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comfcile.
Ainsi, c'est bien simple et bien clair. Ni l'un ni l'autre n'ont tort ni raison. M, Gendron at-il commis, oui ou non, la soustraction du document ? M. David n'en sait rien, puisqu'il commence en disant: quoiqu'il en soit ; mais il croit tout de mème, que M. Gendron n'a pas commis, au moins malhonnétement, l'acte qu'on lui impute. Comment peut-on soustraire honnêtement un document ? C'est au lecteur de deviner. Quant à M. Langelier, qui a accusé M. Gendron d’un acte infamant, et qui l’a injurié sur tous les tons, il n'a pas agi malicieusement. Comment cela? On n'en sait rien, et le lecteur devra deviner encore, Mais quand M. David eroit, il faut supposer qu'il a de bonnes raisons pour cela, et croire avec lui. Si vous voulez en savoir plus long, vous êtes un té méraire, |
Le Courrier de St. Hyacinthe s'est permis cette témérité; mais M. David lui a répondu par un second article plus entortillé que le premier, et dont voici la conclusion :
“ Cela dit, je prie le Courrier de St. Hyacinthe de croire, “que je ne me géncerai pas plus à l'avenir que par le “ passé, de dire franchement ma façon de penser, à la “ peine d'encourir les colères du Courrier.”
Voilà qui était franc et net, et le Courrier a dù être convaincu. C’esc bien admirable de pouvoir parler ainsi; car il faut tant de tourage pour dire franchement sa façon de penser, et décider carrément entre deux adversaires, que l’un a raison et que l’autre n’a pas tort !
Je n’insisterai pas sur cette indécision constante de M. David, et je 5 citerai, ni le portrait de Mgr. Bourget, où il à pris tant de soin de ne se prononcer sur aucune des questions intéressantes que tout le monde voudrait
connaître—ni la biographie de Sir (reorge (Cartier, qui
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est la contre-partie des discours de M. David dans les élections de 1872.
Ce que j'ai dit suffit pour démontrer, que M. David ne manque pas d’habileté à danser sur la corde, qu'une certaine école tient suspendue entre le vrai et le faux : et je passe à l'examen de son style.
M. David n’est pas historien, mais portraitiste.
Quand il peint, il est généralement élégant, vif et délicat. Il est observateur et groupe assez bien les traits principaux, Mais quand il raconte, il est long, monotone, et ennuyeux. [lomet des faits importants, et tient compte de détails insignihants, probablement pour plaire à tels membres de la famille qui y jouent un certain rôle.
Mème dans le portrait, il lui arrive assez souvent de manquer de goût. Il abuse surtout des images, Il les entasse, les répète et les mêle.
Ainsi il dira du juge Vallières:
“Sa belle imagination faisait jaillir des etincelles des ‘ pensées les plus arides, et les chargeait de paillettes “ d'or et d'argent, de rayons lumineux.” Le lecteur voit la confusion de ces étincelles avec les paillettes d'or et d'argent et les rayons lumineux !
“Sa mémoire était au niveau des autres faculté: ; “c'était une mine inépuisalde, une source intarissable “comme son esprit.” Mine inépuisable rendait bien l'idée, quel besoin y avait-il d'ajouter, source intarissable ?
“Un esprit fin, brillant, prompt comme l'éclair, qui “ s'épanouissait en gerbes de feu, en fusées étincelantes, “et s’échappait de sa forte tète comme la vapeur des “puissantes machines qui la contiennent.” Æzlair. gerbes de feu, fusées, et après tout ce brio...vapeur ! Quel mélange !
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“Sa conversation était un feu roulant de bons mots, “d'anecdotes, de reparties, et de plaisanteries que les “ anciens se répètent encore au coin du feu, tout bas, : quelquefois.”
Après cet encombrement de bons mots, d'anecdites de réparties et de plaisanteries, on se demande pourquoi les anciens se bornent à les répéter quelquefois et tout bas !
Dans le portrait de Charles Michel de Salaberry, je retrouve le même entassement de mots exprimant la mème idée :
‘Un cœur de lion, une intrépidité à tout oser, à tout braver… Vif, brusque, impétueux...nature de soldat, pleine d'élan, de vivacité et d'entrain...Sévère, rigoureux, inflexible.
Dans les pages les plus brillantes de M. David, il y à de ces taches, qui démontrent l’absence de goût et de tact. J'en pourrais citer des exemples dans presque tous ses portraits, et spécialement dans celui d'Emma Lajeunesse. Mais le seul fait d’avoir placé cette actrice, si célèbre qu'elle puisse être, dans sa Galerie Naticnale, au milieu de nos grands évêques et de nos hommes d'état les plus illustres, est un manque de tact absolu.
M. David ne sait pas toujours choisir le style qui convient aux portraits. Ainsi, on ne peut débuter plus mal qu’il n’a fait dans celui de Sir L. H. Lafontaine :
“ Nous voila, encore ! en face d’une vie illustre, etc., “ete. Cette biographie m'a causé beaucoup de troubles “et de recherches.”
Nous voilà, encore ! Quelle exclamation étrange et quel début! C’est le lecteur qui a dû s’écrier en commençant: ‘ Vous voilà, encore, M. David !
Trouble n'est pas français dans le sens que M. David lui donne. Mais lors même qu'il le serait, il n’y avait
pas de raison d'informer le public de tout ce trouble-là, Le portrait est par lui-même assez troublé.
Un autre défaut du portraitiste est de n'avoir pas su
tirer parti des sujets qu'il a traités, et en faire ressortir les enseignements. Je n’en citerai qu’un exemple.
Il y avait un magnifique rapprochement à faire entre lit Papineau et Morin, entre l’orgueil de l’un et l'humilité l’e de l’autre, entre la piété de celui-ci et l’incrédulité de ve celui-là. M. David n’y a pas pensé ! Et lui, qui n'avait me pu articuler un mot de blâme pour l’incrédule, il à pas trouvé du persifHage pour l’homme pieux : “ M. Morin qu “avait plutôt l'air d'un évêque en visite pastorale À “ qu’un candidat en quête d’un comté, il parlait avec I ‘ la simplicité et la franchise du bon curé qui fait le le p “ prône à ses paroissiens depuis vingt cinq ans.” de |
Terminons ce pastel, déjà trop long, par ces paroles St. de M. de Bonald : (rar
“ Un écrivain doit avoir en morale et en politique des sém ‘ opinions décidées, parce qu'il doit se regarder comme prés
beau
“ un instituteur des hommes : pour apprendre à douter, tôt «
“les hommes n’ont pas besoin de maîtres.” Je prie M. David de méditer ce conseil, et d’en faire D sa règle de conduite. hélas Malgré quelques défauts de style que j'ai indiqués, il men: dit généralement bien ce qu’il pense. Mais ce que je 2 hatIO: lui reproche, c’est de penser trop peu ! qu'il
En pensant davantage, il pourra peut-être s'élever teurs audessus du médiocre, et si jamais il émigre au pays des une &
Liliputiens il y sera fait nardac comme le héros de eu un
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M. L. A. DESSAULLES.
C'était hier, c'est-à-dire il y a plus de douze ans. La littérature canadienne n'était pas née, s’il faut en croire l'abbé Casgrain qui devait la mettre au monde. Chauveau, Taché, Crémazie avaient bien tenté l’aventure, mais en vain. Cette diablesse de littérature ne voulait pas voir le jour, et tout restait à créer pour la génération qui allait éclore.
Mais l’âge d'or approchait.
Le gros Fréchette voyait épanouir ses blondes années ; le petit Marmette chevauchait bruyamment sur le faite de la maison paternelle; le brillant chevelu Faucher de St. Maurice couvrait sa tête d’un sombrero; le jeune (rarneau ébauchait les contours de sa belle baigneuse ; le sémillant Dr. Larue prenait des leçons de boxe pour se préserver des black-eyes ; il ne manquait plus que le beau David, qui faisait alors ses dents, et qui allait bientôt commencer sa galerie nationale si mêlée.
Donc la littérature allait naître...pour son malheur, hélas ! La politique était née depuis longtemps, et elle menait une vie passablement tapageuse. Le parti national était encore dans le néant—je n'affirme pas qu'il en soit sorti. Mais les libéraux et les conserva. teurs étaient aux prises, et la lutte se poursuivait avec une ardeur terrible. Le National et l'Avenir, qui avaient
eu une vie obscure et courte, venaient de trouver sur le champ de bataille une mort peu glorieuse.
Le Pays était resté seul sur la brèche, vomissunt l’injure et brandissant un bout de grammaire.
Le parlement siégeait dans la vieille cité de Cham-
plain, et les séances devenaient acrimonieuses et inter-
minables, Le conseil législatif lui-mème, se laissait aller à l'excitation, et voulait prendre sa part dans la querelle politique. Un soir, j'entrai dans sa galerie, et j'écoutai. Un homme se leva et prit la parole.
Ilétait petit, maigre et sec. Une moustache noire bien entretenue voilait sa bouche, et m'empêchait de voir si ses dents étaient blanches comme celles de l'abbé Jasgrain, ou en deuil comme celles de M. Marmette. Ses yeux me parurent d’un brun jaunâtre, assez vifs, capables d'exprimer la haîne plutôt que l'amour. Son aspect n'avait rien de souriant ; son geste était raide, sa voix dure.
Tête et phyxionomie grèles. Je ne sais quoi de mesquin dans la pose. Cheveux très-noirs et plats, ouverts sur un front qui n’était pas assez large, je devrais dire, étroit comme sa pensée. Ni jeune ni vieux, mais plutôt jeune quand on le voyait de loin. Un timbre qui vibrait comme un cuivre, maïs qui n'avait rien de sympathique.
Il parlait en avocat, en avocat qui a une tête, mais qui n’a pas de cœur. Du reste, rien dans l'apparence qui dénotât le libre-penseur; on l'eût pris pour un bedeau tout aussi bien que pour un socialiste. Sa voix était désagréable, mais son langage était poli: du miel dans la forme, de ia moutarde dans le fond ; des fleurs à la surface, un tonneau de poudre en dessous. Le discours était d’ailleurs compassé, didactique et froid.
Tel m'apparut cet homme.
Il ne m'attira pas à lui, et cependant je l’écoutai jusqu’au bout,
Ce qu'il dit alors, je ne m'en souviens guère; mais je sais qu'il parla de tendances humanitaires, de progres indéfini enrayé par l'intolérance, de libertés populaires restreintes par l'absolutisme, etc., etc., etc. Je compris que
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c'était là le fond de sa rhétorique, et quand il daigna s'asseoir, je n’en fus pas fâché.
Vous venez d'entendre M. Dessaulles, me dit mon voisin; c'est un homme de grand talent.
—Je suppose qu’il a fait ses preuves avant ce soir.
—Oh ! oui, reprit mon interlocuteur, en me jetant un regard étonné ; j'avoue qu’il n’a pas été fort aujourd’hui. Mais sa réputation est faite.
—$urfaite, peut-être ?
— C'est possible. Franchement, j'en parle par ouidire; et personnellement je ne sais pas trop ce que valent ses écrits.
— C’est pourtant ce qu’il faudrait savoir.
Ainsi se fonde bien souvent la réputation d’un homme, On l'entend déclamer avec force contre les ubus du pouvoir et le servilisme des consciences, revendiquer les droits du peuple et la souveraineté nationale, et l’on s'en va répétant comme un porroquet: cet homme parle bien ; il a de grands talents.
Verba volant. Ce propos vole de bouche en bouche, et le public finit par se laisser persuader, sans en rien connaître en réalité. On parle de confiance. Le piédestal s’érige sur un ouï-dire, et la médiocrité arrive à la réputation, que la position et le succès finissent par consolider.
Le succès: Voilà le fondement unique de bien des gloires. Cet homme a du succès; done il le mérite. Raisonnement absurde, que tout le monde accepte et dont chacun reconnait cependant la fausseté.
Jamais un écrivain n’a obtenu un succès égal à Voltaire: et ce grand ennemi de l'Eglise ne fut après
tout, qu'un génie de troisième ordre.
L'abbé Delille a été admiré et encensé toute sa vic. pour des vers quine valent pas une page de Donoso Cortès.
Jean-Baptiste Rousseau fut longtemps appelé le grand poête lyrique de la France, et ce n’est certainement pas un modèle.
Notre siècle a vu fleurir ia gloire des Scribe, des Flaubert, des Théophile Gautier, et de cent autres qui ne sont que des hommes médiocres,
L'histoire à la main, ont peut dire avec vérité qu’en général, le succès appartient à la médiocrité servie par la réclame. Le génie qui méprise la réclame est souvent condamné à l’obscurité. Voltaire n’a jamais négligé ce détail, et quand il croyait utile de communier pour assurer le succès d’une pièce, il communiait, l'infdme /
M. Dessaulles est aussi de ces hommes médiocres qui aiment à s’entourer de certains bruits de cymbales. I! pose en prophète, et ses disciples ne lui ménagent pas les louanges. Ils sont peu nombreux, par bonheur, et ne save: rien. C’est ce qui explique, comment le fatras d'érudition exhibé par leur maître, les jette dans l'admiration. Quel savant! s’écrient-ils, et quel grand écrivain !
Une autre opinion, partagée par un plus grand nombre, arcule aussi dans un certain publie sur le compte de M. Dessaulles. On le regarde comme un homme dévoyé et dangereux, mais très-cupable. C'est un impie. dit on, mais un homme de grands talents.
Ces deux opinions sont fausses à un degré différent. Ceux qui proclament M. Dessauiles un grand savant et un grand écrivain, ne comnaissent pas évidemment la signification de ces deux mots; et quant à ceux qui se contentent de lui reconnaitre des talents supérieurs, ils
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sont aussi dans l'erreur, parce qu'ils n'ont pas lu ser œuvres, et ne le jugent que par oui-dire.
Je n'est pas ainsi que nous apprécierons M. Dessaulles. Nous examinerons ses œuvres, et nous démontrerons avec impartialité : lo que M. Dessaulles n’est pas un écrivain, quoiqu'il ait beaucoup écrit: 20 qu'il est bien loin d'être un savant, quoiqu'il ait beaucoup lu,
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M. Dessaulles a longtemps rédigé le Pays, l'organe du parti libéral en Canada. C'était un journaliste ardent et qui avait des apparences de conviction. Il manquait d'habileté et de stratégie; mais il avait du courage et de l'audace. Il ne savait pas choisir le temps ni le lieu de la bataille; mais il s'élançait toujours à l'assaut du pouvoir avec une furie digne d'un meilleur sort.
Il combattait au premier rang de l’opposition, et ne comptait pas les blessures qu’il recevait, ni les morts qui tombaient à ses côtés. On lui reprochait même avec raison, de sacrifier inutilement ses soldats.
Ce n’était pas lui qui portait les meilleurs coups à l'ennemi; mais il pouvait se vanter de porter les premiers. On lui rendra d’ailleurs cette justice qu'il n'a jamais tué personne, pas même le clergé qu’il désirait tant exterminer.
Imprudent à l’extrème, il semblait prendre plaisir à se compromeftre et à compromettre ses amis. Bien loin
de l’aiguillonner pour le faire avancer, il fallait sans cesse le retenir,
— Vous allez trop loin, disait le chef, vous nous compromettez.
——Je dis ce que je pense.
— Vous le dites trop, ce que vous pensez. Le peuple est catholique, et. .
—Dites qu'il est préjugé et endormi dans la superstition.
—Comme vous voudrez, mais il n'est pas prêt à accepter vos idées.
—Il s’y habituera.
— Pardon, il ne s’y habituera pas; et en froissant ses convictions comme vous le fuites, vous nous empêchez d'arriver au pouvoir. Vous nous rendez impossibles.
—Pas du tout. Le libéralisme règnera ici comme “illeurs. Son triomphe est certain, et les jours de la superstition achèvent, Nous vivons dans un pays libre, et la liberté de penser est le premier de nos droits.
—Je ne conteste pas le droit, mais l'opportunité d’exprimer vos idées. Je ne parle pas au nom de la science, ni de la liberté, mais au nom de l'intérêt politique. Je vous en prie, soyez prudent.
Mais le journaliste libre-penseur était comme un cheval fougueux qui ne peut souffrir aucun frein; et le lendemain, il attaquait le clergé ou les institutions religieuses avec un redoublement d’ardeur et de malice.
C'était du moins un homme franc, dira-t-on.
Non, il n'était pas franc. Il disait beaucoup plus qu'il n'aurait dû, dans l’intérèt de la cause politique qu'il représentait; mais il se gardait bien cependant, de dire tout ce qu'il pensait.
Aujourd’hui encore, il déguise la moitié de sa pensée. en ne nous disant pas franchement qu’il ne croit pas en la divinité de Jésus-Christ.
M. Dessaulles a d'ailleurs le caractère distinctif des vrais hypocrites: il appelle : Tartufes les hommes religieux, c’est-à-dire les hommes sincères par excellence.
Parce qu’il insulte ouvertement le clergé, parce qu'il se moque de nos croyances, parce qu'il outrage audacieusement notre sainte Mère l'Eglise, il se targue de franchise et de droiture. Mais ce qu’il ose dévoiler fait deviner ce qu'il cache encore, et révèle la profondeur de son hypocrisie.
Son journal le Pays, a toujours voilé ses véritables tendances, autant que sa nature le lui permettait; et toute sa carrière de journaliste a été une duperie continuelle. Il affichait alors les couleurs d’un catholique libéral, et il était au fond un libre-penseur des plus avancés.
Comme journaliste, il n’a rien produit dont on se souvienne. Il n’a jamais su, et ne saura jamais bien la langue française. Il ne respectait guère plus la grammaire que le clergé. Ses phrases étaient mal bâties, et d'une longueur...à rendre ses lecteurs poitrinaires.
Il eut quelques polémiques avec M. J. C. Taché, et les rieurs ne furent pas de son côté. C’est à lui, s’il m'en souvient bien, que M. Taché fit croire que Donoso Cortès et le marquis de Valdegamas étaient deux hommes différents. C’est depuis ce temps-là, qu'il méprise Donoso Cortès y compris le marquis.
Il soutint d’autres luttes qui firent quelque bruit, principalement contre Mgr. Raymond et contre M. Cauchon. Il ne sortit pas de la première avec les honneurs de la guerre, et ne fit preuve ni de science ni de bonne foi. |
La seconde fut longue et ennuyeuse, et les deux adversaires parurent de force à peu près égale—ce qui n'est faire l'éloge ni de l’un ni de l’autre. Tous deux se distinguèrent par l'audace, la grossièreté et le mauvais style. La lutte finit faute...d'injures, leurs dictionnaires étant épuisés.
310 PORTRAITS El PASTELS LITTÉRAIRES.
Sous sa direction, le Pays ne fit pas fortune, non plus
que son parti, et quand il l’abandonna, le journal était Ps mourant, Ses amis le regardaient de plus en plus comme un obstacle à leur avancement, et ils profitôrent de la première occasion venue, pour s'en débarrasser, “1 Ils lui trouvèrent une douce retraite, d’aucuns disent qu une cachette, où l’indisciplinable fut enfoui. pli
Pour répandre à Montréal les bienfaits de la libre- ] pensée, M. Dessaulles n'avait pas seulement un journal à sa disposition, il avait aussi une tribune, celle de l’Institut Canadien. Il était l’âme de cette association, si toutefois on peut dire qu’elle avait une âme. En perdant son journal il garda la tribune, et c'est de là, que depuis plusieurs années, le prophète rend ses oracles.
Yest de là, que le Greffier de la Paix déclare la guerre à l'Eglise, juge son évêque, condamne le Pape et les Conciles !
De la tribune sa parole tombe dans la rue, et elle y resterait mêlée à la boue qu'elle atfectionne, s’il n'avait le soin de la ramasser lui-même, et de la reproduire en brochure. C’est ainsi, et seulement ainsi, qu’il passera à la postérité. Tant pis pour lui! Car la postérité sera sévère, à l'égard de ce pygmée qui passe sa vie à diffamer le catholicisme, et à réhabiliter les scélérats.
Nous avons sous les yeux sa brochure sur Galilée, ' Hell ses lectures sur {a guerre américaine, et les annuaires de phra l'Institut-Canadien de 1868 et de 1869, et enfin sa dernière M. élucubration “ La grande guerre ecclésiastique.” Quel plutd bagage littéraire! Kt que cet homme nous fait pitié ! se
Il n'y a dans tout ce fatras, ni esprit, ni science, ni ose
style. Un seul mot peut qualifier justement cet entas- tone
sement d’inepties, et de mensonges : c’est plat. ue Pour justifier ce jugement, je dois entrer dans quel- gt
ques détails, et pour procéder avec ordre, je veux attaol
démontrer d'abord: que M. Dessaulles ne sait pas écrire, et qu'il ferait bien de revoir sa syntaxe.
Le style est une puissance, a dit un grand penseur.
M. Dessaulles n'a pas cette puissance-là, Dire qu'il a le style de tout le monde, serait peut-être exact, parce que ce serait dire qu’il n'en a aucun; mais je veux être plus précis, et je dirai qu’il a un style d'avoué.
Le premier venu, parmi les avocats, rédige ses procédures dans le style de M. Dessaulles. Ilest embarrassé, obscure, diffus et incorrect. Il est monntone, comme sou ton, De la première phrase à la dernière, c'est toujours la même chanson, et cette chanson n'est pas gaie, Rien qui repose, rien qui amuse, rien qui égaie un peu l’aridité de l'argumentation. Rien même qui pique la curiosité, ou excite et soutienne l'intérêt.
Y trouvons-nous au moins des sentiments? Non. Quelques jolies figures de rhétorique ? Non. De la facilité, de la verve, de l'élégance, de l'harmonie? Non, rien de tout cela.
M. Dessaulles a trouvé le secret d’être long, sans être fécond. Il se répète d’une manière désolante, et toutes ses arguties sont étirées, de telle sorte qu'on n'a pus besoin d’en voir la fin quand on en connait le commencement. Mais ce qui est fort est bref, a dit Ernest Hello. C’est une grande vérité, et la longueur des phrases de M. Dessaulles donne la mesure de sa faiblesse.
M. Dessaulles est amer plutôt que piquant, haîneux plutôt que sarcastique, emporté plutôt qu’enthousiaste. Il y a des écrivains qui se perdent dans les nuages; M. Dessaulles se perd dans la fange, la fange du dénigrement et du mensonge.
Lors même qu'il voudrait fréquenter les nuages, il ne le pourrait pas; sa nature s’y oppose. Elle le tient attaché à la terre, et le beau idéal est au-dessus de sa
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