‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 94 sur 241 · Saint-Simon, t. XXXVIII, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. XXXVIII, p

4. Pour les détails de cette curieuse et ridicule affaire, voir Saint-Simon t. XXXVIII, p. 155 et suiv.

170 LES GUKRIN DE TENGIN

Scliaub commença par combiner le mariage du jeune la Vrillière avec une fille naturelle que le roi d'Angleterre avait eue de la comtesse de Platten. Après quoi, la diplomatie aidant, on obtint que le roi d'Angleterre s'intéressât aux fiancés, au point de demander pour la Vrillière le duché et la pairie. Leduc d'Orléans, poussé par Dubois, allait céder quand le duc de Saint-Simon intervint. Il demanda au Régent <c où il avait vu et lu faire un duc et pair dérobe ou de plume, et donner la plus haute récompense qui fût en la main de nos rois à un gi'effier du Roi, dont la famille en avait toujours exercé la profession depuis qu'elle s'était fait connaître pour la première fois sous Henri IV, sans avoir jamais porté les armes ». Par la môme occasion Schaub fut traité « d'insigne friponet d'audacieux menteur », et le duc d'Orléans se trouva aux abois. L'échec de la Vrillière ne fit plus de doute pour les intéressés/ Mais le malheureux se couvrit de ritlicule en se vantant de ce que le roi d'Angleterre, ayant engagé sa parole, allait faire de cette question une affaire d'Etat. Il eut la sottise déposer pour l'homme important, au sujet de ([ui la guerre pourrait bien éclater. On continua de sourire et l'humiliation fut complète, car en réalité le roi d'Angleterre se souciait peu du bonhomme et n'aimait pas les bavards indiscrets.

Mais si le chevalier Schaub n'eut pas gain de cause en cette circonstance, il n'en fut pas atteint dans sa carrière.

C'était par ses mains, prétend Saint-Simon, que passaient les quarante mille livres sterling dont l'Angleterre pensionnait Dubois. Cette question a été controversée, mais une lettre de

i. Son fils Sainl-Florenlin n'en épousa pas moins Mlle de Platten qui le quitta peu do temps apr^s, ii cause do ses maux. (Note du cabinet d llozier.)

Saint-Florentin ne devint duc de la Vrillière qu'en 1770, et encore ne fut-il que duc à brevet et non point pair.

Quant à sa mûre, Mlle de Mailly, elle avait eu longtemps avant lui le titre qu'elle désirait si ardemment. Veuve eu 172."), elle épousa en 1731 le vieux duc de Mazarin. infirme et ruiné. Qu'imi)ortail! elle était duchesse. Mais elle no jouit pas longlomps de sa dignité, car oll(> mourut en 1734.

LE CHEVALIER SCIlAUfJ 171

Dubois semble indiquer que, sans fi-abir sans doute les intéivts lie son pavs, il était bien dévoué à ceux de Georges T"", qui avait demandé pour lui la place de secrétaire d'Etat. « Je vous dois jusqu'à la place que j'occupe, écrivait Dubois au roi d'Angleterre', dont je souhaite avec passion de l'aire usage selon votre cœur, c'est-à-dire pour le service de Sa Majesté nrilanni(|uo, don! les intérêts me seront toujours chers. »

Maintenant, si Schaub a montré en diplomatie une fine souplesse, appropriée d'ailleurs à ses fonctions, il apparaît que dans les questions de sentiment, il apportait une simplicité et une franchise tout à son honneur. Une lettre d'amour de lui nous donne, croyons-nous, la notion réelle de ce caractère, que l'ambition ou le métier rendaient ))robablement capable de « tout » pour le « service », mais qui, en face d'une femme aimée, se donnait la joie de se dépouiller de son armure de lutteur d'Etat pour se laisser voir jusqu'au cœur.

(( Je n'avais garde de penser. Madame, qu'une peinture naïve de mes sentiments put vous déplaire. J'avoue de bonne foi que je ne sais qu'aimer tout simplement, et ce que la plupart des gens appellent délicatesse m'avait paru jusqu'ici une production de l'imagination plutôt que du cœm*. Vous êtes trop raisonnable, Madame, pour ne pouvoir vous accommoder de sentiments simples et vrais. Je vous offre les miens sur ce pied-là. Je n'en sais pas davantage et mon cœur m'a souvent dit auprès de vous que j'en savais assez. " »

Cette lettre fut-elle écrite pour Mme de Tencin ? Il est difficile de le savoir. Celle-ci était désignée à cette époque par ses amis sous le nom de : « la femme de Schaub », et ce dernier l'appelait familièrement « ma femme ». Mais chez lui c'était une habitude d'attribuer de fausses parentés aux

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