M. Blake.

HIER

‘M. Blake n'est pas de ces adversaires incommodes, qui vous

AUJOURD'HUI

“ M. Blake est arrivé, en si peu d’années, à la haute position

harcellent sans cesse et dont on se débarrasse à tout prix. C'est au contraire un ennemi que l’on conserve avec soin. Comment le remplacerait-on ? Où trouver un tacticien si maladroit qu’il passe son temps à préparer à son parti d'humiliantes défaites, et au gouvernement de faciles triomphes ? Battu, il mérite toujours de l'être. C'est rare ”....

etc., etc., ete.

qu'il occupe maintenant par la seule force de son caractère et de son talent. Il a conquis de suite sur son parti, une autorité morale rarement obtenue à ce degré, même par les hommes les plus habiles, et dans le monde politique, un prestige qui a promptement dépassé celui de ses rivaux plus anciens que lui dans l'arêne. Il est arrivé de suite au premier rang....étc.

etc., etc.

À présent, on aimera peut-être à savoir, si M. Fabre ne voit double qu’à l’égard des hommes politiques, et s’il juge mieux ses confrères, journalistes et écrivains.

Ouvrons encore l’ Evénement :

MM. Provencher et Carle Tom.

HIER

“ Entre la littérature et les finances M. Provencher n’a point éncore fait un choix. La conséquence de l'indécision de sa vocation est que son style a le teint pâle et que ses phrases n'ont point envie de vivre. Son esprit manque la plaisanterie et sa verve fume.

“Il ne parait pas avoir des convictions invincibles....”

&“Oarle Tom, rédacteur de la Mine: ve était essentiellement un écrivain sage, un secrétaire fidèle. Il ne faisait pas de bruit dans le monde ; on ignorair son nom parmi les politiques. Jamais on ne lui attribua un bon article ; quand par hasard il en écrivait un, on le citait comme d’un autre. Du commencement de ses articles on n’en apercevait pas la fin: elle se perdait dans les espaces où ne pénètre jamais . un lecteur. etc,

AUJOURD'IfUI.

“Je porte au caractère de Provencher une vive sympathie, à son talent original, solide et fin, une sérieuse estime.

« Quant à Carle Tom, je tiendrai à honneur d'alterner avec lui comme chroniqueur. De tous ses lecteurs, je suis peut-être celui qu'il amuse davantage.

Personne ne rend plus que moi justice à sa verve plaisante, À 807 charmant esprit.”

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