Arsenal, 11.540, f» 163 et suiv
INTRIGUES MINISTERIELLES 353
timents m' ayant aussi recommandé le secret jusqu'à ce qu'il vous plaise. Monsieur, de me donner vos ordres sur cette affaire que j'ay cru, travaillant sous vos ordres, ne pas devoir vous laisser ignorer.
Ce 12 février 1743.
Hamard.
[suscriptioîi], « à Vous seul. Monsieur, s'il vous plaist. »
Ainsi, par le jeu malicieux d'une police bien organisée, Maurepas fut, selon la règle \ renseigné chaque jour sur ce que l'agent avait observé pour le compte de ses adversaires, et il lui fut loisible de faire dire par cet homme fidèle tout ce qu'il jugea capable de lui servir pour duper ceux-là mêmes qui pensaient le surveiller.
« Monsieur, écrit Hamard dès le lendemain, le rapport d'hier 13 porte qu'il n'y a pas eu d'entrevue entre M. le comte et Mme de Tencin, qui n a sorti l'après-midi que pour aller chez M. son frère. M. le comte a néanmoins passé deux fois devant la porte sans seulement la regarder.
« Il paroist que le S' La Bonnardière a fait suivre déjà cette affaire, parce qu'il dit qu'il lui avoit été assuré qu'il n'y avait plus d'entrevue, et qu'en conséquence il faisait observer si on lui avait dit la vérité. L'observant n'a ordre de venir chez ledit La Bonnardière qu'à dix heures et qu'il lui dirait si les personnes intéressées voudraient faire continuer ou non, étant dans une grande méfiance à son égard ; que pour lui la Bonnardière, il se fiait en lui et qu'il avait de la peine à le rassurer. J'ai recommandé au jeune homme de s'y maintenir autant qu'il pourrait sans affectation que la seule envie de travailler, w
D'autre part, Mme de Tencin avait aussi sa police, et la « mouche » de Hamard s'aperçut qu'elle était elle-même
1. On n'a pas oublié que au ministère de la Marine était jointe la police de la Cour, qui comprenait Paris.
3o4 LES GUERIN DE TENCIN
surveillée parmi menuisier, dont Tatelier se trouvait non loin de là. Et puis, si Maurepas venait réellement chez Mme de Tencin c'était dans une chaise à porteurs, toujours précédée de deux valets grisons qui inspectaient les alentours et empêchaient par leur attitude les curieux d'approcher. De plus, les portes de la demeure s'ouvraient et se refermaient si vite sur cette chaise qu'il était impossible de distinguer quel personnage elle contenait.
Tous ces petits détails scéniques et romanesques devaient plaire infiniment à Mme de Tencin. Mais pratiquement il ne résulta rien de ces mystérieuses entrevues et l'on retrouve, peu de temps après, les adversaires désormais déchaînés les uns contre les autres pour une lutte de plusieurs années.
Cette fois Richelieu, averti par Mme de Tencin ainsi qu'on l'a vu, a chapitré sérieusement Mme de la Tournelle, et celle-ci, plus souple entre les mains du duc, son directeur politique, qu'entre celles de son royal amant, suivra désormais le programme qu'on lui tracera.
Elle est moins sauvage avec les Tencin, elle déteste Maurepas et elle va devenir auprès de Louis XV l'inspiratrice de projets glorieux. A cet effet, nos correspondants intimes brûlent soigneusement certaines de leurs lettres, qui toutes portent un numéro d'ordre, afin qu'aucune ne puisse être soustraite sans qu'on s'en aperçoive. Et Mme de Tencin, ne pouvant plus mettre Richelieu à ses pieds semble se mettre aux siens par ses louanges : « Je suis tranquille quand vous êtes là. Vous avez plus d'esprit en une heure qu'ils n'en ont tous en dix ans. »
De son côté, le cai'dinal de Tencin ne reste pas inactif et sa correspondance, pour être plus espacée que celle de sa sœur, n'en est pas moins importante. Il avait de précieux auxiliaires, entre autres le lieutenant général de police, et il s'en servait. « Marville, écrit-il à Richelieu le 10 juin 1743, a eu une longue conversation avec M. de Gesvres, dans laquelle il lui a tiré les vers du nez sur Meuse. Gesvres a dit que Meuse était l'espion de Maurepas, qu'il l'avertissait