‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 92 sur 241 · Saint-Simon. Passim · texte numérisé non relu

Saint-Simon. Passim

LE CHEVALIER SCHAUB 167

(Vcst le clicvalici- Scli.-iub, (li|)Iom;ile i]o. second plan, cliari-é par lord Stanhope d'une missio)) spéciale, mai définie par le public et qui conservait au personnage un caractère ot'tîcieux plus favorable à certaines négociations qu'un titre officiel. Il semble bien que si, à Paris, Schaub se tenait modestement en marge de l'ambassade d'Angleterre, il redevenait auprès de lord Stanhope un des agents principaux des intrigues nouées pour la conclusion de la quadruple alliance, qui se préparait entre l'Allemagne, l'Angleterre, la Hollande et la France contre la politique du ministre espagnol Albéroni.

Ce Schaub, que d'Argenson traite sans ménagements de « fripon », était un de ces mercenaires qui, par une singularité encore vivace au xviii^ siècle, mettaient leurs capacités à la solde tantôt d'un pays, tantôt d'un autre et faisaient en réalité d'excellents serviteurs plus souvent qu'ils ne devenaient des traîtres dangereux.

Celui-ci était né à Bâle, le 1" mars 1790. Son père était notaire impérial et lui-même s'était destiné de bonne heure par de fortes études aune carrière sérieuse.

En 1706, il se faisait décerner le grade de maître es arts et démontrait (?) dans un discours que la gourmandise tuait plus d'hommes que la guerre. Après quoi, il se rendait à Saint- Aubin dans le canton de Neuchâtel pour y apprendre la langue française, puis étudiait le droit et, le 8 mai 1711, obtenait sa licence.

A ce moment Abraham Stanian, ministre résident d'Angleterre en Suisse, demandait au professeur W^einfels un jeune homme capable d'être secrétaire de sa légation à de bonnes et avantageuses conditions. Celui-ci, après avoir consulté son ami le jésuite Battier, proposait exœqiio Schaub et son ami François Christ, qui devint plus tard greffier au conseil de Bâle. M. Stanian se décida pour Schaub et en 1714, lors de la mort de la reine Anne, il présenta au roi d'x\ngleterre, dont il était connu et estimé, son jeune secrétaire comme un homme de mérite pouvant être utilement

employé. Aussi lord Corbhams, ambassadeur d'Angleterre à Vienne, emmena-t-il Schaub avec lui^

Enfin en 1718, lord Stanhope, qui avait pu apprécier les qualités de ce jeune homme de vingt-huit ans, prenait la résolution de se l'attacher définitivement en lui confiant une mission importante, pour laquelle la jeunesse même de Schaub devait donner le change aux intéressés touchant la valeur de son mandat.

Schaub avait des goûts de luxe qui le portaient naturellement vers la bonne société. Malheureusement pour lui, il n'avait point « les connaissances nécessaires au luxiis eriiditus ' ». Les nombreux tableaux qu'il achetait ne témoignaient guère, paraît-il, de son bon goût et il passait pour se laisser duper par les brocanteurs.

« Son mérite était reconnu mais il avait le défaut d'aimer un peu trop à se faire valoir, au point de choquer les bienséances. D'un naturel très heureux, avec une conception aisée, livré qu'il était tout entier aux affaires, il avait ses matières toujours présentes à l'esprit, ce qui était d'une merveilleuse utilité dans les négociations.^ »

Malgré tant de qualités, sa jeunesse faisait craindre qu'on ne fût trop rusé pour lui en dépit « de son cœur droit et de ses bonnes intentions ».

Mais cet homme fluet, qu'on avait surnommé le « Petit » dans le cercle de Dubois et de Mme de Tencin, se glissait partout à la façon d'une anguille, et l'on jugera de l'importance de sa mission, comme aussi de la confiance que l'on mettait en ses intrigues, par cette phrase relevée dans une correspondance de deux diplomates, ses contemporains* :

4. Extrait d'une noie allemande inédile. Papiers du baron Pichon. Collection de M. G. Vicaire.

2. Lettre inédite de Lecoq sur Schaub. Papiers du baron Pichon. Goliectiorj de M. G. Vicaire.

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