‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 206 sur 241 · Cette villa e.xiste encore · texte numérisé non relu

Cette villa e.xiste encore

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beautés de la nature sauvage, la part que son esprit poétique n'avait point le temps de leur accorder aux abords de la Cour.

Elle devint même baronne de lîle de Ré, et à ce sujet les jansénistes n'ont point manqué de l'éclabousser une dernière fois de la boue dont Tusage qu'ils avaient déjà fait n'avait pu empêcher l'élévation du cardinal'.

1. On se souvient que La Fresnaye avait donné en gage à Mme de Tencin les titres d'une propriété sise à l'Ile de Ré et aussi une obligation consentie par Masseau, son beau-frère, en sa faveur. Lorsque Mme de Tencin esSaya de réaliser son gage, elle rencontra toutes les difficultés possibles et dut subir les lenteurs d'une procédure compliquée, qui ne se termina qu'en 1743, tout à son avantage.

Les héritiers survivants, contre lesquels elle avait été obligée de plaider, étaient le fils et la fille du beau-frère de La Fresnaye, ce Masseau dont Mme de Tencin détenait, depuis 1725, l'obligation parfaitement régulière en dépit des assertions de ce malheureux fou de La Fresnaye.

11 s'agissait de 05.000 livres de créances à recouvrer. On en a conclu que Mme de Tencin, en venant à l'île de Hé, avait embarqué le jeune Masseau dans des affaires véreuses, après l'avoir séduit, et était ainsi arrivée à s'emparer de ses terres qu'elle convoitait pour agrandir sa propriété. Mais nous retrouvons précisément ce chiffre de 95.000 livres dans le testament même de la Fresnaye : 50.000 pour le contrat sur l'Ile de Ré et 45.000 pour l'obligation de Masseau. Par suite des comptes de famille et de la mort de la femme et de l'enfant de la Fresnaye, le contrat de 50.000 livres était également revendiqué par les jeunes Masseau, et les arrangements plus on moins corrects de leur oncle avaient rendu discutables les créances de Mme de Tencin par une accumulation de tripotages divers.

L'avocat de Masseau mit son éloquence au niveau des calomnies des Nouvelles ecclésiastiques, seul document historique sans doute qu'il se soit plu à examiner :

« C'est elle qui a chassé l'épouse et l'enfant du domicile conjugal ! s'écria-t-il en parlant de Mme de Tencin, celle qui a mis le pistolet à la main de l'époux adultère, celle qui a spolié la fortune de cet épou.x, qui a ouvert une tombe prématurée à l'épouse, à l'enfant, à l'aieul, c'est elle qui vient arracher le dernier refuge seigneurial à deux orphelins, à deux mineurs ! »

Rappelons que La Fresnaye avait depuis longtemps abandonné sa femme et son enfant quand il devint l'amant de Mme de Tencin.

Quant au « refuge des orphelins » il ne faut pas oublier que le père Masseau, acquéreur de la baronnie de l'Ile de Ré, était un entrepreneur et qu'il ne devait sa terre seigneuriale qu'à son argent et nullement à ses ancêtres, comme semble vouloir le laisser entendre le vibrant et sentimental avocat.

LA FIN DES tENCIN 3?3

Ils racontèrent que Mme de Tencin, après avoir ruiné La Fresnaye, avait poursuivi son rôle néfaste auprès de Jean Masseau, le beau-frère du suicidé. Rien n'est plus faux. Jean Masseau, pour soutenir ses grandeurs, avait dévoré sa fortune, et un beau jour, ses créanciers durent saisir sa baronnie'. Mais comme Mme de Tencin avait des créances privilégiées, ce fut en sa faveur que la vente eut lieu et elle racheta ellemême le domaine pour soixante-six mille livres.

En agissant ainsi, elle réalisait simplement, avec perte d'ailleurs, un gage que lui avait fort régulièrement donné, en échange d'auti'es valeurs, l'homme dont le suicide avait empoisonné sa vie.

L'absurdité du testament de La Fresnaye est assez établie à l'égard des détails criminels pour qu'il soit permis déjuger non moins mensongères les affirmations du malheureux détraqué touchant les affaires pécuniaires. Pour l'île de Ré, le jugement qui, cette fois encore, donne raison aux revendications de Mme de Tencin confirme notre appréciation, et ce fut très normalement que l'hommage de la nouvelle baronne fut adressé à Louis XV, qui en accusa officiellement réception, consacrant ainsi la possession et le titre-.

Enfin l'âge accomplit son œuvre. Mme de Tencin devint une vieille femme affaiblie, souvent silencieuse et comme repliée sur elle-même. De fidèles amis et en particulier son médecin Astruc l'entourèrent de soins jusqu'à ses derniers instants. La mort la prit le 4 décembre 1749. Avant de disparaître, elle avait pu voirjla disgrâce éclatante de son ennemi Maurepas \ qui s'était risqué à écrire sur la Pompadour quelques vers orduriers, dont il espérait faire donner l'attribution à Richelieu. Mais celui-ci joua serré, gagna la partie et ce fut Maurepasquipaya de sa place le tour qu'il préparait au duc. Mme de Tencin dut en concevoir une joie profonde.

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