Secrétaire d'État et ministre confident du roi Georges
3. Il s'agissait d'empêcher Philippe V, roi d'Espagne et petit-fils de Louis XIV, de faire valoir ses droits à la couronne de France au cas où Louis XV mourrait. Le traité d'Utrecht avait bien stipulé cette renonciation, mais le roi d'Espagne considérait cette clause comme abusive et Albéroni était décidé à la faire déclarer nulle. Les trois ennemis d'un tel projet étaient naturellement : l'Empereur, le roi d'.\ngleterre et le duc d'Orléans.
Albéroni pensait occuper le premier en le faisant attaquer par les Turcs, le deuxième en jetant le prétendant en .Angleterre, le troisième en excitant, à l'aide du duc du Maine, une conspiration qui donnerait la régence à Philippe V. Ce fut le but de la conspiration de Cellamare, si utilement dénoncée par Buvat. (Voir le journal de Buvat à ce sujet.)
Physiquement Raimond ne payait pourtant pas de mine. « C'était un petit homme qui n'était pas achevé de faire, ot comme un biscuit manqué, avec un gros nez, de gros yeux ronds sortants, de gros vilains traits et une voix enrouée comme un homme réveillé en pleine nuit en sursaut. Il avait beaucoup d'esprit, il avait aussi de la lecture et faisait des vers. A force de grec et de latin, de belles-lettres et de bel esprit, il s'était fourré où il avait pu, puis de débauche de toute espèce et de sentiments si malheureusement à la mode était parvenu à voir des femmes et quelque sorte de bonne compagnie. ^ »
Il s'était attaché de bonne heure à l'abbé Dubois, qui savait faire usage de tout, et à Canillac. Il les avait captivés tous deux par ses respects et ses adulations, l'abbé par l'intrigue, le marquis par le même goût d'obscure débauche grecque et par l'admiration de son esprit et de sa capacité. « Ravi de se faire de fête, il leur avait vanté le génie supérieur de Stairs, et à Stairs tout l'usage qu'il pouvait tirer d'eux auprès de M. le duc d'Orléans. »
Le crédit de Raimond explique fort bien que Mme de Tencin l'ait accueilli volontiers, mais devant le portrait de l'homme on demeure stupéfait que cet accueil soit allé jusqu'à être (( à bras ouverts »... C'est que, paraît-il, Raimond savait faire oublier ses imperfections physiques. « L'ornement de son esprit, son aisance à parler et à frapper, sa facilité à adopter le goût de chacun, une sorte d'agrément qu'on trouvait dans sa singularité le mirent quelque temps fort à la mode". » Il devait d'ailleurs continuer son chemin avec bonheur, car il devint plus tard introducteur des ambassadeurs.
A côté de Raimond, dans l'ombre de Stairs et en pleine lumière du salon de Mme de Tencin, apparaît un petit homme du même genre, mais de figure agréable.