LA MISSION DE VOLTAIRE
de tout ce qui se passait dans les petits cabinets, et que c'était par cette voie que Maurepas avait su tout le mal que vous aviez dit de lui.
« MarvillearenducetteconversationàMmedelaTournelie. »
La répercussion ne se fit pas attendre, et le marquis d'Argenson, (jui ignorait tout de ces intrigues secrètes, note simplement le IG juillet (1743) : « Mme de la Tournelle a pris en grippe M. de Meuse. Elle no se môle d'aucune affaire du monde. »
On aperçoit par ces petits détails à quel point les alliés de Richelieu étaient bien organisés et avec quelle habileté ils manœuvraient.
Cependant, vers la fin de juin, une intrigue diplomatique singulière et absolument secrète se déroule, et le Roi luimême l'ignore.
Quatre ou cinq personnes seulement sont renseignées. Mme de Tencin est du nombre et avise aussitôt Richelieu : « On a publié que Voltaire était exilé ou du moins que, sur la crainte de l'être, il avait pris la fuite, mais la vérité est qu'Amelot et Maurepas l'ont envoyé en Prusse pour sonder les intentions du Roi de Prusse^ à notre égard. 11 doit venii' rendre compte de sa commission et n'écrira pas, dans la crainte que ses lettres ne soient interceptées par le Roi de Prusse, à qui il doit faire croire comme aux autres qu'il a quitté ce pays-ci très mécontent des ministres. S'il réussit, ces Messieurs seraient bien attrapés si le Roi de Prusse décrétait qu'il ne veut point passer par leurs mains, et qu'il nommât Mme de la Tournelle pour celle en qui il veut placer sa confiance. Je vous donne tout ceci sous le secret. On m'a imposé la condition de n'en pai-ler à personne au monde ; mais je ne crois pas y manquer que de vous en parler. . .
« Mme du Chàtelet croit que le Roi de Prusse ne voudra pas négocier vis-à-vis le petit Amelot '.
i. Le grand Frédéric.