‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 132 sur 241 · Terre de famille · texte numérisé non relu

Terre de famille

ses lettres, donne un détail qui montre combien ses anciens amis lui demeuraient fidèles et recherchaient son voisinage. « Je suis charmée, dit-elle, de la nouvelle que vous me donnez de votre arrivée. Vous savez que j'ai loué l'appartement de mon frère au chevalier Schaub, mais vous aurez un appartement tout auprès de chez moi ; et comme vous serez toujours chez moi, peu vous doit importer quel logement que vous ayez. »

Ce fut dans ce temps, où rien ne semblait devoir obscurcir l'horizon d'une existence désormais facile et établie sur des bases à sa convenance, que Mme de Tencin vit se produire un fait relativement peu grave, puisqu'il ne s'agissait que d'argent, mais dont les suites, insoupçonnées alors, devaient atteindre profondément sa vie entière et môme sa mémoire.

« Il est arrivé un malheur à La Fresnaye, écrit-elle à son frère le Président, le 11 octobre (1724) '. On lui a volé 80 actions chez un agent de change et 10 000 francs d'argent. Celui que Ton soupçonne d'être le voleur vient d'être arrêté. Nous avons d'ailleurs quclqu'espérance de les retrouver. Ce qu'il y a de plus cruel pour moi, c'est que je suis la cause innocente de ce vol. J'étais à Ablon -, où il (La Fresnaye) vint me trouver pour me donner avis qu'un de mes laquais était en prison, (jue j'avais chargé en partant de retirer des lettres de change dont il était porteur. Ce fut justement le jour qu'il vint à Ablon que ses actions furent volées. Et il devait les retirer le même jour, rengagement qu'il aVéit pris pour les laisser chez l'agent de change étant fini. » . . - i , ^i ii-... iii.i., -^- ■.■:'

Voici- coniment{,';cettç!' aventure 1 extraordinaire s'était déroulée^.

\\ Lettrei inédita. Colleetion da inàrqiuis de Monttej/nard.

^. Sur la rive gauche de la Sqine, ontri? Paris et Gorbeil, près de Yilleneuve-Saint-Georges. Mme de Ferriol avait une maison de campagne en cet endroit.

3. Les détails sur cette affaire sont tirés du Mémoire pour le sieur Jacques de la Grye. Bibl. nat. Mss Clairambault, 1089.

L'AFFAIRE LA FRESNAYK 229

Au mois de septembre (1724), M. de La Fresnaye avait consenti à fournir à un certain comte de Flohr un fonds de 100 actions de la (Compagnie des Indes ' pour un mois seulement et aux conditions suivantes : « Pendant tout ce temps le sieur comte de Flohr serait maître d'en ordonner telles négociations que bon lui semblerait. A cet effet, elles seraient gardées par un tiers qui se conformerait à tout ce qu'il jugerait à propos de prescrire. »

Le tiers choisi fut un « jeune homme de famille », nommé La Grye, qui loua sous son nom un bureau tout meublé dans lequel le comte de Flohr et La Fresnaye se retrouvaient chaque jour avec quelques amis.

Mais au lieu de s'occuper d'affaires de Bourse, ces Messieurs se mettaient à jouer entre eux de fortes sommes, tandis que leurs employés, chargés de surveiller la « place du commerce » -, venaient de temps à autre les tenir au courant de ce qui s'y passait.

Le comte de Flohr commença par perdre dans ses opérations la valeur de trois actions, en prenant |)Osition à la hausse. Ce fut en effet la baisse qui se produisit. Le lendemain de cette mésaventure, La Fresnaye arriva le premier au bureau et reprit ses 97 actions restantes en disant : « Le coup est manqué : il n'y a plus rien à faire d'avantageux. »

Mais quand le comte de Flohr connut cette reprise, il se fâcha, rappela les termes du traité, et La Fresnaye, désireux sans doute de ne point se brouiller avec cet utile collaborateur, rapporta 100 actions qu'il promit de laisser là jusqu'au 4 octobre, limite du contrat.

C'est alors que se dessine le rôle d'un certain marquis, ami du comte de Flohr et dont le nom reste inconnu. Le 30 septembre, Flohr est à Fontainebleau et, à cause de son absence, La Grye n'a pas apporté les fonds au bureau : mais

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