‹ Les guerres de la Révolution (volume 2)Chapitre 3 sur 14 · I.KS PAYS-BAS AUT«I(:Hrp:NS · texte numérisé non relu

I.KS PAYS-BAS AUT«I(:Hrp:NS

tel empire sur les capons du rivaga qu'il les apaisait ou les soulevait d'une parole, d'un geste'.

IV. Ct^pendaut Joseph II, outré de l'opposition des Bel^zes et des concessions des gouverneurs généraux, appelait à Vienne Albert de Saxe-Teschen et Marie Christine, le ministre plénipotentiaire Belgiojoso et des députés des Etats. Il exigea d'abord ia prompte et entière exécution dé ses ordres; ensuite, se radoucissant, il remplaça Belgiojoso par le comte TrauttmausdorlT, rapporta les deux diplômes du i^"" janvier et posa ses conditions, les préalables i7idùprnsables : rétablissement du séminaire général de Louvain, suppression des couvents inutiles, réintégration des fonctionnaires, licenciement des volontaires.

Mais, si les provinces acceptèrent la réinstallation des fonctionnaires et le licenciement des volontaires, les Etats de Biabant réclamèrent le rétablissement de tous les couvents, le maintien des confréries religieuses, la réintégration de l'Université de Louvain dans tous ses privilèges, et la suppression du séminaire général. Le cardinal de Franckenberg, archevêque de Malines, et les évèqucs belges persévéraient duus leur opposition. Le peuple s'agitait Des libelles, des pasquinades en grand nombre attaquaient Joseph et les joséphisles.

Le comte de Murray exerçait alors par intérim le gouvernement du pays, et ce lo^-al soldat s'acquittait de sa tache avec une grande modération. Joseph lui reprocha de manquer d'énergie* et envoya en Belgique le générai

> Acte d'accusation du 17 avril 17S9.

' 0. Lorenz, Joseph II it. die hclgische Révolution nach dcn Papie- *'en des Gcn. Gouv. Grafoi Murrai/, 1862, p. 57. Joseph ordoaua vai-

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d'Alton, homme rude et inflexible, qui reçut le titre de commandant général des troupes et qui fut indépendant du ministre plénipotentiaire Trauttmansdorff.

D'Alton ferma les séminaires épiscopaux de Malines et d'Anvers ; il réprima brutalement les moindres tumulles ; il fit tirer sur la foule; il arrêta les meneurs, et Joseph approuva d'Alton qui savait, disait-il, a par ses actes de vigueur, rétablir l'ordre et prévenir les bagarres * a.

Mais la Belgique n'était pas domptée, et Trauttmansdorff écrivait qu'il voyait une sombre tristesse succéder à la folle résistance. Le séminaire général de Louvain ne reçut que seize élèves, et son enseignement fut condamné par le cardinal-archevêque de Malines. Les États de Hainaut refusèrent les subsides et ne cachèrent pas qu'ils voulaient couper les vivres au gouvernement. Les États de Brabant les imitèrent : la noblesse et le clergé avaient volé les subsides, mais deux fois ils furent refusés par les neuf natioiis de Bruxelles qui formaient dans l'assemblée le troisième membre du tiers-état, et cette protestation suffisait pour annuler le vote des deux premiers ordres *.

Joseph, de plus en plus résolu à a couper en plein drap », cassa la charte du Hainaut. Puis il changea la « ténébreuse » et « incompréhensible >. constitution du Brabant : le tiers-état aurait cinquante-cinq députés au lieu de sept et serait désormais représenté par quinze villes du duché, et non plus par les trois cités de

nement à Murray de donner t un grand exemple de sévérité » et d'exécuter ses ordres « coûte que coûte » (tW., p- 22 et 30).

i Lettres de Joseph II au fjénéral d'Alton, 1790, p. 32-33.

* Les décisions du clergé et de la noblesse étaient toujours prises avec la cX^msq pourvu gue le tiers-e'tat suive, et autrement pas.

Bruxelles, d'Anvers et de Louvain». Mais, le ^8 juin 1789, les États de Brabant refusèrent d'introduire aucun changement dans la constitution, a Vous pouvez nous casser, disaient-ils à Trauttmansdorff, mais nous forcer, non. » TrauttmansdorlT les cassa, et le soir même une ordonnance impériale annulait la Joyeuse-Entrée et tous les privilèges du Brabant, abolissait la députation permanente des Eiats, supprimait le Conseil dû duché.

Le coup d'état du \S juin rendit la lutte inévitable. Plus que jamais les esprits s'enflammèrent. Les affaires de France augmentaient encore l'exaltation *. « Quel exemple pour nous, s'écriait Trauttmansdorff, et que peut-il en résulter »? Bruxelles applaudissait à la chute de la Bastille, et au Parc, dans les églises, dans les rues, on trouvait des billets qui portaient ces mots : Ici comme à Paris ^. Tout le mois de juillet fut marqué par des émeutes. Les paysans délivraient à main armée un brasseur emprisonné à Tirlemont. Les habitants de Louvain élevaient des barricades. Il fallut mettre sur le pied de guerre l'armée des Pays-Bas.

V. Vander Noot, le principal boute-feu*, avait échappé aux poursuites du général d'Alton et gagné Bréda, sur le territoire hollandais. Il y fut rejoint par quelques membres du clergé et du tiers-état de Brabant. Ces

» La plupart des députés, bourpçmestres, pensionnaires, chefs officiers, étaient dévoués au gouvernetnent (Juste, Récol. brab., 219, note).

* La valise décousue, 1790, I, 6, et II, 72. (« Les Français sont devenus le peuple à la mode • ... « les alFaires de France ont exalté ie* têtes brabançonnes •.)

3 Trauttmansdorff, Fragments pour servir à l'hist. des ccé/iements qtii se sont passés aux Pays-Bas, 1792, p. 31.

* Ainsi le nommait Joseph II.

réfugiés formèrent le comité de Bréda et entreprirent de révolutionner la Belgique. Ils donnèrent à Vander Noot le titre d'agent plénipotentiaire du peuple brabançon, et le tribun, ainsi qualifié, alla demander l'appui de la Triple-Alliance, que l'Angleterre, la Hollande et la Prusse avaient conclue l'année précédente. Pitt refusa de l'écouter. Mais Vander Noot eut des conférences avec le grand pensionnaire de Hollande Van de Spiegel; il proposait d'unir les Pays-Bas aux Provinces-Unies ou de les former en une république dont le stathouder serait le second fils du prince d'Orange *. Il fit un voyage à Berlin, et le ministre Hertzberg l'assura que Frédéric Guillaume II reconnaîtrait l'indépendance des Pays-Bas. a Ma nation, disait le général Schlieffen à Lafayette, désire la redoutable Autriche moins puissante en Belgique -. »

Tandis que Vander Noot disait partout que la Prusse et la Hollande prendraient la défense des Belges, un autre avocat au Conseil de Brabant, François Vonck, tentait de soulever la nation. Probe et modeste, Vonck avait en outre le jugement, la froide raison, le bon sens politique qui manquaient à Vander Noot ; il comprenait qu'on devait non seulement chasser l'Autrichien, mais détruire les abus et réformer la constitution ; par malheur, il était homme de cabinet, et non homme d'action^.

Vonck et ses amis, les avocats Lehardi, Torfs, T'Kint et Verlooy, l'ingénieur Fisco, les négociants d'Aubremez et Weemaels, fondèrent l'association j9ro aris et focis. Ils recrutèrent chacun six à sept « enrôlés » qui, à leur tour, enrôlèrent leurs amis. Les enrôlés ne se connaissaient

Van de Spiegel, Résumé des négociations qui accompagnèrent la RétoL des Paj/s-Bas av.tr., 1841, p. ol. » 3Ié>n. de Lafayelle, 1n37, V, p. 42. 3 Gérard, Rajjcdias de Berg., II, 203.

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pas et prenaient un nom de guerre qu'ils inscrivaient sur une carie. Celte carte allait de main en main, des enrôlés et des eurôleurs jusqu'au comité directeur. Bientôt, l'association s'étendit sur toute la Belgique; elle osa publier sort plan ; elle excita les soldats à la désertion et rassembla des troupes dans le pays de Liège, à Ilasselt. Le gouvernement autricbien exigea la dispersion de ces insiirgeats et, sur le refus de l'administration liégeoise, mit en marche deux bataillons. Les volontaires belges, avertis, quittèrent aussitôt Ilasselt et se réunirent le

10 octobre aux émigrés de Bréda. Vonck ne tarda pas à les suivre. Il avait les noms de 70.000 complices dans son portefeuille, et il préparait un soulèvement général lorsqu'un traître livra son secret.

L'armée des patriotes existait désormais. Son général fut Vander Merscli, vieux soldat, devenu à force de bravoure lieutenant-colonel en France et colonel en Autriche.

11 vivait dans la retraite à Dadizeele, près de Menin, lorsque Vonck lui offrit le commandement des bandes patriotiques. Van der Mersch répondit qu'il était prêt. Un matin, il siffle son chien et, le fusil sur l'épaule, comme s'il allait à la chasse, il gagne Anvers à traders champs, et d'Anvers se rend à Bréda. Le comité lui conféra le titre de général-major, et les abbés de Tongerloo et de Saint-Bernard lui garantirent, en cas de défaite, une somme de cent mille florins *.

La guerre s'ouvrit. Le gouvernement autrichien avait pris de nouvelles mesures de rigueur, enlevant aux abbés rebelles l'administration de leurs biens, désarman' les Belgec, et leur défendant de rejoindre l'armée

* Dinne, J/cynoirc his'.Oi'rjiue pour Vandci' Mcrsch^ 1791, I, 6-7 11,1-3.

des patriotes, ordonnant aux émigrés de rentrer sous quinze jours. Il ne fit qu'exaspérer les esprits; les offices religieux, les processions se multiplièrent, et les fidèles, agenouillés au pied des autels, demandèrent à Dieu par de ferventes prières la fin de l'oppression autrichienne.

VI. Dans la nuit du 23 au 24 octobre 1789, l'armée belge s'ébranla. Elle formait deux corps : la petite armée qui comptait 600 hommes et marchait sur Lillo, la grande armée, forte de 2,800 hommes, que Vander Mersch menait par Hoogstraeten dans le Brabant. Elle se fit précéder d'un très long manifeste du peuple brabançon, rédigé par Vander Noot et composé de lambeaux mal cousus de la Politique naturelle de Holbach et des remontrances des États. Le tribun rappelait les griefs des Belges contre l'empereur et déclarait Joseph II déchu de la souveraineté : Joseph avait violé le pacte inaugural; la nation, elle aussi, renonçait à ce pacte et rentrait dans l'exercice de ses droits primitifs et inaliénables, comme les cantons suisses lorsqu'ils s'érigeaient en république, comme la Hollande en 1581 '.

Ransonnet et Devaux commandaient la petite armée. Ils s'emparèrent sans peine du fort Lillo, qui n'était gardé que par quelques douaniers, et du fort Liefkenshoeck. Les habitants du pays de Waes les suivirent en arborant un drapeau blanc marqué d'une croix rouge. Mais au milieu de ces succès, la petite troupe fut prise d'une terreur panique et regagna précipitamment la Hollande.

La grande armée répara cet échec. Elle manquait de

' Manifeste du peuple hraha'r'çon, p. 35.

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cavalerie et de canons * ; elle n'avait que de vieux fusils de calibres divers; deux cents volontaires étaient sans armes, et une colonne, que commandait Lorangeois, saisie de frayeur dès ses premiers pas, rebroussa chemin. Mais Vander Mersch rallia la colunne de Lorangeois et entra dans Turnbout. Il marchait sur Diest et s'efforçait de contenir son armée qui menaçait à tout instant de se disperser comme une volée de pigeons *, lorsqu'il apprit que le général Schrœder se portait à sa rencontre avec les bataillons de Bender et de Clerfayt, deux compagnies de grenadiers et deux escadrons de dragons. Vander Mersch rentra dans Turnhout, barricada les rues, posta son avant-garde dans un moulin, son corps de bataille dans les maisons, sa réserve sur la place. Schrœder arrive ; il chasse l'avant-garde du moulin et s'engage à coups de canon dans la grande rue de rHôi)ital. Mais il est accueilli par une grêle de balles; les patriotes tirent de toutes parts, des maisons, des barricades, de la tour de l'église, et bientôt, s'enhardissant, ils osent, la baïonnette au bout du fusil, attaquer l'artillerie. Après cinq heures de combat, les Autrichiens se retirèrent ; ils avaient perdu trois canons •.

V Vive Vander Mersch ! Vive le héros ! >» s'écria Vander Noot, et le comité de Bréda nomma le vainqueur de Turnhout lieutenant-général *. Mais Vander Mersch ne profita pas de son avantage. Ses volontaires, déjà fatigués de la guerre, reculèrent devant le général d'Arberg,

* Vonck avait acheté huit canons à Liège, mais Vander Noot assurait qu'il avait accès dans les arsenaux de Hollande (Dinne, Mém. pour Va ider Mersch, I, 7).

« Gé-arJ, Kapedius de Berg, II, 347.

» Dinne, I, 14-17.

♦ Id., II, 11-13.

successeur de Sclirœder, et rentièrent dans leurs quartiers de Bréda.

Heureusement la petite armée avait repris courage. Elle marcha sur Gaud, elle entra dans la ville par deux porles, elle bloqua le colonel Lunden dans les casernes du quartier Saint-Pierre et refoula dans la citadelle le général d Arberg : au bout de trois jours, Lunden rendait son épée à un moine, et d'Arberg abandonnait la citadelle. Toute la Flandre fut en feu : Bruges et Osteude se soulevèrent ; les Impériaux ne gardèrent dans le comté que Termoude et Alost.

Trouttmansdorff essaya de traiter; il supprima le séminaire général, révoqua l'ordonnaoce du 18 juin, proclama l'amnistie. Mais le comité de Bréda repoussa ses avances ; « tout cela, disait Vander Noot, n'est qu'un vain étalage de mots » ; il préférait la perte entière du paj^s à un accommodement avec l'empereur ^

Le 30 novembre, Van Eupea, grand pénitentiaire de l'église d'Anvers, le conseiller et le bras droit de Vander Koot, signait un traité d'alliance entre les États de Flandre et ceux de Brabant. Vander Mersch rentrait en campagne et s'emparait de Diest, puis de Tirlemont. Un instant, il courut des risques. Deux officiers français, Arnoldi et Dolomieu, se faisaient écraser à Giney, et Vander Mersch, manquant de tout, craignant d'être enveloppé et accablé par le nombre, s'estimait heureux de signer, le 2 décembre, à Orsmael, un armistice de dix jours. Mais cet armistice, que blâma Vander Noot, fut à ravantage des patriotes : ils avaient le temps de se renforcer, et traiter avec eux, c'était les reconnaître ^ « Je

» Dinne, I, 59.

2 Forster, Ansichten vom Niederrheln, Brniant, etc., p.p. Buchner, 1868, I, p. 182 ; cf. Dinne, II, 102.

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viens de gagner deux batailles 1 », s'écriait Vander Mersch.

L'armistice n'était pas expiré que Bruxelles chassait sa garnison aulrichieune. Le vicomte Edouard de Walckiers, banquier de la cour et chef de la célèbre maison connue sous la raison sociale Veuve de Neitvie et fils, fut le chef de l'insurrection bruxelloise*. Le 10 décembre, à Sainte- G udulc, pendant la grand'messe, Walckiers et les membres de l'association pro ans et focis montent sur <ies chaises et jettent dans la foule des cocardes brabançonnes. Du haut de la chaire, un prêtre exhorte les fidèles à combattre pour la religion et leur donne l'abso ■ ' lulion générale. Le clergé entonne le psaume Deus noster refugium et tirtus. On distribue des armes à la porte de la sacristie. La foule se répand dans la ville basse, attaque plusieurs postes, refoule les Impériaux vers la Grande-Place et la place Royale. Comme toujours, d'Alton et Trauttmansdorfï' différaient d'opinion, au lieu de « s'épauler », et Joseph II reconnut trop tard le mal que causait cette dissension entre le ministre et le commandant des troupes *. Lorsque le général d'Arberg défendait Gand, d'Alton lui commandait de faire une résistance désespérée, et Trauttmansdorfï, de ménager la ville. Pareillement, à Bruxelles, d'Alton ne parlait que de bombardement , et Trauttmansdorfr jurait qu'il aimerait mieux partir que de brûler une maison. Mais déjà les soldats faisaient défection, et les capucins, la cocarde au capuchon, le. sabre au poing, le baudrier par dessus la robe, conduisaient dans leur.? couvents des troupes de déserteurs. L'amie de Vander Koot, M'"^ de Bellem ou

» Il y dépensa 500,000 livres (Forster, Ansic\ten, 1, 208). ' Béer, Joseph à Kuunitz, 3oî.

la Pinaut^ et sa fille Marianne, parcouraient les postes des insurgés et réveillaient leur ardeur *. Le 12 décembre les Impériaux abandonnaient la ville. Ferraris, qui remplaçait d'Alton, les mena tristement dans le Luxembourg, tandis que derrière lui, Vander Mersch venait, par Louvain, faire sa jonction à Namur avec un corps de 2,000 Flamands, commandé par le baron de Kleinenberg et le comte de Rosières*.

Les patriotes l'emportaient. Le 18 décembre 1789, le comité de Bréda faisait son entrée à Bruxelles. Yander Koot et Yan Eupen, assis dans un phaéton, ouvraient la marche. Puis venait la duchesse d'Ursel, conduisant elle-même un cabriolet. Derrière elle étaient les émigrés, les abbés de Tongerloo et de Saint-Bernard, les membres des États. Mais Yander ^'oût attirait tous les regards. Il descendit au portail de Sainte-Gudule et, reçu en grande pompe par le clergé, mené au chœur par la garde noble, entouré des hallebardiers de la cour, il entendit, à la place d'honneur, comme un véritable souverain, le Te Dtum qui célébrait sa focile victoire. Le soir, il assista, dans la loge du gouverneur-général, à la représentation de la Mort de César, et une actrice lui posa sur le front la couronne civique.

VIL Unis durant la lutte, les patriotes se divisèrent après le triomphe et formèrent deux partis : les tandernooiistes ou aristûcraies ou staiisteSy et les zonckisles ou démocrates.

* Gérard, Eapedius de Berg, II, 434.

• On retrouvera Rosières au cours de ce récit. Quant à Kleinenberg, Dumouriez dans un mémoire inédit de 1790 le caractérise ainsi -, c Allemand, ayant servi en France, grand ivrogne qu'on emploie aux recrues et qu'on tient éloigné de l'armée. »

Déjù, pendant la guerre, Vander Noot et VoDck s'étaient trouvés en désaccord. Vonck faisait appel à la nation; Vander îsoot à Tétranger. Vonck avait mieux servi que Vander Noot la cause de la liberté belge ; il trouva Vander Mersch et conseilla l'attaque de la Flandre ; ce fut sur ses instances que le comité de Bréda mit l'armée en mouvement; il est, disait l'agent Ruel, « le véritable auteur de la Révolution ».

Vander Noot, appuyé sur la majorité du pays, ne désirait que le maintien des privilèges, et, suivant lui, la Révolution ne changeait rien en Belgique, sinor. que les Étals succédaient a Joseph II déchu. Vonck soutenait que la Constitution devait être modifiée, et qu'investir les États de toute l'autorité, c'était remplacer la mo/iarcàie limitée par Voligarchie.

Toutefois, les vonckistes se divisaient. Les uns, et Vonck avec eux, voulaient conserver les trois ordres en donnant aux petites villes et aux villages les mêmes droits qu'aux grandes cités et en doublant le nombre des députés du tiers; on les nomma inlérimisles, parce qu'ils acceptaient l'intérim des États. Les autres demandaient la suppression des ordres et l'organisation d'une Convention nationale ; on les appela les organisateurs. Un d'eux, l'avocat d'Outrepont, défendit le programme du parti dans la brochure Qu'allons -nous deunir7 La liberté, disait-il, ne pouvait être protégée que par « l'union de toutes les provinces fondées sur l'unité de leur constitution ». Mais tous, intérimistes et organisateurs, proclamaient la nécessité d'une réforme ; tous prétendaient que la révolution s'était faite dans l'intérêt, non de quelques privilé*;iés. mais de la nation entière; tous se ralliaient autour de Vonck. L'ancienne société pro aris et focis était devenue, après l'expulsion des Autrichiens,

une Assemblée patriotique qui comptait parmi ses membres beaucoup d'iiommes éclairés et, disait Ruel, les meilleures tètes du tiers-état et de la noblesse, les magnats, le duc Louis d'Arenberg, le comte de la Marck, son frèi'e, le duc d'Ursel, son beau-frère, qui présidait le département de la guerre *.

Mais en vain 1' « Assemblée patriotique » proclamait par la voix de d'Outrepont, la souveraineté de la nation; en vain elle affirmait qu'il était imprudent de « rassembler trop de pouvoir dans un seul corps » ; en vain elle protestait que la future Convention respecterait les propriétés du clergé et les regarderait comme sacrées. « Des vues particulières d'ambition et de cupidité, disait le duc d'Ursel, succèdent au patriotisme '. » Les États de chaque province s'attribuèrent le pouvoir souverain, et le M janvier 1790 leurs mandataires, réunis en États-Généraux, à Bruxelles, au nombre de cinquantequatre, signèrent l'acte d'union des Etats Belgiqites Unis. Le pouvoir législatif appartint aux Etats-Généraux, le pouvoir exécutif ou pouvoir de faire la paix ou la guerre, de contracter des alliances, de recevoir ou d'envoyer des ambassadeurs, de battre monnaie, à un Congrès qui se recrutait parmi les députés des États. Mais, jusqu'au mois d'août, ce Congrès ne se composa que de membres des États-Généraux, et les mêmes hommes exercèrent le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Yander Noot était ministre de la République et Van Eupen secrétaire d'État ; tous deux sié-

* Cf. sur les d'Arenberg et leur rôle De Pradt, B". la Belgique depuis 1189 jusqu'à il9i. 1820, p. 44-4o ; Gachard, Études et notices historiques, II, 206-209 ; Juste, Répullique helge^ 46-49 ; Borgnet, 1, 132-133.

^Lettre aux États de Flandre, Moniteur di 2 sept. 1790.

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geaient à cùlé du président, et les actes de l'Assemblée devaient être revêtus de la signature de l'un ou de l'autre.

Les slatistes triomphaient, lis essayèrent de gagner les dé^nocrates et offrirent à Vonck la présidence du Conseil des finances ou de la Cour des comptes. Vonck ré« pondit qu'il ne travaillait que pour le peuple. Les statisles prononcèrent la dissolution de VAssemàlée patriot'iqne. Le clergé se déchaîna contre les vonckistes. Le mandement, rédigé par l'archevêque de Matines pour le carême de 1790, représenta les membres des Étals comme les « pères de la patrie » et les démocrates comme les ennemis de la religion. Un comité ecclésiastique où siégeaient quatre iibbés, le retors Duvivier, le fougueux Feller, Brosins et Dudoyart, fit colporter une adresse en faveur des États : o nous ne voulons d'autres représentants de la nation que les trois ordres. » Cette adresse, couverte de quatre cent mille signatures, fut remise solennellement le 17 février aux États de Brabant. Vonck, sans se déconcerter, fonda une nouvelle association qu'il nomma la Sociélé patriotique et publia ses Considérations imjmr Haies sur la position actuelle dio Brahant. Il reconnaissait Taulorité souveraine du Congrès et le pouvoir législatif des États. Mais il proposait l» d'adjoindre aux chefs des grandes abbayes des membres du clergé séculier et aux seigneurs de haut parage des députés de toute la noblesse; 2' de créer un quatrième ordre ou une seconde chambre du tiers composée des délégués des petites villes et du plat pays; 3° d'ouvrir la première chambre du tiers, formée des députés des chefs-villes, à ceux qui paieraient un cens de cent cinquante florins. Enfin, il voulait confier le pouvoir exécutif à un Conseil o'Élnt de cinq membres.

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dont quatre choisis par chaque ordre, et le cinquième, par le Conseil de Brabant.

Les adversaires de Voiick accueillirent les Considéralions impariiales par des cris de fureur. L'abbé de Tongerloo répondit que les abbés représentaient le clergé tout entier ainsi que le plat pays. Vander îsoot et Van Eupen nommèrent Vonck un « inventeur d'odieuses nouveautés ». L'abbé deFeller s'écria qu'il aimait mieux rappeler les Autrichiens que de vivre sous le règne de le cohue nationale française.

Pourtant, Vonck avait encore des partisans dans Bruxelles, et sur les six compagnies de la garde bourgeoise, quatre étaient favorables à ses idées. Les statistes ordonnèrent aux six compagnies de jurer fidélité aux Etats comme souverains. "\S"alckiers qui commandait une des compagnies, déclara qu'il ne prêterait serment qu'à la nation. Vander Noot eut peur, et les volontaires prêtèrent serment au peuple '.

Les statistes reprirent bientôt l'avantage. Ils excitèrent la populace de Bruxelles contre les démocrates qu'ils traitaient de disciples de Voltaire et d'agents de l'Autriche. Le 14 mars, Vonck, sortant de l'église de Finistère, fut entouré par la foule qui menaça de le pendre. Il osa, le lendemain, présenter une adresse aux Étals de Brabant ; il leur proposait d'adopter son plan de constitution ou de « former eux-mêmes un plan quelconque »; la nation, disait-il, doit être légalement consultée, légalement entendue. Cette adresse mit le comble à l'exaspération des statistes. Une proclamation affichée à la porte des églises invita les vrais patriotes à se réunir le 16 mars sur la Grande-Place, pour défendre

* Van de Spiegel, ?

la religion, la constitutiou et la liberté contre les intrigants du a Club patriotique ». On attacha pendant la nuit sur les maisons des vandernootistes Timage de la Vierge et sur celles des vonckistes les inscriptions suivantes : maison à piller, maison à bnUer, tous ses habitants à massacrer. Le 16 mars, la multitude, conduite par des moines, dominicains, récollets, capucins, s'assembla sur la Grande-Place, devant l'Hôtel-de-Ville, sous les yeux des doyens des métiers et des membres des Etats, puis se répandit dans les rues en criant à la charrette, comme on criait à Paris à la lanterne *. Elle mit à sac la maison de Chapel et des Vanschelle. Presque tous les signataires de l'adresse du 13 mars, Vonck, le duc d'Arenberg, le duc d'Ursel, le comte de La Marck, quittèrent Bruxelles. « On dresse des listes de proscription, écrivait La Marck, et on répand de l'argent pour exciter à l'assassinat et au pillage une populace aveugle. « Walckiers restait encore à Bruxelles. Il fit prendre les armes à sa compagnie, et quoi qu'il eût ordre de ne pas tirer, il tira. Mais les États le sommèrent de licencier sa compagnie; il obéit et partit pour la France. « Quelquesuns des principaux novateurs, disait l'abbé de Feller dans son Journal historique, eurent le désagrément de voir leurs maisons pillées. Il y eut quelques personnes tuées. Le peuple fit malheureusement usage de la souveraineté individuelle que lui attribuaient les démocrates, et exprima un peu trop fortement le refus qu'il en faisait V »

Les démocrates, vaincus à Bruxelles, plaçaient leur dernier espoir dans l'armée que Vander Mersch organi-

> Oa attachait les victimes aux brancards d'une charrette renversée. » Borgnet, I, 123-127; Juste, Républ. belge, 109-120; Monit. des 24 et 27 mars 1790.

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sait à Namur. Le général leur était dévoué. Il refusait de siguer l'adresse du Comité ecclésiastique ; il déclarait nettement à Yauder Noot qu'on ne chassait pas un souverain pour se soumettre à soixante tyrans*; il jetait à la face du tribun qui parlait toujours de l'assistance des puissances étrangères, cette sanglante injure : « tu n'es qu'un imposteur qui trompes et trahis la nation ! » Aussi les statistes l'avaient-ils abreuvé de dégoûts. Vander ^'oot lui envoya des ordres ridicules Van Eupen lui commanda de « tenir Luxembourg bloqué dans le lointain ». Les États-Généraux lui donnèrent le grade de feldzeugmestre, un traitement annuel de 15,000 florins et 10,uOO florins pour sa table pendant la durée de la guerre' ; mais ils admirent à leur service avec le titre de lieutenant-général, le Prussien et protestant Schœnfeld, et ce Schœufeld, recommandé par la Hollande et la Prusse, obtint tout ce qu'on refusait à Vander Mersch, une armée de quatre mille hommes qui bloquait la citadelle d'Anvers, des canons, de l'argent.

Enfin, le vainqueur de Turnhout perdit patience ; ses troupes manquaient de tout, se débandaient, fondaient à vue d'oeil ; il donna sa démission. Mais ses officiers l'aimaient et voulaient garder à leur tète celui qu'ils nommaient leur père, le génie libérateur et l'ange tutélaire de la Belgique. Ils s'assemblent le 30 mars, au nombre de plus de cent soixante, à Namur, à l'hôtel d'Harscamp; ils adhèrent à l'adresse du 15 mars; ils rédigent une déclaration au Congrès et aux Etats de toutes les provinc- s ; ils demandent que Vander Mersch reste généralissime de l'armée belge et le duc

1 Dinne, I, 137.

» Diane, II, 133.

d'Ursel, président du département de la guerre, que le comte de La Marck soit nommé commandant en second. que les États réforment les abus. Vander Mersch les approuve et jure ne de pas les quitter. Vonck, Verlooy, Weemaels, d'Aubremez, le duc d'Ursel, le comte de La Marck se rendent à Namur au milieu de l'armée qui les appelle:» Venez, avait écrit le comité des officiers à Yonck, venez encore aider ceux que vous avez rassemblés le premier, et mettre vos jours en sûreté ' ».

C'était une insurrection miliiaire. Les statistes surent la réprimer avec une prompte énergie. Les États- Généraux promirent d'établir une représentation plus étendue du tiers-état « dès que les circonstances le permettraient ». Ils envoyèrent à Namur d'audacieux émissaires, entre autres les deux frères de Vander Noot. Les commandants de troupes eurent ordre de n'obéir qu'au département de la guerre. Vander Mersch dut rendre compte de sa conduite au Congrès. Enfin , Schœnfeld qui venait de prendre la citadelle d'Anvers, marcha sur Namur.

Le 6 avril, Schœnfeld occupait la hauteur de Flawinne* Vander Mersch sortit à sa rencontre avec 2,000 hommes et six pièces de canon. Mais ce brave soldat manquait de caractère. Une fois acclamé par ses troupes, il aurait dû courir hardiment à Bruxelles et disperser le Congrès ; il eut la faiblesse de répondre à l'assemblée que le comité des officiers avait agi sans le consulter. De même, il devait attaquer vigoureusement et sans retard les recrues de Schœnfeld. Il hésita, 11 craignit d'allumer la guerre civile, il consentit à s'aboucher avec les députés du Congrès, et, suivi d'un seul aide de camp, se

« Dinne, III, 21-31 ; Dewez, VU, 8G-88.

rendit au château de Flawinne. Après de longs pourparlers, on fiiiit par convenir verbalement qu'il n'y aurait pas effusion de sang et qu'aucun officier ne serait dégradé, ni arrêté, à moins d'examen et de conviction préalable. Puis les deux armées se mêlèrent et se dirigèrent ensemble vers Namur.

« Général, dit à Vander Mersch un de ses officiers, vous n'avez pas voulu nous trahir ; mais nous sommes trahis, et vous serez la première victime. » La prophétie se vérifia sur le champ. Pendant la conférence de Flawinne, les statistes s'étaient emparés de Namur. Trois cents hommes, conduits par des frères mendiants et par Nicolas Vander Noot, avaient soulevé la populace et entraîné les dragons de Tongerloo. Ils désarmèrent les postes et chassèrent la petite garnison que commandait Rosières. Quelques-uns envahirent Thôtel de Vander Mersch, insultèrent sa femme et maltraitèrent son secrétaire, le chanoine de Broux. Lorsque le général rentra dans la ville, il fut gardé à vue, puis mandé devant le Congrès qui le fit transférer à la citadelle d'Anvers. Ses officiers les plus fidèles furent emprisonnés et les régiments qu'on soupçonnait d'attachement à sa personne, renvoyés de Namur. Vonck et ses amis, décrétés de prise de corps, avaient eu le temps de se réfugier en France*.

Les deux journées du i6 mars et du 6 avril 1790 avaient décidé la victoire des statistes. Vander Noot était désormais le véritable maître du pays. Les uns le surnommaient l'Aristide, les autres — quoiqu'il n'eût, selon le mot d'un pamphlétaire, ni maîtrisé la foudre.

* Diane,!, 293-303 et Discailles, Un chanoine démocrate (de Broux), 1887, p. 10.

ni inventé la poudre — le Franklin de la Belgique. La rue Neuve qu'il habitait recevait le nom de rue Vander Noot. Ou promenait son buste à travers Bruxelles ; on le plaçait, entouré de cierges, dans les estaminets; tout étranger devait s'agenouiller devant l'image sacrée du Père Henri et la baiser.

Mais le vonckisme restait debout dans les Flandres, qui s'indignaient de l'arrestation de leur compatriote Vander Mersch. Gand avait abrogé la Caroline et rétabli son assemblée populaire, la CoUace, supprimée par Charles-Quint. Presque tous les membres de la Collace étaient démocrates et qualifiaient les États de Flandre de « représentants provisionnels ». Vonck, qui s'était empressé de fonder à Lille une société j9ro patria, entreprit de soulever les Flandres, et de marcher s:ir Anvers pour délivrer Vander Mersch. Il fut trahi par un aventurier français, qui s'appelait Robineau et prenait le nom de Beaunoir*. Le 2S mai, 300 vonckistes, conduits par le baron de Haack et accompagnés de Weemaels, Verlooy et Sandelin-, entrèrent à Tournai, battirent la caisse, sonnèrent le tccsiti, offrirent quatorze sols par jour à ceux qui les suivraient pour tirer Vander Mersch de sa prison ; ils durent regagner le territoire français.

Néanmoins, Van Eupen, plus avisé que Vander Noot, jugea bon de négocier avec l'adversaire. Le 31 mai, il avait à Douai une entrevue avec les amis de Vonck, d'Aubremez, Sandelin, Verlooy et Weemaels. On décida que Vonck ferait les premiers pas, et, dès le lendemain,

» Cf. sur ce Robineau, dit Beaunoir, la note v de Bor^net, I, 278- 2SI.

* Sandelia venait de publier un raimoire en faveur de Vander Merscb (Diane, ill, 140-1.d1) et avait été décrété de prise de corps coinme € crinainel de lèse naiion au premier chef » .

34 JEMAPPKS

le chef des démocrates enyoyait à Van Eupen une lettre louchante qui ne parlait que de réconciliation, d'union, de concorde, du « sacrifice de tout ressentiment ». Mais, sur la dénonciation de Beaunoir, le parti statiste avait accusé les démocrates des crimes les plus horribles. Ils devaient, disait-on, massacrer, au milieu d'une procession solennelle, l'archevêque de Matines, Vander Noot, Van Eupen et les membres du Congrès. Le tocsin sonna. Moines et capucins coururent le pays et appelèrent les habitants aux armes. 20,000 paysans, armés de bâtons et de faux, arrivèrent à Bruxelles, se rangèrent en bataille sur la Grande-Place, levant le bras droit et montrant leur cœur aux membres des États. Ils portaient une bannière ornée du portrait de Vander Noot. Leurs curés les précédaient à cheval, Tépée au poing, et l'un d'eux s'étant présenté avec une bonne grosse fille qui trottait à ses côtés, Vander Noot s'avança vers la rustique amazone et s'écria, bouffissant ses joues et comme dans une espèce de transport : « Ma Jicdith ! » Les mêmes scènes se produisirent à Gand, où des troupes innombrables de villageois venaient rendre hommage aux seigneurs Éiats de Flandre et les acclamer comme les vrais représentants du comté. Mais Bruxelles ne se contenta pas de ces « patriotiques dévotions ». Tous les signataires de l'adresse du 15 mars furent arrêtés. Le Brabant compta 2,000 proscrits. Les moines, le pistolet ou le sabre en main, dirigeaient la chasse aux démocrates. a Tuer un vonckiste, disait un capucin en chaire, c'est faire une œuvre agréable à Dieu », et l'énergumène Feller criait qu'il ne fallait plus de forrdes : « Les formes sont respectables quand elles assurent la vie du citoyen; mais quand elles compromettent la vie de tous, qu'elles encouragent la scélératesse et la félonie, qu'elles rassu-

rent les meurtriers et les brigands, elles sont détestables; sahcs popull sîiprema lex eslo. » La terreur régua daus Bruxelles; « la ville, écrivait un agent français, est livrée à l'inquisition, toutes les missives sont décachetées, les imprimés iulerceplés. » La lettre de Vonck arrivait donc en pleine réaction. Elle fut rejetée, et les journaux la publièrent avec de haineux commentaires '.

VIIL L'Autriche profita des fautes du parti stalisLe. Joseph II était mort le 20 février : « Votre pays m'a tué, disait-il au prince de Ligne, Gand pris a été mon agonie, et Bruxelles abandonné, ma mort. Quelle avanie pour moi ! J'en meurs. » Son frère et successeur, Léopold II, le Florentin, était un politique adroit et subtil. Il offrit aux Belges une amnistie entière et la confirmation de la Joyeuse Entrée et de tous les privilèges du pays.

Les statistes ne discutèrent même pas les propositions de Léopold. Mais bientôt sa diplomatie leur ôtait tout espoir d'intervention étrangère. Un Congrès s'ouvrait le 47 juin à Reichenbach ; l'Angleterre, la Hollande, la Prusse donnaient acte à Léopold des promesses qu'il faisait à ses sujets belgiques : amnistie générale et quelques concessions s'ils rentraient de bon gré sous sa domination; mais, si les dispositions favorables de Sa Majesté Apostolique demeuraient sans effet, elle pourrait employer la force et « se bornerait uniquement à conserver la constitution des provinces respectives ».

La convention de Reichenbach portait un coup mortel à la Révolution belge *. Les statistes ne comptaient plus

» Borgnet, I, 143-toO; Juste, R^'pM. helge, 167-176; Monit. du 4 juillet 1790; mémoire de Damouriez [A. N. ou Archives nationales,

» Vdu de Spiegel, 39.

que sur eux-mêmes. « Que devenir? écrivait-on de Bruxelles au Moniteur. Notre heure est arrivée. * Le Congrès résolut de lutter encore. « Défendons les autels de Dieu, disait-il, et Dieu protégera notre foyer. » Il s'adjoignit des députés extraordinaires tirés des assemblées provinciales ; de là son nom de Congrès renforcé. Une souscription , ouverte entre ses soixante- treize membres, produisit 300,000 florins. Les volontaires des villes et des villages furent requis de se rendre le 4 septembre, qui à Louvain et à Tirlemont, qui à Gembloux, qui à Fleurus , qui à Bonesse. Pendant la campagne qui ne durerait que trois semaines, ils recevraient tous, sans distinclion de grades, le pain et une solde de huit sous par jour. Ils n'avaient pas d'uniforme et ne devaient se munir que d'une bonne paire de souliers à clous et d"une chemise. On les répartit en compagnies de \ -ih hommes ; deux compagnies formèrent une division, et deux divisions, un bataillon; chaque compagnie était accompagnée d'un curé ou vicaire qui servait d"aumôuier \

Les prédicalions, les prières publiques, les processions échauffèrent le patriotisme belge. Tous les matins, à Bruxelles, des moines parcouraient les rues en chantant des cantiques. Vander Noot était le Saint Bernard de cette croisade de septembre*', il prenait le titre de général des volontaires et, en beau costume, de même que « Gédéon, marchant contre les Madianites », il allait demander la victoire à la Vierge miraculeuse de Hal. « Il a paru plus grand au pied des autels, disait le VroA Brabançon^ qu'il ne le sera dans l'entrée triomphale qu'on

1 Moii. du 2 septembre 1790.

« Mon. du 18 septembre 1790.

lui décernera à son retour »*. Plus de 20,000 volontaires répondirent à l'appel du Congrès ; ils furent exercés aux manœuvres durant quinze jours, puis envoyés à Tarmée.

Cette armée comprenait alors onze régiments d'infanterie, neuf régiments de cavalerie, un régiment d'unilierie. Ces vingt et un régiments avaient reçu des numéros d'ordre, mais ils portaient encore les noms de leurs provinces : Hainaut, Namur, Bruges, Anvers, Weslflandre. Le régiment des dragons de Tongerloo avait pour colonel le fougueux abbé de Tongerloo, Godefroy Ilermans, qui s'était fait nommer aumônier général de l'armée, bénissait tous les drapeaux et souscrivait à l'emprunt du Congrès pour une somme de 100,000 florins. L'infanterie légère se composait des chasseurs de Tongerloo, de Lorangeois, de Marne ff'e, de la Légmi britannique, des volontaires de Power, de la compagnie des Canaris. La légion britannique, commandée par le colonel Bath, comptait, outre quelques Anglais, des Belges vêtus de l'babit rouge. Les Canaris ou, comme on les nommait à cause de leur réelle vaillance, les braves Canaris, portaient un uniforme de drap jaune et avaient pour capitaine un futur général de l'Empire, Dumonceau. L'Anglais Kœhler, aide-de-camp d'Elliot au siège de Gibraltar, « jeune homme très ardent, bon canonnier, mais purement soldat ' » avait organisé le corps de l'artillerie, qui se composait de 600 hommes.

Schœnfeld commandait en chef. De même que Vander Mersch, il avait tenté d'envuhir le Luxembourg. De même que Vander Mersch, il avait vu ses troupes indis-

» Everaert et Bouchery, Hist. de la ville de Eal^ 1879, p. 307 ; Dewez, VII, 120-121.

« Mémoire de Dumouriez (A. N. F^ 4598).

JKMAPl'LS. **

cipliaées s'enfuir devant les vieux bataillons autrichiens. Battu le 23 mai à Assesses, il recula sur Andoy. Mais, lorsqu'il eût rassemblé 20,000 hommes dans ce camp d'Andoy, que le journal de Feiler nommait le camp des saints, il reprit l'offensive. Vander Noot conseillait d'attaquer les Autrichiens avant l'arrivée de leurs renforts. Le 22 septembre, deux colonnes se formèrent pour tourner l'ennemi, Tune par la droite, l'autre par la gauche. La colonne de gauche, aux ordres de Schœnfeld, se dirigeait sur Marche ; celle de droite, qui se portait sur Rochefort, avait à sa tête Kœhler, nommé général-major par le Congrès. Kœhler emporta la forte position d'Anseremme et marcha sur Falmagne. Mais l'explosion d'un caisson de poudre jeta la panique dans ses troupes. Il fallut se replier de toutes parts sur Andoy et licencier aussitôt cette fameuse levée de paysans, que les curés « comme autrefois les missionnaires du Paraguay, devaient conduire à la victoire plutôt qu'au combat » *.

IX. L'affaire de Falmagne décida du sort de la Belgique. Mais vainement les ministres d'Angleterre, de Hollande et de Prusse, lord Auckland, le grand pensionnaire Van de Spiegel et le comte Keller, réunis à la Haye, engagèrent le Congrès, par Vinsinuation verbale du 17 septembre, à négocier un armistice pour arrêter les progrès des Impériaux. Le Congrès, de nouveau renforcé par des députés extraordinaires, fit une réponse dilatoire. Les médiateurs insistèrent : il fallait, disaient-ils sans détour le 5 octobre, accepter la suspen-

1 Un mois auparavant, le capitaine d'Aspre avait, à la tête des Laudons verts et des volontaires limbourg:eois, repris Hervé et reconquis le Limbourg (G. Cumont, Les vùlontaircs Hmhoui'geois et leur médaille, 1886).

sion d'armes, puis se soumettre volontairement à l'Autriche, qui maintiendrait la constitution ancienne et légale des provinces. Pour toute réponse, le Congrès demanda de nouveaux délais. Mais celte fois, la « troisième et dernière », les médiateurs déclarèrent qu'ils laissaient aux Belges vingt et un jours pour accepter les propositions de l'Autriche. Léopold se joignait aux trois puissances : de Francfort, après la cérémonie de son couronnement, il envoyait un suprême manifeste à ses sujets belgiques ; il promettait l'amnistie à ceux qui poseraient les armes avant le 21 novembre, et jurait de rendre aux dix provinces les privilèges dont elles jouissaient sous Marie-Thérèse '.

Quelle résolution allait prendre le Congrès? Vander Noot s'écriait qu'il fallait vaincre ou mourir, et lorsque Schœnfeld et Kœhler lui conseillaient l'armistice, il répliquait que la Belgique saurait lever assez de monde pour chasser les Autrichiens et que, seraient-ils 80,000, elle les exterminerait comme 80,000 mouches. Sur sa proposition, le Congrès appela le peuple aux armes, décréta la levée en masse de tous les citoyens valides, promit vingt florins de rente viagère à quiconque s'engagerait pour quatre ans. Mais, dit un contemporain, les villes et les campagnes restèrent sourdes à la voix de Vander Noot*. L'armée se décourageait. Les colonels donnaient leur démission. Schœnfeld refusait de mener la c barque davantage ». La populace de Bruxelles, plus exaltée que jamais, brûlait le manifeste de Léopold et menaçait de mort quiconque parierait d'accommodement*. Un jour

» Monit. 29 oct., 8, 10, 11 nov. et 1" déc. 1790. > Mémoires de Waller (Juste, R'^pull. belge, 275). * « Les Étals crai^rnenl la fureur de celte multitude qu'ils ont eu l'art d'aveugler, et qu'ils n'ont pas eu l'art de conduire Mon. du

elle se porte aux Madelonnettes, où est enfermé un jeune homme, Yau Krieken, que le capucin Hugues accuse d'impiété. On force la prison^ on entraîne Yau Krieken sur la Grande-Place, on le pend à un réverbère. La corde casse ; on décapite le malheureux, et sa tète, sciée pkuôt que coupée, est plantée au bout d'une pique, promenée par la ville et, jusqu'au lendemain, exposée dans le jardin des capucins ^

Le Congrès éperdu ne savait que faire ni que devenir. Mais le temps pressait ; le jour fixé par les médiateurs approchait ; enfin, dans la nuit du 21 novembre, une heure avant l'expiration du dernier délai, l'assemblée, une troisième fois renforcée, proclama grand-duc héréditaire de la Belgique l'archiduc Charles, troisième fils de Léopold*.

Ce compromis n'arrêta pas le maréchal Bender et la marche de ses 30,000 soldats qui, selon le mot du prince de Ligne, venaient triompher des infidèles de l'Occident, après avoir triomphé des infidèles de l'Orient '. Le 22 novembre, les Impériaux passaient la Meuse. Schœnfeld se retira paisiblement devant eux, évacua Namur, et, sans même défendre la forêt de Soignes ni couvrir Bruxelles, alla camper, le 26 novembre, à Anderlecht. Le Congrès lui demanda sa démission et confia le commandement des troupes à Kœhler. Mais déjà Bender était aux portes de Bruxelles, et c son armée conquérante s'avançait avec sécurité, avec bonté, comme on

29 nov. 1790). • Le Congrès était terrorisé » (Wolf, Marie Christ 1116^ 1863, II, 94).

» Dewez, VU, 122-123 : JUon. du 15 oct. 1790; Feller nomma cet horrible assassinat une irrégularité.

* Mofi. du 30 nov. 1790.

Gachard, Kot. hist. et polit. ^ III, 3S7,

revient chez soi * ». Les soldats de Tarméu paLrioti(|ue désertaient en foule. La populace bruxelloise pillait les magasins. Le Congrès se dispersa. Vander Noot, Van Eupen, l'évêque d'Anvers, l'abbé de Tongerloo, Feiler prirent le chemin de la Hollande. « Les Belges, avait dit La Marck, sont en délire ; mais ceux qui les dirigent, ne s'exposeront pas ». Seul, Vander Noot se montrait encore dans les derniers jours, et faisait têle à l'orage. Mais, une nuit, on mit une potence et une roue a la porte de M'^° de Bellem avec celle inscription pour tous et pour elle, et, lorsqu'il partit, les capons du rivage déchirèrent son portrait et brisèrent ses médailles. « Je suis, disait-il, abandonné par la coquette de fortune. et n'ai plus que des quenouilles au lieu de lauriers*. »

Toute la Belgique se soumit. Les États de Flandre licencièrent les troupes qui restaient au fidèle Kœhler. Vonckistes et joséphistes sortirent des prisons et des couvents où les statistes les avaient enfermés. Le 2 décembre 4790, Léopold régnait sur les Pays-Bas autrichiens, et huit jours plus tard, le traité de La Haye mettait fin à la médiation des alliés.

X. La révolution liégeoise expirait presque en môme temps que la république belge ». Elle datait du mois d'août 1789- Le prince-évèque Hoensbroech refusait au bourgeois Levez la permission d'établir à Spa une maison de jeu. Levoz invoqua les coutumes qui défendaient

* Mon, des 3 et 7 déc. 1790. Cf. sur Bender dont les émigrés firent un • colosse », De Pradt, p. 52-53.

* Mon. des 3, 5 et 12 déc. 1790; Bacourt, Corresp. entre Mirabeau et La Marck, II, 349 ; Vander Noot à Dumouriez, 26 nov. 1792 (A. N. F7 4598).

3 Hénaux, Hist. du pays de Liège, II, 552-657.

au prJnce-évêque de porter uu édit sans le coDcours des États, et « l'intérêt qu'on prit à cette cause, s'étendit à tout le paj^s * ». Une querelle particulière se transformait en un débat politique. Jacques Fabry, Bassenge, Donceel, Re^^nier, Henkart, Defrance fondèrent la Société patriotique et défendirent les franchises publiques dans des brochures. « La souveraineté, disait Bassenge, réside dans la nation entière, et le prince est, non pas le maître, mais le premier commis de la nation, non pas l'interprète, mais l'organe de la souveraineté. t> Peu à peu la lutte entre les partisans de l'évèque et les patriotes s'envenima. Le M août, Bassenge demandait l'annulation du règlement de 1684 : « Que notre fantôme de tiersétat fasse place à une représentation nationale ! » Le lendemain matin, les bourgeois entraient à Thôlel de ville et, joyeusement, sans lutte aucune, pendant que les femmes, aux fenêtres, applaudissaient ou agitaient leurs mouchoirs, ils acclamaient de nouveaux conseillers et nommaient Fabry et Chestret chefs du magistrat. Puis, dans l'après-midi, ils allaient chercher Hoensbroech à son château de Seraing et le menaient à l'hôtel de ville. Le prince-évêque ratifia par sa signature l'élection de l'administration nouvelle. Mais dans la nuit du 26 août il s'enfuyait à Trêves. Il se plaignit à la Cham^bre impériale de Wetzlar qui enjoignit aux directeurs du Cercle de Wesphalie dont Liège dépendait, de rendre au prince-évêque son autorité. Le roi de Prusse était en même temps duc de Clèves et directeur du Cercle de Weslphalie. Il offrit sa médiation que Liège accepta, et 6,000 Prussiens et Palatins vinrent occuper le territoire,

1 Dohm, Exposé de la révolutwi de Liège en 1789, traduit par Reynier, l'90, p. lo.

Llib TAYS-HAS AU 1 RICIIIENS 43

pour 0 maintenir le calme i^. Mais, malgré les instances du roi de Prusse, Iloen^broech exigea l'exécution plénière et littérale du décret de Wetzlar : toutes choses devaient être remises telles qu'elles étaient avant le 18 août 17S9. Les troupes d'occupation se retirèrent et le roi de Prusse demeura neutre. Une armée dite d'exécution, formée de Palatins, de Munstériens, de Mayençais, de Trévirois, passa la Meuse. Liège se défendit avec vigueur; ses volontaires, commandés par Donceel, Chestret, Fabry, Fyon, Ransonnet, battirent les envahisseurs*. Mais la Chambre impériale requit Léopold de prêter main-forte à l'armée d'exécution. 8,000 Autrichiens s'emparèrent de Liège le 12 janvier 1791 et rétablirent Iloensbroech. Les Liégeois ne firent aucune résistance ; Léopold avait une « puissance prépondérante qui les écraserait infailliblement ' )>.

Le prince-évèque n'usa pas de sa victoire avec mansuétude. 0 II publie des jubilés, disait Merc3% mais il ne publie pas d'amnistie ; les prisons regorgent, et la haine augmente^ ».

Les colères, n'étaient pas moins vives en Belgique. Léopold avait tenu parole. Il révoqua les édiis de Joseph II et organisa le gouvernement comme sous le règne de Marie-Thérèse. Mercy, nommé ministre plénipotentiaire et gouverneur général par intérim, s'appuya sur les vonckistes pour tenir les statistes en échec : il leur permit de fonder à Bruxelles la société des Amis du bien pullic que Walckiers présida, il ob-

* Cf. sur celte campagne les D nhcilrdirjkeiien d'Eickemeyer. 1845, p. 87-Uil et les leUres de G. Leonhart [Briefe von und an Bûrger^ p. p. Siroilimann, IV).

* Mon. du 30 déc. iTOO.

J IJ.r-ntl. \. 2i/2.

tint la soumission de Vander Merscli et fît une ovation à l'ancien général des patriotes, il pria Yonck de rentrer dans sa patrie et de lui donner des conseils. Mais Kaunitz prescrivit un système de bascule, et bientôt tout le monde fut mécontent. Le comte de Metternicli- Winnebourg remplaça Mercy. Lui aussi ne fit qu'irriter statistes et démocrates. La société des A7nis du Hen public qui demandait des réformes et ne recevait que des promesses, cessa de se réunir, "^'alckiers alla s'établir à Paris. Les Etats de Brabant refusèrent les subsides. Les deux partis tournaient leurs regards vers la France *.

1 Voir dans Ernduf, Ilaret, duc de Bassano, 1884, p. 63, le mémoire remarquable de Maret sur cette disposition des esprits en Belgique.

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