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portée. [l n'a ni imagination, ni sensibilité, ni cet amour de l’art qui distingue les natures d'élite, Il n’a pas même cette chaleur du polémiste, qui donne de }n vie à l'argumentation, et qui tient le lecteur en haleine.
Il est lourd, il est froid, et son rire même est ennuyeux. C'est le rire haîneux du sophiste pamphlé. taire, que l'aspect du mal seul réjouit. La haîne a fait élection de domicile, dans ce style difforme et exagéré, elle n’en sortira pas.
Je serai juste, et je ne reprocherai pas à M. Dessaulles de faire des phrases vides. Ses phrases sont pleines, mais pleines de choses creuses. Il y met du sel, autant qu'il peut—ce qui n’est pas dire beaucoup---mais ce sel est gros et imbibé de narcotique. On s'endort vite à manger de ce sel-là.
Ce que je dis des phrases de M. Dessaulles, je puis le dire de sa tête. Elle n'est pas vide, mais très-mal meublée, et tout y est dans un pêle-mèêle incroyable. Beaucoup de choses, mais rien de complet, rien de clair, rien de brillant, rien d'ordonné : un vrai chaos.
Cela explique le désordre de tous ses écrits, qui n’ont aucune symétrie, ni gradation. On dirait qu'il ignore entièrement ce qu'est la disposition dans le discours ; et toutes ses œuvres manquent d'unité et d'ensemble.
Les seules transitions dont il use, dans sa dernière brochure, quand il veut passer d’un sujet à un autre, sont les suivantes: Maintenant monseigneur, à présent monseigneur, j'ai voulu vous dire monseigneur, il était temps de vous dire monseigneur, etc.
Faisons un pas de plus, et entrons dans un examen plus détaillé de ce mauvais style d'avoué.
Ni élégante, ni vive, ni cadencée, sa phrase se traine, se mêle, et arrive péniblement au bout. Bien loin d’avoir des aiies, elle n'a par même des pieds, et quand
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elle s'égare dans une proposition incidente, elle n'en peut plus sortir.
Je n’en chercherai pas longtemps des exemples. Voici la première phrase, de la première lecture de M. Dessaulles, sur la Guerre Américaine :
“ Nous sommes aujourd'hui les témoins inquiets et attentifs des calamités nationales que l'irrésistible envhaîinement de la cause et de l’ettet, comme le disait si bien le colonel Masson, devait tôt ou tard faire fondre surun peuple dont tous les autres peuples enviaient la merveilleuse prospérité et le déveluppement sans exemple dans le mondo, mais qui avait commis la faute de cor:erver dans son organisation sociale et politique un principe morbide, le cancer vénéneux de l'esclavage, de cette institution infâme entre toutes qui devait corrompre les idées et fausser les notions des hommes qui seraient uppelés à gouverner le pays.”
Disséquons un peu cette phrase, qu'on ne pardonne. rait pas à un élève de seconde. Il ne s’agit plus ici de style, mais de grammaire ; et je demande bien pardon aux lecteurs des leçons de syntaxe que je vais être obligé de donner à M. Dessaulles.
La phrase citée, contient quatre propositions différentes, qui auraient dù être exprimées en quatre phrases. M. Dessaulles a trouvé plus expéditif de tout mêler dans une seule, et vous ne devrez pas être étonné, lecteurs, s’il vous faut la relire deux ou trois fois pour la comprendre. Elle commence par l'expression d’une idée, entre incidemment dans une autre, passe à une troisième, et se termine par le développement d’une quatrième idée, ce qui forme en total: un salmigondis.
Qu'on demande à un élève de seconde de reconstruire cette phrase, et il 1a divisera comme suit :
“Nous sommes aujourd'hui les témoins inquiets et
attentifs des calamités nationales que l’irrésistible enchaîinement de ia cause et de l'effet, comme le disait ai bien le colonel Masson, devait tôt ou tard faire fondre (ces deux mots sonnent mal) sur la nation américai:ie, Ce peuple dont tous les autres enviaient la merveilleuse prospérité et le développement sans exemple avait commis une faute: il conservait dans son organisation sociale et politique un principe morbide, l'esclavage (l'élève supprimerait cancer vénéneux). Cette institution de. vait corrompre les idées et fausser les notions des hommes qui seraient appelés à gouverner le pays.” Ainsi ferait l’élève, et M. Dessaulles voudra bien s'en souvenir.
“La grammaire n’est pas ce qu'un vain peuple pense.”
* Quoiqu’on soit de taille à guerroyer contre les conciles, il est toujours bon de savoir la syntaxe. Elle est surtout bien utile, quand on veut démolir l'Eglise à coup de brochures.
Remarquons bien que la phrase citée, n'est pas isolée. Je puis montrer des pages entières aussi défectueuses.
En jetant un coup d'œil sur une lecture de M. Dessaulles, faite à l’institut-Canadien le 23 décembre 1861, je lis ce qui suit à la première page (les italiques sont de moi) :
‘ Sentant les difficultés de plus d'un genre qu'éproure en ce pays, l'homme qui veut s'iastruire, comprenant, par leur propre expérience que l'éducation que l'on reçoit au collége n’est rien autre chose qu’un point de départ, un simple acheminement vers l'instruction, n'est réellement que le moyen de savoir quelle marche il faut suivre pour arriver à l'acquisition des connaissances sans lesquelles un homms ne saurait se distinguer duns les professions
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ble libérales, seule pépinière possible des hommes d'état, sauf ait quelques remarquables: exceptions; sentant que le seul dre moyen de suppléer à la rareté des livres est de recourir 1e. à la communion des idées par la discussion et l'examen en eil- commun des matières qui font habituellement le sujet des ait ÿ investigations de l'esprit; comprenant enfin que quand on ion n'a pas à sa portée les ressources nécessaires pour s'ins- (l'é- truire seul, on peut y suppléer jusqu'à un certain point par de: des réunions dont le mobile est l’'émulation, et dont l'objet des est l'enseignement mutuel, le travail associé; ces deux cents jeunes gens décidèrent de suppléer au manque de s'en vapitaux par une recrudescence d'énergie et communauté d'action qui leur permirent d'arriver par l'association au but que chacun d’eux, pris isolément ne pouvait atteindre.
iles, “ Comptant sur ia libéralité et la sympathie du publie, tout “qui fait rarement défaut & ceux chez lesquels ln de sincérité d'intention se prouve par des actes utiles, “ces jeunes gens, presque fous sans moyens et à cette pas “époque de la vie où l’homme sent que de son seul travail éfec- “dépend son avenir, décidèrent de se former en corps “ délibérunt, pour ainsi dire afin de se prêter main-forte les Des- “uns aux autres dans la tâche, toujours précaire et 1861, “ difficile pour l'individu de se préparer une carrière et de sont “devenir un homme fort et instruit.” Et bien! lecteurs, que pensez-vous d’un discours qui roure débute ainsi ? Que dites-vous d’un homme, qui fait de , par telles phrases, et qui se croit plus fort que les Papes et. it au les Conciles ? Comment trouvez-vous ces bons jeunes , Un gens qui, sentant que, comprenant que, puis resentant que, ent et recomprenant que, quand on etc. etc...décident pour pour suppléer aux ressources, de suppléer au manque de capitaux ? bis Savez-vous, que ces jeunes gens étaient joliment SIORS
futés ? En effet, le meilleur moyen de suppléer aux res-
sources pécuniaires était bien de suppléer au manque de capitaux ! {l est bien étrange, que ces jeunes gens n'y eussent pas pensé auparavant.
Mais comment suppléer à ces capitaux qui suppléeraient si bien aux ressources ? C’est simple comme bonjour : il auffisait d'une recrudescence d'énergie; etil parait que ces jeunes gens-là en avaient de la recrudescence !
Mais alors, pourquoi M. Dessaulles dit-il ensuite, qu'ils étaient fous sans moyens et comptaient sur la libéralité du public ? Ils n'étaient pus suns moyens, puisqu'ils avaient la recrudescence d'énergie pour suppléer aux capitaux qui suppléaient aux ressources, et ils ne devaient compter sur la libéralité de personne. Avec lu seule recrudescence, ils pouvaient se former en corps délibérunt pour ainsi dire et se préter main-forte…..les uns aux autres, et non pas les autres AUX uns,
Par ce moyen, la tâche dificile pour l'individu de devenir un homme fort, devenait facile. En se prêtant mainforte les uns aux autres, ils acquérai nt une recrudescence de force, et quoique individus ils devenaient forts.
Et voilà pourquoi M. Dessaulles, qui était à la tète de ces bons jeunes gens recrudescents, est devenu fort en grammaire tout individu qu'il fut.
Sa dernière brochure a surtout révélé sa force, comme vous allez voir. Ouvrons-la et citons-en la première page. Remarquez que je ne cherche pas, et que je prends toujours la première page des écrits que je critique:
“ Il y a si longtemps que l'idée ultramontaine la pluexagérée, que la prétention à la suprématie absolue du Pape sur le temporel, se prèchent sur tous les tons au milieu de nous; il y a si longtemps que Îles représentants de cette idée ont réussi d'étouffer (on dit réussi à étouffer et non pas d’étouffer) la discussion libre et se lonnent
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leurs coudées franches, parce qu'ils croient nous avoir amené au point de pouvoir parler seuls ; il y a si longtemps que l'on nous sert comme articles sérieux, comme définitions obligatoires, de simples amplifications de collége, de purs verbiages d'élèves de rhétorique, où l'on se montre aussi neufs sur les principes du droit public que sur les faits de l'histoire; QUE (ce dernier que vient un peu tard) j'ai regardé comme un devoir de présenter l’autre point de vue de la question ef de montrer où nous mènerait la réalisation de l’idée ultramontaine.
‘,. L'ultramontanisme sait que la proposition d'appliquer le droit chrétien sans développer ce qu'il entend par là, sera regardée par une population confiante et peu instruite comme la meilleure chose que l’on puisse lui proposer.”
Cette dernière phrase où M. Dessanlles parle d'une proposition à proposer nous rappelle celle d’un conseiller municipal qui débntait ainsi: je veux proposer une proposition et je propose... Si M. Dessaulles avait eu moins de recrudescence d'énergie, il aurait dit simplement que l'application du droit chrétien serait regardée comme la meilleure chose à proposer, et la phrase eut été plusfrançaise.
Mais la recrudescence d'énergie lui joue quelquefois de mauvais tours. A part les inexactitudes et les longueurs que l’on a pu remarquer dans la citation que je viens de faire, on observera que M. Dessaulles exprime le contraire de ce qu'il veut dire dans les lignes suivantes :
“Ils (les ultramontains) se donnent leurs coudées franches, parce qu'ils croient nous avoir amenés au point de pouvoir parler seuls.”
L'idée de l’auteur, c’est que les ultramontains croient pouvoir parler seuls, mais, dans le sens réel de £a phrase, c’est lui qui peut parler seul. © recrudescence d'énergie !
Je pourrais continuer à feuilleter la dernière brochure, et y trouver des échantillons de style, qui prêteraient à de plaisants commentaires. Mais je crains, vraiment, de lasser le lecteur.
Cependant, j'ai dit que M. Dessaulles ne sait pas su syntaxe, c'est-à-dire, n'entend rien à la construction d'une phrase, et je tiens à le prouver irréfutablement.
Pardonnez-moi donc, lecteur si je vous fais lire encore quelques-unes de ses périodes les mieux réussies; et quand vous serez tenté de demander grâce, songez qu'il m'a fallu tout lire, moi! Je citerai d’ailleurs sans commentaires :
‘“ Ainsi pour avoir voulu décréter ex-cathedrd de gallicanisme un Archevèque et deux prêtres, auteurs d’un document connu des seuls Evèques—je fais ici abstraction de cette déplorable habitude, suite d'une grande étroitesse d'esprit ou fanatisme odieux de présenter toujours comme digne de tous les mépris et de toutes les haînes, ceux qui ne sont pas ultramontains de cœur ou de profession; car au point où en sont les choses, il va falloir haïr et mépriser bien des millions de catholiques qui ne veulent plus suivre le parti de la domination et de l'écrasement dans l'Eglise—pour avoir voulu, dis-je, décréter er-cuthedr4 de gallicanisme un Archevêque et deux prêtres, parce qu'on jugeait ce moyen le meilleur pour discréditer celui-là à Rome, on a tout simplement forcé ces deux prêtres, bien à leur corps défendant évidemment (on dirait que ces deux prêtres n'ont qu'un corps), de publier un fait qui, non-seulement nons montre le Nouveau-Monde sous son vrai jour eomme calomniateur impudent des ecclésiastiques qui ne veulent pas tomber dans les exagératicns, mais qui compromet aussi le seul évêque qui eut pris copie du doeu-
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