Sa liaison avec Mme de La Tournelle
2. Et non pas Mme de Mailly comme on l'a cru jusqu'ici. C'est le reste de la phrase qui nous guide, car elle s'explique alors parfaitement. — D'Argental, neveu de Mme de Tencin et ami de Voltaire, avait épousé en octoljre 1737 Jeanne du Bouchet, fdle d'un surintendant du duc de Berry et veuve en premières noces de Armand de Gaumont, marquis de Montpouillan. C'est à elle que Voltaire écrivait :
Près do vous perdro la lumière C'est doublemenl être accablé.
(Jui vous entend est consolé ; Mais celui qui sachant vous plaire Vous aime et vil auprès de vous, Celui-là n'a plus rien à craindre ; Quoiqu'il perde sou sort est doux El les seuls absents sont à plaindre.
Elle faisait partie du petit cénacle d'adulateurs et d'adulatrices que Voltaire appelait: «sesanges ». Il estvraiscmblable d'ailleurs que les jalousies s'exerçaient entre les « anges » pour des questions platoniqu(?s, car Mme du Chàtelei se chargeait du reste et n'aurait point souffert qu'on la suppléât.
3. Le nom de Boufflers désigne parfois Mme de La Tournelle. Mais ici nous croyons pouvoir assurer (ju'il s'agit l)ien de la comtesse de Boufflers-
INTRIGUKS A LA COUR 349
aime. Je ne sais que lui dire. La chose me paraît véritablement embarrassante; et puis, comment faire entendre raison à quelqu'un qui a la tète et le cœur pris et qui en conséquence s'alarme d'entendre trotter une souris. Savez-vous que Mahomet^ estimprimé, etc..
« Je vous embrasse de tout mon cœur. Je ne puis m'empècher de vous dire que vos petites femmes sont souverainement ridicules. Il faut vous aimer comme je vous aime pour me résoudre à les voir. »
Enfin le grand événement se produisit à la fin de l'année (1742), et le Roi ne se sentit plus de désirs que pour Mme de La Tournelle, Peu après la fameuse escapade de Richelieu et de son souverain en grandes perruques, la pauvre Mailly, chassée comme une servante, s'éloignait de Versailles ruisselante de larmes, et Mme de la Tournelle en écrivait elle-même la nouvelle à Richelieu sur un ton effroyablement sec à l'égard de sa sœur humiliée.
« Mon cher oncle,
« J'ai montré au Roi vos lettres qui l'ont bien diverti ; il m'a assuré qu'il n'avait point dit à Mme de Mailly que ce fût vous qui eussiez mené l'affaire, mais simplement qu'il vous avait dit le fait et que vous l'aviez accompagné chez moi...
« Sûrement Meuse- vous aura mandé la peine que j'ai eue à faire déguerpir Mme de Mailly'' »...
Rouvrel, née en 1724, amie de J.-J. Rousseau et aussi de Voltaire, à en juger par les conseils qu'elle donnait à ce dernier sur ses pièces. Le duc de Lévis l'appelle « une des personnes les plus distinguées de son temps par la justesse et l'étendue de son esprit ». Mme d'Argental pouvait donc en être jalouse.
1. Mahomet, de Voltaire. Cette association d'idées immédiate indique bien que nous devons avoir deviné juste touchant la phrase précédente.
2. De Meuse-Choiseul, l'un des convives habituels des petits soupers du Roi.
3. Pour plus amples détails voir La duchesse de Châteauroux, par les Concourt (Fasquelle, éd.).
Enfin c'était fait, et le 22 décembre 1742, Mme de la Tournelle était installée dans son nouvel appartement de favorite.
Mais au début, elle ne sembla pas disposée à répondre aux avances des Tencin, dont elle ignorait alors du reste l'entente secrète avec Richelieu. Elle écrivit même au Duc à ce sujet, en lui mandant l'empressement de Mme de Tencin et en paraissant attendre un conseil à ce sujet.
Peu après, Mme de Tencin signale elle-même la froideur de la favorite à son ami :- « Au commencement de janvier, écrit-elle, Mme de la Tournelle faisant ses visites de jour de l'an avec Mmes de Boufflers et de Luxembourg (zcz /e.f noms sont en clair), elles lui proposèrent, en passant devant la porte de mon frère, de s'y faire inscrire. Mme de La Tournelle refusa. Elles insistèrent et ne purent la déterminer; elle dit qu'elle ne le connaissait point. Or, vous remai'querez qu'elle a dîné chez lui dans un voyage qu'elle fit à Paris avant d'être cardinale Si vous aviez été ici, la chose se serait passée différemment. )>
On le voit, si Mme de Tencin et son frère tiennent les fils de l'afïaire du côté des ministres, c'est Richelieu qui dompte les « petites femmes ».
Mme de La Tournelle subira son ascendant et changera d'attitude à l'égard des Tencin, mais ceux-ci ne pourront jamais la dominer directement. Il leur faudra toujours leur puissant allié, de môme que ce dernier aura sans cesse besoin deux pour surveiller Maurepas et les autres ministres durant ses longues absences.
Cependant, voici que l'état de santé du vieux cardinal de Fleury s'aggrave, et la perspective des luttes prochaines amène les partis en présence à essayer d'abord de la conciliation avant de descendre dans l'arène.
« Mme de Saint-Florentin a parlé à mon frère pour vous
i. On remarquora que le laisser-aller de cette correspondance amenait Mme de Tencin à construire parfois ses phrases d'une façon singulière.
raccommoder avec le Maurepas, écrit Mme de Tencin au duc de Richelieu, en ce commencement de janvier (1743). Il a répondu qu'il souhaitait la paix partout et par conséquent entre deux personnes dont l'une était son ami intime et l'autre, ami de son neveu ^
« Je suis très fâchée présentement que les épées soient tirées entre vous deux. Cette guerre peut vous nuire benucoup dès que Maurepas reste dans une place où il a mille moyens de l'aire des coups fourrés. Les lettres en sont un, les petites nouvelles un autre, et puis les espionnages, où Ton fait dire à des espions ce qu'on veut.
« Quand vous serez ici nous aviserons ensemble s'il vous convient de faire un raccommodage plâtré ; cela ne sera pas difficile. Il est bon de vous dire qu'il paraît manifestement que le Roi a du goût pour Maurepas. »
Telle est l'origine de la singulière aventure de police qui se déroula autour de Mme de Tencin peu après la mort du cardinal de Fleury. Cet événement se produisit le 29 janvier 1743. Depuis plusieurs jours, la faiblesse du Premier Ministre augmentait, et enfin il rendit l'âme dignement, paisiblement, non sans avoir donné au Roi, son maître et son élève, de suprêmes conseils que celui-ci ne devait point suivre.
Après la disparition de son honnête mentor, Louis XV résolut de gouverner lui-même, et le Premier Ministre ne fut point remplacé.
« Bientôt une terrible nouvelle circula, raconte Barbier^. M. Chauvelin, de Bourges, avait fait présenter au Roi, le 3 février, une lettre et un mémoire. Ce mémoire contenait sa justification, la condamnation de la conduite du cardinal pour les affaires, des avis sur le gouvernement et l'éloge du Roi. M
Malheureusement pour lui, Chauvelin s'était trop pressé,