Chanteuse de l'Opéra
PONT-DIvVIiYLE i>7o
Roi, qui était une sinécure admirable, Louis XV ayant les livres en dégoût.
Moins joli garçon que d'Argental, Pont-de-Veyle était cependant un homme charmant, « estimable, dit Mme du Deffant, par son esprit, par ses talents, par ses vertus et par l'extrême bonté de son cœur ». Très observateur et très fin, quoique généralement silencieux, il s'était mis à écrire des pièces qui eurent un grand succès ^
Il était fort lié avec Mme du Deffant- chez qui il allait flâner volontiers ainsi que chez sa tante de Tencin, avec laquelle ii causait sans doute de ses pièces, comme elle-même lui parlait de ses romans.
Mais celait seulement en 1740 (jue Maurepas devait tirer cet homme intelligent de son inaction, en le nommant presque malgré lui « intendant général des classes de la mai'ine ». L'auteur comique remplit alors ces fonctions pendant neuf ans avec autant d'exactitude que de compétence ^.
Mme de Groslée, devenue veuve, continuait à passer la plus grande partie de l'année aux environs de Lvon, où elle devait plus tard se retirer, rue Saint-Joseph, pour v vieillir paisiblement comme elle avait vécu.
Quant aux amis de Mme de Tencin, ils s'étaient bien éparpillés, et parmi les joyeux vivants du temps de la Régence
1. Le Complaisant (1732) cinq actes. Le Fat puni {1138) et le Somnambule (1739), toutes deux en un acte.
2. Cette liaison devint même intime à en juger par la conversation que rapporte Grimm : « Pont-de-Veyle ? — Madame ? — Où ètes-vous ? — Au coin de votre cheminée. — Couché les pieds sur les chenets comme on est chez ses amis? — Oui, Madame. — Il faut convenir qu'il y a peu de liaisons aussi anciennes que la nôtre? — Cela est vrai. — 11 y a cinquante ans passés. — Oui, cinquante ans passés. — Et dans ce long intervalle, pas un nuage, pas même l'apparence d'une brouillerie. — C'est ce que j'ai toujours admiré. — Mais, Pont-de-Veyle. cela ne viendrait-il point de ce qu'au fond nous avons toujours été fort indifférents l'un à l'autre ? — Cela se pourrait bien, Madame. »
3. Il s'agissait de surveiller le recrutement régulier des matelots. C'était donc une intendance pour laquelle les aptitudes professionnelles maritimes étaient inutiles.
la mort avait fait de nombreuses victimes. Il en restait cependant quelques-uns. Le beau Bolingbroke, après s'être rapproché des « jacobites » *, s'en était éloigné en constatant leur impuissance. Comme il essayait de se réconcilier avec Georges I", on lui avait dit : « Livrez les secrets du prétendant » ; et Bolingbroke, se refusant à cette lâcheté, avait dû s'exiler. Il était venu en France et s'y était remarié avec une parente de Mme de Maintenon, la marquise de Villette, qu'il se prit à aimer avec pkis de constance que sa première femme.
Son oisiveté l'avait alors poussé, comme tant d'autres homnies d'Etat disgraciés, à écrire et ce fut par là qu'il devint surtout célèbre. Il avait acquis près d'Orléans un ravissant domaine, apjielé « La Source - », et lorsqu'en 1726 l'opposition lavait fait revenir dans son pays, il était demeuré en relations constantes avec ses amis de France. Enfin, au bout de dix ans, en 1736, lassé et découragé, il abandonnait encore une fois sa patrie et se retirait à Fontainebleau où il se remettait à écrire. Ses absences n'avaient point diminué son intimité avec les Tencin et les Ferriol, et c'était lady Bolingbroke qui avait aidé Mlle Aïssé à accoucher, loin du monde, du fruit de ses relations avec le chevalier d'Aydie. La charmante Circassienne avait d'ailleurs, elle aussi, quitté ce monde trois ans avant Mme de Ferriol (1733), à l'âge de trente-neuf ans environ^.
Quant au pauvre comte Hoym, cette homme aimable et distingué, doublé d'un érudit et d'un artiste délicat, la fin de sa carrière devait être la plus triste du monde. Vers 1730, le prince Eugène, qui haïssait la France autant qu'il aurait dû