M. DORION, D'ARTHABASKA
Ils étaient un million de diablotins à me marteler la cervelle.
ALrreD DB Vieny.
Monsieur Jean - Baptiste- Eric Dorion, ce n’est pax le diable... le diable, du moins, tel que le fait Milton. C'est plutôt un diablotin des 6ontes fantastiques, comme celui, par exemple, qui venait enlever lu perraque du docteur MceGregor. Mis à côté de M.Papin, cest physiquement le contraste le plus frappant que l'on puisse voir. [l semble que ceux qui ont envoyé les Rouges en chambre, aient voulu former une collection anthropologique complète du nain au géant, et de l’Antinobs au Satyre.
Jamais ébauche de caricaturiste n'a fait plus mal à voir. Un crâne de vieillard sur un visage et un corps d'enfant, des yeux hors de tête, une bouche fendue à l'excès, des lèvres minces et contractées laissant échap-
per une voix stridente, nazillarde et cassée, voilà celui
que ses amis eux-mêmes, ont consenti à classer à part, en l’appelant comme tout le monde : —Z’Enfant-Terrible ! Nouveau geure à inscrire dans les catalogues— comment dirons-nous ? Jnfans terribilis borealis ou Canudensis, ou Arthabacensis ? Que les naturalistes s’en tirent de leur mieux; pour moi, je ne me sens pas de force à lui mettre une étiquette.
Si encore, il riait méchamment, comme les diablotins de Saint-Antoine ou comme M. McKenzie ; mais non, il est d’un sérieux de glace. Il y a du lugubre dans tout
ce qu'il fait ou dit; la lanterne et la guillotine qui sont indubitablement au fond de sa pensée, se trahissent à la surface, [1 dégoise, il injurie, il soupçonne, il suppose, il accuse, sans se ficher, sans s'émouvoir, sans se déranger ; d'une activité fébrile et maladive, aux dehors calmes, il pousse tout devant lui avec l’aveuglement et la résignation de la fatalité. Il ôse aborder toutes les questions, s'attaquer à tout ce qui soutient l’ordre social, avec une auduce qui contrast avec l’exiguité de sa personne et le timbre de sa voix, au point que l’on éprouve en l'entendant, une sensation pénible et indéfinissable. On ne saurait mieux la comparer qu’à celle que doivent causer en mer, les grignottements de lu vermine, qui ronge les flancs du navire.
Dès la première séance de Ia session, il donna lu mesure de ce qu’il peut dire et faire, en déclarant sans sourciller : que le parti démocratique se respectait trop, pour aller dans les concilliabules des ministres se souiller à leur contact. Une telle expression, adressée à M. Morin et à ses collègues, produisit une sensation profonde de dégout, qui fut partagée par plusieurs montagnards, et ne fut dissipée que par un long et franc éclat de rire, parti de la galerie.
Quand à M. Dorion lui-même, nous l'avons dit, il ne rit jamais ot reste parfaitement impassible. Seulement, dans les longues séances de la chambre, après minuit. on entend quelquefois une petite voix glapissante, qui crie ou plutôt qui chante sur un mode élevé et plaintif : Ecoutez ! Ecoutez ! Que la démocratie nous pardonne ce qu’il peut y avoir de trop féodal dans la comparaison, mais on dirait la voix lugubre de la chouette, descendant dans le silence de la nuit, des hautes tours de quelque chateau en ruine. Eh bien, c’est le cri de l'Enfant
Pamiers no) à ve demtr monsmnnant ons Rabanne a: à
Ilotine qui trahissent nne, il supll, Sans se aux dehors lement et Loutes les l'ordre s0uité de su , que l'on e et indéqu'à celle nts de lu
donna Ja ant sans tait trop, stres se adressée sensation ULB 70Net franc
lit, ilne lement, minuit.
LA PLÉIADE RoUuGy. 21
Werrible! Zufans terribiis borealis, sive glacialis, sive canadensis, sive Arthabacensis !
La même voix se fit aussi entendre lorsque M. Turcotte reprocha à la Montagne d'avoir abandonné l'unnexion, Elle chanta ça viendra, ça viendra! sur le ton du ça ira de la première république, où plutôt, sur celui des lampions de la dernière.
Toute besogne odieuse, revient de droit à l'Enfant Terrible. Ce fut ni son frère, le chef orthodoxe du parti, ni M, Fapin qui fait généralement les fonctions de tambour-major, ce fut lui, que l'on churgea de l'exécution sommaire ..... de Thimothée Brodeur. De l'air, et du ton qu'il y allait, il était évidemment prêt à purifier la chambre comme il Pa dit, et à chasser d'urgence et sans désemparer tout le parti ministériel.
Le vocabulaire, ou plutôt le phrasier de la Montagne tout entier, fut mis à contribution dans cette séance par M. Dorion d'Arthabaska.
M. Brodeur, que le comté de Bagot avait élu unanimement, et qu’il vient de réélire malgré tous les efforts du parti Rouge, et des amis de M. Sicotte, malgré toute l'influence personnelle de M. Dessaulles ; M. Brodeur “ souillait la chambre par sa présence.’—" c'était un attentat à la majorité de la représentation nationale."— “la volonté du peuple n'était plus souveraine.” —" un intrus, usurpait les nobles attributs de la représentation,” —“ il y avait eu connivence entre lui, et un gouvernement corrupteur et corrompu. ”’—"" un salarié du pouvoir, avait ogé
s'asseoir sur les siéges réservés pour les élus du peuple. "— “il fallait purger la chambre au plus vite, de ceux qui la souillaient par leur présence,” et que sais-je encore moi? Mais au milieu de tout ce fatras pseudo-patriotique, il y avait bien une petite contradiction. La nullité invoquée reposait surtout, sur ce que M. Brodeur aurait
pu, à la rigueur, étant officier-rapporteur, s'élire luimême et sans le consentement des électeurs. Or, M. Dorion, dans son zèle, alla jusqu'à déclarer que M. Brodeur avait été envoyé par le comté de Bagot, pour faire de l'opposition an gouvernement, et pour soutenir les idées démocratiques, mais que, redoutant le résultat d’une contestation, il avait trahi son mandat, en votant pour M. Cartier comme orateur. S'il avait été envoyé dans un but quelconque, ï n'était donc pas venu de lui même; s’il avait un mandat à trahir, il était donc un mandataire ; on le savait, et l'on voulait profiter d’une erreur pour exercer une vengeance politique. Cet inévitable dilemme, créé par son propre cynisme, n'arrèta point M. Dorion. C’est partie de son système et de celni de son frère, de-tenir pour non avenu, l’ærgument auquel ils ne peuvent répondre. Ils ne combattent pas un syllogisme ; pour formidable qu'il soit, ils sautent par-dessus à pieds joints. La recette est commode, surtout, lorsqu'il s’agit d'éclairer la religion d'un Prévost, d'un Darche ou d’un Guévremont.
M. Dorion a été rédacteur de gazette comme M. Brown, M. McKenzie, et M. Ferres, et, si l’on en juge par ces échantillons, il semble que la conscience d’un homme gagne une peau épaisse à ce métier. [’Avenir a été deux fois tué sous lui, et après sa deuxième déconvenue, l’Enfant-Terrible s’en fut fonder un village, qu'il appela du nom d’Avenirville.
Le pays respira. L'activité et l'énergie incontestables de M. Dorion, allaient ètre employées à quelque chose d’utile, ou au moins d'innocent. Tout ce dont la société était menacée au pis-aller, c'était de voir éclore dans les Bois Francs, au fond de nos forêts séculaires, une fourmillière de petits hommes faits à l’image de l’Enfant- Terrible, pratiquant entr'eux, les vertus démocratiques
s'élire lui-
s Or, M.
er que M.
agot, pour r soutenir le résultat en votant été envoyé venu de lui it donc un fiter d’une tique. Cet e cynisme, on système avenu, l'air- As ne com- » qu'il soit, recette est la religion bnt.
> M. Brown, uge par ces un homme venir a été Le déconveillage, qu'il
ontestables elque chose t la société ore dans les s, une foure l’Enfant-
ocratiques
et sociales, et maudissant dans leurs petits cœurs, les sbires et les tyrans.
Mais les soins d’un fondateur de colonie ne pouvaient suffire à notre héros, le grand œuvre de niveler et de purger la société convenant beaucoup mieux à son génie ; il est donc rentré dans la politique à la première occasion, On assure cependant, que quelques-uns des moyens qu'il a adoptés pour se faire ouvrir les portes de la chambre, feraient honneur à une administration corruptrice et corrompue, ct certuins électeurs de son comté en sont tellement persuadés, qu’il ont ôsé contester son élection. C’est sans doute, la sécurité d’une bonne conscience qui l’engage à parler sans cesse de purger la chambre des intrus. Une petite circonstance contribue peut-être aussi, à augmenter la paix de son cœur à cet égard. M. Sicptte, par inadvertance, avait fait inscrire le nom de son frère, M. Dorion de Montréul, au comité général des élections. Il n'est que juste de dire, qu’aussitôt qu’il vit la chambre se prononcer contre une aussi flagrante violation de toute décence, le frère déclara, qu'il n’avait pas d’objection à ce que son nom fut retranché ; et. M. Sicotte qui ignore tout ce qui concerne les élections contestées en généra!, et celles des rouges en particulier, M. Sicotte dit tout unimeut, qu'il n'avait pas fait attention à cette circonstance. Le hasard cependant, a encore voulu que M. Sicotte ait nommé à la place de M. Dorion de Montréal, l'autre chef de l'opposition, M. Sandfield McDonald, et l’expérience consommée, la dextérité reconnue, la vertueuse délicatesse de l’ex-orateur, font, que la bonne cause loin d'avoir perdu, a même gagné au change.
On aurait tort de croire que l’Enfant-Terrible rendu en chambre, ait oublié sa colonie d’Avenirville. Il n’a pas pee et fait imprimer, moins d’une douzaine de
requêtes, demandant les unes un pont, les autres un chemin, celle-ci un turnpike, celle-là une augmentation de représentation, ct toutes adressées : aux citoyens représentants du peuple, par les citoyens électeurs de Drummond et d'Arthabaska. Il est à présumer, qu'un duplicata aura été envoyé au citouen Bruce, administrant les affaires en Canada pour et au nom de la république démocratique une et indivisible.
Il n’y aurait qu'un inconvenient, à ce que la chambre votât, tout ce que M. Dorion demande pour ses comtés ! C'est qu'il ne resterait peut-être dans ce malheureux coffre, où nos ministres, vous le savez, puisent hélas, depuis si longtemps pour eux-mêmes, il n'y resterait peut-être pas de quoi faire imprimer les pétitions du citoyen Pierre Blanchette !
Or, je tiens à ce qu’on n’entrave pas les destinés du citoyen Pierre Blanchette." Le citoyen Pierre Blanchette a une carrière à fournir; qu'on le laisse donc faire. C’est lui qui devra conduire, un jour, la nouvelle phalange de la démocratie écarlate; qui poussera l'épée dans les reins la démocratie rouge arrivée an pouvoir ; c'est lui qui dénoncera comme des traitres, et des renégats, le procureur-général Dorion et le commissaire des terres Papin; c'est lui qui, aidé des Darche, des Gruévremont et des Marchildon d'alors, appellera Île peuple au banquet ineffable de la véritable fraternité, de la véritable égalité... sans culottes, et peut-être sans chemises. Dites-moi, cela ne vaudra-t-il pas la peine d'être vu ?
autres un ymentation citoyens re- Drummond licata aura affaires en ratique une
la chambre es comtés !
nalheureux sent hélas, ” resterait étitions du
estinés du ervre Blanaisse donc a nouÿelle sera l'épée n pouvoir ; s, et des mmissaire rche, des ellerna le ernité, de ètre sans la peine