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III. Mais il avait pris une grande mesure, une mesure

» 60,000 quintaux d'ayoine ; 120,000 de foin; 40,000 de paille (l»»rapport, 21).

> Con-esj) , 78-79, 97-99; 1" rapport des commissaires, 46, « la nécessité justifie les marchés de novembre ; Dumouriez était comptable à la République de la conservation ou de la perte de son armée . ; noies de Lambert (A. N. D.II. 3) « la soumission de Simons peut seule assurer la subsistance de Tarmée »,

a Corresp., 78 et 118 (11 et 12 no v. 1792).

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qu'il croyait géniale et qui lui était inspirée par son zèle révolutionnaire et par la cupidité de son entourage. Le o novembre fut créé le Directoire des achats. Les trois ministres de la guerre, de la marine et de l'intérieur chargeaient un comité d'acheter toutes les subsistances nécessaires à la République, c'est-à-dire aux armées de terre, à la marine et aux villes. Ce comité seul ferait l'acquisition des approvisionnements. Mù par une même volonté et par un même principe, comme disait Pache, il subviendrait sûrement, efficacement à la nourriture des troupes. Il entrerait en fonctions au 1^'' janvier 1793, et il envoyait déjà ses agents dans Test de la France et en Belgique : les deux frères Théodore et Baruch Cerlberr faisaient des achats, l'un sur la rive droite, l'autre sur la rive gauche du Rhin ' ; Simon Pick prendrait les ordres de Dumouriez ; Mosselman, de Bruxelles, et Perlan Garpentier, d'Ostende, achèteraient, l'un sur les marchés d'Alost, de Gand, d'Audenarde, soixante mille rasières de froment , quarante mille rasières de seigle et soixante-douze mille boisseaux d'avoine *. Pour mieux assurer les opérations de son Directoire, Pache ordonna par plusieurs lettres successives aux administrateurs des subsistances militaires' de remettre leurs caisses à la trésorerie nationale, et de ne plus faire aucun achat, de ne plus tirer aucune lettre de change, de ne plus donner aucun récépissé comptable. Il

* Pache aux administ. des subsist. milit., 6 déc. 1792 (A. N. D. II, 2).

» Corresp., 76-77, 214.

* L'administration Doumerc ou des subsistances militaires resta chargée de la distribution et fit, sous le nom de régie de la manutention, le service des charrois et transports [Corresp., 198 et 216); Le Directoire des achats à Delagreye, 31 déc. 1792, et à Guslioe, o avril 1793 lA. N. D. 11,4-5).

défendit, en outre, aux commissaires des guerres d'accepter aucune soumission, de passer aucun marché, de commander aucune livraison, sous quelque motif que ce pût être.

Le Comité des achats se composait de trois membres : Bidermann, Marx Berr et Cousin, nommés, le premier par Pache, le deuxième par Monge et le troisième par Roland, Mais l'honnête Cousin, professeur au Collège de France, ne prit aucune part aux opérations du Directoire et donna bientôt sa démission : dès le 9 décembre, Roland déclarait le Directoire des achats « parfaitement étranger à son administration* ». Bidermann et Marx Berr restèrent seuls. L'un était un banquier genevois, ex-associé de Clavière ; l'autre, Juif de Strasbourg, et fils d'un homme qui s'était rendu fameux pendant la guerre de Sept-Ans par ses friponneries dans les fourrages '.

Ces deux hommes exercèrent un monopole. Pache disait bonnement qu'ils achetaient pour consommer et non pour revendre, qu'ils rendraient compte de clerc a maître, que tout commerce leur était interdit Mais

' A. N. D. II, 4-5, décl, de Cousin, 28 janv. 1793, et lettre de Roland. 9 déc. 1792. Ce jour-là, Roland écrivait à Pache : t Le Directoire des achats s'est abstenu non seulement de tenir ses comités chez moi, mais, il ne m"a donné aucune connaissance de son travail, et Cousin n'en a pas été plus instruit que moi. Or, les uns prétendent que je tire des grains de Pintérieur pour y porter la disette, d'autres que je me fais céder par le Directoire des farines de mauvaise qualité et que je les fais ensuite transporter dans nos ports comme venant de l'étranger, ou que je favorise l'exportation des subsistances pour les faire rentrer ensuite en France et en faire un trafic particulier. Je viens de prescrire à Cousin de ne plus avoir par la suite, ainsi qu'il m'a témoigné lui-même le désirer, aucune sorte de relation avec le Directoire des achats et je regarderai également ce Directoire comme étant parfaitement étranger à mon administration. » * Dumouriez, Mém., 111, 199.

Dumouriez connaissait Bidermann et Marx Berr'. <L Vous livrez la Belgique, écrivait-il à Pache, aux accapareurs et aux avides spéculations d'une compagnie exclusive arrangée par vos bureaux. Comment empêcherez vous qu'un aussi habile négociant que Bidermann ne spécule pas pour son compte, lorsqu'il est sur de la défaite de sa marchandise ? Vous êtes entouré de gens qui ne pensent qu'à leur profit personnel ; ils vous font produire des états faux qui nous représentent dans l'abondance lorsque nous sommes réduits à un état misérable- ».

Telle était aussi l'opinion des commissaires que la Convention envoya dans la Belgique. Bidermann et Marx Berr pouvaient-ils être de simples directeurs, soucieux de l'intérêt de la République, uniquement préoccupés d'acheter les denrées au plus bas prix ? Ces manieurs et ces gagneurs d'argent , doués , comme disait Camus, d'une intelligence peu commune pour les spéculations, accepteraient-ils une si vaste entreprise, assumeraient-ils une si grave responsabilité par pur patriotisme et sans autre bénéfice qu'un salaire limité? Non. Les fournisseurs dont ils présentaient les factures n'étaient que des prête-noms, des hommes de paille. Bidermann et Marx Berr avouèrent le 12 décembre aux Comités qu'ils avaient fait vendre des grains sur les marchés pour obtenir une baisse de prix. Ise pouvaient-ils user du même moyen pour obtenir

» 11 avait refusé de confier à Bidermann les fonds secrets du ministère des affaires étrangères (Masson, Le départ, des af. ^tr. pend, la Jtév.^ 1877, p. 169) et Bidermann ne lui avait point pardonné (J/tnerva, V, 360-361, et Nauroy, Le Curieux, II, 7l).

« Corresp., 152, 180, 206-207, et 2» mémoire au Comité de défense générale.

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la hausse? Pour quelles raisons ces directeurs qui ne devaient commencer leurs fournitures qu'au \^^ janvier , défendaient-ils à l'ancienne administration des subsistances militaires d'acheter quoi que ce fût pendant les mois de novembre et de décembre 1792 ? Pourquoi lui écrivaient-ils eux-mêmes et lui rappelaient-ils avec une singulière insistance les ordres rigoureux du ministre ? Pourquoi se faisaient-ils donner, comme disait Soliva, une mission privilégiée et exclusive? Ils voulaient être maîtres du marché, écarter toute concurrence, augmenter leurs profits. Dès le ^0 novembre, Perlan, d'Ostende, raflait argent comptant tous les blés des Flandres, et, en deux jours, le prix de la rasière de froment augmentait de deux florins. Le Directoire tenta même d'exporter en France trois cent mille sacs de grain pour les renvoyer en Belgique sous forme de farines, et l'administration dOstende ayant empêché l'embarquement, Pache pria naïvement Dumouriez d'user de son crédit pour lever l'embargo. « Des agents cachés de la Compagnie, écrivait le loyal Thouvenot à la fin de décembre, accaparent depuis longtemps les grains et les fourrages du pays où est l'armée ; ils la laisseront manquer ; l'urgence sera constatée, et les mêmes agents reparaîtront avec les subsistances qu'ils ont achetées précédemment et les revendront fort cher '. »

IV. Dumouriez prit un parti décisif. Il déclara qu'il voulait être maître des subsistances, comme des mouvements de l'armée, et passer seul, par le ministère de Malus, tous les marchés nécessaires à l'approvisionne-

1 1" rapport, 44; Corrcsj)., 182 et 208-209; Dumouriez, M^m., IIi, 212-213 ; note du même et 2« mémoire au Comité; lettres de Soliva, 24 déc, et de Thouvenot, 27 déc. 1792 (A. N. F^ 4598).

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ment de l'armée de Belgique, tous les traités qui lui paraîtraient le plus avantageux pour assurer le service du numéraire indispensable à la solde et aux dépenses de l'armée. Il sommait Pache de ratifier le marché conclu par Malus avec Simons; les agents du Comité des achats devaient cesser toute acquisition de grains et de fourrages, et la trésorerie nationale, tout versement de numéraire dans les caisses militaires. Ne fallait-il pas intéresser les Belges à la Révolution et leur donner des fournitures de tout genre ? Des hommes du pays, actifs, intelligents, pleins de crédit, des patriotes brabançons, n'étaient-ils pas les seuls qui pussent acheter avec avantage les fourrages et les grains? Ne serait-ce pas faciliter et assurer tous les services sans nulle crainte de retard et d'obstacle, les réunir en un même cenîre d'administration? Ne pouvait-on ainsi employer le numéraire du Brabant, au lieu d'exporter le numéraire de France, de l'épuiser et d'en hausser le prix? On lui objecterait peut-être qu'il ne devait pas intervenir dans l'administration de l'armée. Mais un général, disait-il avec raison, doit connaître toutes les ressources du territoire qu'il occupe et des pays qu'il a devant et derrière lui ; il doit indiquer lui-même les marchés et les endroits de la contrée qu'il faut ménager ou manger, disposer à son gré de l'emplacement, du transport^ du versement des fournitures; « je regarde, écrivait-il, la partie des subsistances comme aussi essentielle à un général, que la partie militaire ». N'était-ce pas à lui de tout diriger, puisqu'il tenait le fil politique de la Belgique ? c Je ne me suis jamais mêlé du matériel des marchés, ajoutait-il, et quiconque a la bassesse de m'en soupçonner, est un fripon ou un sot '. »

» Corresj)., 101-102, 209-210, 2o0; 2» mémoire au Comité.

Pache envoya la lettre de Dumouriez à la Convention. Il eut gain de cause. Le grand contrôleur des finances de la République, Cambon, se fit l'avocat du ministre de la guerre. Lui aussi s'imaginait que Dumouriez était un fripon, entouré de fripons. Lui aussi ne voyait dans tout régisseur qu'un aristocrate et dans tout entrepreneur qu'un coquin. Il accusait de brigandages épouvantables les fournisseurs et intendants de l'armée ; il les traitait d'intrigants, de saiigsues, et, pour faire un exemple et détruire cette « classe perverse », cette a race dévorante » qui ruinait la République, il avait traduit à la barre le commissaire-ordonnateur de l'armée du Midi. Vincent, et annulé les marchés que Vincent avait conclus avec le juif Benjamin Jacob, munitionnaire de la viande ^

Cambon déclara donc, dans la séance du 22 novembre, que le commissaire-ordonnateur de l'armée de Belgique, Malus, le commissaire-ordonnateur de l'armée du Nord, Petitjean, et l'entrepreneur des charrois, Espagnac, ne méritaient aucune confiance. Malus, prétendait-il, avait passé un marché pour des mulets qui devaient rapporter chacun deux mille quatre cents livres par année au fournisseur. Petitjean avait volé trente-cinq mille livres à la nation, Espagnac était un spéculateur qui jouait à la hausse et à la baisse et aspirait au poste d'ordonnateurgénéral des finances. Dumouriez, conclut Cambon, ne doit pas manier les deniers publics ; a plus un général a de succès et de prépondérance dans l'opinion, plus il doit être assujetti à des règles strictes » ; que l'assemblée passe à l'ordre du jour; que le ministre de la guerre

» Disc, du 1" nov. l'92 [Mon. du 3); Vincent et Jacob Benjamin, ainsi que le commissaire des guerres Delaunav, furent d'ailleurs déchargés d'accusation [Mon., 20 février 1793).

continue à surveiller les commissaires-ordonnateurs, et la trésorerie, l'emploi du numéraire.

La proposition de Gambon fut adoptée. Un orage s'éleva contre d'Espagnac, Malus et Petitjean. Espagnac n avait fait qu'opérer, de concert avec Malus, l'emprunt de trois cent mille livres et que passer des marchés avec le comité révolutionnaire des Belges et Liégeois pour l'équipement de cette armée belge que Dumouriez regardait comme « un supplément de l'armée française et l'unique moyen d'assurer la révolution des Pays-Bas ». Mais Dumouriez vantait en pure perte les ressources inépuisables d'Espagnac, sa fermeté qui le rendait propre aux entreprises les plus étendues, son zèle qui ne trouvait rien d'impossible *.

Jeanbon Saint-André s'écria qu'Espagnac était un protégé de Galonné et un homme profondément immoral qu'on ne pouvait employer dans une république, sous le règne des moeurs et des vertus. Thibault raconta qu'Espagnac se promenait à Paris dans un beau cabriolet, et se vantait de faire fortune à l'armée du Nord. Gambon porta le dernier coup : « Espagnac, dit-il, a passé des marchés tellement onéreux qu'une personne intéressée pour un huitième seulement, a déjà gagné dix-huit cent mille livres. » Il ajouta que Malus avait à dessein retardé

* Dumouriez, 3* mémoire au Comité ; Corresp.^ 10. L'abbé Marc- René Sahuguet d'Espagnac, né en 17o2 à Brives, avait débuté dans le monde par un Éloge de Catiiiat que l'Académie française honora d'un deuxième accessit, et par un Panégyrique de Saint Louis. De bonne heure, il se jeta dans les spéculations financières. Eu 1787, il réunit 45,000 actions des Indes nouvelles ou plus d'actions que la Compagnie elle-même. On l'accusa de bouleverser la place; il dut, sur l'ordre du roi, renoncer à son bénéfice et fut exilé par lettre de cachet à Montargis. Il appartenait au club des jacobins (De Seilhac, L abbé d'Espagnac, TxxWq, \^%\).

larrivée des approvisionnements et des ambulances, et laissé les' blessés de Jemappes vingt-quatre heures sans secours. La Convention décida que Malus. Petitjean, Espagnac seraient mis en état d'arrestation et traduits à la barre de rassemblée.

Pacbe se hâta d'exécuter le décret. Rousin et Huguenm furent chargés de l'arrestation. Ronsin remplacerait Malus dans les fonctions de commissaire-ordonnateur en chef. Huguenin devait « reconnaître les besoins de l'armée et prendre les mesures pour y pourvoir * ».

Dumouriez protesta. « Il est temps, écrivait-il, que je développe toute l'énergie de mon caractère et que je déploie toute l'indignation que je ressens ». On désorganisait l'armée et suspendait sa marche! On employait tous les moyens pour faire manquer l'expédition ! On lui ôtait ses trois hommes les plus utiles « quil eût été nécessaire de conserver, en supposant même qu'ils eussent été coupables ! » Et un Ronsin remplaçait Malus, Ronsin, « commissaire-ordonnateur postiche, qui n'avait peutêtre de sa vie connu aucune des parties de l'administration militaire » ! Mais on voulait, sans doute, le récompenser d'avoir « dénoncé Malus dans une brochure pleine de fausseté ' » !

Le choix de Huguenin inspirait à Dumouriez la même irritation. Que cet Huguenin recherche les besoins de l'armée, soit ; mais comment le ministre l'avait-il chargé des fonctions des ci-devant exempts de police? Non : Westermann mènera les trois accusés à Paris avec « autant

1 Corresp., 143 et 148. Ronsin est assez connu. Cf. sur Huguenm Ternaux, Terreur, II, 4oo-4o7.

* Ronsin dit, en effet, dans cette brochure, que Malus est * connu par son attachement à Tancien régime » et qu'il a • fait des marchés onéreux » [Détail circonstancié^ p. 7).

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d'honnêteté que de sûreté ». Dumouriez espère qu'ils se justifieront aisément, qu'ils seront bienlôl rétablis dans leurs fonctions, que Ronsin ne tardera pas à « perdre le fruit de ses dénonciations ». Pour lui, il ne cessera de combattre la calomnie : « Il me parait que dans cette guerre, mon arrière-garde n'est pas très sûre et que j'ai des ennemis beaucoup plus dangereux que les Autrichiens ; mais je vous prouverai que ma logique vaut mes canons M » Et il répète à la Convention qu'il veut être chargé seul de l'approvisionnement du soldat; il y avait une régie dans l'Argonne et les troupes ne manquaient de rien ; en Belgique on n'avait ni payeur, ni magasins, ni hôpitaux ; « c'est contre moi qu'il faut instruire un procès, si c'est un crime que d'avoir passé des marchés et fait les emprunts nécessaires à la subsistance de l'armée ' ». Quinze jours plus tard, il écrivait encore qu'il désirait <i être englobé dans la procédure », partager le sort de ses agents, et défendre à la barre de la Convention Malus, cet administrateur intègre dont l'arrestation était plus funeste qu'une défaite ^

Bientôt Westermann arrivait à Paris. Il exposa la situation de l'armée à la Convention : Dumouriez était arrêté par les lenteurs des bureaux ; il manquait de numéraire, il manquait d'approvisionnements; il avait dû faire des emprunts ; « vous êtes trop justes, conclut Westermann, pour rester indifférents sur les besoins de nos braves soldats ; venez promptement à leur secours * ».

« Corresp., 157, 160, 22 i.

' Lettre du 25 nov. 1702, séance du 28, Mon. du 29. ^ Dumouriez au présiJeni de la Convention, 11 déc, Corresp. 244 ; 3* mémoire.

* Séance du 30 nov. \''.}1, .1/)». du 2 déc.

La Convention s'émut, et, sur la proposition de Gambon, quatre commissaires de l'assemblée. Camus, Gossuin, Delacroix, Danton, partirent pour la Belgique. Ils étaient autorisés à se faire remettre tous les livres, états, registres de correspondance, et ouvrir tous les dépôts et magasins. Ils reçurent même au bout d'un mois le pouvoir de faire toutes réquisitions et d'ordonner provisoirement toutes destitutions, remplacements et arrestations qu'ils jugeraient nécessaires pour le maintien ou le rétablissement de Tordre public, à la charge d'en délibérer en commun, et d'envoyer aussitôt leurs arrêtés à la Convention ^

Malus, Petitjean et Espagnac parurent à la barre le ler décembre. Tous trois se plaignirent de l'administration de la guerre et affirmèrent qu'ils n'avaient agi que pour subvenir aux besoins urgents de l'armée de Belgique. Espagnac retraça ses opérations avec tant d'aisance €t de clarté, tant de finesse et tant d'esprit, que la Convention le couvrit d'applaudissements; on crut, avoue un de ses adversaires, qu'elle allait lui décerner une couronne civique *. Les trois prévenus furent laissés en liberté.

Mais le 5 décembre la Convention recevait une nouvelle lettre de Dumouriez. Le général déclarait qu'il communiquerait dorénavant à l'assemblée sa correspondance avec Pache. Il était encore sans pain, sans fourrages, sans argent. On avait rompu des marchés qui

1 Décrets des 30 nov. et 29 déc. 1792 (Rec. Aulard, I, 290 et 370).

* ATo»., 2 déc. 1792. Cf. sur le succès d'Espagnac Tallien (séance des jacobins du 3 déc] et Courrier des départ.^ 3 déc, Espagnac comparut encore devant le comité militaire et y donna des • renseignements utiles à la chose publique » (3 et 4 déc, Procès-verbaux da Comité],

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assuraient la subsistance de l'armée jusqu'au l^r janyjgp Les chevaux n'auraient pas eu de nourriture le 1*^ décembre, si des patrouilles n'avaient saisi sur la Meuse deux bateaux de fourrages que les Autrichiens envoyaient à Maestricht. La caisse militaire ne renfermait pas trois mille livres, et Dumouriez avait dû faire un nouvel emprunt. « Je me trouve obligé, disait-il, d'être l'emprunteur et l'approvisionneur de l'armée ».

La Convention se partagea. Les uns, rappelant la jalousie de Louvois contre Turenne, proposaient de mander Pache à la barre. Les autres accusaient plus que jamais Peliljean et Malus. Le crédule Carra affirmait que la nation était volée par les fournisseurs, par les entrepreneurs, par les commissaires des guerres, et qu'Espagnac gagnait pour frais de commission vingt-quatre mille livres par jour M Gambon, désespéré, criait qu'il ne savait qui croire, du ministre ou du général. Que devenait donc l'argent destiné à la guerre ? Que devenaient tant de millions consacrés à la dépense des armées, et les cent quatre-vingt dix-huit millions de septembre, et les cent quarante-huit millions d'octobre, et les cent vingtdeux millions de novembre ? Que devenaient les assignats? L'assemblée décréta que Pache rendrait compte ' et que Petitjean, Malus, Espagnac seraient enfermés à l'Abbaye. Mais Pache ne rendit aucun compte, et Petit-

* Comment, disait Espagnac, pourrais-je gagner 24,000 livres par jour? Mon entreprise me donne deux mois de loyer : !•• du 1o oct. au 15 nov. 68"), 000 livres; 2<» du 1" nov. au l" déc. 773,870 livres = 1,460,875 livres ; si je gagnais 24,000 livres par jour, je gagnerais en deux mos ou 71 jours 1,464.000 livres ! [Sailtiac, Espiijnac, 124).

* Le 28 mars 1703, la Convention décrétait que la commission chargée Je l'examen de la conduite ministérielle de Pache ferait son rapport dans trois jours (A. N. G., 248] . Les événements arrêtèrent le rapport.

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jeaD, Malus, Espagnac sorlirent bientôt de leur prison, après s'être pleinement justifiés,

Espagnac se disculpa si bien que Ghateauneuf-Randon se déclara devant le comité de la guerre « intimement convaincu de son innocence et de l'utilité du service qu'il avait établi ' ».

Petitjean, commissaire des guerres dans l'Argonne, un de ces habiles et infatigables vivriers que les chefs militaires s'arrachaient, demandé avec instance par Beurnouville, par Labourdonnaye, par Dumouriez, par Miranda, regardé par un agent du Conseil exécutif comme un citoyen « très pur qui n'entravait pas la marche des généraux » et par Gasparin comme « le seul homme qui eût la clef de la machine », Petitjean se lava très aisément de tout reproche. Le comité de la guerre vanta ses lumières et son patriotisme. La Convention le rendit à ses fonctions, et le 13 janvier, à 5 heures du matin, Pache le mandait dans son cabinet pour lui confier le service des subsistances de l'armée de la Belgique : il était, dit Petitjean, a revenu des mauvaises impressions qu'on lui avait suggérées contre moi, et la manière franche avec laquelle il me parla, me fit oublier tous les chagrins qu'il m'avait causés' ».

Enfin Malus gagna son procès, de même qu'Espagnac et Petitjean. Il servait depuis quarante ans et nul n'avait encore soupçonné sa probité. Tous les généraux

> Comité milit., 8 janv. 1793. Le l'^mars, la Convention maintenait le marché conclu le 31 août par Servan avec Espagnac pour le service des armées des Pyrénées.

> Cochelet, Rapport^ 10; Rojas, Miranda^ 79-86; Beurnonville à Pache, 9 nov. 1792 et Gasparin à Cambon, 11 avril 1793 (A. G.) ; décret du 2 janvier 1793, Mon. du 4 ; Comité milit., 8 janv. 1793 /A. N, A. F. Il, 22) et Ma justification (mémoire de Petitjean, À. N. W. 360).

louaient ses talents. Dès le mois de juillet, Dumouriez et Arthur Dillon assuraient que Malus connaissait parfaitement les Flandres et leurs ressources. Le ministre d'Abancourt le regardait comme un des « meilleurs moyens » de l'armée '. La Convention l'avait appelé devant elle pour répondre à quatre chefs d'accusation. Elle l'accusait : 1'^ d'avoir passé des marchés avec Espagnac : il prouva qu'il n'avait fait aucun marché avec Espagnac; a*' d'avoir laissé le 6 novembre 20,000 redingotes à Valenciennes : il prouva que les magasins de Valenciennes ne renfermaient pas au 6 novembre une seule redingote; S** d'avoir laissé l'hôpital ambulant à Quiévrain, dans la journée de Jemappes : il prouva qu'il avait porté tous les caissons de l'ambulance au-delà de Boussu et fait soigner les blessés dans les églises de Boussu , de Cuesmes et de Pâturages - ; 4*^ d'avoir signé des lettres de change tirées sur la trésorerie nationale : il prouva qu'il les avait signées avec l'autorisation du général et sur le conseil du contrôleur de la trésorerie. Mais la Convention ne l'avait pas interrogé sur ces quatre chefs. Elle lui posa quatre questions. 1° Qu'était-ce qu'un marché conclu le H septembre à Valenciennes, avec Worms, pour la fourniture de la viande aux hôpitaux des places

* Mémoire de Dumouriez, 18 juillet ; Dillon à Lajard, 21 juillet ; D'Abancourt à Dillon, 23 juillet 1792. Un agent dira, le 15 avril 1793, que t l'administration de l'armée n'a pas gagné au remplacement de Malus et de Petiljean • (A. G.).

* A la veille de Jemappes, Malus écrivait à Pache qu'il ne pouvait rendre la douleur dont il était pénétré en voyant le dénùment de son administration : il n'avait ni chirurgiens ni ambulances, et ce service pouvait manquer absolument à la première affaire. Deux semaines après, les médecins et les étudiants qu'annonçait le ministre, n'étaient pas arrivés ; les malades et les blessés manquaient des soins nécessaires ; pas d'argent, pas de fournitures, pas d'instruments de chirurgie (A. G., 5 et 22 nov. 1792).

du Nord, à raison de 11 sous la livre ; ^'^ qu'était-ce que le marché passé, le 11 octobre à Lille, avec Fabre et Paulet, pour un achat de fine fleur de farine d'Angleterre ? 3° et 4° qu'étaient-ce que deux marchés, faits le 8 novembre à Mons avec Henry Simons , l'un pour foin, paille et avoine, à un prix fort cher, l'autre pour 25,000 sacs de farine, au prix de facture, avec commission de 2 pour 100 ? Malus répondit victorieusement à ces quatre questions. 1" J'ai dû, disait-il, conclure le marché avec 'V^'orms dans un moment critique ; les Autrichiens entraient en Flandre ; il fallait sans nul retard approvisionner les places ; aucun autre entrepreneur ne se présentait ; j'ai payé la livre de bœuf et de mouton 1 1 sous, au lieu de la payer, comme à Paris, 9 sous 11 deniers; mais je n'étais pas à Paris. — 2° Quant au marché passé avec Fabre et Paulet, le ministre Pache l'a converti en traite sur facture avec commission de 2 pour 100 *. — 3° et 4°. Restaient les deux marchés de Simons. Mais Malus ne les avait passés que sur l'ordre de Dumouriez, et il était instant de les passer. Depuis que j'ai quitté l'armée, ajoutait Malus, ne ressent-elle pas les mêmes besoins ? a Je ne suis doifC pas coupable. On ne doit pas trouver mauvais qu'un administrateur use des ^ ressources qui se présentent sur les lieux. Ce n'est pas assis vis à vis d'un bureau, à 80 lieues, qu'on peut juger •de la multiplicité des besoins d'une grande armée. Il faut considérer les objets en détail, et ce n'est que dans les camps, sur le théâtre même de la guerre, qu'on peut s'en former une idée juste *. » Le 29 janvier 1793, la Convention décrétait que Malus serait réintégré dans ses fonctions. Trois jours auparavant, le comité de la guerre,

1 Cf. plus haut, p. 149.

2 Malus, Précis pour le commissaire -ordonnateur Malus, p. 1-12.

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