Son mari l'appelait : « mon petit bouc
l'exemple de ses sœurs, ne voulait point jouer le rôle de complaisante amoureuse. Elle avait la prétention de se faire conquérir pour mieux s'imposer.
Elle était demeurée longtemps à Paris, insignifiante et inconnue. A présent, elle était à Versailles en qualité de dame du palais de la Reine, mais c'était toujoui's Mme de Mailly qui régnait sur les sens du Roi. Richelieu avec sa hardiesse coutumière brusqua l'événement.
Un soir, il emmena le Roi, déguisé en médecin avec une grande perruque, jusqu'à l'appartement de Mme de la Tournelle, et... il fit le guet.
Au retour, le Roi le remerciait, aussi amusé sans doute de l'escapade que charmé du reste. La partie était gagnée pour plusieurs personnes. Louis XV décidé à se débarrasser de sa vieille maîtresse; Richelieu rentré dans l'intimité du Roi; Mme de Tencin sûre d'avoir pour son frère une alliée puissante ; et Mme de laTournelle entin prise sans s'être offerte, tel était le bilan du coup d'audace de l'ancien ambassadeur à Vienne, qui allait conquérir bientôt en Flandre son bâton de maréchal.
Car la guerre de la succession d'Autriche commençait, et Richelieu dut s'éloigner. A peine entrevoyait-il la possibilité de revenir pendant quelques mois d'hiver, après avoir installé ses troupes dans leurs quartiers. Le maréchal de Noailles, l'un des meilleurs appuis des Tencin, commandait en chef, et ainsi ces deux piliers du parti moliniste s'éloignaient dans le moment le plus diftlcile où l'on allait avoir à lutter à la fois contre les compétitions de ministèi-es et contre les spéculations d'alcôve.
Mais Mme de Tencin était de taille, en ces questions, à suppléer les deux hommes de guerre, et dès lors une active correspondance fut échangée quotidiennement entre les Tencin et le duc de Richelieu '.
1. Correspondance du cardinal de Tencin et de na sœur avec le duc de Richelieu. Bibl. nat. , Li^ 3856. Ce livre est excessivement rare. On n'en connaît actuellement que quatre exemplaires: l'un h la Bibliolhijquc natio-
C'était là une entreprise qui ne manquait pas de dangers. Aussi les intéressés prirent-ils leurs précautions. Ils établirent des « grimoires », dans lesquels se trouvait « la clé » des noms employés. Certains de ces surnoms sont bizarres, d'autres semblent des désignations véritables, mais alors ils ne représentent nullement la personne qui s'appelle ainsi. Afin de mieux dérouter les indiscrets, ces « grimoires » changeaient chaque semaine, et le même surnom, à huit jours de distance, n'avaient plus la même signification *.
L'une des premières lettres donne la notion du soin que prenaient les correspondants pour masquer leurs allusions.
« Mme de Tencin au duc de Richelieu, ce 2 novembre 1742.
« Je veux causer avec vous, mon cher duc, c'est de pure amitié, car je n'ai pas de grandes nouvelles à vous mander. On attend toujours celles de Bohême avec crainte et impatience*. Il paraît en général qu'on n'en a pas grande opinion. Je ne vous ai pas encore mandé que j'avais vu Mlle Sauveur
nale, deu.x autres à Sainte-Geneviève et à Lyon, le quatrième se trouvait dans la bibliothèque des Goncourt. Le regretté M. Eugène Asse, l'éminent biographe, avait préparé, peu de temps avant sa mort, la réédition de ce recueil si rare des lettres de Mme de Tencin, et c'est grâce à ce manuscrit, dont la communication est due à la complaisance de M. G. Vicaire, que nous avons pu travailler sur ces lettres à tète reposée.
1. C'est pour cette raison que la clé, livrée à la fin de ce curieu.x volume, n'est pas toujours e.xacte. « Je n'ai pas mes grimoires, écrit un jour Mme de Tencin, qui se trouve hors de chez elle, et je ne sais plus à quel numéro nous en sommes ». Ce détail nous a ouvert les yeux et nous avons compris pourquoi, en certains cas, « le géomètre » désigne Voltaire et dans d'autres, Richelieu.
2. Dans un conseil de guerre présidé par le Roi, il avait été décidé que Maillebois se porterait au secours de l'armée de Bohême et du maréchal de Broglie assiégé dans Prague (13 août). Son arrivée au commencement de septembre à Amberg et sa jonction avec le comte de Saxe, venu de Bavière, avaient décidé les Autrichiens à lever le siège (13 sept.). Mais au lieu d'attaquer immédiatement l'armée autrichienne, échelonnée sur la bandière occidentale de la Bohème, il voulut gagner Prague en remontant au nord par Leitmeritz. ne put atteindre cette ville et rebroussa définitivement vers Egra pour aller se cantonner en Bavière, sur le DanuDe.
[le cardinal de Fleiiry) pour lui parler des gouttes du général [Mme de la Tournelle). Elle n'en est pas contente; elle prétend qu'Helvétius [le duc de Richelieu) les a conseillées mal à propos à notre gentilhomme [le Roi). M. de Mairan [Mme de Maillij) prétend aussi qu'elles lui ont fait tout le mal qu'il a : malgré sa philosophie, il est furieux contre ce remède.
« J'ai reçu des nouvelles de l'Espcroux [le roi). Si l'affaire qui se traite actuellement pour lui, qui n'est pas encore conclue, ne réussit pas, \ous pouvez compter que ce sera le diable pour l'établira
« J'en suis fâchée par l'intérêt que je prends à tout ce qui tient tant soit peu aux Buges [les maîtresses du roi).
« Je vous ai écrit au sujet des robes brodées [le roi). Celles pour qui elles sont destinées se plaint amèrement du mystère que vous lui avez fait. . .
« A propos d'amour, la vieille comtesse [comtesse d'Argental)' est plus folle que jamais du géomètre (Fo//a?Ve). Elle vient de me conter ses jalousies sur Mme de Boufflers [elle-même) ^. Elle a grand peur qu'elle nuise à ce qu'elle