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Maintenant, eut-elle une fin édifiante? Prononca-t-elle la fameuse phrase qui constitue le modèle des confessions pour les coquettes agonisantes : « Mon père, j'ai été jeune, j'ai été jolie, on me l'a dit, je l'ai cru, jugez du reste » ? Tout ceci demeure dans l'ombre, et en cet instant suprême, il faut se montrer plus scrupuleux et plus discret encore devant la mort que devant la vie, même quand il s'agit de personnages d'un lointain passé...
Les affiches de Paris du 8 décembre signalent l'enterrement à Saint-Eustache de « dame Alexandrine de Guérin deTencin, chanoinesse de Neuville*, baronne de Saint-Martin, de l'île de Ré, décédée rue Vivienne, âgée de 68 ans ». De son côté. Collé dans son journal lui consacre ces quelques lignes :
« Mme de Tencin est morte dans les premiers jours de décembre. Elle a fait son légataire universel son frère le cardinal de Tencin, mais à peine lui laisse-t-elle de quoi payer les legs particuliers. Le médecin Astruc, à qui l'on prétend qu'elle a rerais de la main à la main beaucoup d'effets mobiliers est grièvement soupçonné d'avoir volé la succession L'on en parle sur ce ton dans le monde et il n'y a qu'une voix sur cette spoliation.
« S'il ne l'a pas faite, du moins n'a-t-il eu aucune délicatesse, riche comme il l'est d'environ un million, d'accepter deux cents à deux cent quarante mille livres, à quoi l'on prétend que montent les effets que lui a remis Mme de Tencin, dont quelques-uns des héritiers sont mal à leur aise, témoin M. d'Argental. »
L'archevêque de Lyon se chargea de l'éparer ce dommage en abandonnant par renonciation à son neveu la seigneurie de l'île de Ré.
Quant à lui-même, douloureusement atteint })ar la disparition de cette sœur si chère, las des intrigues de la Cour auxquelles son caractèi-e, malgré toute sa diplomatie, ne seni-
l.Ce qui constituait une lourde erreur, bien singulière pour lesconleniporains. Voir ce que nous en pensons dans le chapitre vi.
LA FIN DliS TENCIN ST'i
blait pas s'être accoutumé, il demanda au Roi la permission de regagner son archevêché. Là, il continua de vieillir paisiblement et dignement, ne conservant plus à ses côtés de toute sa famille que Mme de Groslée, car le Président était mort et ses enfants s'étaient dispersés.
L'archevêque de Lyon possédait à Oui lins, près de la ville, une maison de campagne dans la(|uelle il allait se reposer de temps à autre. Sauf ces courtes villégiatures, il se consacrait à son diocèse avec un zèle méticuleux ; et le silence de ses ennemis sur cette dernière période de sa vie nous est un sûr garant que son administration fut digne de tous les éloges.
Enfin le 2 mars 1758, après une courte maladie, il mourut entre les bras de Guillaume d'Hugues, archevêque de Vienne, son vieil et fidèle ami.
Ainsi s'effaça définitivement de la scène du monde cette figure si violemment calomniée et si intéressante qui marqua l'apogée des Guérin de Tencin, aujourd'hui disparus...