‹ Les guerres de la Révolution (volume 2)Chapitre 9 sur 14 · TACHE 1G · texte numérisé non relu

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sur le rapport de Le Gointre, décidait secrètement que Ronsin, le calomniateur et remplaçant de Malus, serait employé dans une autre armée. Les commissaires de la Convention n'avaient-ils pas déclaré que c tous les papiers de Malus attestaient l'ordre, l'activité, un travail aussi assidu qu'heureux et facile ' ? »

V. Tandis que se débattait à sa honte le procès des commissaires - ordonnateurs , Pache poursuivait son œuvre de désorganisation. Il ne cessait d'affirmer son dévouement aux armées ; il voulait être informé chaque semaine de leur situation et de la position des différents corps ; il assurait imperturbablement qu'il s'efforçait de les préserver des rigueurs de la saison ; il annonçait des fournitures de toute sorte, et son comité des achats lui écrivait, en effet, le 22 novembre qu'il avait acheté dans le Brabant 400,000 sacs de froment et de seigle, 40,000 sacs d'avoine, 50 milliers de foin, 30 milliers de paille, c'est-à-dire la subsistance d'une armée de 80,000 hommes pendant neuf mois* !

Mais l'arrestation de Malus avait eu les plus fâcheuses conséquences. « Toute l'armée, écrivait Dumouriez, est découragée, et le service en souffre, parce qu'il n'y a plus ni liaison ni confiance. » Ronsin n'entendait rien à son métier, et, comme disait le général, a était fort étonné de se livrer à des fonctions dont il ne connaissait pas les éléments ». Les commissaires des guerres, d'ailleurs en petit nombre, ne savaient que faire et servaient à contrecœur sous les ordres de Ronsin. Les régisseurs dont la

i Mon.^ 30 janv. 1793; Comité de la guerre, 26 janv.; l" rapport, 34-35.

* Corresp., 02-03, 118; cf. la déclaration de Pache devant le Comité de la guerre, 28 nov. 1792.

trésorerie avait saisi les caisses, ne pouvaient payer leurs employés. Boyé était destitué. Sinions cessait ses livraisons. Les agents du comité des achats, Pick et Mosselman, déclaraient à Dumouriez qu'ils n'avaient encore que des grains et que le comité ne devait fournir des farines qu'au ^e»" janvier 1793. Pendant les six dernières semaines de l'année 1792 l'armée allait donc mourir de faim ! « Tous les efTets de la désorganisation, rapporte Camus, avaient éclaté * ».

Dumouriez, hors de lui, somma Ronsin de conclure un marché dans les quarante-huit heures. Ronsin était éperdu; il avait défense expresse de faire des emprunts et de passer des marchés. Mais lui-même reconnaissait qu'il n'y avait plus de pain que pour trois jours, que les fourrages manquaient entièrement, que la caisse du payeur était vide, que l'armée ne pouvait se porter en avant. Il consentit à faire un emprunt de 174 ,.000 livres sur les neuf chapitres de la ville de Liège et, avec l'autorisation des commissaires de la Convention, il maintint le marché conclu par Malus avec Simons. C'est le marché, écrivait Dumouriez à Pache, « sur lequel nous vivons ; sans ce marché du 8 novembre et les emprunts, je n'aurais ni farines, ni fourrages, ni numéraire * ».

Le 10 décembre, un nouvel agent du Directoire des achats, Lipmann Cerfberr, se présentait à Dumouriez.

i Corresp., 97, 157, 174, 182-185, 224 ; Dumouriez, Mon., lll, 210; !«' rapport, 35.

» Corresp., 97, 185, 248 ; Correspondance de Sonsifi., co^irnissaiieordonnateur en chef, 1793, p. 5-6, 9-14, 16-17; 1" rapport, 20 : . Simons seul fournissait l'armée à la fin de décembre et dans tout le cours du mois de janvier » ; Mémoire sur la situation des magasins, par Le Payen, 20 déc. 1792 (A. N. F' 4598) : i Les armées n'ont été jusqu'ici fournies que par les farines de Simons » ; Rec. Auîard, I,

Le général refusa d'entrer en rapport avec cet a échappé d'Israël ». Il ne reconnaissait pas le comité des achats et ne voulait pas « livrer la Belgique à la cupidité des Juifs », se faire le complice de « la faction financière et juive soutenue par les bureaux ». Comme Pick et Mosselman, Cerfberr venait simplement préparer le service du mois de janvier. Ronsin se jeta dans ses bras * et lui exposa la situation navrante de l'armée. « Tout manque, écrivait Cerfberr au Directoire, rien n'est approvisionné, l'armée dépérit». Il fît quelques marchés; mais en ne put jamais en obtenir l'état yositif. Il soupçonnait tout le monde, répondait sans cesse qu'il ne pouvait faire mieux, chicanait sur les pr.x : « homme inepte, assurent les commissaires, ou qui afifectait de l'être, o D'ailleurs, il dut destiner au mois de décembre les fonds du mois de janvier; il dut payer l'arriéré de l'ancienne administration, a précaution indispensable, dit-il luimême, tant la confiance était perdue et le discrédit extrême ». Dès le 26 décembre, il n'avait plus d'argent, et les fonds qu'il demandait n'arrivaient pas. Il était seul, sans aide, sans auxiliaire, et, selon le mot de Valence, ne pouvait rien, n'annonçait rien. Pick et Mosselman dont il implorait l'assistance, demeuraient sourds à ses appels. Le Directoire lui envoya le citoyen Sallambier. Mais les deux hommes se querellèrent. Sallambier demandait des renseignements à tout le monde et conférait longuement avec Boyé ; il reprochait à Cerfberr ses méfiances, sa a malheureuse tête », ses « fausses assertions T>, ses marchandages. Cerfberr l'accusait de prendre le ton du commandement et de vouloir faire la loi. Finalement Sallambier se retira. « Nous ne sommes pas en-

» Corresp., 248.

core sûrs, disait Thouvenot, de ne pas mourir de faim », et de Bruxelles un Français mandait au Moniteur : « J'ai bien peur que le comité des achats ne nous oublie encore ' ».

YI. On comprend dès lors que Dumouriez n'ait pas poussé jusqu'à Cologne, et, comme juge Dejean, que a le dénùment absolu » de l'armée l'ait forcé de terminer la campagne. « Le ministre, marquait le général à Miranda, me tient dans V engourdissement et me met dans une telle détresse que je ne peux marcher en avant '. »

Les lettres et le rapport des commissaires de la Convention exposent, aussi bien que la correspondance de Dumouriez, les misères de l'armée. Camus et Gossuin arrivèrent à Liège le 3 décembre. Ils ne trouvèrent dans la caisse militaire que 65,000 livres en assignats et 10,400 livres en numéraire. « N'est-il pas affreux, observaient-ils à l'assemblée, que l'officier et quelques volontaires aisés doivent vider leur bourse pour en garnir la caisse? »

lis virent à l'hôpital des malades couchés sur le carreau ou sur la paille, sans matelas, sans couvertures,. sans autre traversin que des fagots. Les administrateurs n'avaient pas reçu les fonds nécessaires à la dé-

1 Corresp., 248; l*"" rapport, 20-23 et 44 ; Observations pour le c»toi/en Lipmann Cerfberr^ 7 février (A. G.) ; Mém. de Sallambier et lettre à Cerfberr, 28 déc. 1792; Valence à Camus, 1»' janvier 179;i (A. N. D.. II, 4-o] ; Thouvenot à Dumouriez, 25 déc. 1792 (A. N. F^ 4o9S] ; Gossuin à Ducos, 1" janvier 1793 (A. N. D XL, 28) : « Les fourrages manquent ; je ne conçois rien à la conduite du Comité des achats. >

* Mémoire de Dejean, le futur général (Ruremonde, 10 février 1792, A. G.) ; lettre de Limbourg, l" janvier 1793 [Mon. du 15 : « Les gens de Tart disent que l'armée était dans un dénùment qui ne luj permettait pas de pousser plus loin »} ; Rojas, Miranda, 19 et 21.

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pense d'octobre et de novembre. Les officiers de santé annoncés par le ministre n'étaient pas encore à leur poste ; les autres que le premier médecin de l'armée, Menuret, avait trouvés sous sa main, attendaient leur salaire, a Je vois, disait le régisseur général des hôpitaux Lafleurye, et je dénonce avec désespoir l'état de pénurie auquel on abandonne mon service depuis deux mois et demi * ».

Les commissaires parcoururent le camp et furent, selon le mot de Camus, à la fois afïligés et indignés. Ils virent des hommes qui n'avaient pour vêtement que des guenilles, qu'un « tissu de pièces rassemblées », qu'un « assemblage informe de morceaux déchirés ». Le soldat, écrivaient-ils, « pourrit sous la tente, soufTre, se dégoûte du service et murmure; il est impossible que son corps résiste au froid et aux frimas que la saison amène >. Ils ordonnèrent de faire aussitôt des culottes ou des capotes avec le drap qui se trouvait dans les magasins. Huguenin promit d'exécuter leur ordre ; mais le 31 décembre rien n'était encore distribué et les soldats ne pouvaient quitter l'hôpital après leur guérison parce qu'ils n'avaient pas de culottes. « Il n'est pas possible, assurait Rtiault, de diriger plus mal un service, et Thabillement de toute l'armée, depuis la tète aux pieds, est dans le plus grand délabrement *. »

La viande était exactement fournie ; c'est le seul service, mandait Gossuin, qui s'exécute loyalement et à temps ^ Le pain manquait rarement. Mais les fourrages

1 1" rapport, lo et 26-29; Rec. Aulard, I, 303 et 33S ; lettre de Gossuin, 5 déc. 1792 (A. N. A. F II, 281); leltre de Lafleurye, 16 déc. (A. N. D. II, 3).

• !«' rapport, 25 ; lettres de Gossuin et de Camus, 5 déc. 1792 ; de Ruault, 20 déc. (A. N. D II, 2 et AA 52).

3 Gossuiu u Camus, lU déc. 1792 (D II, 4-5j.

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faisaient défaut. Les Autrichiens avaient tout pris, tout dévasté. Ou était loin des magasins dapprovisionnement, et quarante lieues séparent Liège de Valenciennes. « La plus grande difficulté, rapportent les commissaires, ■a été relative aux fourrages, et il y a eu disette réelle ». Ce fut l'absolue nécessité d'établir un magasin de fourrages qui détermina Ronsin à conclure avec Simons un nouveau marché, et Simons promit de transporter à Liège, dans le plus court délai, avoine, foin, pailles, tout ■ce qu'il aurait à sa disposition. On fit aussi des réquisitions aux municipalités en s'engageant à payer leurs fournitures au prix coûtant. Mais on était réduit aux expédients. Simons n'avait pas assez de voitures pour amener les foins de Louvain à Liège. Les communes refusèrent de déférer aux nouvelles réquisitions de Ronsin parce qu'il n'avait pas acquitté le montant des premières. Il y eut des jours où les fourrages manquèrent entièrement. On ne put jamais réunir un approvisionnement de 300,000 rations exigé par Dumouriez. Ni les commissaires, ni Ronsin, ni Gerfberr ne trouvèrent de fourrages dans les magasins ou à la suite de l'armée. Le 7 décembre d'Hangest déclarait que les chevaux de l'artillerie avaient été la veille sans foin et sans avoine, et que trois des meilleurs étaient morts dans la nuit. Deux jours après, il renouvelait ses plaintes : « Les chevaux se trouvent dans un tel dénûment de forces qu'on ne peut les relever de la boue dans laquelle ils languissent ^t meurent ; les moins abattus mangent la terre ; s'ils ne sont pas très promptement remis à la nourriture ordinaire, il sera impossible de lever le parc (d'artillerie), et les canons et les munitions resteront où ils sont '. »

* 1" rapport, 21-23 et 40 ; Corresp. de Ronsin, 6 ; Observ. de Gerfberr, 3-5 ; Rec. Aulard, I, 307; lettres de Camus, 5, 7 et 8 déc. 1792

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Pache, vaincu par les clameurs qui s'élevaient contre lui, ordonna à l'ancienne administration des subsistances militaires de prendre dans les magasins des places du Nord et du Pas-de-Calais de la paille et de l'avoine pour six semaines et du foin pour deux mois '. Mais la mesure était tardive et désastreuse. La livre de foin que Pacbe envoyait de Valencienues à Liège, revenait à 5 ou 6 sous; achetée à Liège, au temps même de la plus grande cherté, lorsque la disette mettait les commissaires des guerres à la discrétion des marchands, elle ne coûtait qu3 1b à 18 deniers. Encore, le défaut de voitures et des événements imprévus, les boues, les pluies, la crue des rivières, retardèrent-ils le transport de fourrages ordonné par le ministre '.

c. Quelle spéculation meurtrière, s'écrient les commissaires, de défendre d'user pendant deux mois des denrées du pays ! » Malus avait trouvé en Belgique une étoffe solide et chaude pour les capotes qui auraient coûté chacune de 2'5 à 30 francs ; Pache envoyait des capotes d'un drap mince qui revenaient entre 50 et 60 francs et ne duraient pas deux mois. Il promettait 130,000 paires de bas de laine ; mais, lui disait Dumouriez, « l'armée est donc entrée dans une colonie déserte ? Il n'y a donc ici ni cordonniers, ni tisserands, ni métiers à faire les bas ! N'avez-vous pas dans ce pays le meilleur marché ? Et quand les prix seraient plus élevés, n'est-il pas d'une bonne politique d'attacher les capitalistes

(A. N. D II, 4-5) ; D'Hangest à Dumouriez, 7 et 9 déc. {id., D. II, 2) et 10 déc. (A A 52).

i Pour 20,000 chevaux, I" rapport, 20-22 et lettres de Pache, 6 et 9 déc. 1792 (A. N. D II, 2).

* 1" rapport, 43 et Notes et mémoires de Boyé pour Camus (A. N. DU, 2).

belges au succès de la Révolution française ? » Le général faisait faire à Liège d'excellents souliers pour 3 livres 4 5 sols la paire ; Pache envoj^ait des chaussures détestables qui coûtaient 7 à 8 francs et qu'il fallut réformer; le dessus, disaient les commissaires, est d'un cuir qui se déchire comme du papier*.

Toutes les fournitures offraient les mêmes abus. Le ministre, témoigne Camus, « a été fréquemment trompé, soit que tant de détails excèdent les facultés d'un seul homme, soit que ses agents manquent de connaissances T>. Et les fournisseurs demeuraient impunis: ils ne marquaient même pas d'une empreinte reconnaissable les effets qu'ils livraient. Il y eut pis encore: Hassenfratz commanda de transporter de Saint-Denis à Liège des piquets pour attacher les chevaux. On aurait trouvé des piquets dans la forêt des Ardennes; le premier bûcheron venu les aurait façonnés et le moindre ouvrier, munis d'un anneau. Hassenfratz déclara qu'il ne fallait rien perdre, et, au lieu de brûler les piquets dans les poêles du ministère, il leur fit faire le voyage de Liège et dépensa 10 sols pour un morceau de bois qui n'en valait pas trois '.

Camus, convaincu que « le système d'approvisionnement et d'équipement exposait l'armée à périr », se rendit à Paris et obtint de la Convention, dans la séance du 13 décembre, plusieurs décrets: les achats seraient faits sur les lieux mêmes où étaient les armées; les

» 1" rapport, 25 ; Corresjp., 206-207 ; Rec. Aulard, I, 318-319; les souliers, disaient encore les commissaires, t sont de mauvais cuir, mai préparé, et souvent ce n'est que du vieux ». 20,000 paires expédiées de Douai et de Bruxelles étaient hors d'état de servir ; on les distribua néanmoins; les soldats les rapportaient tous les jours (lettre du gardemagasin général Vaudoyer, Liège, 4 déc. 1792, A. N. D. II, 2).

- 1" rapport, 48-49.

fournitures seraient marquées d'une empreinte et les objets de mauvaise qualité, laissés à la charge des fournisseurs qui les remplaceraient sur le champ ; les généraux ne passeraient ou n'ordunneraient aucun marché, aucune disposition de fonds, mais sur leur réquisition écrite, dans les cas de besoins urgents, les commissaires-ordonnateurs fourniraient à toutes les demandes, sous condition d'instruire sans délai le ministre de la guerre '.

VIL Enfin, le l'»" janvier 1793 commencèrent les opérations réelles du Directoire des achats. « On allait voir, disait Thouvenot, si ce service était monté et si les préposés se mettraient en évidence ». Mais au bout de deux semaines, Ronsin avouait que les ressources de ce comité « soit en fonds, soit en lumières, paraissaient absolument nulles ». Les commissaires constatèrent que le Directoire n'avait à Liège ni magasins, ni argent, ni employés. Ils se rendirent aux cantonnements de l'avantgarde à Aix-la-Chapelle. L'habillement des troupes était misérable. Les dragons, les hussards avaient le plus triste équipage : « plusieurs manquent de bottes, comme les soldats de l'infanterie manquent de souliers; les brides, les selles sont en mauvais état ». De toutes les troupes, c'étaient celles qui avaient le plus peiné et pati. a Nous sommes dans la pénurie la plus affreuse, notait Tadjudant-général Montjoye à la date du 26 décembre; nos chevaux meurent de faim; plusieurs refusent le service; le pays est épuisé, et les paysans sont obligés de tuer leurs bêtes, faute de pouvoir les nourrir ». Le

* Dumouriez et Malus n'avaient pas fait autre chose, comme le général le remarque [Corresp., 201). Cf. Rec. Aulard, I, 318-319, 322-324.

ier janvier, Frégeville l'aîné annonçait que les magasins d'Aix-la-Chapelle ne contenaient que 384 boisseaux d'avoine, et le vaillant colonel ajoutait qu'il allait donner sa démission; il était convaincu qu' « on voulait absolument désorganiser l'armée ». Valence déclarait qu'il fallait périr ou abandonner les cantonnements : « pas un seul moyen de subsister; l'armée est depuis un mois dans l'incertitude si elle sera approvisionnée pour le lendemain* ».

Pourtant le Directoire des achats avait dépêché à. Aixla-Chapelle un régisseur des vivres et fourrages, Delagreye. Mais, écrivaient les commissaires le 5 janvier, « il ne fournit rien et il n'envoie même pas les fonds qu'il promet ». Delagreye attestait qu'il n'avait pas une botte de foin dans ses magasins, qu'il devait déjà 269,200 livres pour cette denrée, et qu'il craignait de ne pouvoir livrer les approvisionnements en farines et en pain. Les conventionnels durent ordonner aux commissaires des guerres de passer des marchés et d'accepter des soumissions. Deux jours après, les fonds arrivaient; on paya les anciennes fournitures, on assura les nouvelles, mais c l'état dans lequel on se trouvait, n'était pas celui de l'abondance », et le 4 février, Delagreye se plaignait encore de manquer d'argent *.

Les commissaires revinrent d'Aix-la-Chapelle à Lou-

1 Thouvenot et Montjoye à Dumouriez, 25 et 26 déc. 1792 ; Frégeville à Thouvenot, l" jauv. 1793 (A. N. F^ /io98) ; Corresp. de Ronsin, 30; 1" rapport, 24, 25, 40, 45; Rec. Aulard, 461 et 470; La Noue à Ronsin, 26 déc. 1792. « Les subsistances en pain et en fourrages sont prêtes à manquer » ; Valence à Custine et a Pache, 2 et ,11 3 janv. 1793 (A. G.] ; Valence à Camus et procès-verbal de la réu- jr nion des commissaires et des généraux, 1*' et 2 janv. (A. N. D. Il, 3). ^'

* Rec. Aulard, I, 404-405 ; Delagreye à Pache, 4 février 1793 ^A. G.).

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vain, à Malines, à Anvers. Partout, l'armée était tombée ians le même état de langueur et de détresse. Partout les approvisionnements étaient médiocres. Le Directoire se vantait d'avoir à Louvain 1,460 quintaux de foin; Petitjean lui répondit que c'était de quoi nourrir les chevaux de la garnison pendant un jour, et il acheta sur le champ à Simons 50,000 rations de foin qui furent

ivoyées à Liège et suffirent durant une semaine à la avalerie. Partout, les troupes manquaient des vêlements les plus nécessaires ; des volontaires du 3» bataillon du Calvados avaient un simple sarrau de toile réduit en pièces, a La désorganisation augmente, disait Ronsin a Pache le 29 janvier, les ressources de nos ateliers ne peuvent faire cesser les besoins des soldats parce qu'elles ne produisent que des distributions partielles. » Cochelet annonçait de même le 2 février que les chevaux n'avaient pas de litière et périssaient d'inanition, que les habits et les culottes des soldats tombaient en lambeaux, que les malades couchaient sur une poignée de paille fétide, que les souliers, les bottes, les harnais faisaient défaut, que les magasins étaient presque vides '.

Durant tout le mois de janvier 1793 et plus tard encore les généraux ne cessent de se plaindre. Petitjean déployait une grande activité et trouvait des ressources qu'on n'avait pas auparavant. Mais chaque lettre de Thouvenot au général en chef confirmait a la disette et l'impéritie de la fameuse compagnie ». La Noue écrivait que la cavalerie ne pourrait entrer en campagne; Dampierre, que ses soldats étaient dénués de lout et qu'il

» Rec. Aulard, I, 485-486; Petitjean à Miranda, 16 janv. 1793 (A. G.) ; Corresp. de Konsio, 63 (cf. Corresp. de Dumouriez et de Pache, loi, « simples envois partiels ») ; Cochelet au minisire, 2 février 1793 (A. G.), et Rapport, 9-10.

fallait leur « redonner et des habits et des provisions »; Stengel, que les troupes « souvent aux expédients pour •le pain, n'avaient les trois quarts du temps ni foin, ni avoine »; Harville, qu'il ne vivait qu'au jour le jour et que ses magasins ne se formaient pas; Miranda, que dans quinze jours l'armée se débanderait peut-être. a L'administration des vivres, mandait-il à Dumouriez, ne va presque pas, et nous sommes sur le point de la voir arrêtée. Pache s'obstine à croire qu'il y a des maga- -sins quand ils n'existent pas », et il ne cachait pas au ministre que les bureaux l'entravaient'constamment par. « leur négligence ou méchanceté dans le service ». Charles de Fiers affirmait que presque tous les bataillons de son commandement « manquaient de canons, de caissons, de munitions, de cartouches, de bas, de souliers , de culottes et d'instruction ». Gobert raconte dans un mémoire inédit qu'on faisait « une prodigieuse quantité de demandes sur les besoins du soldat ; les états-majors, dit-il, et les conseils d'administration ne s'occupaient qu'à écrire ; on envoyait des réclamations de tout genre... et le soldat continuait toujours à souffrir* ».

Y avait-il, demandait Valence, friponnerie ou ineptie? — Il y a friponnerie, répondirent les commissaires de la Convention dans leur rapport; a tous les moyens d'agiotage étaient dans les mains du Directoire des -achats»; mais, ajoutaient -ils tristement, s'il fallait ■employer des fripons, mieux valait employer ceux qui faisaient vivre l'armée tout en gagnant beaucoup d'ar-

1 A. N, F' 4o98 : Thouvenot (1" janv.), La Noue et Dampierre (17 janv.), Miranda (28 janvier], Harville (3 février] à Dumouriez; A. G. De Fiers aux commissaires [8 févr.], Miranda à Pache (16 etj 28 janv. 1793), Mémoire de Gobert ; Steiujel à Mat-at, p. 3.

PACHE n?

gent que ceux qui la faisaieut périr en gagnant plus encore '.

Paclie lenta de se justifier. Le 1" janvier 1793 il affirmait dans une lettre publique la sévérité de ses principes et assurait qu'une grande nation qui triple soudainement ses forces actives, « peut être un moment dans' l'embarras » ; il disait au comité militaire qu'il n'occupait le ministère que depuis deux mois et qu'il passait les nuits à donner des ordres; il écrivait à Miranda que des querelles d'amour-propre avaient causé tout le mal*. En réalité, il ruina l'armée française et arrêta sa course victorieuse; il cassa les marchés qui la faisaient vivre et la priva de ses commissaires-ordonnateurs ; il lui envoya l'incapable Ronsin'; il réduisit la compagnie des subsistances militaires à la plus funeste inaction^; il établit un Comité d'achats qui ne pourvut nullement à la subsistance des troupes; et, si l'indiscipline, pire encore que la misère, s'empara des soldats, ce fut la faute de Pache; « ils recommencèrent la campagne, dit Gobert, dans un désordre aussi grand qu'ils l'avaient finie, mais il faut plus en accuser le ministre que le général ' ».

1 1" rapport, 46; cf. le mot de Dumouriez (Rojas, Miranda, 21) € scélératesse d'une part et ignorance de l'autre ».

* Journal milit., 1793, VI, p. 31 (Pache à ses concitoyens) ; Comité milit., 3 janv. 1793 (A. N. A. F. II, 22) ; Rojas, Miranda, 24-26 (Pache à Miranda, 7 janv. 1793).

' Chépy lui-même écrivait qu'il ne fallait pas confier l'existence des armées à d-^s poètes ou à des hommes « qui n'avaient de mérite que dans leurs cheveux lisses ». Gobert dit que Ronsin t acheva de mettre le désordre ; sous son administration la bassesse, le pillage et la fraude furent en crédit et les fripons furent honorés ». Pache, rapporte Mallet du Pan (Sayous, II, 531 le « chargea daller brouiller les cartes, intriguer, voler et calomnier ».

♦ Expression des commissaires, l" rapport, 41. '' Mémoire de Gobert (A, G.).

Aussi, dès le 18 décembre, Dumouriez demandait-il an congé. Il l'obtint difficilement. Pache craignait sa présence à Paris et, selon le mot de Marat, ses mémoires fulminants. La querelle entre le ministre et le général était devenue si vive qu'ils n'échangeaient plus que des billets d'un impertinent laconisme. « Le ministre de la guerre, écrivait Pache, a reçu votre lettre ; il aura droit à votre demande ». Dumouriez le paya de même monnaie; il lui mandait la prise de Hervé et ajoutait sèchement : « Il m'est impossible de poursuivre ces succès par la désorganisation que vous avez mise dans mon armée >). Il allégua que sa santé était entièrement perdue, et menaça de donner sa démission. Le congé arriva, et le l^'' janvier 1793 le général était à Paris, ce Personne, lui disait Thouvenot, ne tiendra contre l'évidence des raisons que vous allez donner ». Mais Dumouriez ne venait pas seulement renverser Pache et le Comité des achats ; il venait plaider la cause de la Belgique K

3 31 on., 10 et 16 déc. ; Thouvenot à Dumouriez, 23 déc. 1792 (A. N. F^ 4598) ; Dumouriez, M^tn., III, 300.

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