LES MALHEURS DE LAMOUR
Ce roman est de beaucoup le meilleur de tous ceux qu'a écrits Mme de Tencin, car les personnages y sont vivants et ce sont de vrais types que l'auteur a su camper dans cette étude très fine d'un monde dans lequel nous retrouvons des traits de notre société actuelle. Ceci prouve que l'observation fut profonde et que, sans s'arrêter simplement aux esquisses d'actualité, Mme de Tencin atteignit l'humanité même de ses sujets.
Voici les principaux :
Mlle (TEssei, pauvre et jolie qui (pour les besoins de l'intrigue) s'appelle réellement Mlle de Joyeuse.
Mme de Polignac, protectrice de Mlle d'Essei.
Mlle de Magne lais, riche et sotte.
M. de La Valette, qui prend aussi (toujours pour les besoins de l'intrigue) le nom de M. de Benanges.
Comte de Blanchefort, aimable, mais sans caractère.
Barbasan, amoureux de Mlle X...
M. de Bellomont, amant sajis restriction deMile de Magnelais.
Mlle X..., l'auteur du récit, riche et d'extraction assez ordinaire.
M. d'Hacqueville, agréable magistrat.
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Tout d'abord, nous entrons dans un milieu bourgeois, riche, commun et quelque peu apprêté. Il y a une fille à marier et il faut recevoir.
« Je me rappelle encore avec une sorte de honte, écrit Mlle X..., ce qui se passait les jours où les grandes compagnies devaient venir. Tout était en l'air dès le matin dans la maison. Les instructions que ma mère distribuait commençaient par mon père ; on ne pouvait le renvoyer comme les autres ; il fallait du moins tâcher de lui donner des manières convenables.
« On lui avait surtout recommandé des airs aisés; il est difficile de ne pas confondre une liberté honnête avec la familiarité; l'usage du monde apprend seul ces différentes délicatesses, aussi mon père et ma mère s'y méprenaient-ils toujours. »
Bientôt un jeune homme, appelé Barbasan, conquiert le cœur de Mlle X...; mais une foule d'incidents viennent contrarier cet amour réciproque. Dans son désarroi, Mlle X... a recours aux conseils d'une religieuse, nommée Eugénie, qu'elle a connue au couvent. Celle-ci, pour la consoler, lui raconte alors sa propre histoire, qui est d'ailleurs lamentable, et c'est sans autre préparation que ce second roman se trouve comme enclavé dans le premier.
Le voici :
Eugénie d'Essei, en venant à Paris, fait connaissance d.ins la diligence avec un certain comte de Blanchefort qui est aussitôt séduit par ses charmes.
Mais à peu de temps de là, Eugénie reçoit le coup de foudre en voyant M. de La Valette gagner le prix dans un tournoi, tandis que ce dernier éprouve en même temps pour la jeune fille un irrésistible sentiment.
Mais par suite de multiples complications Mlle de Magnelais se fiance presque de force avec La Valette, en quoi elle agit fort mal, car elle est la maîtresse d'un chevalier de Belloncourt qui sauva du reste la vie à La Vale tte au siège d'Amiens. Malgré la dette de reconnaissance ainsi contractée, La
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Valette, qui siii-|)roncl le secret de sa coiijjable fiancée, n'hésite pas à provoquer Belloncourt et il le tue. Après quoi, délivré de tout lien, il pense avec plus d'intensité que jamais à Mlle d'Essei!
Mais celle-ci, convaincue par certaines médisances que La Valette est indigne de son amour, cède aux instances de Mme de Polignac mourante, et se laisse marier religieusement avec In comte de Blanchefort.
Après la mort de Mme de Polignac, le nouvel époux conduit sa femme en un lieu caché ; car, avant de publier son mariage, il lui faut prendre certaines précautions à cause de sa famille. Ce qui n'empêche point Mlle d'Essei de devenir grosse.
Finalement, par ordre supérieur, Blanchefort se voit contraint à un autre mariage, et les liens purement religieux qui l'unissaient à Mlle d'Essei sont cyniquement dénoués par cet aimable homme qui trouve en réalité le second parti plus avantageux que le premier.
Mais il va bientôt regretter amèrement sa conduite, car on découvre que Mlle d'Essei n'est autre que Mlle de Joyeuse, héritière d'une énorme fortune.
La Valette, qui ignore ce détail, est toujours à la recherche de sa bien-aimée. Il la trouve et lui offre sa main. Honnêtement elle lui avoue alors « l'accident » survenu avec Blanchefort. Mais La Valette est d'une forte trempe; rien ne saurait rebuter son amour, et l'enfant ne le fait point reculer. Eugénie, la mort dans l'âme, résiste pourtant, car elle comprend combien la situation serait difficile, et elle entre au couvent.
Sur ces entrefaites, Blanchefort, qui a manqué le fameux mariage, imposé « par ordre supérieur », cherche à reprendre, plus sérieusement cette fois, son épouse devant Dieu. Mais les portes du couvent se sont déjà refermées sur elle, et lui, désespéré, s'en va mourir, célibataire et probablement très vexé, dans une résidence lointaine et isolée.
La Valette demeure également célibataire, mais plus tard.
quand ses cheveux ont blanchi, un hasard le met en face de « Sœur Eugénie », et dès lors une saine et solide amitié réunit assez fréquemment dans le parloir du couvent ces deux êtres vieillis, pour qui l'amour fut un supplice.
Alors nous revenons aux amoureux de la première intrigue, et nous apprenons avec stupeur que Barbasan, emprisonné pour duel, a séduit la fdle du geôlier, l'a enlevée et que déjà il a d'elle un enfant, ce qui paraît un peu vif à MlleX...
A la faveur du sentiment d'éloignement qu'elle éprouve momentanément hélas ! pour Barbasan, elle accepte les hommages d'un agréable magistrat, M. d'Hacqueville, l'épouse et, après quelques hésitations, accepte ses caresses avec une fougue que ne laissaient point supposer ses premières froideurs.
Pourtant, par un singulier caprice, elle n'admet point son époux dans son lit pour toute la nuit.
A ce moment, entre en scène une inconnue qui, mourante, vient se confesser à Mme d'Hacqueville. C'est la fille du geôlier. Amoureuse de Barbasan elle connutson amour pour Mlle X..., devint jalouse, intercepta les lettres que la jeune fille écrivait au prisonnier et réussit de cette manière à faire croire à celui-ci que l'objet de sa tendresse était indigne de son cœur. Et Barbasan céda à un entraînement des sens. Aujourd'hui la fiUe-mère apporte son enfant à celle dont elle fit le malheur.
Sans hésiter, Mme d'Hacqueville adopte l'orphelin, mais elle est bien mal récompensée de sa généreuse abnégation, car son mari croit voir là un fruit de l'adultère. Sans vouloir entendre aucune explication, il se sépare, tombe malade et meurt, consolé pourtant dans ses derniers moments par son épouse, qui l'a rejoint à temps pour dissiper ses soupçons.
Sa veuve, attristée de tant de complications, se retire dans son château.
Pendant une de ses promenades dans les bois voisins, elle est assaillie par plusieurs malfaiteurs. Mais par un hasard
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formidable, Barbasan surgit. Repris après sa première évasion, il a pu s'échapper de nouveau et le voici!... Il tue les agresseurs, mais il est lui-même blessé à mort et il expire en exprimant tout son amour à cette fiancée, si souvent perdue et si tardivement retrouvée.
L'enfant demeure alors la seule consolation de la dame, qui n'est point sa mère, mais qui va le lui faire croire en souvenir de celui qu'elle aimait.