‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 133 sur 241 · L'aclion valait alors environ 1300 livres · texte numérisé non relu

L'aclion valait alors environ 1300 livres

2. La Bourse de Paris était établie depuis quelques mois, mais Thabitude la faisait encore appeler : Place du Commerce, du nom que ce lieu portait depuis 1722.

le marquis arrive et déclare qu'il faut aller sur-le-champ chercher les actions car il attend, assure-t-il, les ordres du comte de Flohr par un courrier extraordinaire pour faire une grande opération. La Grye exécute l'ordre, mais la journée se passe sans qu'aucun courrier ne paraisse. Seulement, dans l'après-midi, La Fresnaje passe au bureau, se fait ouvrir le tiroir de la « commode où l'on renfermait les fonds de la Société » et détache lui-même les coupons de dividende de 80 actions. C'est donc bien la preuve que le vol fut postérieur à cette date.

Pendant quatre jours La Grye garde les actions chez lui, car Fiolu" est toujours absent. Enfin celui-ci revient le 4 octobre, et c'est précisément ce jour-là que doit avoir lieu la liquidation et la remise des fonds, prêtés par La Fresnaye. La Grye arrive au bureau à neuf heures et demie du matin, puis, vers midi, s'en va déjeuner, laissant à sa place un employé de garde nommé Le Brun. Pendant son absence le marquis arrive et ordonne à Le Brun d'aller à la porte de la rue guetter le passage d'un valet du comte de Flohr, car il doit faire porter un message à ce dernier. Mais quelques instants après, le marquis descend et fait remonter Le Brun, en lui disant qu'il ira lui-même à la recherche du comte de F'iohr. Le coup était fait. Les actions avaient disparu.

Lorsque La Grye apprit ce malheur, il ne douta point de la vérité, courut chez La Fresnaye, parti le matin pour Ablon, l'attendit, et à dix heures du soir tous deux se rendirent chez le lieutenant criminel. Mais fort habilement, La Fresnaye fit rédiger la plainte à la requête de La Grye qui, par son inexpérience, devint ainsi « partie » dans l'affaire.

Le marquis fut arrêté et les preuves de sa culpabilité abondèrent. Pourtant il n'avoua pas et La Fresnaye, calme subitement à son égard, le fit mettre en liberté provisoire, puis se retourna contre La Grye, prétendant que celui-ci était responsable des actions confiées à sa garde.

Mais dans le procès qui suivit, M" Pichon, avocat du jeune homme, n'eut pas de peine à démontrer que les prétentions

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de La Fresnaye étaient mal fondées, et pour l'édification du tribunal il offrit de faire la preuve que, le lendemain même du vol, La Fresnaye s'était entendu secrètement avec le comte de Flohr, qu'il avait reçu de celui-ci des diamants et des billets pour une valeur égale aux titres volés et qu'en réalité cette affaire semblait avoir été montée dans le but avantageux de faire payer à la Grye le prix de 80 actions, pour lesquelles on avait déjà reçu d'autre part une indemnité suffisante.

Ce tour de coquin, si habilement préparé contre un bon jeune homme de province, indique clairement dans quel milieu évoluait le beau La Fresnaye. Mme de Tencin, séduite au pi'emier abord par les qualités physiques du personnage, dut finir, malgré sa passion pour lui, par le percer à jour. En admettant avec le comte Hoym qu'elle ne fut qu'un médiocre brasseur d'affaires, elle avait sur ces questions des connaissances que peu de femmes possédaient et elle sut prendre ses précautions quand La Fresnaye, non content de son lit, voulut aussi profiter de son secrétaire.

L'agiotage donnait de grosses déceptions et, à mesure que La Fresnaye cherchait à répai'er ses pertes, celles-ci s'aggravaient de plus en plus.

La mauvaise chanee au jeu détermine chez le gros spéculateur ce que l'on pourrait appeler : la course à la mort. Pour La Fresnaye, le mot eut son application réelle.

Le personnage était tout en façade. Avec sa belle prestance, son goût du luxe et sou aplomb, il avait donné l'illusion qu'on avait affaire à un homme riche et honnête. Il n'était ni l'un ni l'autre. Ses débuts mêmes avaient été singuliers, car n'ayant personnellement que de maigres capitaux, il avait eu recours à l'argent d' autrui. M. Cottin, séduit parles apparences, lui avait prêté cent mille livres S et ce fut en agiotant avec cet argent que La Fresnaye commença par s'enrichir. Mais en deux ans il perdit plus de

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